février 2012

Posté le 29 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Les années Strange, témoin d’une révolution culturelle»

«Poussez la porte de l’échoppe du bouquiniste, et souvenez-vous. Quand vous étiez petit. Quand vous lisiez Strange. »

Rédigé par Sébastien Carletti et Jean-Marc Lainé, deux spécialistes du monde des comics,  « Nos Années Strange 1970-1976 »  relate l’histoire d’un magazine mythique : Strange. La lecture favorite des ados des années 80.

StrangeUne publication des éditions Lug qui faisait le bonheur des libraires, assurés de voir débarquer mois après mois des jeunes lecteurs venus dépenser leur argent de poche en achats de magazines peuplés de super héros : Iron Man, Daredevil, Silver Surfer, Spiderman... Une passion qui relevait plus de l’addiction qu’autre chose.
Comme le précisent les auteurs, « les vieux lecteurs de Strange sont plus nombreux qu’on ne le croit. Et ils sont partout. Ils ont maintenant 40 ans (ou plus, ndlr), et s’ils n’ont pas fait une croix sur leurs lectures de jeunesse, alors ils lisent encore de la science-fiction, collectionnent encore les bd’s, vont encore voir le dernier James Bond, suivent encore l’actualité des séries télé et se passionnent encore pour les aventures de justiciers costumés. »

C’est à une plongée dans la (re)découverte des héros les plus célèbres du magazine, les couvertures les plus marquantes et les jouets dérivés les plus inoubliables que ce livre invite.  Les auteurs dressent aussi un catalogue de la concurrence, ces publications qui sortaient en même temps que Strange : Tarzan, Batman, Superman, Hulk, Thor, Spécial USA etc… La crise de la presse n'existait pas encore. Les librairies de quartier devenaient un lieu de rendez-vous pour les jeunes avides de récits d'aventures. Cinéma et jeux vidéo inspirés des personnages de Strange ne sont pas oubliés.  Ni ces milliers de jouets dérivés qui constituent aujourd’hui des pièces de collection uniques. 
Incollables sur le sujet, les auteurs expliquent avec passion ce qui rendait révolutionnaire ce magazine au nom si difficile à prononcer. 
 Strange1Notamment cette évolution des personnages, devenus plus humains au fur et à mesure des années. Ils ont accompagné notre passage à l’âge adulte. Autre nouveauté révolutionnaire de Strange, la volonté affichée par l’éditeur de le rendre proche de ses lecteurs. Avec des forums, des bourses d’échange ou des sondages. Le lecteur était roi avec Strange. Enfin, Strange et ses suiveurs ont participé à la reconnaissance de la culture populaire. Comme le prouve cet album dédié à des personnages de science-fiction publié par… Flammarion.  Durant longtemps, ce genre de lecture a été méprisé, ridiculisé, voire censuré. Aujourd’hui, il a le crédit qui lui faisait défaut à l’époque.

 Cet album au doux parfum de nostalgie, est ponctué de témoignages d’auteurs et de dessinateurs qui ont vécu cette époque, au point de se laisser imprégner. 
«Pour chacun, la vague de souvenirs liés à Strange est à chaque fois différente. Chacun aura son premier souvenir, sa plus tendre lecture, sa couverture fétiche. Lire Strange, c’était se tourner vers l’univers qui nous entoure. C’était découvrir que le monde ne s’arrêtait pas au coin de la rue. On apprend à lire dans Strange comme d’autres ont appris à lire dans Jules Verne

 L’hommage à la génération Strange est réussi. Et de la plus belle des manières.
Le livre refermé, il reste dans l’air ce doux parfum de nostalgie pour ces années d’insouciance peuplées d’aventures extraordinaires.
Avec la sortie du film "The Avengers", il nous semblait intéressant de republier notre chronique sur ces personnages qui ont marqué plusieurs générations.

