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juin 2016

Posté le 30 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Sœur Marie-Thérèse, terreur des couvents

Quel sacré numéro que soeur Marie-Thérèse. Créé par Maëster, ce personnage politiquement incorrect revient chez Glénat, avec une réédition du tome 4, «Sur la Terre comme au ciel». Et en couleurs. À cet égard, il faut rendre hommage au talent du coloriste Federico Maria Cristina pour le travail accompli. Ses planches sont superbes avec ces jolies couleurs chaudes, ces rendus de lumière. Pour un peu, on pourrait le croire touché par la grosse, pardon, par la grâce.
MARIETHERESELa bonne parole, la sienne essentiellement, soeur Marie-Thérèse aime la partager à grands coups de Rangers ou de bourre-pifs dans les dents. Une terreur des couvents qui exaspère sa mère Supérieure au point de lui refiler de mauvaises pensées. De meurtre surtout. Saint Pierre et Miquelon, son second, sont du même avis. Quant à Dieu, il préfère ne pas la rappeler à lui. Jamais. Il est bon et généreux, soit, mais faut pas abuser non plus hein?

C’est bien simple, cette religieuse a tous les vices. Elle drague son prochain, elle fume de sacrés pétards, boit et ses jurons feraient rougir un bataillon de légionnaires. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Sauf pour Marie-Thérèse qui sait dominer, par sa carrure et ses poings, son petit monde. Même Lucifer se signe quand il croise la religieuse. L’amante qui se cherche un bon coup pour remplacer ses sextoys.
Vous l’aurez deviné, cette bande dessinée risque de choquer les bégueules. Son humour frôle parfois le mauvais goût, mais s'avère en fin de compte décapant, hilarant. Il est bien difficile de ne pas sourire, pour le moins.

Les neuf courts récits qui composent l'album rendent hommage à de grands classiques du grand et du petit écran. Maëster est un cinéphile et le montre avec ces parodies : La prisonnière, Psy cause ou l’hilarant Le nom de la grosse. Avec, également, une allusion crapuleuse à Basic Instinct. Pas la peine de vous faire un dessin pour la scène concernée. Et sur tout ce petit monde plane l’hommage à Peter Sellers et la saga de la Panthère rose dans laquelle l'inspecteur Clouseau rend dingue son supérieur, au point de vouloir rayer son subordonné du monde des vivants.

Une bande dessinée, joyeusement déjantée, synonyme de bons moments de lecture, qu'il faut relire. L’auteur s’est amusé à truffer ses planches de détails drôles, de jeux de mots qui peuvent échapper lors d’une première lecture. Un bonus est offert pour entrer dans les coulisses du culte, avec des affiches, des planches en noir et blanc etc.

«Petites sœurs du pardon, excusez-moi pour mes bêtises.» Et ta sœur Marie-Thérèse!

Philippe Degouy

«Soeur Marie-Thérèse tome 4». Sur la Terre comme au ciel. Par Maëster. Éditions Glénat, 56 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 30 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Devenir un glorieux loser, avec panache et génie, cela s'apprend (vite)

Vous pensez avoir tout raté ? Votre mariage, votre carrière, votre vie ? Vous croyez être un vrai perdant, un loser ? Détrompez-vous, vous ne l’êtes pas. Du moins pas au niveau professionnel atteint par ceux repris dans l’ouvrage de Stephen Pile, Le livre officiel des glorieux losers. Pourquoi réussir quand on peut échouer en beauté  (Denoël).
L’auteur a voulu rendre hommage à ceux qui sont souvent éclipsés par les gens brillants, ceux à qui tout réussit. Et pourtant, «les winners sont d’une affligeante banalité. La réussite ? C’est tellement surfait. Alors que rater réclame du panache et du style

Teinté d’humour britannique, cynique et déjanté, l’ouvrage propose un catalogue à la Prévert de ces parfaits losers, choisis dans le monde entier. On y trouve de tout. Le pire nom de restaurant, le pire cours philosophique, la campagne de prévention sexuelle la moins efficace ou le portrait de la candidate la moins douée au permis de conduire, avec plus de 959 essais.

