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juillet 2016

Posté le 31 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Porsche Turbo, mélodie pour un moteur

Si certains livres automobiles ressemblent à de beaux catalogues de marques, tel n’est pas le cas de cet album, «Porsche Turbo», rédigé par le journaliste américain Randy Leffingwell. Un beau livre, publié chez E-T-A-I, qui verserait même dans l’excès inverse. Car oui, force est de constater qu’il s’adresse surtout aux Porschistes purs et durs. Des lecteurs qui doivent accepter une écriture pointue, technique, qui risque de dérouter le profane.
Voilà qui devait être dit sans aucunement remettre en cause l’excellent travail présenté.

Spécialiste de la marque allemande, l’auteur propose un album étonnant où la vedette n’est pas la Porsche mais son turbocompresseur. Un Turbo qui a permis à la marque allemande de dominer ses rivaux en course et de bâtir une légende du sport automobile.

«Porsche est intimement lié au Turbo. Nous étions les premiers en compétition. Puis nous en avons fait un modèle de série, une 911 Turbo de 260 ch, car les autres ne parvenaient pas à maîtriser la technologie. Lorsque quelqu’un déclare aujourd’hui qu’il utilise une Turbo, tout le monde sait de quelle voiture il s’agit

Entre historique du turbocompresseur et récit du succès de son emploi en course, la matière ne manque pas à un auteur passionné. Ses textes précis sont accompagnés d’une riche iconographie, bien choisie. De quoi savourer des clichés étonnants. Dont certains provoquent le sourire. Comme celui de cette 935 immatriculée et prise dans un bouchon de familiales et de caravanes sur une autoroute allemande. De quoi énerver un monstre de puissance.
Porsche-turboPlus émouvante, par contre, cette vue du départ des 24h du Mans 1981 avec le pilote belge Jacky Ickx en tête. Sur Porsche, bien entendu. Une 936 avec moteur Turbo Flat-6.

Comme l’auteur est américain, il nous donne à admirer des Porsche en mode course made in USA. Dépaysement garanti avec ces 911 aux couleurs locales ou  avec l’ancêtre, cette 917 Can-Am équipée de ce fameux turbocompresseur qui allait ensuite révolutionner le sport automobile.
Plus de 300 photos ponctuent l’album, Avec des éclatés de moteurs qui raviront les amateurs de mécanique.

Pour Porsche, «les clients Turbo sont nos ‘Top Gun’. Ils n’achètent que ce qu’il y a de meilleur, les voitures les plus puissantes. Ces modèles sont les Porsche les plus emblématiques.» Si la 911 occupe une large part du livre, les autres modèles équipés du Turbo ne sont pas oubliés. SUV Cayenne, 935, 924 ou 944, faites votre choix. Avec Porsche, rien n’est à jeter. Et tout peut surprendre. À l’instar des projets de moteurs d’avion comme celui dérivé du 911 Carrera atmosphérique de 3164 cm3.
Comme le dit un slogan de la marque Porsche : «so baut man Sportwagen» (Porsche, «c’est comme cela qu’on construit des voitures de sport!»)

Philippe Degouy

«Porsche Turbo. Tous les modèles de tourisme et de compétition», par Randy Leffingwell. Éditions E-T-A-I, 257 pages, 59 euros environ.
Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 31 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Survoler les déserts d’Afrique, l’idée folle des faucheurs de marguerites

1918. La guerre est terminée, l’armistice signé. Enfin. As aux 40 victoires, Adrien Delamare survit péniblement à ses cauchemars, qu’il tente de noyer dans l’alcool. «Mort, il serait devenu légendaire, vivant il croupit dans quelque trou à rat.» Son ami, Robert Billaret, réussit à le convaincre de piloter avec lui pour le comte de Galardon. Ce dernier souhaite créer une nouvelle compagnie aérienne en Afrique du Nord spécialisée dans le transport du courrier. «Traverser les déserts d’Afrique, une idée un peu folle, qu’il est raisonnable d’essayer!»

Sur place, la nouvelle compagnie doit faire face à la concurrence de Pierre Latécoère. Il ne reste à la Trans-aéropostale Galardon qu’à créer de nouvelles lignes. Plus dangereuses, menacées par les rebelles. «Nul n’échappait à l’exaltation que procurait le début d’une épopée extraordinaire…» D’autant que l’épouse du comte, Christina, s’avère charmante. Mais très (trop) curieuse de connaître le secret qui plane sur Adrien et Robert.

CasablancaNouveau diptyque publié aux éditions Paquet, Le courrier de Casablanca replonge ses lecteurs au cœur de l’histoire de l’aviation commerciale, cette époque de pionniers, de casse-cou qui ont payé très cher leur volonté d’entreprendre et de vouloir vivre plusieurs vies.

