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Posté le 16 juillet 2013 par L'Echo

Vis ma vie de journaliste numérique

 « Alors tu en penses quoi du livre d’Alice Antheaume sur le journalisme numérique ? », me demande mon collègue. « Tu as appris des choses ? »

Non pas vraiment, avais-je envie de lui répondre.  Mais par contre, il m’a permis de  voir à quel point je ne pratique plus aujourd’hui  le même métier qu’il y a quinze ans. Car oui, je le confesse, je suis devenue une journaliste en ligne.   Et je dis bien confesse, car dans le petit cercle fermé de la presse écrite, le journaliste numérique reste encore trop souvent une sorte de sous-journaliste. « Pakistanais du web » ou « journalistes low cost » (…), les journalistes en ligne ont longtemps été « pris au mieux pour des informaticiens, au pire pour des semi-stagiaires en documentation, en tout cas pour des personnes sous-qualifiées, incapables de mener une enquête sérieuse, tout juste bonnes à bâtonner de la dépêche », note Alice Antheaume.

Un constat qu’elle tempère toutefois d’un « le journaliste numérique dispose d’un nouvel éventail de compétences qui n’a plus guère à voir avec l’arsenal traditionnel du métier.» Ah, ah ! Je dispose donc de nouvelles compétences. Voyons voir lesquelles.

  •  « C’est le travail des journalistes en ligne (…) de filtrer minute par minute, ce stock gigantesque d’informations », indique l’auteure. VRAI. Jamais je n’ai passé autant de temps à trier, sélectionner, lire, comparer, départager les informations. Avant, j’allais cinq fois par jour au téléscripteur (ndlr pour les moins de 30 ans, il s’agissait d’une machine qui imprimait des dépêches sur du papier à longueur de journée)  et presqu’autant de fois au fax (idem que la précédente machine mais pour les ancêtres des mails). Mais cela c’était avant. Aujourd’hui, j’ai deux écrans. Le Bloomberg est à deux mètres de moi. Quand je lève les yeux, il y a au moins trois télévisions dans ma ligne de mire.  Mon regard passe sans cesse de mon fil de dépêches à ma plateforme Seesmic. Et de cette masse d’info, j’essaye de faire un ensemble cohérent. Je filtre ce que le lecteur doit savoir. Andy Carvin, un Twitter-journaliste se qualifie de « DJ, chargé de mettre en musique la matière informative, d’improviser tout le temps en mixant des morceaux pris un peu partout (…) ».   Je le rejoins à 100%.
  • « Un journaliste n’a pas terminé son travail sitôt son article mis en ligne. C’est même l’inverse. » ENCORE VRAI. Avant, quand j’étais une journaliste traditionnelle, j’avais la journée pour collecter l’information dont j’avais besoin et rédiger mon texte. Ma seule préoccupation était de réaliser un produit fini avant que l’heure du bouclage. Mais cela c’était avant.  Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Quand j’ai mis mon article en ligne, il commence seulement à vivre. Je le reprendrai et le republierai autant de fois qu’il sera nécessaire. A chaque fois que j’aurai un complément d’information, une nouvelle photo, une nouvelle video,… Je le partagerai. Les internautes le commenteront. Je le republierai peut-être même le lendemain avec les nouvelles de la nuit. Mon article n’a plus jamais de point final.
  • « Il était un temps où les journalistes, se sentant investis, d’une mission supérieure –informer le peuple-, distribuaient aux lecteurs les informations qu’eux seuls jugeaient bon de divulguer.» TOUJOURS VRAI. Avant, je me disais « Tiens je ferai bien un article sur tel ou tel sujet ». Feu vert de mon chef. Et hop, l’affaire était emballée, pesée. Le résultat publié dans le journal du lendemain. Mais cela c’était avant. Aujourd’hui, j’ai signé un pacs avec mon audience. Certains m’appellent par mon prénom. Je leur dis tout ce que je sais. Ils me posent des questions.  Je tente de leur répondre. Et quand je ne connais pas la réponse, je leur dis aussi. Je sais ce qui leur plait (merci ChartBeat). Si j’ai le malheur de me tromper, ils sont là pour me le dire. Je n’écris plus  pour écrire, mais pour être lue.

 

Bref, tout ça pour dire qu’après la lecture du livre d’Alice Antheaume, je me dis que finalement avant c’était le bon temps, mais qu’aujourd’hui c’est plus vivant. Et pour conclure, je vous laisse cette petite phrase d’Eric Schmidt (Google) : « Le web sera comme l’électricité, toujours là».

par Anne-Sophie Bailly

 

Chers confrères, ne lisez pas ceci!

Dans son livre, « Le journalisme numérique », Alice Antheaume, livre également une série de do et de don’t pour les journalistes en ligne.

- Donnez la parole aux lecteurs. « Lorsque les internautes n’ont pas voix au chapitre, ils ne manquent pas de s’en plaindre.»
Vérifiez, vérifiez, vérifiez. « Il ne suffit pas de publier vite, il faut publier vrai. »
Racontez une histoire.  « Il est faux de dire que les longs formats ne marchent pas sur internet.»

-   Diffusez.  « Le journalisme numérique ne saurait négliger l’importance du référencement pour que ses contenus soient visibles sur Google et soient, par conséquent, plus lus (…) Le SEO change bel et bien la façon d’écrire en ligne : non seulement le titre d’un contenu s’avère primordial pour le référencement, mais le thème de l’article doit aussi être répété plusieurs fois dans la page.»
-   Exploitez des contenus « facebookables ». « Facebook privilégie les messages qui interpellent. Les points d’exclamation, les points d’interrogation et le registre de l’émotion en général sont bienvenus. Plus vous employez des verbes d’actions, plus vos fans y répondront. »

Choisissez votre moment. « Le jour et l’heure de publication comptent également. Le week-end s’avère le plus gros pourvoyeur de likes et de partage sur Facebook, lorsque la concurrence est moindre que pendant la semaine. Les articles partagés le matin, vers huit heures ou la nuit sont plus partagés que ceux publiés l’après-midi (…) »

-  Twittez avec art. « L’art de titrer le tweet est primordial pour attirer l’attention : jeux de mots, humour et phrases chocs, même faciles, obtiennent plus de reprises qu’un titre dont la structure répondrait au schéma traditionnel sujet-verbe-complément.»

 

Le journalisme numérique, Alice Antheaume, Collection Nouveaux débats n°30 Presse des Sciences Po

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