Philippe Degouy

 «Nos années Strange, 1970-1996». Par Sébastien Carletti, Jean-Marc Lainé et préface d’Alexandre Astier.  Éditions Flammarion. 176 pages. 25 euros

 Illustrations: éditions Flammarion

Posté le 27 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Rétromania, comment la culture pop recycle son passé»

Son ouvrage ne pouvait pas mieux tomber. Comme un gros pavé lancé dans la mare aux nouvelles «stars» actuelles.
Critique musical et fin connaisseur de la culture pop-rock, Simon Reynolds publie aux éditions Le Mot et le reste un essai qui fait mouche à chaque page. Titré « Rétromania », il se veut une fine observation de ce courant qui touche notre société actuelle :  la nostalgie poussée à l’outrance sur l’air du « C’était mieux avant ». Tous les pans de la société occidentale sont touchés. On recycle les vêtements, on tourne des remakes de classiques au cinéma ou on réédite des BD’s et des romans à succès…
En musique, le phénomène prend davantage d’ampleur. Comme l’explique l’auteur : «nous vivons dans une époque où la culture populaire est devenue obsédée par le rétro et avide de commémorations. Reformation de groupes (ex. les Beach Boys), tournée de retrouvailles (pour remplir les comptes en banque), albums hommages ou coffrets.  La mode, où farfouiller dans la garde-robe du passé est une pratique omniprésente dans l’industrie depuis un bon moment mais, dont le recyclage de vieilles idées semble avoir néanmoins atteint un taux de rotation  délirant durant la dernière décennie.» Pour preuve, il suffit de d’observer l’actualité : un vieil album des Stones, « Exile on main Street », grimpe en tête des ventes, des vieux groupes se reforment pour remplir les comptes, des anthologies inondent les rayons des disquaires… Des chanteuses actuelles chantent en duo (parfois virtuel) avec de vieilles gloires.  Ou comment faire du fric facile  avec de l’ancien.

Un amour du passé qui pose comme problème majeur un appauvrissement de la création artistique, explique Simon Reynolds. Les années 60, 70 et 80 et 90 ont généré des genres musicaux majeurs. Qu’en est-il de nos années 2000 ? L’auteur se montre sans pitié : «même le plus clément des jugements sur la pop de cette époque doit se rendre à l’évidence : la quasi-totalité des avancées ont été soit des relectures de genres établis, soit du pillage d’archives. (…)Nous semblons avoir atteint un stade caractérisé par un manque cruel d’imagination
RetromaniaUne rétromania qui peut se comprendre si elle est générée par un public d’âge certain. Mais, « les jeunes ne sont pas censés être nostalgiques ; ils n’ont pas vécu assez longtemps pour amasser une réserve de précieux souvenirs. » Pourquoi, dit-il, ne voyons-nous le futur que sous une approche cataclysmique ? 

Le crépuscule de la musique-objet

 
L’essai détaille également le traitement réservé à la musique par la technologie du XXIe siècle pour laquelle Simon Reynolds ne montre pas une grande passion. C’est peu dire. Et pourtant, « l’arrivée de l’iPod, cet appareil fondamentalement asocial, est sans conteste l’événement musical le plus important de la première décennie du XXIe siècle ; tant en raison de son impact que de la manière dont il cristallise l’ensemble de la culture de la musique dématérialisée

Simple mode ou effet prolongé?

Au terme de son essai brillant et au ton enlevé, souvent drôle voire ironique, l’auteur pose cette ultime question, quasi existentielle : « la rétromania dans laquelle nous sommes plongés est-elle en passe de s’installer durablement ou s’agira-t-il d’une simple phase historique ?» Beau joueur, il avoue céder parfois à cette rétromania ambiante : «j’ai beau me languir d’un futur qui nous a faussé compagnie, je ne résiste pas pour autant aux attraits du passé.» Notamment l’écoute de sa collection de 33 tours, vénérée et à l’origine de sa crise de la quarantaine. "Que deviendra-t-elle après ma disparition?" No Future man !
Comme le chantait le groupe Boston, « Don’t look back ».

Philippe Degouy

«Rétromania. Comment la culture pop recycle son passé pour s’inventer un futur.» Par Simon Reynolds. Éditions Le Mot et le reste. 26 euros. 486 pages.

Couverture : éditions Le Mot et le reste

Posté le 27 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Trésors disparus, passion intacte »

Trésor. Un simple mot. Mais qui a pourtant le don, à son évocation, de réveiller de nombreux souvenirs de lecture d’adolescence. Ces romans lus et relus, peuplés de pirates, de galions engloutis ou de coffres remplis d’or.
Certains n’ont pas oublié leurs rêves de petit garçon et les réalisent à l’âge adulte. À l’instar d’Erick Surcouf, digne descendant du célèbre corsaire et chercheur de trésors professionnel.
Son dernier ouvrage, «Trésors terrestres et sous-marins», publié aux éditions Arthaud relate l’histoire de quelques trésors mythiques, disparus de façon dramatique ou mystérieuse. Des objets d’une valeur marchande inestimable, mais aussi et surtout historique. Car, «tout trésor est un indicateur historique. Les épaves de navires, par exemple, sont de véritables mémoires englouties qui ne demandent qu’à être réanimées pour offrir, des siècles plus tard, tous les détails de la vie d’une époque, à un moment donné précis, le jour du naufrage.»