LOSERSCitons également ce loser romantique qui a offert à sa femme en guise de cadeau de mariage, toute sa collection d’objets militaires. L’ingrate a demandé le divorce.
Les cinéphiles n’ont, quant à eux, jamais oublié Ed Wood, à la fois acteur, scénariste et réalisateur. S’il ne faut voir qu’un seul de ses films, c’est sans nul doute «Plan 9 from outer space». Comme le rappelle l’auteur, «il s’agit d’un film si célèbre pour sa nullité qu’il dépasse la critique».

Si certains jeux vidéo ont rapporté des fortunes à leurs programmateurs, un titre créé par Atari, E.T. l’extraterrestre, s’est vu décerné le titre peu envié de pire jeu de tous les temps. Quelque cinq millions de cartouches ont ainsi fini dans une décharge. Même offertes, personne n'en voulait. C’est pas se foirer en beauté cela ?
Un grand bravo également aux groupes Atari (encore) et HP qui ont poliment fermé la porte au nez de Steve Jobs et Steve Wozniak, venus présenter leur PC.
Le sport réserve aussi quelques bons losers. En boxe, il y a Rocky et il y a les autres. Comme Peter Buckley, boxeur qui peut se targuer d’avoir enregistré plus de 256 défaites en 300 combats.

Voilà plus de 235 histoires qui donnent envie d’imiter ces génies de l’échec. Pour se foirer en beauté. Courage, vous y arriverez un jour. Avec un peu d’entraînement.
En avant ! Et toujours plus bas !
Drôle, distrayant, voilà un livre pour l’été. Parfait pour se changer les idées.

Philippe Degouy

Le livre officiel des glorieux losers. Pourquoi réussir quand on peut échouer en beauté. Par Stephen Pile. Éditions Denoël, 330 pages
Couverture : éditions Denoël

Posté le 29 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Au coeur de la NSA

La NSA, on en parle beaucoup dans la presse depuis l’affaire Snowden, même si la question avait déjà été abordée dans les années 90 avec le réseau d’écoute Echelon. Mais que savons-nous réellement de cette agence gouvernementale américaine? Quelles sont ses missions? Ses cibles? les articles publiés sont souvent vagues à son sujet. Docteur en sciences de l’information et de la communication, Claude Delesse livre avec «NSA. L’histoire de la plus secrète des agences de renseignement» (éditions Tallandier) le premier ouvrage d'importance rédigé en français. Il débute par un rappel de l’affaire Snowden, élément déclencheur d’une vague d’intérêt, avant de retracer le parcours et les champs d’action de cette agence créée en 1952. Son but principal ? Intercepter et collecter, y compris par tous les moyens clandestins, les transmissions. Tout écouter, tout enregistrer et tout garder avant de faire le tri.

NSASon usage lors de la Guerre froide, des différentes guerres menées en Irak ou en Afghanistan, rien n’est oublié dans ce document qui livre aussi ses moyens d’action face à des pays amis ou ennemis lancés dans la cyberguerre. La NSA quant à elle espionne tout le monde. De fait, le partenaire d’aujourd’hui peut devenir l’ennemi de demain. Ce qui peut expliquer l’envie d’espionner les chefs d’Etat amis. Comme Merkel ou Hollande. Des écoutes qui ont provoqué des frictions diplomatiques. Ce qui est moins connu du grand public, et bien présent dans les pages de cet ouvrage, concerne le rôle de la NSA dans l’espionnage économique. Quand il y a de beaux marchés à prendre, la NSA écoute, récolte et redistribue l’information aux sociétés américaines («quel pays n’aurait pas envie de rendre le monde meilleur…pour lui-même»).
Toujours prévoir un coup d’avance, telle est sa devise. Davantage aujourd’hui avec les risques de cyberguerre menée par les terroristes ou les pays hostiles, comme la Chine et la Corée du Nord.

En dépit des couacs, des affaires révélées par quelques journalistes (dont le scandale Gemalto), la NSA reste intouchable : «la puissance de la NSA est devenue telle qu’elle réussit à s’affranchir de toute règle. Au nom de la raison d’Etat.» Accusée, sa ligne de défense reste immuable : l’obligation de secret. Pour le bien de l’Amérique et la protection de vies humaines.

