Posté le 15 novembre 2013 par Philippe Degouy

Dallas, 22 novembre 1963. Une journée en enfer

Dérivé du documentaire réalisé par Patrick Jeudy, grand spécialiste de l’Amérique contemporaine, l’album «Dallas, une journée particulière» (publié aux éditions Casterman) retrace cette fameuse journée de novembre 1963 qui n’a pas fini de faire parler d’elle.
Comme en témoigne ainsi le grand brassage médiatique actuel. 
Ce jour de 1963, l’Amérique avait  vu ses rêves de jeunesse partir en fumée. Le conflit Vietnamien n’était pas encore d’actualité et les teenagers profitaient encore de ces sixties qui font rêver aujourd’hui encore. 
DALLASSur un récit parfaitement documenté et commenté par Patrick Jeudy, Christian de Metter a réalisé pour cet ouvrage plus de 25 fresques qui marquent les grands moments de cette journée en enfer. Dans cette ville de  Dallas que le président détestait, tout autant que cet Etat peuplé de fanatiques. «Bienvenue chez les dingues» avait-il déclaré à son cercle de familiers avant de fouler le sol Texan. Un voyage périlleux, il le savait, mais nécessaire pour remettre de l’ordre dans la gestion politique calamiteuse de Lyndon Johnson, son vice-président.

Outre ces merveilleuses peintures qui rendent le récit dynamique et qui entraînent le lecteur au cœur de l’action, des photos historiques complètent l’iconographie.  Des clichés étonnants, certes connus, que l’on détaille encore et encore, plus de 50 ans après. À l’ère des voyages présidentiels en limousines blindées et vitres teintées, comment imaginer aujourd’hui ce président souriant, à moitié découvert hors de la limousine et si proche du public.  À le toucher de la main.
Mais celle qui marque surtout  les esprits et qui reste longtemps devant nos yeux est celle où l’on voit la tête du président exploser sous l’impact d’une balle.

Étonnante aussi cette image de Jackie, resplendissante à son arrivée à Dallas. C’est elle qui sert de fil rouge au récit de Patrick Jeudy. Celui d’une femme venue défendre son mari en campagne électorale pour oublier la peine d’avoir perdu un fils mort-né quelques mois plus tôt. Et qui va vivre le pire cauchemar imaginable, avec des scènes à glacer le sang. Comme le cerveau de son mari qu’elle aura entre ses mains. «Comment pourrais-je voir pire que ce que j’ai vu»  avait-elle déclaré à l’époque.

Une journée longue, trop longue pour les nerfs d’une personne normale.
 Ce résumé des faits du 22 novembre construit comme un journal de bord est complété d’anecdotes peu connues du grand public. Ainsi, le cercueil acheté à Dallas pour ramener le corps du président à Washington fut ensuite largué dans l’océan pour éviter de devenir une relique.
Les auteurs reprennent aussi toutes les zones d’ombre qui subsistent  dans ce dossier. Ainsi, est-ce vraiment le corps de John Kennedy qui fut autopsié à Washington ?  Où a disparu son cerveau, désormais introuvable dans les pièces à conviction? Comment la police de Dallas a-t-elle fait pour arrêter si vite le présumé coupable, l’identifier comme étant Lee Harvey Oswald et rassembler les preuves contre lui? Il a fallu en effet moins de 90 minutes. Pourquoi n’a-t-on pas pris en compte les témoignages des personnes qui allaient à l’encontre de la version officielle du tireur unique ?
Autant de questions qui font réfléchir.  La vérité est ailleurs que dans les dossiers officiels. Et le grand public n’aura jamais les vraies réponses.

 Cet album original  permet aux parents d’expliquer aux plus jeunes le mythe Kennedy. Ce président qui a influencé ses successeurs. Il suffit de penser à Bill Clinton ou Barack Obama, ses deux « fils » politiques, qui ont d’ailleurs poussé très loin le mimétisme.

 Ce livre figure sans conteste comme notre coup de cœur absolu dans l’abondante production littéraire consacrée à l’affaire Kennedy. À vous de le découvrir également.

 Philippe Degouy

 «Dallas, une journée particulière », par Christian de Metter et Patrick Jeudy. Éditions Casterman, 63 pages, 20,50 euros

 Couverture : éditions Casterman

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