Sur un solide scénario rédigé par Pascal Davoz, qui laisse volontairement des zones d’ombre ( comme le rôle réel joué par Christina ou le secret qui ronge l’amitié entre Bobby et Adrien), Philippe Tarral a concocté de magnifiques planches, au dessin réaliste, qui permettent d’admirer de superbes scènes aériennes habitées par des zincs qui nécessitaient pour les pilotes de savoir mettre la main dans le moteur. L’Afrique sauvage, si bien dépeinte dans le volume ajoute encore aux risques de cette entreprise.
Deux créateurs qui font de cette BD un bel hommage rendu au cinéma d’aventures et aux pionniers de l’aviation, ces faucheurs de marguerites, pour reprendre le titre d’une ancienne série télévisée des années 70.

Philippe Degouy

Le courrier de Casablanca. T1. Christina. Scénario de Pascal Davoz, dessin de Philippe Tarral. Éditions Paquet, 48 pages
Couverture : éditions Paquet

Posté le 31 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ciel d’orage sur la Polynésie

Été 1968. Anciens pilotes de guerre en Algérie, Roger et son ami Gilles Durance ont intégré les services secrets français pour lesquels la couverture de Durance, propriétaire d’une petite compagnie aérienne, s’avère parfaite (lire le premier tome). Aidés par le jeune pilote Guy, son épouse et celle de Gilles, ils sont envoyés en Polynésie pour retrouver des documents officiels déclarés volés. Un vol qui tombe mal alors que va avoir lieu le tir de la première bombe thermonucléaire française. Sur place, l’équipe a créé une petite compagnie de vols touristiques avec un Catalina converti. Comme le dit Roger, «c’est un cuirassé avec une aile dessus. Ce n’est pas le plus fin des oiseaux, mais c’est du costaud.» Le décor est idyllique mais l’enquête s’avère compliquée. Nombreuses sont d'ailleurs les fausses pistes.

CatalinaSur la base de faits historiques véridiques, Damien Schmitz, alias Callixte, a brodé un solide scénario qui met en valeur à la fois les paysages magiques de la Polynésie et le souvenir de ce bon vieux Catalina PBY 5A, fidèlement reproduit par un auteur au dessin réaliste. Le vieux coucou qui donne son titre à la BD en accompagne d’autres dans l’aventure. Comme l’hydravion Short S-25 Sunderland, l’hélicoptère Alouette ou le Bréguet BR. 1050 Alizé. Un petit show aérien nostalgique à souhait.

Avec Catalina mon amour, deuxième épisode de la nouvelle collection de Callixte, Gilles Durance, publiée aux éditions Paquet, le lecteur découvre avec plaisir (certainement) un nouveau tome d'une série composée d’espionnage, de beaux avions, d’humour et de jolies filles (fort peu vêtues sous le soleil des îles) en guise de cerise sur le gâteau. Mélangez le tout en 48 pages et vous obtenez un bon moment de lecture qui renoue avec la BD d’aventure bien divertissante. Les plus anciens, sauf votre respect, devraient apprécier le petit clin d'oeil adressé par l'auteur à la série mythique des années 60, Tanguy et Laverdure.

Un troisième tome est déjà annoncé, consacré à ce bel oiseau blanc qu’était le Concorde. Une parution déjà attendue de pied ferme par les amateurs. À n’en pas douter.

Philippe Degouy

Catalina mon amour, dessin et scénario de Callixte (alias Damien Schmitz). Éditions Paquet, collection Cockpit, 48 pages
Couverture : éditions Paquet

Posté le 30 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Reagan, le président qui a échappé au sort de JFK en 1981

En cette année 2016, capitale pour l'avenir de l'Amérique, Françoise Coste ramène Ronald Reagan sur le devant de la scène médiatique. Modèle du candidat Trump, l'ancien président avait échappé le 30 mars 1981 à la tentative d'assassinat qui visait sa personne. Ce jour-là, un cinglé nommé John W. Hinckley avait tenté de l'abattre pour séduire l'actrice Jodie Foster. Le président et plusieurs gardes du corps avaient été sérieusement blessés.
Le criminel va revoir la liberté en ce mois d'août 2016, après plus de trois décennies passées en hôpital psychiatrique.

Loin d’être un panégyrique du président, admiré par le candidat Donald Trump, l’ouvrage (publié aux éditions Perrin) propose bien plus qu’une biographie. Plutôt une étude fouillée du reaganisme, des contradictions politiques et des grandes dates de deux mandats politiques riches en événements. Un essai qui réserve bien des surprises à propos d’un président qui séduit encore une large part des Américains.