Une dernière précision, puisée dans le volumineux dossier d’archives présent en fin d’ouvrage. Si la NSA attire tous les regards aujourd’hui, elle est loin d’être la seule agence de renseignement. Comme le précise l’auteur, «le système de renseignement américain comprend officiellement 17 agences. La Top Secret America englobe 1.271 entités gouvernementales et 1.931 firmes privées qui collaborent aux activités de contre-terrorisme, de sécurité intérieure ou de renseignement

Rédigé comme un bon roman d’espionnage avec ses nombreux chapitres historiques, le livre rappelle, en guise d’épilogue, que «malgré les révélations et la divulgation de documents dans la presse, les citoyens continueront d’ignorer la face secrète de la NSA, l’instrument d’une volonté de domination technologique et de maîtrise de l’information
Si tout le monde est susceptible d’être écouté et enregistré, il ne tient pourtant qu’à nous de changer nos habitudes de navigation sur le Net et d’adopter une attitude responsable envers les informations que nous offrons en pâture sur les réseaux sociaux et l’Internet.
NSA? Nothing Sacred Anymore (plus rien de sacré).

Philippe Degouy

«NSA. L’histoire de la plus secrète des agences de renseignement», par Claude Delesse. Éditions Tallandier, 512 pages, 23,90 euros
Couverture : éditions Tallandier

Posté le 28 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Putain de mort, celle de Michael Herr

En hommage rendu à l'écrivain américain Michael Herr, décédé à l'âge de 76 ans, voici republiée notre chronique de son livre, Dispatches, Putain de mort en français. Un document considéré par les spécialistes comme l'un des meilleurs consacrés à la guerre du Vietnam. On doit aussi à l'écrivain une participation à l'écriture du scénario du film de Francis Ford Coppola, «Apocalypse Now». Dans le même registre, il a coproduit le film de Stanley Kubrick, «Full Metal Jacket».

Putain de mort. Un titre choc, bien éloigné du choix américain, Dispatches (Dépêches), plus sobre. Avec son récit, publié en français chez Albin Michel, Michael Herr, ancien correspondant de guerre pour le magazine Esquire, livre sans aucun doute l’un des témoignages les plus plus puissants jamais consacrés à la guerre menée au Vietnam. Au fil des pages, on voit se former, presque instantanément, l'image d'un personnage extrait du film «Apocalypse Now». Le journaliste cinglé joué par Dennis Hopper.

Tout au long de ce document hallucinant, ce qui se dégage surtout, c’est la métamorphose de jeunes Américains sortis en ligne droite de leur Amérique profonde, pour être plongés sans aucune précaution dans ce chaudron infernal. «Il y avait un de ces visages, les yeux vidés de toute leur jeunesse, la peau décolorée, des lèvres blêmes et froides. La vie l’avait fait vieux, il la vivrait comme cela. Sur ce jeune visage ordinaire, le sourire semblait naître d’une ancienne sagesse et disait ceci : je vous dirai pourquoi je souris, mais cela vous rendra fou

Putain de mortComme le souligne fort justement l’auteur, «les récits de guerre ne sont en fait rien d’autre que les histoires de gens». Comme celle de ce médecin militaire revenu du front et qui, deux ans plus tard, n’arrivait pas à dormir sans lumière allumée. En cause, ses cauchemars. Des souvenirs ramenés de cette putain de guerre, indélébiles. Impossibles à cicatriser. «Pendant le premier mois qui a suivi mon retour, je me suis éveillé une nuit, persuadé que mon salon était plein de cadavres de Marines

Chapitre après chapitre se mélangent bruits des hélicoptères, bombardements au napalm, sans oublier ces morceaux de musique joués à plein régime dans les radios et qui font de ce conflit la première guerre rock’n roll. Aujourd’hui encore, écouter du Jimi Hendrix (Foxy Lady) ou le tube de Barry Mann et Cynthia Weil, We gotta get out of This Place vous ramène au coeur de l'histoire du livre.
Le Vietnam. «Cela pouvait être le coin le plus froid de la planète quand vous étiez debout au bord de la clairière à regarder partir l’hélico qui venait de vous déposer. Survoler la jungle était un plaisir, la traverser à pied n’était que souffrance. Peut-être est-ce vraiment ce que ses habitants l’ont toujours appelée : l’au-delà

Horror, horror («Apocalypse Now»).

