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Posté le 27 septembre 2013 par Philippe Degouy

Un Schnock distrait passe, et l’ennui trépasse

Avec Pierre Richard dans le rôle de Monsieur Loyal pour le numéro 8 (déjà), «Schnock» a décidé de dérider une France déprimée par le climat hollandien. Rien de tel qu’un anar’ (c’est lui qui le dit) déjanté pour mettre à mal  des habitudes de pépère.

Schnock8web2_mPierre Richard ? Vous ne voyez pas qui c’est ? Mais si, pensez au diptyque «Le grand blond avec une chaussure noire» et «Le retour du grand blond». Ou «Je sais rien mais je dirai tout », «Le distrait» , «Le jouet» ou «La chèvre».  Il était l’une des têtes d’affiche du «box-office pompidolo-giscardo-mitterandien». Un comédien attachant, aux allures de grand rêveur, écolo-bobo distrait, qui revient sur sa vie de fils de nobles, sur ses débuts difficiles, ses réalisateurs fétiches et son point de vue sur les acteurs bankables d’aujourd’hui.

 «Belles, belles, belles ! » Toutes les filles l’étaient pour Claude François. Du moins dans l’ «Absolu», son magazine de charme qui voulait  envoyer son rival, «Lui» (réanimé depuis cet été), aux oubliettes. En bon professionnel secondé par une équipe dévouée, l’artiste n’est pas passé loin de la réussite, de mai 1974 à décembre 1975. Le temps de vie de son «bébé». « Absolu » était un pari audacieux et coûteux pour Claude François qui voulait «baiser la gueule» (sic) de Daniel Filipacchi, (créateur de « Salut les copains » dans lequel Cloclo n’avait pas de statut de star, ndlr).  «Absolu» était un magazine de charme peuplé de bonnes plumes et de photos d’excellente qualité, avec des artistes de renom comme Sieff ou Newton.  Claude François, sous son pseudo de François Dumoulin, officiait également avec de jeunes modèles.
Un magazine qui, s’il était lancé aujourd’hui, ne ferait pas long feu. Pour le ton impertinent et le choix des sujets.

Pas plus que l’émission mythique et insolente  Téléchat dont la genèse est racontée par le dernier membre du trio fondateur : Eric Van Beurgen (avec Henri Xhonneux et Roland Topor). Un ovni télévisuel qui débarque sur Antenne 2 le 3 octobre 1983 pour rivaliser avec TF1 et son « île aux enfants ». Un entretien sans entraves qui permet aux plus de trente ans d’en apprendre plus sur les personnages, comme Groucha, le chat au bras éternellement plâtré, ou Lola l’autruche.

Une émission politiquement incorrecte avec des doubles sens et qui n’aurait plus droit d’antenne aujourd’hui. Pourquoi ? Comme l’indique Eric Van Beurgen, «les gens qui dirigent les chaînes actuelles ne sont plus des créateurs mais des gens avec des parasols au-dessus de leurs têtes. »

 La musique n’est pas oubliée avec un portrait émouvant de Mort Shuman, le plus européen des chanteurs américains. L’auteur de classiques éternels comme «Papa Tango Charly », «Le Lac Majeur», «Un été de porcelaine» ou « Brooklyn by the sea ». Sans oublier les textes écrits pour Elvis Presley ou Janis Joplin.
Nul doute qu’il a compté pour Georges Lang, «le» monsieur musique made in USA au sein de la station RTL. Le parrain de la programmation nocturne sur la première radio de France. «Il possède plus d’un million de disques » proclame sa pub. On veut bien le croire. «Schnock» l’a rencontré pour un entretien fidèle à l’artiste, sans langue de bois. Comme il le dit lui-même, «je suis mon premier auditeur, je passe ce qui me plaît». Plus de quarante ans de liberté de ton et de choix musicaux. Qui dit mieux ? «Je suis un passeur et je n’ai pas envie de m’arrêter» (et nous non plus, ndlr). Son point fort? Son talent pour mélanger les tubes californiens et des morceaux de rock plus obscurs, qui ne sont pas matraqués à longueur de journée sur les radios commerciales.

 La place nous manque hélas pour parler de tous les sujets qui alimentent ce numéro huit, toujours égal à ses prédécesseurs. Donc excellent.
Sachez que vous trouverez aussi, tel un inventaire à la Prévert, un portrait sulfureux de l’écrivain américain Gore Vidal, un top 10 des voix radiophoniques des années 70 et 80. Celles qui accompagnaient nos nuits ou nos retours de week-end. Comme Max Meynier, André Torrent, Julie, Fabrice ou Albert Simon. Sans oublier l’histoire du balai mécanique Bissell (ancêtre de l’aspirateur), l’histoire de l’album mythique de Philippe Druillet, « La nuit », les souvenirs du journaliste Gilles Durieux relatifs à son ami Auguste Le Breton ou le top 10 des comédies françaises que vous ne verrez jamais. Heureusement.

Dans sa série consacrée aux endroits touristiques insolites, «Schnock» nous invite aussi au musée de Dampierre-en-Burly consacré au monde du cirque. Entre faux monstres et souvenirs de clowns, de trapézistes et d’animaux sauvages. Une visite qui donne envie de visionner le classique de Tod Browning, « Freaks ».

 «Schnock»,  ce magazine venu du passé pour redonner envie de se retourner une dernière fois sur ce qui n’est plus . Avec cette belle lumière blanche autour de laquelle gravitent nos meilleurs souvenirs de cette France de «papa» avec ses oeuvres oubliées et ses stars disparues.

Ni rétrograde, ni passéiste. «Schnock». Ce joli pied de nez au jeunisme ambiant et sincère bras d’honneur adressé au politiquement correct de 2013.  
Plus de 180 pages de lecture nostalgique mais pas pleurnicharde qui ramène à la France d’avant, celle de ceux qui sont devenus aujourd’hui de vieux schnocks et qui souhaitent qu’on remette en service la DS 19, et les speakerines pour meubler une télévision indigente.

Et si nous terminions cette chronique par une petite gâterie (comme on dit au Canada) ? Avec le top 10 des confiseries qui ont bercé nos années passées en culottes courtes et rempli le compte en banque de nos dentistes. Comme les Dragibus, le bubble gum Bazooka ou ces soucoupes au goût d’hostie remplies de sucre.

Entrez dans l’univers Schnock, c’est ouvert ! Mais réservé à un public de 27 à 87 ans.

 Philippe Degouy

 «Schnock n°8 ». Éditions La Tengo, 14,5 euros, 175 pages

 Couverture : éditions La Tengo

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