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Posté le 24 juin 2014 par Philippe Degouy

Et «Schnock» recréa le mythe Bardot

La Madrague, Saint-Tropez, le sable chaud. C’est déjà l’été dans «Schnock», le 'mook' qui est aux vieux de 27 à 87 ans ce que «L’île aux enfants» est aux adulescents (ces jeunes adultes qui ne veulent pas vieillir, ndla) : une tendre madeleine de Proust.  Pour son onzième numéro (oui, déjà), la rédaction a mis les petits plats dans les grands avec un (gros) dossier consacré à la plus grande star féminine française des années 60-70 : Brigitte Bardot. Celle qui a fait tourner la tête de tous les hommes (ou presque) de Navarre et d’ailleurs. Des générations entières d’adolescents ont rêvé d’elle, l’icône de la sexualité épanouie et de la liberté de ton. «Tu veux ou tu veux pas ?» chantait Marcel Zanini. Comment dire non à ce dossier illustré de nombreux clichés méconnus de la plus tropézienne des Parisiennes. Un dossier qui fait l’impasse sur les sujets qui fâchent. Par respect pour cette grande dame du cinéma français, connue aussi pour sa langue bien pendue et ses quelques dérapages. À découvrir notamment ses plus grands succès musicaux et sa belle collection de conquêtes masculines. D’autres, par contre, sont restés insensibles à ses charmes, comme Jean Gabin qui la qualifiait de «chose qui se promène toute nue». Une B.B.  qui n’eut qu’une rivale: Mylène Demongeot. Aussi belle et aussi délurée et qui se livre à Schnock dans un entretien.

Si vous n’avez pas encore d’idée de vacances pour cet été, suivez «Schnock» à La Havane pour la découverte de la dernière demeure d’Ernest Hemingway. Sa maison ? «C’est un peu comme une gigantesque chambre d’enfant où l’occupant aurait laissé la trace de tous ses hobbies.» Un musée qui se visite de l’extérieur, autre étrangeté des lieux, où flotte encore l’esprit du seul rival de Che Gevara.
Si les «Grosses Têtes de Bouvard» stoppent à la fin de ce mois de juin, «Schnock» a quant à lui réuni une sacrée brochette de grandes gueules.  Pour qui le politiquement correct se traite à grand renfort de bras d’honneur. À l’instar de Guy Béart, l’idole de Pompidou et de Mitterrand et l’un des derniers poètes français. Avec lui, tout y passe : Dieu, les chanteurs d’aujourd’hui, ses conquêtes féminines, ses rencontres. Comme la Bardot : «moins excitante que Marilyn Monroe, qui toute sa vie, a cherché à se cultiver

SchnockBBLes plus anciens des lecteurs de «Schnock» se souviennent certainement des Frères ennemis, ce duo burlesque devenu un fait divers à la suite de la disparition restée inexpliquée de Teddy Vrignault en 1984.  Deux comiques qui ont laissé de jolies perles humoristiques, comme cet aphorisme hilarant : «si madame de Sévigné avait pris le métro, elle aurait peut-être raté sa correspondance.» La rédaction a rencontré le frère survivant, André Gaillard. Un moment émouvant. Parmi les autres sujets à épingler figurent notamment des articles sur le catch, les jolies plumes de Playboy ou les objets que l’on oublie toujours d’acheter. On pourra savourer également un portrait de Jean Bouquin, qui ne fut pas libraire mais le couturier des stars. Comme Bardot, mais aussi Bowie et Jagger, qui aimaient s’habiller de pantalons pour femmes. Une anecdote puisée dans cet entretien délirant. Tout comme ce portrait de Michel Simon, étrange personnage du cinéma français et fin connaisseur de l’érotisme de papa.
On aurait tort de passer sous silence la chronique «Bien entendu c’est ‘on’».  Elle révèle à chaque numéro de véritables pépites délivrées par les «people» sur d'autres «people». Des déclarations au vinaigre pur. Comme celle d’Emmanuelle Seigner au sujet du groupe Téléphone : «Téléphone, ça toujours été nul. Franchement, c’était les Rolling Stones de Bécon-les-Gonesses non?»  Récemment disparu, Gérard de Villiers, créateur de la mythique collection SAS, a droit quant à lui aux honneurs de la photo racontée. SAS? Toute une époque littéraire qui a marqué les années 80 avec des romans policiers très bien documentés et teintés d’un érotisme torride (pour l’époque).  Un portrait cynique qui donne envie d’aller fouiller dans la bibliothèque pour se replonger dans les aventures du prince Malko Linge.C’était cela aussi la France de papa. Et c’était bien. «Schnock»? Une lecture qui requinque et qui donne envie de se replonger, pour une ultime farandole, dans la saga du tube de Carlos, «Big Bisou». Un succès qui est à la musique festive ce que les œuvres de Wagner sont à l’opéra. Et comme le disait Carlos, « soyez gais, soyez fous, soyez dans le coup. » Ceci dit, bonnes vacances.

 «Si vous aussi vous ressentez l’envie d’échapper à l’hystérie de l’époque en faisant un pas de côté et en tournant le dos au jeunisme ambiant, cette revue est faite pour vous

Philippe Degouy

«Schnock n°11. La revue des vieux de 27 à 87 ans». La Tengo éditions. 176 pages, 14,5 euros

Couverture : La Tengo éditions

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