Philippe Degouy

«Putain de mort», par Michael Herr. Editions Albin Michel. 267 pages, 19 euros
Couverture : éditions Albin Michel

Posté le 22 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Corentin et le mystère des perles de Sa-Skya

Sale temps pour le jeune Breton Corentin Feldoë. Accueilli au palais du Rajah de Sompur, Corentin sème le trouble et irrite son hôte en refusant le mariage avec la jolie princesse Sa-Skya, héritière du trône et à qui le Rajah offre les trois perles censées assurer la stabilité de l'Etat. Mais Corentin n'a qu'une envie, découvrir le monde avec ses deux compagnons, le tigre Moloch et le fidèle Belzébuth, son gorille. La veille de son départ, les trois perles sont volées. Soupçonné du vol audacieux, Corentin veut laver l'affront et retrouver le voleur. Il y va de sa vie et de sa liberté...

CORENTINCe nouvel album, Les trois perles de Sa-Skya (éditions du Lombard), marque le retour de Corentin, ce héros né voici 70 ans dans le magazine Tintin. Jean Van Hamme au scénario livre l'épilogue de la trilogie débutée avec Le prince des sables et Le Royaume des Eaux noires. L'épisode était resté inabouti.
Au dessin, Christophe Simon (Alix, Orion, Sparte, Lefranc..) a relevé le défi de reprendre un personnage mythique créé par l'artiste l'autodidacte Paul Cuvelier, pilier du magazine Tintin avec Hergé et Edgar Pierre Jacobs. Un talent qu'il faut redécouvrir sans tarder, tant pour ses BD que pour ses peintures.

Force est de constater que la mission confiée au dessinateur est pleinement réussie. Ses planches reproduisent fidèlement l'univers de Paul Cuvelier, rétro à souhait. Le dessin est bluffant de mimétisme. On retrouve l'ambiance exotique de cette saga familiale pleine de bons sentiments. Christophe Simon s'en explique : «Il y a dans son dessin quelque chose de très pictural que je ne trouve nulle part ailleurs et qui me fascine.» Une admiration qui se ressent à la lecture de l'album, même si le dessinateur ne manque pas de se faire plaisir avec certaines scènes, tout en restant dans les pas de Paul Cuvelier.

Un album qui risque toutefois de dérouter les habitués d'une BD plus nerveuse, avec scènes d'actions à la clé et personnages troubles. Rien de tout cela avec cette nouvelle aventure de Corentin. Christophe Simon a fidèlement suivi le dessin académique de Paul Cuvelier, avec des personnages qui semblent poser, presque figés. C'est un fait, mais tout cela donne à admirer de très belles planches teintées d'un exotisme de bon aloi avec ce cadre indien. Pour reproduire l'ambiance, le dessinateur n'a d'ailleurs pas hésité à visiter l'Inde pour s'imprégner de sa culture afin de mieux la restituer dans cet album qui ne doit nullement rougir de la comparaison avec ceux du maître.

Un bel hommage adressé à Paul Cuvelier, porte d'entrée d'un univers presque oublié aujourd'hui. Hélas.

Philippe Degouy

«Corentin. les trois perles de Sa-Skya». Scénario de Jean van Hamme, dessin de Christophe Simon. Le Lombard, 56 pages

Couverture : Le Lombard

 

 

 

 

Posté le 21 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Black Dog, un thriller qui ne manque pas de mordant

«Il est des personnages qu’il est préférable de ne jamais croiser, de l’argent qu’il faudrait savoir refuser et des femmes qu’il faudrait mieux ignorer.» Stefan Slovik, pauvre immigré polonais plongé dans la chaleur lourde et moite d’un été californien, n’aurait jamais dû oublier où était sa place avant d'approcher le parrain Tony Deville et de répondre aux avances de sa femme. Belle et nymphomane, d’accord, mais chasse gardée.
Comme le dit l’un des sicaires de Deville, «tu sais ce qui ne va pas avec toi Stefan? Tu ne sais pas rester à ta place. T’es comme ces chiens à qui on tend un sucre et qui te bouffent la main
Mutilé pour l’exemple par Deville, viré de son emploi de mécanicien, incapable de remplir un contrat et de flinguer un témoin pour Deville, Slovik décide de clôturer sa vie misérable par un coup d’éclat. Il a raté sa vie, il réussira sa mort. Une mission loin d'être facile à remplir. «Ils veulent rire? Moi aussi j’aime le rire. On va tous rire!».
Exclu du rêve américain, Stefan va rompre les amarres, régler ses comptes avant de prendre son envol vers un ailleurs. Son rêve sera exaucé au-delà de toutes ses espérances.