TrésorsUne lecture captivante qui guide son lecteur sur les traces du trésor des Pharaons, des Wisigoths ou des Templiers. Certaines histoires, plus récentes, ont fait couler beaucoup d’encre. Avec parfois des disparitions de témoins mystérieuses. Notamment en ce qui concerne la recherche du trésor des nazis. À la fin du conflit, les Alliés ont bien retrouvé quelques caches où se trouvaient des réserves d’or, de monnaies et d’ouvres d’art. Mais la majeure partie du butin, fruit du pillage de l’Europe par les nazis n’a pas été retrouvée. Des recherches effectuées dans le lac autrichien de Toplitz  en 1959 ont permis de retrouver des caisses englouties qui contenaient de la fausse monnaie britannique. Mais l’or est resté introuvable. Un lac qui a longtemps alimenté l’imagination de nombreux romanciers ou scénaristes.

Le sud-ouest de la France a quant à lui servi de théâtre à l’une des plus folles chasses au trésor du siècle dernier. Et plus précisément au sein d’un petit village de l’Aude, Rennes-le-château. En 1883, le curé du village, Bérenger Saunière, se lance dans des folles dépenses. Il se fait construire une belle villa, une tour, organise des banquets mondains, etc. L’argent semble couler à flot. A-t-il trouvé des documents relatifs à l’emplacement d’un trésor en rénovant son église ? Le mystère reste entier. Pour certains spécialistes, le curé aurait retrouvé le trésor des Wisigoths, le second trésor des cathares et enfin celui de Blanche de Castille. Depuis sa mort en 1917, le village et la région sont envahis de chasseurs de trésors… surveillés par cette statue de diable qui trône au sein de l’église du village. Le trésor est encore introuvable.

Comme ceux engloutis dans les mers et océans du monde. En grand nombre.
Certains navires naufragés ont des histoires étonnantes. Comme celle relative au Central America, navire qui a coulé en septembre 1857. La perte de sa cargaison d’or, plusieurs tonnes, a provoqué un krach financier à New York où la Bourse a manqué de s’effondrer.

 Avis aux amateurs, l’auteur présente en guise de conclusion la carte sur laquelle se situe les vingt plus grands trésors sous-marins encore à découvrir.
Avec comme récompense des tonnes d’or, de diamants, de bijoux etc. La mer, « là où gît le plus grand musée du monde. »

Mais la découverte d’un trésor n’est pas dépourvue d’obstacles. Comme celui relatif à la question de la propriété des richesses retrouvées. Le plongeur américain Mel Fisher et sa société Treasure Salvors peuvent en témoigner, restés longtemps en conflit avec l’Etat de Floride.

Erick Surcouf l’explique en guise de conclusion, nul besoin d’être plongeur ou riche pour réaliser ses rêves d’enfance. «Tout investisseur peut, en fonction de ses moyens, s’acheter des actions d’une société organisant une campagne de recherche de trésors terrestres ou sous-marins. L’aventure est à la portée de tous et chacun peut l’adapter à sa mesure. D’innombrables trésors demeurent encore enfouis ou engloutis

Philippe Degouy

«Trésors terrestres et sous-marins. Ces fabuleux trésors et leur chasse effrénée.» Par Erick Surcouf. Éditions Arthaud. 192 pages, 39 euros.

Couverture : éditions Arthaud

Posté le 23 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Des commandos à la Légion, le même esprit de sacrifice

Historien, ancien officier para au sein de la Légion, Pierre Montagnon retrace chez Pygmalion l’histoire de ces soldats de l’ombre qui ont modifié le cours de nombreuses batailles : les commandos. Le deuxième volume de sa trilogie concerne deux années importantes, riches en faits d’armes commis par ces soldats d’élite : 1944 et 1945.  Son œuvre ne se prétend nullement exhaustive mais raconte quelques épisodes représentatifs des méthodes utilisées.
Parmi les unités de commandos formées durant le dernier conflit mondial, celles de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne ont largement devancé, en réputation et en efficacité, celles des autres nations.

