Posté le 6 mars 2012 par Philippe Degouy

Courtrai. 11 juillet 1302. La mère de toutes les batailles pour la Flandre

Maître de conférences en histoire médiévale à la Sorbonne, Xavier Hélary publie aux éditions Tallandier «Courtrai. 11 juillet 1302». Un récit historique consacré à cette bataille qui a fait couler beaucoup d’encre et généré pas mal d’idées fausses. Un ouvrage passionnant qui répond à de nombreuses questions : «pourquoi la guerre a-t-elle éclaté entre l’armée de Philippe le Bel et ses sujets flamands ?  Comment les chevaliers français, des hommes habitués au combat, ont-ils pu tomber dans un piège aussi grossier que le choix de ce terrain défavorable aux mouvements de cavalerie ? Quelle est la valeur symbolique de cette victoire pour les Flamands ?

COURTRAIQuant au bilan de cette bataille, les sources divergent selon les camps en présence. Du côté flamand, l’auteur estime les pertes à « quelques centaines de morts. » Côté français, «si l’on admet que le total de la cavalerie était compris entre 2.000 et 3.000 chevaliers, il ne semble pas aberrant de penser que les pertes avoisinèrent au minimum la moitié des effectifs engagés au combat.»
Parmi les nobles tués, le comte d’Artois, guerrier de valeur mais sans expérience du commandement d’une armée. «Aussi riche et variée qu’elle ait été, son expérience de la guerre  l’a-t-elle préparé à combattre une armée de fantassins, à la tête de 2.000 cavaliers ? On peut se le demander

Xavier Hélary remet aussi les choses au point concernant l’armée flamande, souvent sous-estimée dans les récits et présentée comme un ramassis de paysans, de misérables. Une vision incorrecte.

Il s’agissait en effet d’une armée bien équipée, composée de corps d’élite et de milices de métiers (des tanneurs, des bouchers…). Au sein de celle-ci, les Brugeois ont constitué le contingent le plus nombreux avec une fourchette comprise entre 2.500 et 3.500 hommes. Mais quant à parler d’une nation flamande rassemblée sur le champ de bataille de Courtrai, il faut nuancer le propos. «Toutes les milices des villes de Flandre ne sont pas présentes. Plusieurs villes de premier plan se cantonnent dans une attitude prudente, à commencer par la plus importante, Gand (‘un Gantois peut-il suivre de bon cœur un Brugeois ?’). Quant à Courtrai devant laquelle se déroule la bataille, aucune source ne vient confirmer explicitement la présence de ses habitants dans l’armée victorieuse. »  À vrai dire, à bien y regarder, les vainqueurs de Courtrai sont moins les Flamands, dans leur ensemble, que les Brugeois et leurs alliés.  «La bataille de Courtrai n’oppose pas deux nations au sens moderne du terme. Contrairement aux récits des chroniqueurs qui opposent Flamands et Français. »

 Enfin, quelle postérité attribuer à cette bataille de Courtrai qui restera sous le nom de «bataille des Éperons d’or» (à cause des éperons français ramassés sur le terrain et exposés comme trophées) ?
Pour les Français,  il s’agit du «premier désastre de la chevalerie, un échec majeur du règne de Philippe le Bel.» Au fil du temps, le souvenir de cette bataille, sans impact sur l’Histoire, s’est évanoui dans l’histoire de France. Après Courtrai, l’armée française s’est vengée lors d’autres batailles contre les Flamands. À Mons-en-Pévèle en 1304, à Cassel en 1328 ou à Roosebeek en 1382.

 De ce côté de la frontière, cet événement est revenu au premier plan lors de la naissance de la Belgique. «Au point d’en faire l’un des éléments fondateurs de l’histoire nationale belge, au même titre que l’épopée de Jeanne d’Arc en France. En 1973, le 11 juillet devient légalement le jour de la fête de la communauté flamande. Pour les nationalistes flamands, Courtrai est devenu la victoire des Germains sur les Français." Quant à la célébration nationale, elle s’est estompée. Le temps a passé.
D’autres guerres plus meurtrières pour la Belgique ont eu lieu.

 Philippe Degouy

 “Courtrai. 11 juillet 1302”. Par Xavier Hélary. Collection L’Histoire en batailles. Éditions Tallandier. 16,90 euros. 208 pages

 Couverture : éditions Tallandier

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