Quand on pense à Ronald Reagan, nul doute que de nombreux clichés défilent : un acteur de série B, farouche anticommuniste aux méthodes de cow-boy. Le pourfendeur de l’empire soviétique et le modèle d’une Amérique qui avait retrouvé sa grandeur après le mandat du démocrate Jimmy Carter, bien plus falot.
Reagan, c’est aussi le scandale Iran-Contra, la libération des otages américains retenus à l'ambassade US de Téhéran, un attentat manqué, le discours émouvant lors de l'explosion de la navette Challenger au décollage, les traités de désarmement et la guerre des étoiles.
ReaganQuelques sujets détaillés par l’auteur, parmi d’autres, qui remplissent sans difficultés cette solide brique de 600 pages. Elle invite à se plonger dans les méandres, parfois tortueux, de la politique américaine et les contradictions d’un président.
Un vaste sujet, comme en témoigne l’important carnet de notes qui clôture l’ouvrage.

«It’s morning again in America »

Reagan, un showman capable de faire passer aux yeux des Américains l’invasion de la Grenade (1983), petite île de la Caraïbe, pour un débarquement à grand spectacle, digne de celui de Normandie en juin 1944. Comme le souligne l’auteur, «Ronald Reagan était un homme politique surdoué qui pouvait transformer le pire des désastres en célébration lyrique

Charismatique, communicateur de talent. D’accord. Ses tirades célèbres («it’s morning again in America»), ses discours ont marqué l’histoire à jamais. Comme celui prononcé à Berlin, à destination de Gorbatchev : «M. le secrétaire général Gorbatchev, si vous voulez vraiment la paix, si vous voulez vraiment la prospérité et la libéralisation, venez ici. M. Gorbatchev, ouvrez cette porte. Abattez ce mur! («tear down this wall»)»
Les plus anciens se souviennent aussi de son discours d’adieu. Celui d’un homme malade mais fier du devoir accompli : «je commence maintenant le voyage qui m’amènera vers le crépuscule de ma vie. Je sais que l’Amérique, elle, aura toujours devant elle une aube radieuse

Un président qui a laissé un bilan économique criticable, de nombreuses gaffes et quelques scandales bien sentis. Le côté sombre de la force éclipsé dans l’hommage rendu par les médias lors de son décès en 2004. De Reagan, les journaux, et… les Américains, ont préféré garder l’image d’un président qui avait redonné à l’Amérique foi en elle-même. «Les Américains voulaient croire en Reagan, et rien ni personne, pas même Reagan lui-même, ne pouvait les faire changer d’avis» souligne l’auteur.

Malgré ses lacunes et ses erreurs de jugement, le président Reagan conserve encore aujourd’hui une large popularité au sein du peuple américain. Une image rassurante de dur à cuire, à la John Wayne, qui fait cruellement défaut aujourd’hui.

Le livre refermé, une question reste en suspens : que ferait Ronald Reagan aujourd’hui, à la place de Barack Obama?

Philippe Degouy

«Reagan». Par Françoise Coste. Éditions Perrin, 620 pages
Couverture : éditions Perrin

Posté le 28 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Un «Nouvel Hollywood» puni pour acte d’hubris

La grande fête du cinéma bat son plein à Cannes. L’occasion est belle de revenir sur cette génération de réalisateurs américains qui a tenté, le temps d’une petite décennie, de rompre le carcan des grands studios d’Hollywood. Des cinéastes rassemblés sous l’expression de «Nouvel Hollywood» qui donnent le sujet à ce nouveau volume de l’excellente collection publiée par le Lombard, «La petite bédéthèque des savoirs». Son principe, pour rappel : combiner un expert et un dessinateur, pour vulgariser un thème. «Le Nouvel Hollywood. D’Easy Rider à Apocalypse Now» est proposé par le spécialiste du cinéma américain Jean-Baptiste Thoret sur le dessin de Brüno («Tyler Cross», «Inner City Blues»…).

HollywoodOn appelle «Nouvel Hollywood» ce courant contestataire né à la fin des années 60 et qui a duré une bonne dizaine d’années. Une datation que personne n’a jamais pu fixer précisément. Mais qu'importe. Un mouvement développé par des cinéastes désireux de rompre avec les règles des studios, jugées obsolètes, empoussiérées et qui ne correspondaient plus aux attentes du public. Ce dernier, lassé par le côté glamour des films tournés à Hollywood, réclamait davantage de films plus proches de la vie vécue par les citoyens américains. Une liberté de filmée, réclamée, obtenue. Un temps. Essayez aujourd'hui de filmer «Un justicier dans la ville», ce policier qui traitait de la légitime défense.
«L’ancien Hollywood contre le nouveau, une poignée de caciques accrochés aux vieilles méthodes de production contre une génération émergente de cinéastes influencés par le cinéma européen et baignés de contre-culture.» Une lutte plutôt inégale, dès le début.