Black dogAdaptation colorisée de «Noir», polar réalisé par le scénariste Götting, «Black Dog» (publié chez Casterman) est transposée dans l’Amérique des années 70 avec un one-shot de toute beauté. Certains vont préférer la version originale en noir et blanc. D’accord, mais reconnaissons à Loustal le talent d’insuffler dans cette version en couleur l’atmosphère de la côte Ouest et le climat pesant des romans noirs américains. Ses planches sont simplement superbes, avec ce style naïf qui représente sa marque de fabrique. Les couleurs sont chaudes comme l’ambiance de ce drame déroulé au fil d'un scénario noir comme ce chien qui donne le titre à l’album et qui détient la clé de l’énigme. À un doigt de la vérité.
Côté personnages, le lecteur assiste, impuissant, à cette manipulation cynique d’un pauvre looser par une femme abandonnée, humiliée, qui va l’utiliser pour écarter son mari. Une perte collatérale sans conséquence.
Dessin et scénario composent une BD attachante, parfaite, à savourer avec une musique d’ambiance adaptée. Celle de Ry Cooder? Par exemple.

Philippe Degouy

«Black dog». Dessin de Loustal, scénario de Götting. Éditions Casterman, 72 pages, 18 euros
Couverture : éditions Casterman

Posté le 20 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Fantômas, cent visages pour un masque

Ne parlez surtout pas de blockbusters aux effets spéciaux pour gamins aux auteurs de l’album «Je t’aurai Fantômas!» (publié chez Glénat). Charles Da Costa, au dessin, et Philippe Chanoinat au scénario sont deux cinéphiles amoureux du cinéma de papa. Celui du dimanche soir qui a fait les belles soirées des années 70 et 80. Ce dernier moment passé en famille avant le lundi. Passaient à l’époque des westerns, des policiers et des comédies d’excellente qualité. Du cinéma authentique, divertissant. Comme cette saga Fantômas dont il est question ici.

«Oui cher lecteur, c’est bien moi Fantômas. Mais tu ne connaîtras jamais mon vrai visage.» Un criminel retors, sans pitié mais non dénué d'humour, dont les forfaits sont racontés dans ces trois épisodes épisodes : «Fantômas», «Fantômas se déchaîne» et «Fantômas contre Scotland Yard». Trois films, trois succès populaires dont les répliques sont restées en mémoire. Qui a pu oublier celle-ci, extraite de «Fantômas se déchaîne», avec un Louis de Funès liquéfié devant une huile du gouvernement : «monsieur le commissaire. Au nom du président de la république, je vous nomme commandeur dans l’ordre des jean-foutre
Des films drôles, bien rythmés par la folie du jeu de Louis de Funès (au départ Bourvil avait été choisi) sans cesse en chasse après cet être machiavélique, et ponctués de gadgets inoubliables; Comme la DS transformable en avion, le cigare-pistolet, le lit radiocommandé sans oublier le fameux bras postiche porté sous la gabardine et qui permet le coup de feu libérateur.
Fantomas
Après une courte présentation des films, Philippe Chanoinat propose de revisiter la carrière des acteurs de la trilogie. Naturellement, une large place est consacrée au maître du rire, Louis de Funès, parfait dans son rôle de commissaire Juve. Sont présents aussi Jean Marais, Mylène Demongeot, Robert Dalban, Jacques Dynam et d’autres, nettement moins connus du grand public, et pour lesquels une petite photo n’aurait pas été superflue. Si Raymond Pellegrin figure dans le casting, il offre l’originalité d’avoir juste prêté sa voix au monstre du crime joué par Jean Marais.

Quelques petits oublis sont cependant à signaler. Comme le portrait de Michel Magne, pourtant auteur de la musique des trois films, inoubliable. Passés sous silence également Jean-Roger Caussimon, et le duo Dominique Zardi-Henti Attal, les deux sbires favoris de Fantômas. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir pour autant.

