«Crimes et châtiments. Quand le fait divers devient majeur. T.1»
Sous un titre que l’on pourrait trouver quelque peu racoleur se cache un nouveau trimestriel publié aux éditions Jacob-Duvernet et dédié au monde judiciaire.
Une nouvelle publication qui répond à l’intérêt collectif pour tout ce qui se rapproche au fait divers ou au monde criminel.
Mais « Crimes et châtiments » ne se veut pas de bas étage et sordide. Le sérieux des auteurs ne peut pas être pris en défaut. Jugez-en avec cet échantillon de noms extraits du casting réuni par l’éditeur. Paul Lefèvre, chroniqueur français pour Europe 1, France Inter ou France2. Isabelle Dumas-Pelletier, journaliste et chroniqueuse judiciaire à qui l’on doit notamment un entretien exclusif avec le gangster Mesrine peu après son évasion de la Santé. Des journalistes reconnus.
Mais aussi de grands flics comme Claude Cancès, ancien directeur du « 36 » à Paris ou Charles Diaz, historien et contrôleur général de la police nationale française. Des pointures, qui ont vu tout ce qu’il est possible de vivre dans une carrière de policier.
Le but de ce nouveau trimestriel, qui mélange dossiers, récits de crimes, BD’s et chroniques de livres, est d’amener le lecteur au cœur d’un univers largement méconnu. Celui du crime sordide, du monde de la justice où, rarement, le simple citoyen a accès. En étant du bon côté de la barrière.
Un ouvrage qui provoque un étrange sentiment teinté de malaise, d’intérêt et d’angoisse.
Le crime au quotidien ne peut se comparer aux séries télévisées. Un meurtre est toujours horrible. Avec cette scène de crime où la vue et l’odorat sont mis à rude épreuve. Tout contribue à laisser « une marque indélébile sur le parchemin de la mémoire. »
Les auteurs n’apportent pas de jugement. Leur objectif est de présenter les coulisses de la justice et de faire rencontrer certains acteurs qui font parfois l’objet d’un article dans la presse. Comme les troupes du RAID (Recherche, Assistances Intervention et Dissuasion), ces soldats d’élite de la police française. « Les hommes du RAID, c’est une bande de potes aiguillonnés par le danger, cimentés par le risque. Ils ont la conscience aiguë d’être le dernier recours. Après eux, il n’y a plus rien, plus personne. »
Un monde criminel qui n’est pas réservé au milieu masculin. Comme le prouve ce dossier consacré à ces destins de femmes : femmes tueuses ou femmes de voyou. La prison, on en parle souvent dans les pages des quotidiens. Mais que sait-on vraiment à son sujet? Les auteurs nous ouvrent les portes de ces établissements pour rencontrer les longues peines ou les libérés qui racontent la vie après la prison. La réalité, déprimante, n’a rien à voir avec la version cinématographique. « La prison, on en sort abîmé ou endurci, ou les deux à la fois. On en sort rarement plus heureux qu’au moment où on y est entré. »
Un dossier plonge également le lecteur au cœur du département de la police scientifique sur les traces des spécialistes de la balistique. Ou bien encore exprime la difficulté du chroniqueur judiciaire qui a souvent de la peine à rester neutre dans la tragédie qui se joue devant lui dans la salle d’audience.
Des dossiers ponctués de récits d’affaires criminelles hors du commun. Comme l’étrange destin de Laurence Baker, condamné à la chaise électrique aux Etats-Unis puis gracié. Et, mortellement électrocuté par l’un des bricolages réalisés en prison.
Comment, en refermant ce gros magazine de quelque 176 pages, ne pas se souvenir de ce passage lu ? Celui d’un officier de police de terrain et qui fait froid dans le dos. « Le soir, l’appétit n’y est pas. Juste envie de se laver. Et toujours la même remarque quand on rentre : tu as une drôle de tête… - Oui, j’ai vu quelque chose de pas joli. »
Les mots restent coincés dans la gorge. Avec les mauvais souvenirs personnels qui remontent à la surface.
À chaque affaire.
Philippe Degouy
« Crimes et châtiments. Quand le fait divers devient majeur. » Trimestriel N°1. Éditions Jacob-Duvernet. 176 pages. 15 euros
Couverture : éditions Jacob-Duvernet

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