Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 26 avril 2013 par Philippe Degouy

Le baron qui aimait le rouge du ciel

Devenu une figure mythique de l’aviation lors de la Première Guerre mondiale, l’Allemand Manfred von Richthofen a rapidement alimenté passion et légende. Pierre Veys au scénario et Carlos Puerta au dessin débutent aux éditions Zéphyr une nouvelle série, adaptation libre de sa vie. Un tel personnage, fantasque et sans peur, ne pouvait qu’inspirer ces auteurs qui ont choisi comme angle d’attaque le côté surnaturel que possédait le pilote. Un don qui le rendait capable de lire dans l’esprit de ses adversaires et de jouer avec leur peur pour ensuite les défaire au combat. Le premier tome (déjà chroniqué dans ce blog) nous avait laissé une bonne impression et le deuxième ne fait que confirmer notre intérêt.

L’intrigue de ce tome deux, «Pluie de sang», reprend à la fin du duel aérien au-dessus de Bruges qui clôturait le premier album. Victorieux sans avoir combattu, Manfred von Richthofen se  montre frustré de devoir  se contenter d’une place de mitrailleur arrière. Poste trop passif pour user de son don naturel. Il apprend alors à piloter pour gagner son indépendance et affronter ses prochaines victimes. Seul à seul.  Pour être enfin un acteur dans la pièce macabre qui se joue dans les cieux de cette guerre mondiale, pure boucherie.
Que les amateurs d’action se rassurent, ils auront droit dans cette bande dessinée à d’éprouvantes  joutes aériennes.  Certaines planches sont à couper le souffle, lieu commun, certes, mais qui se révèle exact dans ce cas précis. Par leur découpage cinématographique, elles reflètent parfaitement le drame qui a dû se jouer à de multiples reprises dans les airs. Avec des pilotes issus des deux camps qui s’affrontent quasiment les yeux dans les yeux, avec la mort comme arbitre assoiffé.
Comment ne pas ressentir de peine pour ce jeune pilote français devenue la pauvre proie d’un Manfred von Richthofen aussi dénué de pitié qu’un chacal. La scène de mise à mort est terriblement dramatique. Le lecteur assiste, impuissant, à la scène et doit écouter le pilote allemand soliloquer dans son cockpit : « je ressens soudain sa peur. En fait, c’est plus que de la peur, c’est de la panique. Ce pilote est un débutant. J’hésite à tuer. Je prends un grand plaisir à ce jeu de mort. Maintenant, j’ai envie de l’achever. Je sais exactement où viser ! » Avec ce premier meurtre, une exécution, il est maintenant trop tard pour Manfred d’échapper à son destin de tueur. Il a pris le goût de tuer. Un plaisir qui n’est pourtant pas neuf, comme l’expliquent les flash-backs. Avant l’aviation, il était guerrier au sein des Hulans, ces unités de cavalerie  allemandes et responsables d’exactions devenues des souvenirs redoutés par les populations civiles. Comme cette pendaison de moines belges suspectés de collaboration avec la France.

Baron_rouge_2Sûr de son don, Manfred s’efforce de convaincre ses amis de son existence et de l’alimenter en vies humaines. Avec lui, la pluie qui s’abattra sur les tranchées, théâtre d’une sauvagerie historique, sera rouge. Comme le sang versé par les aviateurs franco-britanniques. Rouge comme la couleur de son Fokker Dr1 477/17 qui lui servira bientôt de monture. Dans un prochain volume. Dans une prochaine aventure.

Philippe Degouy

 «Le baron rouge. Tome 2. Pluie de sang.» Scénario de Pierre Veys, dessin et couleur par Carlos Puerta. Éditions Zephyr BD, 48 pages, 14 euros

 Couverture : éditions Zéphyr BD

http://www.zephyreditions.net/bd.php?bd=185&position=14

Réactions