Quant au dessin de Charles Da Costa, toujours aussi réussi album après album, il retrace en divers tableaux les différentes scènes mythiques du film. Avec des portraits bien croqués. On les voit, et le rire vient aux lèvres. Purs moments de nostalgie, de bonheur.

Une saga policière qui se voulait au départ comme un James Bond à la française et qui, au final, est devenue un monument du cinéma familial dont le succès ne se dément pas à chaque rediffusion en télévision.

«Je t’aurai Fantômas(…) Tu peux bien avoir cent visages, tu n’auras jamais qu’une seule tête. Ne la relève pas trop, elle finira par tomber», c’est le commissaire Juve qui te le dit.

Philippe Degouy

«Je t’aurai Fantômas!», par Charles Da Costa et Philippe Chanoinat. Préface de Mylène Demongeot. Éditions Glénat, 65 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 17 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les 24 Heures du Mans, où la prudence est une vertu cardinale pour gagner

Depuis le lancement de leur collection «Plein Gaz», les éditions Glénat ont fait plaisir à plus d’un lecteur. Des titres qui retracent des épisodes de l’histoire de l’automobile, des courses de légende ou des personnalités marquantes. Avec  la nouveauté ,«24 Heures du Mans 1968-1969 : rien ne sert de courir» , ils apportent une nouvelle pierre à l’édifice. Blanche.
Si l’épisode raconté est connu de tous les fans de sport automobile, son traitement mérite une attention particulière et une petite chronique.

L’histoire en quelques lignes, pour situer l’action?
1969, la petite écurie JW s’apprête à courir au Mans avec la bonne vieille Ford GT 40, la même que celle utilisée un an plus tôt et qui avait déjà remporté la victoire. Cette fois, la concurrence s’annonce féroce avec l’armada engagée par Porsche, marque allemande bien décidée à remporter la timbale.
Chez Ford, tout est lancé dans la bataille pour assurer le spectacle. Vieille mais encore puissante, la GT 40 sera notamment pilotée par le duo Jacky Ickx et Jackie Oliver, dominé par le solide tempérament du pilote belge.

Au départ, trois voitures tiennent le haut de l’affiche, les Porsche 908 et 917 et la GT 40. Le challenge est presque impossible pour Ford face à ces monstres teutons. Mais au Mans, plus qu’ailleurs, c'est connu : «il n’y a pas que la vitesse qui compte». Tout peut arriver, rien n’est jamais certain avant le passage sous le drapeau. La patience est une vertu cardinale. Heure après heure, les écuries subissent toutes des abandons, et bientôt ne restent en lice pour la victoire que la GT 40 d’Oliver et Ickx et la Porsche 908 d’Herrmann et Larrousse. Un mano a mano livré pendant la dernière heure et demie de course par deux pilotes d’exception : Hans Herrmann et Jacky Ickx. Ils vont transformer une course d'endurance en grand-prix. Avec au final une différence d’à peine 120 mètres en faveur de la Ford GT 40. Un duel qui constitue la scène principale de l’album. La plus stressante pour le lecteur, qui revit ce moment intense comme à l’époque

LEMANSL’excellent scénario de Youssef Daoudi plonge le lecteur au cœur de l’action, avec des intermèdes quand la caméra explore les coulisses de cette course. Quant au dessin réaliste du duo Christian Papazoglakis et Robert Paquet, il réserve des planches simplement époustouflantes, au cadrage cinématographique. Les différents angles utilisés permettent de savourer pleinement cette course comme le ferait un téléspectateur face au duel entre Ford et Porsche, épilogue de 24 Heures d'anthologie. Les voitures, en pleine bourre, sautent les bordures, se passent, se repassent dans un train d’enfer. Les ravitaillements, les sorties de route. Tout est bien rendu. Avec des cadrages serrés sur les visages tendus des pilotes. Il ne manque seulement que le son des moteurs pour compléter notre plaisir de lecture.

Tout forme un album excellent qui rend un bel hommage à ces 24 Heures.
Une épreuve sportive sur laquelle plane toujours l’ombre de Steve McQueen et de son film Le Mans. Le lecteur perspicace remarquera le clin d’œil des auteurs à l’Américain avec une case où il pilote la 911 qui ouvre son film. Un acteur qui aimait rappeler qu’il ne savait plus s’il était un acteur qui pilotait ou un pilote qui jouait à l’acteur.

