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Posté le 19 octobre 2012 par Philippe Degouy

Ni rétrograde, ni passéiste: "Schnock"

«Si vous aussi vous ressentez l’envie d’échapper à l’hystérie de l’époque en tournant poliment le dos au jeunisme ambiant, ‘Schnock’ est pour vous. » Une invitation à la découverte qui ne peut qu’être suivie. Par curiosité. Par envie de lire des articles plus épicés, qui  titillent nos souvenirs. Avouons-le, nous ne connaissions pas ce gros magazine (de 170 pages) avant l’envoi de l’exemplaire en service de presse. Erreur réparée avec cette chronique qui témoigne de notre réel enthousiasme pour le ton adopté par les auteurs et les sujets qui donnent dans la nostalgie, mais avec humour et érudition. En ouvrant « Schnock », nous voici revenus par un petit tour de magie au cœur des années 70 et 80. Celles des loubards, dont l’histoire est racontée ici, en détails. Ces « voyous » qui ont terrorisé la France de Danièle Gilbert.
Schnock4De lointaines  années qui furent également riches en journalistes charismatiques, comme le présentateur du JT de 13 heures sur TF1, Yves Mourousi, brillant, pro et à la double vie. L’attentat commis contre son appartement à coup d’explosif est raconté par l’ami intime du journaliste, le superflic de l’anti-gang Eric Yung. Une étrange affaire qui a fait couler beaucoup d’encre à l’époque.

La rentrée scolaire appartient désormais au passé, mais comment ne pas avoir la larme à l’œil avec cet inventaire à la Prévert des objets qui peuplaient nos rentrées d’antan. Ces madeleines de Proust de petits écoliers. Comme ce taille crayon en métal à deux entrées (pour petit et gros crayon), ou ce fameux rapporteur, rarement employé. Ou bien encore ce bloc de feuilles de papier millimétré réclamé par les cours scientifiques. Sans oublier le Bic à quatre couleurs ou le flacon de Tipp-ex qui transformait nos copies en plaques de plâtre. Souvenirs, souvenirs.

Le cinéma n’est pas oublié dans « Schnock » avec une visite insolite et illustrée du San Francisco d’Alfred Hitchcock. Si vous souhaitez retrouver les lieux et l’ambiance du film « Sueurs froides », suivez le guide, il connaît son sujet. Le magazine qui aime les sujets décalés consacre par ailleurs une rubrique aux seconds couteaux du cinéma. Comme Dominique Zardi. Son nom ne vous dit sans doute pas grand-chose mais son visage, typique du cinéma d’Audiard et de Jean-Pierre Mocky, devrait vous rappeler de nombreux films tournés. Notamment avec Louis de Funès (« Jo », « Fantômas », « Rabbi Jacob »….).
Parmi les autres articles qui occupent l’ouvrage,  citons notamment un entretien original accordé à Dick Rivers, des souvenirs liés à Vince Taylor ou une présentation du magazine « Strange » qui a marqué une génération de jeunes lecteurs, au même titre que « Spirou » et « Tintin ». « Strange », publié par les éditions françaises Lug, ouvrait la porte aux superhéros américains (Daredevil, Spiderman, Iron man etc). Autant de personnages qui ont affronté un ennemi redoutable : la Commission  française de censure sur les publications destinées à la jeunesse. Une combat de haute lutte raconté en détails.

 Depuis son numéro un, « Schnock » a pris l’habitude de confier sa couverture et son dossier principal à une personnalité des années bonheur (comme dirait Patrick Sébastien). Après Jean-Pierre Marielle, Amanda Lear et Jean Yanne, c’est Daniel Prévost qui endosse le costume de Monsieur Loyal pour ce quatrième numéro. L’auteur inoubliable du célèbre reportage sur Montcuq (pour le « Petit rapporteur » de Jacques Martin) et de ce trait d’humour, « le temps passe et les œufs durent ». Souvent cantonné dans des rôles de con ou de petit Français moyen, Daniel Prévost, au rire typique, a pourtant occupé le devant de la scène avec des rôles dramatiques. Tant au théâtre qu’au cinéma. Des rôles qui correspondent le mieux à sa personnalité, plutôt grave.

 Poussez-vous « bande de ringards », laissez passer le « Schnock » nouveau pour un sacré voyage dans le temps, au cœur des années Giscard et Mitterrand.

 Philippe Degouy

"Schnock, la revue des vieux de 27 à 87 ans". N°4, automne 2012. La Tengo éditions.  176 pages, 14,5 euros. www.La-Tengo.com

Couverture : La Tengo éditions

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