Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 12 décembre 2014 par Philippe Degouy

Mieux vaut Plutarque que jamais, Blake et Mortimer reviennent

À l’instar d’un André Franquin mis à l’honneur chez un autre éditeur, Edgar Pierre Jacobs bénéficie d’un traitement de choix chez Dargaud, avec deux ouvrages qui vont certainement trouver une juste place sous le sapin de nombreux foyers amoureux de phylactères.

Autour-blake-mortimer-tome-6-jacobs-329-dessinsIICommenté par le journaliste Daniel Couvreur, le très beau livre «Jacobs, 329 dessins» puise son sujet dans les archives du plus britannique des Wallons.  Ce sont plus de 300 dessins, crayonnés et autres études morphologiques qui témoignent ainsi du coup de crayon exceptionnel d’Edgar Pierre Jacobs.  Un très bel album disponible en version numérotée, qui donne la priorité aux reproductions, éditées sur un papier luxueux digne de son sujet. Comme le précise Daniel Couvreur, «dans ses carnets de croquis, Edgar Pierre Jacobs laissait vagabonder son crayon au bon plaisir de son imagination. Le crayonné était pour lui un plaisir en soi, une manière irremplaçable d’exprimer les sentiments de ses personnages.»  Et force est de constater que le résultat laisse sans voix tant la sûreté du trait est admirable, avec des dessins réalisés d’un trait, avec la juste posture.

Plus que de simples héros de papier, les personnages «jacobsiens» témoignent tous d’une humanité bluffante, avec des mimiques, des expressions justes qui leur donnent vie.  Nombreux sont les exemples repris dans l’ouvrage.
Un auteur qui a même été jusqu’à créer des curriculum vitae pour ses principaux personnages. Histoire de leur donner une épaisseur. «Jacobs avait besoin d’étudier chaque trait d’un visage ou d’une silhouette pour s’en rendre maître avant d’en jouer dans ses planches (…) Ancien artiste lyrique, Jacobs a besoin d’incarner les émotions de ses personnages au travers d’expressions théâtrales» explique Daniel Couvreur.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’auteur a gagné son titre de maître du réalisme franco-belge.  Chacun de ses personnages a été testé «à vide» avant de jouer son rôle dans l’opéra de papier que forme la saga des aventures de Blake et Mortimer.
Un traitement similaire a été donné à tous les engins et appareils présents dans les albums. Comme l’Espadon, fruit de nombreuses esquisses, présentes dans ce très beau livre qui reprend également les projets de couvertures, sans cesse améliorées pour répondre au souci de perfection du maître.

Une redécouverte minutieuse de ses dessins, empreinte de nostalgie, qui permet d’observer que ses successeurs n’ont pas du tout démérité en reprenant son œuvre après sa disparition. Un beau livre qui figurera d’emblée parmi notre prochaine sélection des beaux livres de 2014.

 Olrik, gare aux coups de bâton (de Plutarque)

Good heavens! Il n’était pas envisageable de clôturer cet article sur E.P. Jacobs en passant sous silence le dernier tome des aventures de Blake et Mortimer, «Le bâton de Plutarque». Réalisé par le duo Yves Sente et André Juillard (leur cinquième tome, déjà), cet excellent volume, fidèle à l’esprit de la saga historique,  apporte de nombreuses réponses aux questions posées par les lecteurs. Un jeu de piste lancé par des auteurs qui s’amusent comme des collégiens à distiller au compte-gouttes les informations pour remplir les cases laissées vides jusqu’alors. On apprend ainsi d’où vient Olrik, pourquoi le capitaine de la RAF Francis Blake porte l’uniforme de l’armée et qui est cette Miss Benton. Notamment. C’est également la première rencontre entre le duo britannique et l’infâme Olrik, mercenaire sans scrupules. Un album qui manquait réellement à la saga.
Blake-mortimer-tome-23-baton-plutarqueL’intrigue en deux mots? Printemps 1944, à l’aube du débarquement en Normandie. Une attaque allemande sur Londres à l’aide d’une aile volante blindée (qui préfigure déjà l’Aile rouge) est lancée pour déstabiliser l’Angleterre. À bord du Golden Rocket, le capitaine aviateur Francis Blake réussit à abattre l’ennemi, après avoir perdu ses coéquipiers et son propre avion. Pour remplacer un pilote d’essai britannique tué dans l’attaque, Blake est invité à le remplacer. Envoyé sur la base secrète de Scaw-Fell, il y retrouve Philip Mortimer chargé du développement de nouveaux avions, dont l’Espadon, arme miracle. Sur place, un étrange personnage, qui se présente comme le colonel Olrik, semble jouer un rôle mystérieux tandis que les rumeurs de prochaine guerre mondiale se font entendre à la suite des menaces du dictateur asiatique Basam-Damdu. Ce dernier excite les deux camps mis face à face dans ce conflit mondial pour épuiser l’Occident avant son attaque…
N’en disons pas plus, de peur de déflorer une intrigue solidement ficelée, aux multiples rebondissements. Comme ces combats aériens de toute beauté, ces jeux d’espions particulièrement retors et cette atmosphère des années 40 particulièrement bien reconstituée par les auteurs.

On se régale à suivre le duo entraîné dans un jeu d’espionnage qui va leur réserver un solide coup de bâton…de Plutarque. Il faudra cependant attendre la fin de l’album pour découvrir son existence et son explication. Jusque-là, ce sera motus et bouche cousue à propos de cette aventure mouvementée. Digne du maître, elle trouve sa place dans la saga avant «Le secret de l’Espadon», classique réédité également en cette fin d’année au sein du même éditeur. De quoi gâter vos proches. Ou vous faire plaisir, tout simplement. Il n’y a décidément rien à jeter dans l’univers de Jacobs ou de ses disciples. Encore un peu de thé ?

Philippe Degouy

«Le bâton de Plutarque». Scénario d’Yves Sente, dessin d’André Juillard. Éditions Blake et Mortimer. 64 pages
«Jacobs, 329 dessins». Textes de Daniel Couvreur. Éditions Dargaud, 306 pages

Couvertures : éditions Dargaud

Réactions