Mention spéciale, enfin, pour cette couverture qui immortalise le fameux geste de protestation de Jacky Ickx au départ des 24 H de 1969. Pour montrer son opposition au départ en épi, jugé trop dangereux, le pilote belge avait traversé la piste en marchant, avant de partir bon dernier. Un épisode qui appartient aussi à l’histoire de cette course, au même titre que sa fantastique victoire face à l’Allemand Hans Herrmann.

Si vous aimez cet album, nous conseillons également ces autres volumes de la collection Plein Gaz, chroniqués également pour vous : http://blogs.lecho.be/lupourvous/2016/06/youd-better-to-win-quand-ford-voulait-battre-ferrari-au-mans.html et http://blogs.lecho.be/lupourvous/2016/06/trajectoires-contraires-bd.html

Philippe Degouy

«24 Heures du Mans 1968-1969 : rien ne sert de courir», scénario de Youssef Daoudi, dessin de Christian Papazoglakis et Robert Paquet. Éditions Glénat, 48 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 17 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Voyage au coeur de la Belgique de Simenon

Qui êtes-vous vraiment monsieur Simenon? Pour dénouer l’écheveau, il faut suivre ses déplacements dans cette Belgique qu’il aimait tant.
Rédigé par les écrivains Christian Libens et Michel Carly, «La Belgique de Simenon. 101 scènes d’enquêtes» (éd. Weyrich) permet au lecteur de se plonger dans l’atmosphère de l’écrivain. Si particulière.
«Au fil de nos recherches, notre principal souci a été d’aborder le vécu et l’univers de l’écrivain sous des angles inédits. Comment se présente notamment le Liège de la prostitution à l’époque? Pourquoi Simenon vouait une telle haine à l’incarcération?» Deux questions parmi d’autres auxquelles répondent les auteurs, passionnés par leur sujet. Au fil des pages qui composent ce joli jeu de piste organisé sur les terres natales de l’auteur, on suit la naissance d’un écrivain, sa première visite d’un commissariat, ses multiples influences et ses folies. Pour les femmes, notamment. Toutes les femmes, y compris les professionnelles. Certaines petites histoires se révèlent savoureuses.
Des lecteurs peu avertis reprochent souvent à Simenon une approche sinistre du roman policier. Il s’en défendait pourtant avec véhémence. Non sans raison : «mon œuvre n’est pas grise…il y a plus de soleil dans mes livres qu’il n’y en a pendant l’année à Liège, à Bruxelles ou à Paris. Pour ma part, mes souvenirs d’enfance sont invariablement ensoleillés.» Sous la forme d’itinéraires thématiques -à Liège, Charleroi, Bruxelles, en Flandre ou en Ardenne- c’est tout l’univers simenonien qui défile, avec de nombreux extraits d’ouvrages, des anecdotes et de nombreuses reproductions de cartes postales d’époque.

SimenonLiège, Bruxelles, Paris ou la Suisse. Peu importe l’endroit où il vivait. Simenon avait toujours gardé «une fidélité profonde à la Belgique», sa terre natale omniprésente dans son œuvre. Bruxelles, notamment, joue un rôle majeur dans ses romans. Présente notamment dans «Le passage de la ligne», «Le suspect» ou «Peine de mort». Une ville synonyme d’asile rassurant ou de cache provisoire pour les truands en fuite.

En marge de l’explication de texte, des chroniques de films adaptés de l’œuvre de Simenon sont proposées, avec les endroits qui ont servi de lieux de tournage. L’occasion rêvée d’effectuer un petit pèlerinage pour un week-end original. Comme pour ce fameux film de Pierre Granier-Deferre, «L’étoile du Nord» tourné à Charleroi et adapté du «Locataire».
La riche iconographie rassemblée par les auteurs permet également de retrouver des endroits disparus. Comme le cinéma Cameo, rue du Fossé-aux-Loups, présenté dans toute sa splendeur sur ce cliché de 1933. Ou cette place Rogier et le boulevard Botanique, méconnaissables aujourd’hui.
Un voyage dans le temps pour le moins savoureux et nostalgique, qui fait revivre des acteurs prestigieux, incarnations cinématographiques du personnage de Jules Maigret. Jean Richard, Jean Gabin ou Bruno Cremer. Ce dernier dressait avec tendresse le portrait de son illustre commissaire : «c’est la distance qu’il prend vis-à-vis des hommes qu’il essaie de comprendre qui m’a attiré chez lui. Cette faculté de compréhension, d’indulgence même, pour ceux qui ont parfois commis les pires crimes, en fait plus qu’un policier.»