Tout n’est que poussière dit-on. Avec l’arrivée de Ronald Reagan à la tête d’une Amérique toute puissante, le public redécouvre l’image d’un héros viril, fier de son pays… Le début de la fin de ce «Nouvel Hollywood», jugé cette fois dépassé, car trop négatif. Vite remplacé par les premiers blockbusters, dont les «Dents de la mer» fut le pionnier, les sagas Star Wars, Rocky, Rambo et tous les super héros qui font florès aujourd’hui. Comme témoigne William Friedkin, «la Guerre des étoiles a tout raflé. Le goût pour les bonnes choses s’est mis à disparaître. Il s’est ensuivi une période de régression terrible. Et elle continue aujourd’hui.» Avec des témoignages de cinéastes, des scènes de films reproduites, ce volume raconte cette parenthèse tragique du cinéma américain. Les auteurs ne laissent aucun répit au lecteur pris dans un récit qui laisse mélancolique face à tant de talents mis au placard. «Pour les studios, le «Nouvel Hollywood» était un cauchemar. Dès qu’ils ont pu reprendre la main, ils n’ont pas attendu une seconde

Un film, le fameux «Casino» de Scorsese, résume, par la bande, toute l’histoire de ce «Nouvel Hollywood» qui a disparu comme un feu follet. À Las Vegas, dans le monde du jeu, Ace Rothstein (joué par Robert De Niro) et ses potes ont voulu se faire du fric, beaucoup de fric. Sans devoir rendre de comptes aux parrains. Mettre au pas l’industrie du jeu. Ils ont connu la gloire, l’argent facile, les filles… Mais à la fin, les patrons ont mis fin à la récréation. Brutalement. La scène du film où Las Vegas est transformée en parc Disney pour touristes en short est d’anthologie et reflète toute la mélancolie d’une génération de très bons cinéastes mis sur la touche.

Ne refermez pas le volume sans puiser quelques bons films à (re)voir dans la filmothèque idéale proposée par les auteurs. Elle ne propose que des grands crus. Connus ou pas, mais tous regardables. Comme une dernière séance offerte en hommage au «Nouvel Hollywood»? Voici quelques titres : «Le flingueur», «1941», «L’évadé d’Alcatraz», «Marathon Man», «Taxi Driver», «Casino», «Apocalypse Now», «Little Big Man» , «Point limite zero», «Bullitt», «Catch 22», «La horde sauvage», «Massacre à la tronçonneuse» ou «Le Canardeur». On en passe, et des meilleurs. De quoi clôturer avec plaisir (ou qui vous voulez) la lecture de cet essai accessible à tous. Pour le plaisir de savourer du bon cinéma.

Philippe Degouy

«Le Nouvel Hollywood. D’Easy Rider à Apocalypse Now». Par Jean-Baptiste Thoret et Brüno. Collection : la petite bédéthèque des savoirs. Éditions du Lombard, 96 pages, 10 euros
Couverture : éditions du Lombard

Posté le 26 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Henri Cartier-Bresson, l’œil du siècle épris de liberté

Faut-il encore présenter le photographe français Henri Cartier-Bresson? Sans doute pas. Un avis partagé également par les auteurs de ce deuxième tome de la série Magnum Photo, publié chez Dupuis. Sylvain Savoia, Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël ont préféré figer la vie de l’artiste sur ses années de guerre. Celles qui ont laissé des stigmates dans son œuvre et sa vie.

Ce roman graphique plonge le lecteur dans une période noire, tant pour l’artiste que pour sa chère France, placée sous le joug allemand. 1940. Incorporé au service photo de l’armée française, Cartier-Bresson, qui possède déjà une solide expérience artistique, est conscient que la défaite est inévitable. Avant la reddition, il enterre son meilleur ami, son Leica, de peur qu’il ne tombe lui aussi entre les mains de l’ennemi. Ce sera ensuite l'envoi au stalag, avec les prisonniers de guerre. Terrible drame que ces années de détention pour cet artiste attaché à la liberté, à l’amour des gens.

Dans l'ouvrage, qui se savoure, deux planches symbolisent plus que tout cet esprit de liberté qui animait l’artiste. Celle où HCB, le cœur serré, enterre son Leica pour éviter qu’il ne tombe entre les mains ennemies et l'autre, plus émouvante encore, qui montre son exhumation, trois ans plus tard. Intact dans sa boîte, son cocon. La renaissance du plaisir de photographier, de retrouver cette liberté et le plaisir de figer l’humanité. «Juillet 1943. Les Vosges. Mon premier cliché en 3 ans. Un instant décisif. Enfin
Deux simples planches, mais empreintes d’émotion. On imagine que l’on aurait fait pareil à la place de l’artiste.