Des commandos que l’on peut définir comme «des hommes relativement peu nombreux, rigoureusement sélectionnés et minutieusement préparés, afin d’effectuer une mission ponctuelle impliquant professionnalisme, intelligence et audace. Soldats de l’ombre présents pour des opérations sur terre, sur mer et dans les airs. Le terme commando désignera également l’action d’une équipe réduite de soldats préparés pour une mission délicate

CommandosEn juin 1944, ils seront en fer de lance du débarquement de Normandie. Avec notamment l’assaut des Rangers américains sur la pointe du Hoc pour mettre hors d’état de nuire des canons allemands signalés par la résistance et capables de menacer la flotte alliée.  Une opération racontée en détails par l’auteur, réussie mais coûteuse en hommes et qui fera dire au général Eisenhower que « pour monter par ces falaises, il fallait en avoir dans le ventre. »
Côté allemand, les troupes spéciales du SS Otto Skorzeny ne restent pas les bras croisés, avec des opérations spectaculaires également. Comme la libération de Mussolini au Gran Sasso et le rapt du régent de Hongrie. Ou bien encore la tentative ratée d’enlèvement de Tito et l’infiltration des troupes américaines en décembre 1944 par des soldats teutons déguisés. Comme beaucoup d’autres commandos des deux camps, les soldats capturés seront fusillés par l’adversaire.
L’ouvrage raconte également le premier commando héliporté destiné à évacuer des blessés. Le 25 avril 1944, en Birmanie, Carter Harman réussit ainsi à exfiltrer de la jungle quatre soldats alliés avec l’un des premiers hélicoptères opérationnels, un YR-4B construit par Sikorski.

Comme l’explique l’auteur, «les commandos des années 1944-1945 mèneront des opérations parallèles d’intérêt tactique au profit des armées ou des résistances intérieures aux prises avec l’adversaire (allemand ou japonais).»

 « Qui ose gagne ! », telle est la devise du SAS britannique. C’est vrai, mais comme le précise aussi l’auteur, «un commando doit savoir limiter ses ambitions en offrant de l’inédit hors des sentiers battus

 Histoire de la Légion

 Par pur hasard, les éditions Tallandier rééditent au sein de leur collection Texto un autre ouvrage rédigé par Pierre Montagnon : l’ «Histoire de la Légion».
Un classique de l’histoire militaire contemporaine qui raconte l’épopée de ce corps d’élite créé en 1831. Une armée unique au monde, composée de soldats venus de nombreux pays et engagés pour la France sous un nom d’emprunt.
LégionDevenue une institution reconnue par tous et partout, elle a laissé son sang sur tous les théâtres d’opération. De la mythique bataille de Camerone à la cuvette de Diên Biên Phu en passant par l’Algérie, le Maroc,  le Liban ou l’Afghanistan. Ancien képi blanc, Pierre Montagnon redonne vie à la légende de ces hommes engagés pour défendre les intérêts de leur pays adoptif.

«Depuis la création de la Légion, 35.671 officiers, sous-officiers et légionnaires sont tombés au combat dans les rangs de la Légion étrangère

 Philippe Degouy

 «Histoire des commandos T.2 1944-1945 ». Par Pierre Montagnon. Éditions Pygmalion. 17,90 euros. 334 pages.

« Histoire de la Légion. De 1831 à nos jours ». Par Pierre Montagnon. Collection texto. Éditions Tallandier. 12 euros. 616 pages.

 Couverture : éditions Pygmalion et Tallandier

Posté le 21 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

“Guide pour une rédaction claire. 40 bonnes pratiques »

Enseigner comment savoir écrire de façon claire. L’objectif enseigné par Anne Vervier est ambitieux. Romaniste de formation et experte en rédaction professionnelle, elle apporte avec ce manuel  publié aux éditions Edipro les clés d’une communication écrite réussie. Un vrai guide pratique pour dire «stop aux jargons incompréhensibles, aux phrases interminables et aux textes rébarbatifs
Redact_claire_GDÀ qui s’adresse ce manuel ? Nous serions tentés de dire « à tout le monde », mais adoptons plutôt le point de vue de l’auteur : «à tous ceux qui se rendent compte que leurs textes et ceux de leur entourage professionnel ne sont pas clairs ou manquent de convivialité. À tous ceux qui se disent :  « je n’aime pas écrire », mais qui doivent le faire.»