Une balade qui finit comme elle a commencé : par une lecture. Avec la sélection d’œuvres effectuée par les auteurs parmi la riche bibliographie de l’auteur. «Par quels Simenon commencer? Les plus anciens? Les Maigret?»
Un choix qui vous appartient.

Philippe Degouy

«La Belgique de Simenon. 101 scènes d’enquêtes», par Christian Libens et Michel Carly. Éditions Weyrich, 268 pages
Couverture : éditions Weyrich

Posté le 16 juin 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Alors les Tontons, on se risque sur le bizarre?

«Mais il connaît pas Raoul ce mec! Il va avoir un réveil pénible. J’ai voulu être diplomate à cause de vous tous. Mais maintenant c’est fini, je vais le travailler en férocité.» Qui a pu oublier les répliques mythiques de Michel Audiard écrites pour «Les Tontons flingueurs» de Georges Lautner? Dans la Pléiade, il faudrait les publier. Une objection?

Le cinéma de papa, celui qui, avant, peuplait avec délice les soirées du dimanche soir, telle est la passion partagée par le duo Charles Da Costa et Philippe Chanoinat, respectivement dessinateur et scénariste. Avec ce nouvel album publié chez Glénat, ils revisitent pour le plus grand bonheur des nostalgiques du cinéma français un classique dont on parlera toujours dans plusieurs décennies. Pour ses répliques, mais aussi pour un casting de rêve. Avec Lino Ventura, Francis Blanche, Venantino Venantini, Bernard Blier, Jean Lefebvre, Claude Rich, sans compter la délicieuse Sabine Sinjen, actrice allemande disparue bien trop tôt.

TONTONSL’histoire de ces Tontons en quelques lignes? Est-ce nécessaire? Soit, mais vraiment pour faire plaisir alors!
Appelé à la rescousse par Louis, dit Le Mexicain, son ancien pote de trente ans et fidèle compagnon de truanderie, Fernand Naudin rapplique à Paname à temps pour le voir caner. Avant le grand voyage, Louis confie à Fernand le soin de gérer ses affaires jusqu’à la majorité de sa fille. Une mission que Fernand accepte, sans savoir «qu’il va au-devant d’une béchamel infernale et que les bastos et bourre-pifs vont pleuvoir comme la vérole sur le bas-clergé
Car le Fernand, faut pas «lui péter les rouleaux. Il possède une droite redoutable et, pour ne pas faire de jalouse, sa gauche est à l’avenant.» Face à Fernand, les vautours qui cerclaient autour de Louis réclament leur part du gâteau. Les frères Volfoni, mais aussi le boche, Théo. « Quand il ne flingue pas les hommes, il les met dans son lit. Un mec capable de dégommer un orphelinat tout en récitant un psaume

En parallèle aux portraits hilarants de cette comédie rédigés par Philippe Chanoinat, Charles Da Costa a croqué en noir et blanc les scènes majeures du film. Avec des personnages fidèlement saisis dans leurs mimiques. Comme l’air de chien triste qui caractérise le visage de Jean Lefebvre, ou les yeux rieurs de Francis Blanche, l’air de gros nounours de Lino Ventura qu’il vaut mieux ne pas titiller, de peur de se prendre cinq doigts au travers de la face.

À la fin de cette histoire familiale, pleine de Tontons, les vilains sont punis et la morale est sauve. Celle qui veut que l’on ne peut pas toujours faire comme on veut dans la vie. Il n’y a que les cons pour y croire.

Le livre refermé, les zygomatiques solidement malmenés, on n’ose imaginer ce que pourrait donner un remake avec les «comiques» d’aujourd’hui. Mais bon, comme le disait avec justesse Audiard, «les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.»

Philippe Degouy

«Les Tontons éparpillés façon puzzle», par Chanoinat et Da Costa. Éditions Glénat, 48 pages
Couverture : éditions Glénat

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