Docteur Poche, ou l’envol de nos rêves (BD)
Qui pourrait encore nier qu’il est possible de voyager dans le temps ? Personne après avoir (re)lu cette intégrale consacrée au Docteur Poche, personnage créé par Marc Wasterlain en 1976 et qui retrouve le chemin de notre présent atteint de sinistrose grâce aux éditions Dupuis.
Délicieusement nostalgique, cette série permet de replonger au cœur des années 80, ces années d’adolescence vécues par les trentenaires et quadras d’aujourd’hui et porteuses de souvenirs restés intacts. C’était bien avant la crise de l’euro, de l’emploi perdu, de l’avenir sombre, de l’insécurité. On s’en moquait bien, c’était le temps des copains (et copines), des visions sur le passage difficile d’adulte en devenir. Comme le chantait Bourvil, « c’était bien ». Et puis, tout s’est éteint. Les rêves se sont envolés. Un bain de jouvence? Oui. La formule de l’éditeur n’est pas usurpée pour qualifier les albums de Wasterlain qui mélangent humour, fantastique et contes de fée. Difficile en effet de mieux qualifier cette oeuvre.
Comme l’explique le critique et spécialiste du monde de la BD Didier Pasamonik dans le cahier d’archives qui accompagne l’intégrale, «la saga du Docteur Poche est un remarquable chef-d’œuvre d’humour fantastico-burlesque à l’image de son créateur, enjoué comme un merle moqueur qui traverse son époque de manière complètement libre. » Rêveur, rebelle et écologiste. On comprend sans peine pourquoi Franquin s’est attaché à cet auteur à qui il a d’ailleurs rendu le plus beau des hommages : « si je pouvais, je choisirais de dessiner comme Wasterlain.» Sans rancune pour ce dernier, qui avouait plutôt un culte pour Hergé dont on retrouve d’ailleurs les clins d’œil au fil de la saga.
Ce dernier tome de l’intégrale reprend trois albums – «Le renard bleu», «Le petit singe qui faisait des manières» et "La forêt magique» - et des histoires restées inédites en albums, comme « La part du rêve », romantique à souhait.
Docteur Poche, une saga définitivement refermée ? D’accord, Marc Wasterlain ne croit pas à la vie après la mort, mais il souligne cependant que «les personnages de BD ne meurent jamais vraiment. Il est donc fort possible que le Docteur Poche ressurgisse un jour par un de ces tours de magie dont il a le secret.» Notre monde a besoin de rêver. Plus que jamais.
Philippe Degouy
«Docteur Poche, l’intégrale tome 3.» Par Marc Wasterlain. Éditions Dupuis. 223 pages, 24 euros
Couverture : éditions Dupuis

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