 Savoir rédiger de façon claire et précise, c’est plus qu’un job, c’est une sacrée aventure. À notre époque où tout doit aller très vite, les écrits doivent suivre le mouvement et pouvoir être compris dès la première lecture.  Une mauvaise communication mal comprise peut avoir de graves conséquences. Pour le destinataire du courrier…comme pour l’expéditeur.

 En quarante étapes, Anne Vervier détaille les principes-clés d’une bonne rédaction. Claire et précise.
Le manuel fait ainsi la part belle aux exercices et aux exemples commentés. En marge de la formation, de nombreux conseils sont fournis. «Dans la mesure du possible, facilitez la compréhension par des visuels. Un tableau, un graphique, une illustration ou une photo seront utiles pour assimiler des données ou un concept. Sachez jongler avec la formule de politesse selon le destinataire. Attention aussi aux formules anciennes qui peuvent être une erreur de communication et d’erreurs. De même, éliminez clichés et archaïsmes administratifs.» Pour ne citer que quelques exemples repris dans l’ouvrage.

 Si vous êtes pressés, un résumé du «savoir rédiger vite et bien » est disponible. Trois étapes sont à suivre : réfléchir, rédiger et réviser. Enfin, une bibliographie bien fournie donne d’autres pistes pour approfondir davantage certains points.

 «Je vous invite à partager cette valeur qui m’est chère : rédigez clairement, par respect pour vous-même et pour vos destinataires
La conclusion idéale pour ce guide pratique.

Philippe Degouy

 «Rédaction claire. 40 bonnes pratiques pour rendre vos écrits professionnels clairs et conviviaux.» Par Anne Vervier. 320 pages. Éditions Edipro. 26 euros

http://www.edipro.info/redaction_claire_descriptif.html

http://www.redaction-claire.com

 Couverture : éditions Edipro

Posté le 20 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Crimes et châtiments. Quand le fait divers devient majeur. T.1»

Sous un titre que l’on pourrait trouver quelque peu racoleur se cache un nouveau trimestriel publié aux éditions Jacob-Duvernet et dédié au monde judiciaire.
Une nouvelle publication qui répond à l’intérêt collectif pour tout ce qui se rapproche au fait divers ou au monde criminel.
Mais « Crimes et châtiments » ne se veut pas de bas étage et sordide. Le sérieux des auteurs ne peut pas être pris en défaut. Jugez-en avec cet échantillon de noms extraits du casting réuni par l’éditeur. Paul Lefèvre, chroniqueur français pour Europe 1, France Inter ou France2. Isabelle Dumas-Pelletier, journaliste et chroniqueuse judiciaire à qui l’on doit notamment un entretien exclusif avec le gangster Mesrine peu après son évasion de la Santé. Des journalistes reconnus.
Mais aussi de grands flics comme Claude Cancès, ancien directeur du « 36 » à Paris ou Charles Diaz, historien et contrôleur général de la police nationale française. Des pointures, qui ont vu tout ce qu’il est possible de vivre dans une carrière de policier.

 Crimes_et_chatimentsLe but de ce nouveau trimestriel, qui mélange dossiers, récits de crimes, BD’s et chroniques de livres, est d’amener le lecteur au cœur d’un univers largement méconnu. Celui du crime sordide, du monde de la justice où, rarement, le simple citoyen a accès. En étant du bon côté de la barrière.
Un ouvrage qui provoque un étrange sentiment teinté de malaise, d’intérêt et d’angoisse.
Le crime au quotidien ne peut se comparer aux séries télévisées. Un meurtre est toujours horrible. Avec cette scène de crime où la vue et l’odorat sont mis à rude épreuve. Tout contribue à laisser « une marque indélébile sur le parchemin de la mémoire. »

Les auteurs n’apportent pas de jugement. Leur objectif est de présenter les coulisses de la justice et de faire rencontrer certains acteurs qui font parfois l’objet d’un article dans la presse. Comme les troupes du RAID (Recherche, Assistances Intervention et Dissuasion), ces soldats d’élite de la police française. « Les hommes du RAID, c’est une bande de potes aiguillonnés par le danger, cimentés par le risque. Ils ont la conscience aiguë d’être le dernier recours. Après eux, il n’y a plus rien, plus personne. »
Un monde criminel qui n’est pas réservé au milieu masculin. Comme le prouve ce dossier consacré à ces destins de femmes : femmes tueuses ou femmes de voyou. La prison, on en parle souvent dans  les pages des quotidiens. Mais que sait-on vraiment à son sujet? Les auteurs nous ouvrent les portes de ces établissements pour rencontrer les longues peines ou les libérés qui racontent la vie après la prison. La réalité, déprimante, n’a rien à voir avec la version cinématographique. « La prison, on en sort abîmé ou endurci, ou les deux à la fois. On en sort rarement plus heureux qu’au moment où on y est entré. »

Un dossier plonge également le lecteur au cœur du département de la police scientifique sur les traces des spécialistes de la balistique. Ou bien encore exprime la difficulté du chroniqueur judiciaire qui a souvent de la peine à rester neutre dans la tragédie qui se joue devant lui dans la salle d’audience.