À la Libération, Cartier-Bresson photographie l’arrivée de de Gaulle à Paris, l’horreur du village français d’Oradour-sur-Glane, rayé de la carte par les SS, l’interrogatoire de Sacha Guitry. Il revient en Allemagne, de son plein gré cette fois ; pour assister au retour des réfugiés et des prisonniers de guerre. Comme un boulimique, HCB va photographier, encore et encore. Pour témoigner, «pour montrer que la liberté a un prix et que ça vaut le coup de se battre pour elle…même armé d’un simple Leica
Ces années de guerre qui marqueront durablement l’artiste, choqué et amusé d'avoir été déclaré disparu dans les camps. Un drame qui lui fera dire après-guerre que sa nationalité est «prisonnier de guerre évadé» et que son voyage préféré réside dans le souvenir de «mes trois évasions comme prisonnier de guerre

CartierBressonUn roman graphique d’excellente facture, en noir et blanc, au dessin réaliste, presque aérien. Un bel objet agrémenté d’une sélection de photos prises par l’artiste et d’un dossier biographique rédigé par Thomas Todd. De quoi resituer l’artiste dans le contexte historique et rappeler son importance dans le monde de la photo.

De nombreux clichés pris par le photographe à la fin de la guerre restent célèbres, uniques. Comme ce petit gamin enfoncé dans de larges vêtements d’adulte. Une image à la fois drôle et pathétique. Plus connue sans doute, et reproduite dans l'ouvrage, cette série de photos prises au camp de Dessau juste après la Libération. Prises à la sauvette, elles montrent une collabo se faire violenter par une ancienne détenue victime de ses agissements. Des clichés qui, découverts hors-contexte, avec nos yeux des années de paix, peuvent choquer, par la violence déchaînée. Sans légende, on peut même se demander qui est réellement la victime et qui est le bourreau.
Cette image de la collabo cravachée par l’ancienne détenue, qui plonge le spectateur au coeur de l'action, incarne parfaitement toute la violence de ces années de guerre. Une image «emblématique du style HCB, savamment réfléchie tout en étant composée sur l’instant, jamais recadrée.» Cet instant décisif que l'on a défini comme «la capacité intuitive à synthétiser un moment de grande émotion à l'intérieur d'une structure géométrique donnée de l'image».

HCB, c’est aussi la fondation de l’agence Magnum Photos, avec quatre amis, Robert Capa, David Seymour, George Rodger et William Vandivert. Une coopérative devenue légendaire et dont l’aura est loin d’être éteinte. Tout comme le regard porté sur l’œuvre de Cartier-Bresson. Un photojournaliste à l’influence capitale pour la profession. «Bien plus qu’un photographe, Henri Cartier-Bresson aura été véritablement l’œil du siècle», pour reprendre l’expression de son biographe Pierre Assouline.

Philippe Degouy

«Magnum photos T2 : Cartier-Bresson, Allemagne 1945», par Sylvain Savoia, Jean-David Morvan, Séverine Tréfouël et Thomas Todd. Éditions Dupuis, 22 euros
Couverture : éditions Dupuis

 

Posté le 26 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Hillary Clinton présidente, le prochain pari de l'Amérique?

La  possibilité d’avoir une femme au poste suprême pourrait devenir une réalité aux Etats-Unis avec la candidature d’Hillary Clinton. L’élection d’une présidente, une première dans l’histoire américaine, serait aussi révolutionnaire que l’élection de Barack Obama.
Il reste à savoir si les Américains seront prêts, en novembre prochain, à tenter un nouveau coup de poker après le bilan mitigé enregistré par le président Obama.

Rédacteur en chef international au «Journal du dimanche», François Clémenceau a voulu dissiper le brouillard qui entoure la candidate démocrate avec un document publié aux éditions du rocher. Un portrait présenté sous la forme d’un dictionnaire.  De A comme Huma Abedin à Z comme Zeke, le First dog. Un ouvrage qui expose les faiblesses et les points forts d’une candidate prête à livrer une bataille sans merci. Un document republié en cette année cruciale pour l'avenir du pays.
Une réédition mise à jour, avec de nouveaux impacts de l'actualité. Nombreux: la candidature de Bernie Sanders qui a poussé la candidate à serrer un peu plus à gauche, le retour de dossiers délicats, comme l'assaut islamiste sur l'ambassade de Benghazi en 2012, etc...

