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Posté le 16 juin 2015 par Philippe Degouy

Ces méchants qui ont teinté l'histoire de rouge...sang

Si l’actualité internationale est bien émaillée de conflits et de massacres, ceux-ci ne sont pourtant qu’une pièce de plus à ajouter à l’histoire de la cruauté à travers les siècles. Après «La véritable histoire des rois et reines de France», Caroline Guillot explore un nouveau thème avec «Trash Cancan. Les grands méchants » (éditions Chêne/BD). Balancez au feu les manuels d’histoire pour bisounours. Avec l’auteur, qui ne s’embarrasse pas du politiquement correct, l’histoire s’écrit avec un h comme dans trash. Ses hôtes sont de grands malades, des méchants qui ont fait couler le sang, tomber des têtes ou torturer pour assouvir leurs désirs de conquête, de richesse ou de vengeance.  L'album alterne entre BD et livre d’histoire.  Son ton est souvent drôle, à apprécier au second degré. Ceci sans se départir d’une fidélité aux faits historiques.
Bien documentée, Caroline Guillot coupe la tête à ces légendes colportées à travers les époques et admises aujourd’hui. Quand force fait loi, elle rétablit la vérité, au risque de mettre à mal les clichés du cinéma ou de la littérature. Non, Dracula n’était pas un vampire buveur de sang.  Un prince roumain sanguinaire, certes, mais aussi ardent défenseur de la chrétienté face aux Ottomans. Nombreux furent-ils à connaître le supplice du pal. Même peine pour les criminels de son pays, la Valachie. De l’assassin au filou, la peine était identique : le pal. Un méchant qui obtient la note la plus haute sur l’échelle de la cruauté instaurée par l’auteur.
Légende également, celle qui attribue à la comtesse Erzsébet Bàthory le culte des bains de sang de vierges destinés à la rajeunir.  Une histoire «imaginée par le jésuite Laszlo Turoczi.» Mais qui ne fait pas d'elle une sainte pour autant, comme l'explique l'ouvrage.

Trash cancanIls sont plus de quarante «méchants», dont les portraits dressés sur le ton de l'humour sont complétés par la présence de nombreuses anecdotes, souvent inédites. De Caligula à Donatien de Sade, en passant par Barbe Noire, Messaline ou l’empereur Commode (qui ne l’était pas).

Un ouvrage amusant et instructif, qui se limite aux méchants issus de notre bonne veille Europe et nés avant 1850. L’horreur des faits, classés sur une échelle de cruauté, est désamorcée par l'humour noir, ravageur, d’un auteur qui nous convie à «sortir le pop-corn au caramel et le lait-fraise» pour savourer son travail. Ainsi sera-t-il.  Après tout, son menu est nettement moins dangereux que l’arsenic servi par la gouvernante anglaise Mary Ann Cotton.

Des méchants dont le nom suffit encore aujourd’hui à provoquer des frissons ou inspirer la crainte. Comme Tomas de Torquemada, l’inquisiteur général plutôt zélé. Même réputation sulfureuse pour le sieur Gilles de Rais, accusé de sorcellerie et de massacres d’enfants.
Le livre refermé, «la seule inquiétude que vous pouvez avoir, c’est d’attraper quelques-uns de vos futurs cauchemars

Philippe Degouy

«Trash Cancan. Les grands méchants» par Caroline Guillot. Éditions Chêne/BD. 147 pages, 19,90 euros environ

Couverture : éditions Chêne/BD

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