Des dossiers ponctués de récits d’affaires criminelles hors du commun. Comme l’étrange destin de Laurence Baker, condamné à la chaise électrique aux Etats-Unis puis gracié. Et, mortellement électrocuté par l’un des bricolages réalisés en prison.

 Comment, en refermant ce gros magazine de quelque 176 pages, ne pas se souvenir de ce passage lu ? Celui d’un officier de police de terrain et qui fait froid dans le dos. « Le soir, l’appétit n’y est pas. Juste envie de se laver. Et toujours la même remarque quand on rentre :  tu as une drôle de tête… - Oui, j’ai vu quelque chose de pas joli. »

Les mots restent coincés dans la gorge. Avec les mauvais souvenirs  personnels qui remontent à la surface.
À chaque affaire.

 Philippe Degouy

 « Crimes et châtiments. Quand le fait divers devient majeur. » Trimestriel N°1. Éditions Jacob-Duvernet. 176 pages. 15 euros

 Couverture : éditions Jacob-Duvernet

Posté le 15 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«L’exode de 1940 raconté par 120 témoins. T.2 »

Ce second volume de « Paroles d’exode », l’ouvrage de Roger Marquet publié aux éditions Weyrich, se veut un mémorial de papier de cet enfer vécu par des millions de belges et de Français lancés sur les routes pour fuir l’envahisseur allemand.
Un exode massif marqué par les souvenirs des anciens, ceux qui avaient vécu lors de la guerre de 1914-1918 les crimes ignobles des troupes allemandes.  Un recueil poignant qui participe au devoir de mémoire. Le résultat d’un appel aux souvenirs lancé par l’auteur dans les médias en mai 2009. «Et la guerre changea leur destin.»

PAROLEDEXODELe premier volume n’arrivait pas à contenir tous les récits d’importance historique. Ce second tome, de plus de 600 pages d’histoires vécues et illustrées de clichés personnels, raconte une fois encore la peur sur les routes avec le danger des avions allemands, la faim, la soif et la crainte, au retour, de ne plus rien retrouver. Maisons détruites ou biens volés. Un pillage souvent orchestré par… ceux qui étaient restés sur place ou revenus avant les autres.
Le récit de Roger Vachaudez, huit ans en mai 1940, résume parfaitement la situation vécue par ces civils jetés sur les routes. «Mes souvenirs sont la chaleur, la poussière, la fatigue, la soif surtout, les colonnes de réfugiés, les animaux morts ou perdus, les villes qui flambent. (…) Nous marchons toujours, combien de jours, je ne sais pas, refoulés par ici, admis par là. Je suis si fatigué de marcher. (…) Arrivé à un âge où les souvenirs s’estompent (…) je ne sais toujours pas ce que nous sommes partis faire sur les routes de France en ce beau mois de mai 1940. »
Tony Delcour raconte , lui, les attaques de Stukas allemands, sirènes hurlantes. «Les oiseaux de proie piquaient à quelques centaines de mètres devant nous dans l’axe de la route, semant l’effroi et mitraillant. Par deux fois, les Stukas repassèrent  très bas, achevant leur triste mission. Ces attaques de civils nous firent encore plus détester ces Allemands barbares.»

 «Septembre 1940, les derniers Belges sont rentrés chez eux. Mais, beaucoup n’ont pas eu cette chance. Près de 6.552 civils sont morts, tués sur les routes ou victimes de bombardements.  Et la suite de cet exode se résume en quatre ans d’occupation allemande


«De la fureur des Teutons, délivrez-nous

 Philippe Degouy

 “Paroles d’exode. L’exode de 1940 raconté par 120 témoins.” Tome 2. Par Roger Marquet. Editions Weyrich. 648 pages.