HILLARYHillary Clinton? Une femme de caractère, bien décidée à briser «le plafond de verre qui bloque encore l’ascension politique des femmes ». Pour reprendre l’expression de Christine Ockrent, auteur de l’introduction.
«Hillary Clinton incarne depuis si longtemps l’ambition au féminin qu’elle éclipse celles qui, avant elle, sont parvenues à leurs fins et lui ont ouvert la voie» ajoute-t-elle.

François Clemenceau partage le même enthousiasme que la journaliste pour une femme qui se place dans le sillage d’Eleanor Roosevelt, son modèle. Il a cherché à en savoir plus et offre à ses lecteurs des pistes de recherche pour cerner cette femme politique populaire en Europe, impopulaire dans son pays, au parcours méconnu.

«Quelle est donc cette ambition qui peut pousser une ancienne First Lady, une sénatrice, une secrétaire d’Etat du premier président noir américain à vouloir revenir à la Maison Blanche? En cent mots clefs, j’ai essayé de faire comprendre qui est vraiment Hillary Clinton, ce qu’elle a fait et ce qu’elle veut désormais accomplir» explique l’auteur. Son rapport à l’argent, à la religion, au pouvoir, ses projets sur le plan international, ses faux pas, la garde rapprochée qui sera du voyage, etc.
Autant de sujets abordés pour livrer le portrait de cet «étrange caméléon qui change souvent d’apparence et de discours

Un ouvrage à garder sous la main. Pour accompagner cette fin de campagne qui s’annonce déjà passionnante. Histoire aussi de confirmer ou infirmer les propos tenus par les intervenants de ce document. Il reste à savoir si les récents soucis enregistrés par Hillary Clinton lui laisseront la voie royale vers le 1600 Pennsylvania Avenue. Rien n’est joué.
«Hillary Clinton s’avance vers un autre défi dans sa longue carrière politique. Faire incarner la notion de First Gentleman à celui qui l’accompagnera à la Maison Blanche. Bill en rêve
Attention, cependant, à ne pas commettre la même erreur qu’en 2008 quand elle pensait que la Maison Blanche lui était due. Trop de confiance en soi peut tuer un projet dans l'oeuf.

La candidate démocrate sait que chaque case du jeu de pistes menant au fauteuil présidentiel est piégée. Nul cadeau ne sera à attendre de la part de ses adversaires, issus de son parti ou du camp républicains. «House of Cards» n’est pas qu’une série télévisée.

Cet ouvrage, accessible à tous, aux nombreuses anecdotes savoureuses, peut trouver son épilogue dans les propos de l’éditorialiste américain Howard  Fineman, repris par l’auteur : «nous avons trois partis majeurs en Amérique aujourd’hui : les républicains, les démocrates et les Clinton, qui veulent accéder au pouvoir pour revenir au score.» Et qui sait, après les parents, Chelsea, la fille, pourrait débarquer un jour ou l’autre dans le chaudron politique de Washington, touchée elle aussi par le virus.

Philippe Degouy

«Hillary Clinton, de A à Z», par François Clémenceau. Éditions du Rocher, 407 pages, 19,90 euros.
Couverture : éditions du Rocher

Posté le 26 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Au coeur du redoutable Hillaryland

Quel sera le nom du prochain président américain ? Bien malin celui qui peut déjà avancer une réponse. Dans l’attente du coup de sifflet final, les ouvrages biographiques se multiplient, pour satisfaire notre curiosité relative aux personnalités mises en présence. Spécialiste de la présidence américaine, Thomas Snégaroff publie chez Tallandier une version actualisée de son essai Hillary et Bill Clinton. L’obsession du pouvoir.

Une plongée au cœur d’un couple plutôt singulier, complémentaire, qui mélange l’eau et le feu, avec deux caractères totalement différents. Dans l’Arkansas, on les surnomme Billary. Avec un Bill Clinton naturellement proche des gens, qui navigue en politique comme un poisson dans l’eau. Hillary, intelligente mais jugée froide, cassante, ne montre quant à elle aucune empathie pour le peuple. Une phrase du document résume leur rencontre, symbolique du futur parcours politique d’Hillary. «Hillary confiera à un journaliste que Bill (Clinton) avait été le premier homme qui n’avait pas eu peur d’elle.» La peur provoquée dans les yeux de ses adversaires, la colère face à l’échec : «ne surtout pas flancher, ne rien montrer de ses émotions et répliquer». Durement. Telle est la méthode d’Hillary Clinton pour faire face au monde extérieur à son couple. À ce sujet, l’auteur rappelle une blague, méchante, qui a longtemps circulé à Washington : «Que se passe-t-il si on fait une injection de testostérone à Bill Clinton ? Il devient Hillary Clinton.» Tout est dit en quelques mots.

