Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 21 juin 2013 par Philippe Degouy

"On n'est pas bien là"? Décontractés, à la fraîche , avec un Schnock estival, plus frais qu’un Gini

Dans les années 70, il y avait le journaliste Roger Gicquel, habitué à plomber l’ambiance (Souvenez-vous de : « La France à peur »). En 2013, il y a « Schnock », le magazine des éditions La Tengo. Et avec lui la France se marre. Du moins les vieux de 27 à 87 ans, qui peuvent retrouver les plaisirs démodés des années Pompidou et Giscard. Les jeunes sont quant à eux priés de respecter le carré blanc du sommaire de ce numéro et de filer dans leur chambre pour écouter leurs braillards du Top 50 (cherchez l’erreur).

_SCHNOCK-COUV-n_7_mDe fait, cette livraison estivale risque de faire rougir les bégueules avec un dossier principal dédié au trio infernal d’un classique du cinéma des années 70 : « les Valseuses ». Terme élégant pour désigner ce que les Canadiens appellent « les gosses ».
Gérard Depardieu (celui qui précédait le Depardieu made in Russia), Patrick Dewaere, et la magnifique Miou-Miou, interrogée par la rédaction sur sa carrière et les coulisses de ce film déjanté. Un classique à propos duquel tout ou presque a déjà été dit. Même si « Schnock » réussit l’exploit de passer outre, avec un dico spécial « Valseuses », des anecdotes de tournage et le best of des critiques. Entre « La Croix » qui parle de « décharge publique » et « Paris-Match » qui parle des « Valseuses » comme d’un  « film truculent, osé et qui a une qualité rare : il rend heureux. »
Ceci dit sans oublier un entretien avec son réalisateur, Bertrand Blier qui avait fait de la provocation son cheval de bataille. Aujourd’hui, on le sent plutôt désabusé par le milieu: « le cinéma emmerde tout le monde. À part les ados. » Il faut dire que sa filmographie, provocante,  avec « Buffet froid », « Tenue de soirée » ou « Préparez vos mouchoirs », ne sera plus jamais égalée dans notre époque cadenassée par le politiquement correct. Comme le dit Blier à propos de son film, « On a mis la main au paquet de la France de Pompidou. » Un bon résumé.

 La présence de Miou-Miou dans les pages donne l’occasion à « Schnock » de passer en revue le sort des actrices des années 70-80, victimes du sort cruel que réserve le cinéma aux acteurs (et actrices) qui ne sont plus « bankables » (rentables) : Marlène Jobert, Sophie Marceau, Valérie Kaprisky, Anémone ou Béatrice Dalle.
On reste dans le cinéma avec l’entretien accordé au réalisateur Gérard Pirès, fou de vitesse et d’armes à feu, et qui a laissé des classiques du cinéma populaire français. Comme « Erotissimo », « Fantasia chez les ploucs » ou « L’entourloupe ». Sans parler de  « Taxi ».

Johnny a 70 ans. Un anniversaire célébré dans la presse populaire. « Schnock » lui rend un hommage à sa façon dans un dossier consacré aux bourdes chansonnières. Juste retour des choses pour ce  fidèle contributeur. Avec cet extrait des « Chiens de paille » : « c’était fin août, début juillet » Un rocker qui n’est pas le seul à s’accrocher au pinceau. Même Cloclo a dérapé, avec son Spoutnik situé en 1962 au lieu de 1957. Plus fort, Michel Jonasz parle de Mimoun dans l’équipe de France de football et Gilbert Montagné chante le plaisir de « vivre sous l’Equateur du Brésil, entre Cuba et Manille ».

Pour la 100e édition du Tour de France, le magazine ouvre ses archives pour offrir un dico insolite, avec de nombreuses histoires savoureuses et une petite attention rendue aux hôtesses du Tour qui réalisent également un bel exploit. Celui  d’embrasser tous les jours des coureurs qui ont transpiré pendant sept heures dans des maillots synthétiques, sans jamais arrêter de sourire (jaune, comme la précieuse tunique).

 Les amateurs de critiques littéraires ne manqueront pas l’entretien accordé par Angelo Rinaldi à Eric Naulleau. Un joli duel de flingueurs. Avec un parrain: Cino Del Duca devenu magnat de la presse avec des créations comme « Nous Deux » ou « Télé Poche ». Avec André Bercoff, l’interview est saignante également. Journaliste écrivain, il dévoile notamment le talent d’écriture de son nègre : un certain François Hollande. Oui, c’est lui, le président « Moi, je » qui attire la pluie partout où il va.

 Après le rire et  la culture, « Schnock » verse dans l’émotion. Et vous fait pleurer avec l’histoire de cinq minutes de bonheur quotidien : le cultissime « Bonne nuit les petits ». Avec Nounours, Nicolas et Pimprenelle. Sans oublier le marchand de sable qui savait si bien jouer de son pipeau.  Une série imaginée par le Bruxellois Claude Laydu pour une affaire de famille qui a envoyé au lit des millions d’enfants. Les héritiers de Claude Laydu retracent les coulisses de cette perle qui peut sembler bien idiote aux gamins de l’ère vidéo. Qu’importe.

 Avec ces chaleurs qui marquent le début de l’été, si nous passions au bar ? Avec la seconde partie du top 15 des apéritifs « has been ».  Une petite orangeade ? Ou un picon bière pour regarder le soleil se coucher avec Germaine ? Pour les puristes, le choix n’est possible qu’entre le Ricqlès et le Gini. À l’époque, la classe laborieuse se délectait de « 33 Export » ou de Dubonnet, « le Channel n°5 du gaullisme » à savourer avec les carrés de fromage ou les chips au paprika.

Et quoi, chers amis lecteurs. « On n’est pas bien là ? Paisibles, à la fraîche, décontractés. »

« Schnock ». Refermé, « il reste de toi un doux parfum de vacances giscardiennes, un embryon de ces années perdues en K-way et 504 beige métallisé. »  C’était bon.

 Bel été.

 Philippe Degouy

 «Schnock n°7. La revue des vieux de 27 à 87 ans ». La Tengo éditions. 176 pages, 14,5 euros.

 Couverture : éditions La Tengo

Réactions