 Couverture : éditions Weyrich

Posté le 14 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Comment revivre sans Internet après une overdose»

« Depuis quinze ans, chaque année avec de plus en plus d’intensité, je partage ma vie en ligne. Je donne et je reçois du bonheur. Je ne suis jamais seul. Je dois tout au Net. »

 L’auteur, Thierry Crouzet est un spécialiste des nouvelles technologies. Depuis des lustres, le Net n’a plus aucun secret pour lui et ses blogs sont lus par un public fidèle. Il s’est habitué au succès.  Et il en veut encore et encore. Mais le corps ne suit plus et le conduit au service des urgences. Crise cardiaque? Non, juste une grosse fatigue provoquée par un excès d’internet. La surprise est grande. «Peut-on être addict au Net comme à une vulgaire drogue ?» Inconcevable, mais pourtant … Le sevrage est indispensable, au risque de passer l’arme à gauche.  «J’admets que je dois changer de vie. Je ne suis jamais au repos. Je suis accro. Cette technologie imaginée pour nous aider à mieux communiquer a fini par me transformer en toxicomane. Je ne contrôle plus rien, consumé par ce qui m’a nourri. Je dois me réapproprier ma vie, ne plus la subordonner aux messages qui déferlent sur moi. Personne avant nous n’a vécu avec Internet. Personne ne peut nous guider

 Comme un drogué qui possède encore une ultime pointe de lucidité, Thierry Crouzet décide d’entamer une cure. Radicale : couper les liens virtuels pendant six mois. Autant dire une éternité pour un geek. Une addiction pernicieuse, car sans symptômes physiques. «Je découvre soudain que pour les gens, je suis celui qui passe sa vie en ligne. Un animal de foire que personne ne prend au sérieux

 JAIDEBRANCHECe livre, « J’ai débranché » (paru aux éditions Fayard), relate cette cure sous la forme d’un roman, d’un carnet de bord. Mois après mois. Drôle mais avec cet humour qui déclenche ce rire jaune. Car Thierry Crouzet, c’est vous ! C’est moi ! C’est nous ! Tous plus ou moins englués dans ce monde virtuel qui nous entoure et qui nous coupe des plaisirs de la vie. Bien réels.  Nous suivons donc avec intérêt cette désintoxication, en futures victimes de ce Net qui coule sur nos vies inquiètes. Un ouvrage qui n'est pas une attaque contre le Net, mais qui dénonce sa mauvaise utilisation.

Une déconnexion du village global qui provoque des crises d’angoisse, des peurs existentielles. Comme l’explique l’auteur : «vivre en déconnecté ne me déplaît pas. Cet état végétatif me convient. Mais je vois un danger : me replier sur moi-même, finir par ne plus parler à personne.»

Sans mail, sans blog, le «malade» redécouvre peu à peu les petits bonheurs du quotidien, de la vie en famille.
Puis, un jour, il se reconnecte. Pour voir.

«Je me suis reconnecté mais avec un régime drastique. Au diable les dévoreurs de temps, les mails inutiles. Expéditeur indésirable. Désabonnez-moi. Je ne veux plus être dérangé, dépouillé de mon temps, arraché aux beautés avec lesquelles j’ai choisi de vivre. Le contrôle exige de la discipline. J’espère que je m’y tiendrai.» Nous aussi.

 Philippe Degouy

« J’ai débranché. Comment revivre sans Internet après une overdose. » Par Thierry Crouzet. Éditions Fayard. 18 euros. 308 pages.

 Couverture : éditions Fayard

Posté le 13 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«La Mini. Un jouet pour adulte»

Publié par les éditions E-T-A-I dans la collection Autofocus, le nouvel ouvrage de Bernard Sara replace ses lecteurs derrière le volant de l’une des légendes de l’histoire de l’automobile : la Mini. Non pas le modèle actuel vendu par BMW, mais celle qui a bouleversé les modes avant d’en créer d’autres et en inspirant largement les citadines actuelles.

MINIPrésentée le 18 août 1959, la « voiture du peuple » britannique est rapidement devenue l’égérie des années 60-70, pilotée par un large panel de célébrités qui ont, il faut le reconnaître, donné un sérieux coup de pouce aux ventes de cette petite voiture qui était jugée trop bon marché pour être fiable. Les Beatles, Peter Sellers, Mister Bean… tous ont piloté cette petite voiture pleine de charme. Y compris outre-Atlantique avec un Steve McQueen tombé amoureux d’une Mini Cooper S de 1967 peinte en brun métallisé. Star sur la route, véhicule de star mais aussi star sur grand écran où elle fut l’héroïne du film « The Italian Job » avec Michael Caine dans la version originale du film devenu sujet d’un remake US.