Si l’auteur s’efforce de dresser un portrait croisé du couple, force est de constater que l’attention du lecteur se porte davantage sur Hillary, la candidate qui semble promise au poste de PotUS (President of the United States). Aujourd'hui, Bill Clinton n’est plus que son sparring-partner, comme l’explique la candidate : «Bill m’encourage et me donne des conseils. En fait, c’est mon meilleur conseiller, comme j’ai essayé de l’être pour lui quand il était aux affaires.» Une candidate qui ne renonce pas, jamais.
CLINTON2Cette élection est sans doute sa dernière chance d’accéder au poste suprême. Elle fera tout pour la gagner et éliminer les obstacles présents sur son chemin.

Rien ne sera oublié

L’auteur le souligne à de nombreuses reprises. Il dresse, chapitre après chapitre, le portrait sans concessions de ce qu’il appelle le Hillaryland. Cette équipe soudée, prête à obéir à Hillary Clinton, le doigt sur la couture du pantalon. Malheur aux traîtres. La patronne n’oublie jamais rien, ni personne. «On ne trahit pas impunément les Clinton. L’univers mental d’Hillary est ainsi fait : qui n’est pas avec nous est contre nous. Et qui est contre nous le paiera cher» reprend Thomas Snégaroff.  Pour la petite histoire, l'auteur explique en fin d'ouvrage que de nombreux contacts obtenus pour l'écriture de son livre ont souhaité témoigner de façon anonyme. Par peur des conséquences.

Les échecs, et les scandales qui entourent son couple, font partie du jeu politique. Bill a souvent déçu Hillary, notamment par ses frasques, mais le couple a tenu malgré tout. Par nécessité. «Les Clinton sont comme les requins. Leur couple ne tient que s’il poursuit sans cesse sa quête du pouvoir. C’est leur carburant, leur raison d’être

Ce document, qui explique l’empreinte laissée par le couple Clinton sur l’Amérique, se lit comme un bon thriller. Rédigé d’une écriture nerveuse, chargé de nombreuses anecdotes qui éclairent davantage la candidate Hillary Clinton. Une femme qui aime la bagarre. De quoi reléguer la cynique série politique «House of cards» au rang d’amusement pour enfants.

Philippe Degouy

«Hillary et Bill Clinton. L’obsession du pouvoir», par Thomas Snégaroff. Éditions Tallandier, 400 pages
Couverture : éditions Tallandier

Posté le 24 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le drone, vos yeux dans le ciel

Il s'agit sans nul doute de l’objet le plus à la mode actuellement, même si son usage est désormais drastiquement réglementé. Le drone séduit un public de plus en plus large. Par la relative simplicité d'utilisation et les prix nettement plus démocratiques qu’à ses débuts. Si l’on dépasse le cadre du drone jouet, l’utilisation de l’engin peut réserver de très bons moments aux photographes et vidéastes. C’est à eux, notamment, qu’est dédié Filmer et photographier avec un drone, nouveau livre publié par Eyrolles et rédigé par Eric De Keyser.
Réalisateur documentariste, pilote de drone, l’auteur apporte les clés, bien utiles, au pilotage, mais aussi et surtout à l’utilisation du drone comme support volant de matériel photo et/ou vidéo.
De quoi imaginer aisément l'énorme potentiel représenté par le couple drone et caméra. Les nombreuses photos qui servent d’exemples aux propos de l’auteur ne peuvent que donner l’eau à la bouche et pousser les pilotes de drones à passer le cap.

DRONEFILMERAvant de faire chauffer la carte bleue, Eric De Keyser invite à la réflexion. Quels sont les coûts cachés à l’achat d’un drone ? Sera-t-il un véritable hobby, régulier, ou juste un caprice ? Quel modèle faut-il choisir ?
Et s’il vous reste quelques euros après l’achat du drone et de la caméra, quelques accessoires s’avèrent judicieux. Comme le testeur de batterie, le sac de transport et, pour ceux qui volent au-dessus de l’eau, un gadget bien pratique : la bouée de sauvetage qui permet de garder en flottaison le drone crashé.

Passé le chapitre lié au choix et à l'achat du drone, le manuel passe la vitesse supérieure et prend son envol pour aborder l'aspect technique.
Rapporter de simples photographies de vacances ne suffit plus aujourd'hui pour épater les collègues ou la famille. L’auteur explique ainsi comment rapporter des films avec des paysages ou des monuments vus du ciel. Une prise en charge effectuée pas à pas. Bien expliquée, mais sans verser dans le langage abscons. De nombreux encadrés rappellent, par ailleurs, ce qui est autorisé ou pas avec un drone. Comme l’interdiction de voler dans les parcs nationaux ou de faire voler les batteries en soute lors des voyages en avion.