La Mini, voiture de ville par excellence pour sa taille réduite et sa faible consommation, est également devenue une bête de course dans les rallyes sous sa version Mini Cooper. Comme le rappelle l’auteur, la presse britannique avait à l’époque parlé de la Mini en ces mots : « une musculature de loup dans un corps de brebis. »

L’auteur de cet essai est tombé amoureux de ce petit bolide. Cela se devine. La belle est présentée sous toutes les coutures, magnifiée dans le cadrage des photos, replacée dans des écrins dignes de son panache.
Contrairement à d’autres ouvrages consacrés aux voitures, celui-ci n’a rien d’un catalogue de vente. On sent ici la passion ressentie pour une petite voiture disparue des show-rooms, mais pas du paysage routier. Nombreuses sont encore les Mini en circulation. Et force est de constater que l’on aime se retourner sur elles.
Certaines vendues en série limitée sont devenues plus rares que certaines Rolls-Royce. Comme cette « For Ever » avec son drapeau  britannique peint sur le toit et équipée de toutes les options possibles.
Un modèle rare vendu à 150 exemplaires.  Juste avant la sortie de chaînes de montage de la dernière Mini, le 6 octobre 2000, de nombreuses Mini sont achetées comme pièces de souvenir d’une époque révolue.

Outre les multiples versions de la Mini « classique », l’album présente également les multiples variations de la voiture : en version break, en décapotable ou sous la forme de cette Mini Moke présentée comme la Jeep anglaise avant de devenir le symbole d’une série télévisée : le « Prisonnier », avec Patrick McGoohan.  

 La Mini ? So british !

 Philippe Degouy

 «La Mini. Un jouet pour adulte.» Texte de Bernard Sara. Photographies de Pierre-Yves Gaulard. Éditions E-T-A-I. 29,90 euros. 129 pages.

 Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 10 février 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Les Affreux ou l’esprit d’Audiard revisité” (BD)

Nourris au cinéma « de papa », les auteurs de la bande dessinée  « Les Affreux » (éditions 12bis) rendent un nouvel hommage aux acteurs français qui ont rempli les salles de cinéma dans les années 60-70.
Sur la trame du récit d’un braquage de banque qui tourne au carnage, l’album permet de retrouver des personnages truculents. Avec en tête d’affiche un Jean Gabin plus bourru que jamais dans son rôle de veuf misanthrope. Mais aussi Lino Ventura, Bernard Blier, Michel Constantin, André Pousse, Bourvil, Steve McQueen (en fils de Gabin, il fallait oser), Paul Meurisse, Robert Dalban. Sans oublier un Louis de Funès en officier de police teigneux. Un casting  de rêve pour un film qui ne verra jamais le jour, hélas.

Les affreuxNous ne pourrions pas trouver mieux que ces mots de l’éditeur : « un polar où les bourres-pifs tombent comme les impôts sur le contribuable et les bons mots comme la pluie en période de mousson. »

Un album qui se déguste le sourire aux lèvres grâce aux répliques typiquement « audiardiennes » : « dans la vie, il faut toujours être poli ! Ça évite de finir dans une tombe au milieu des bois ! », « Effectivement, le Mangin, c’est pas un gladiateur avec ses poings. Mais quand il tient une sulfateuse dans les pognes, il te remplit un cimetière plus vite que la peste. »

Sans vouloir être désobligeant les aminches, l’album est plutôt destiné aux lecteurs avertis. Ceux qui possèdent une culture cinématographique populaire suffisante pour comprendre les allusions des auteurs et les clins d’œil disséminés dans l’album (comme ce restaurant baptisé Le Doulos).

Vous avez aimé les comédies policières françaises des années 60-70? Si oui, vous adorerez cette bande d’ « Affreux » au langage fleuri.
Un album qui appelle une suite prochaine. De quoi prolonger le plaisir de lecture.

 Philippe Degouy

 « Les Affreux. » Tome 1: Dumont père et fils.  Scénario de Frédéric Marniquet et Philippe Chanoinat, dessins de Jean-Luc Vergne et Denis Grand. Editions 12bis. 48 pages, 10,50 euros environ.

 Couverture : éditions 12bis

http://12bis.com/

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