Avant l’important chapitre dédié à la prise de vue, un cours de pilotage est offert par l’auteur, conseils en guise de bonus : «il est fortement conseillé de débuter avec un drone qui ne craint rien, pour essuyer les plâtres avant de passer à un appareil plus sophistiqué. (…) Et on commence toujours par apprendre à voler en vue.» Se faire accompagner, lors des premières sorties, par un droniste expérimenté peut éviter de la casse inutile.

Le livre refermé, si vous envisagez de faire carrière comme télépilote, méditez les propos de l’auteur, nettement nuancé à ce sujet. «Si des vocations naissent (à la lecture du livre), je pense que c’est un véritable miroir aux alouettes, car il n’y a pas de place pour tout le monde
Autant savoir, et garder les pieds sur terre.

Philippe Degouy

Filmer et photographier avec un drone, par Eric De Keyser. Éditions Eyrolles, 157 pages
Couverture : éditions Eyrolles

Posté le 23 juillet 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

François P. La Varenne ou la gastronomie élevée au rang de chef-d'oeuvre

Les livres de cuisine trouvent rarement place à table dans les chroniques littéraires. Que dire de recettes sans les essayer? C’est vrai. Mais quelques fois, un envoi effectué par une attachée de presse titille notre curiosité. Comme celui-ci, réédition du classique de François Pierre La Varenne, «Le cuisinier français. 400 recettes du XVIIe siècle» (éd. Vendémiaire). La première édition datait de 1651. Son auteur peut être considéré comme l’un des pères de la cuisine moderne, avec l’usage de la cuisine au beurre, de cuissons destinées à préserver la saveur des plats et l’usage d’ingrédients d’excellente facture.

Dans cet ouvrage qui doit aiguiser votre appétit, les recettes du XVIIe siècle vont étonner nos palais  malmenés par la malbouffe du XXIe siècle.
Découvrir son sommaire, c'est imaginer une immense tablée, avec les mets les plus raffinés, les plus beaux desserts présentés dans une débauche de couleurs et d'odeurs parfumées. Du Rabelais pur jus (de viande). Mais sacrebleu, que peuvent bien être ces «pets de putain» dont il est fait mention dans la carte des desserts? Et ce gâteau à la Dame Lucie, ou cette tourte aux huîtres fricassées?
Pâtés, poissons, fruits de mer, viandes, desserts... tout y est. Avec des noms de plats à faire rougir de plaisir le plus fin des gastronomes. Comme ces carpes farcies en ragoût, ces vives rôties sur le gril sans oublier ces jus à servir aux malades… CuisinierComme dirait maître Folace, «on se risque sur le bizarre?» Avec le potage de tortue, les huîtres en beignets, la loutre de mer rôtie en ragoût ou la tétine de vache?

Un ouvrage qui fait la part belle à la nourriture, mais pas seulement. On y apprend aussi l’art de la décoration de la table, du pliage de serviettes (sans illustrations hélas) ou la composition d’alcools et sirops que l’on boit frais. Des boissons aux noms parfois sibyllins pour un buveur de Coca-Cola, comme l’Hypocras, l’Angélique ou le vin des Dieux. Pour celui ou celle qui souhaiterait réaliser les recettes offertes dans ce petit manuel du parfait cuisinier, l’éditeur a indiqué les unités de mesures actuelles, plus pratiques. Des recettes illustrées de reproductions de tableaux liés, forcément, au plaisir de la table. De quoi agrémenter la lecture d’un ouvrage qui ne laisse jamais son lecteur sur sa faim.

Le menu idéal

Juste pour le plaisir, quel serait le menu à se composer pour un repas sympa? Coup de cœur pour le potage d’écrevisses, poulet d’Inde à la framboise farci, une lotte blanchie, suivie d’un peu de foie gras cuit dans les cendres. Comme dessert? Une bonne dizaine de biscuits de sucre en neige. Et, pour éviter de sortir de table avec une petite faim, rajoutez donc quelques bricoles, comme ces macarons qui sentent si bon.
Diantre, voilà un livre bien agréable à savourer avec les yeux. Il laissera son lecteur repu jusqu’au prochain Carême. Quant au (rot) mot de la fin, laissons-le bien volontiers au chef François Pierre La Varenne, noblesse oblige : «mon cher lecteur, pour récompense de ce livre, je ne vous demande autre chose, sinon que mon travail vous puisse être aussi agréable qu’utile.» Certes, mais on se taperait volontiers une fricadelle avec une barquette de frites sauce andalouse et une blonde bien fraîche pour faire passer tout cela. Non?

Philippe Degouy

«Le cuisinier français. 400 recettes du XVIIe siècle», par François Pierre La Varenne. Vendémiaire éditions, 224 pages, 28 euros

Couverture : Vendémiaire éditions

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