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octobre 2016

Posté le 31 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Au coeur de l’enfer vert, c’est Broadway !

Birmanie, 1944. Après le crash de leur appareil, abattu par la chasse japonaise, Angela McCloud et sa passagère, la vedette de cinéma Jinx Falkenburg, sont contraintes de crapahuter dans la jungle pour rejoindre leurs lignes. Aux dangers incarnés par la nature et les bestioles diverses s’ajoute celui de la redoutable Kempitai, sorte de gestapo japonaise. Bien décidée à mettre la main sur les deux femmes. Pendant ce temps, les lieutenants Rob et Philip, participent avec les autres pilotes de l’escadrille des Burma Banshees à l’opération Broadway qui doit permettre aux forces anglo-américaines de repousser les Japs hors de Birmanie.
Dans la jungle, Angela et Jinx sont aidées par le père Stuart, membre de l’OSS, et parviennent enfin à s’extraire de cet enfer vert. Pour Angela, rentrée au pays, le moment est venu de s’occuper des responsables de la mort de sa sœur, assassinée sous couvert d’un crash aérien. Certains vont devoir payer...

ANGEL WINGSSur le solide scénario rédigé par Yann, qui suit fidèlement son plan de vol historique, Romain Hugault livre avec «Objectif Broadway» (éd. Paquet) une superbe BD aéronautique au dessin ultra réaliste. Un album qui permet de savourer des scènes aériennes à couper le souffle, magnifiées par un dessin fluide qui reproduit à merveille ces avions présents sur cette partie du front asiatique. Le cadrage, dynamique, allié à un flou artistique, permet quant à lui de rendre l’impression de vitesse quand passe, non pas un faisan, mais un P-51-B Mustang propulsé avec son moteur Merlin. Il ne manque que le bruit du moteur et des mitrailleuses pour se croire plongé au milieu de l'action.

Aux scènes de combats aériens, classiques mais efficaces, Romain Hugault a ajouté un élément mystère qui vient pimenter le jeu : un chasseur américain P-51 capturé et piloté par un as japonais, avide de surprendre des ennemis isolés et peu méfiants. Jolie trouvaille qui augure de prochains rebondissements. Il ne serait pas étonnant de voir, dans un prochain volume, le lieutenant Rob se battre en duel avec cet adversaire à sa taille.
Quant aux décors, magnifiques, ils rendent parfaitement le côté hostile de cette jungle, aussi dangereuse que les soldats japonais lancés aux trousses d’Angela et de Jinx. On ressent l'humidité extrême combinée à cette chaleur épuisante, même pour les plus endurcis.

Ce troisième tome, d’excellente facture lui aussi, clôture un premier cycle.
Force est de constater que l’on n’a guère eu le temps de s’ennuyer à sa lecture. Aucun temps mort, des scènes d’action sur terre comme dans les airs et, cerise sur le gâteau, une affaire d’espionnage qui risque de prendre davantage d’ampleur dans les prochains épisodes. Angela est bien décidée, en effet, à prouver que sa sœur, exécutée par l’OSS pour haute trahison, était bien innocente. Une Angela qui a le glaive vengeur.
Bref, ce troisième tome nous a mis en appétit pour de nouvelles aventures.

Les amateurs de warbirds ont quant à eux pris leur pied avec ces P-47, P-38, Spitfire, C-47 et autres P-51 (dont une superbe version d’attaque au sol, un P-51 équipé de tubes lance-roquettes). Gros coup de cœur pour le vénérable P-40 à tête de mort. Dépassé par les chasseurs nippons, certes, mais superbe avec cette sacrée gueule à faire peur.

«Angel Wings» ? Une place assurée pour la sélection de BD de fin d’année 2016. Nous y reviendrons.
Scramble boys !

Philippe Degouy

«Angel Wings tome 3. Objectif Broadway». Scénario de Yann, dessin et couleur de Romain Hugault. Collection Cockpit. Éditions Paquet, 48 pages
Couverture : éditions Paquet

 

Posté le 25 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Partir ou en rêver, le même plaisir

Les valises sont bien rangées, les maillots aussi, et le bronzage s’efface peu à peu. Il ne reste désormais que les souvenirs de l’été passé. Et déjà, nous pensons à repartir, pour poursuivre la découverte du monde.
Avec l’envie de préparer un voyage comme une grande aventure au bout du monde, ou à quelques centaines de kilomètres. Qu’importe. Des projets qui feront oublier le froid et le gris des prochains mois et qui apportent cette petite touche d'excitation dans le quotidien. Partir, soit, mais vers quelle destination ? Et quand ? Pour éviter une météo aussi pourrie que celle (parfois) vécue sous nos latitudes.
Publié chez Hachette tourisme, «Où et quand partir» de Jean-Noël Darde constitue un bon repère. Un guide annuel devenu un succès littéraire auprès des touristes. La nouvelle édition est parue, avec une présentation digne d’un beau livre. Sur papier glacé, avec de très belles photos en couleur. Pour donner envie de bouger au plus sédentaire d’entre nous.

PartirUn ouvrage pratique qui propose des destinations sélectionnées selon les saisons, les vacances scolaires ou vos désirs. Si vous cherchez des vacances culturelles, ou axées sur le plaisir de savourer une plage ensoleillée, de découvrir la faune exotique.
Les plongeurs ne sont pas oubliés, avec un chapitre qui propose les meilleurs spots, des conseils pour une plongée sécurisée. Vous souhaitez croiser la route d’un requin blanc ? Pas de problème, l’auteur propose les meilleurs endroits.

Un guide qui reprend tous les pays du monde, des Açores au Zimbabwe, avec tout ce qu’il faut savoir pour réussir le séjour. De la sécurité sur place à ce qu’il faut emporter dans sa valise, en passant par les bestioles à éviter.
Si le brouillard d’automne de nos contrées vous désole, l’auteur propose de mettre le cap vers la Thaïlande, l’Amérique centrale ou vers l’Afrique. Parmi les choix proposés.

Plus qu’un guide pratique, l’ouvrage est davantage un beau livre. Que l’on n’emporte pas dans sa valise mais que l’on consulte régulièrement. Pour se nourrir de la beauté du monde. 

Philippe Degouy

«Où et quand partir? Choisissez votre prochain voyage», par Jean-Noël Darde. Éditions Hachette, 252 pages, 450 photos, 20 euros
Couverture : éditions Hachette

Posté le 21 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Anguille sous roche pour Canardo

«Je n’aime pas qu’on dessoude mes amis… Alors on va régler ça à l’ancienne. Du genre furtif et discret. Du sanguinaire ouaté et sans trace. Du gros rouge mais qui ne laisse pas de tache !» Après le meurtre de son pote, l’ex-commissaire Garenni, maquillé en mort naturelle, Canardo répond à l’appel d’Angela Garenni, jolie fille du défunt. Elle le charge de retrouver le coupable. L’enquête les mène au Belgambourg, pays voisin de la Belgique dirigé par la Comtesse.
Une aristocrate au langage fleuri qui doit faire face à de graves soucis internes. Une vague de migrants wallons venus profiter des avantages sociaux et une révolte syndicale dirigée par «ce goret» de Boulenchon. Rien ne sera simple pour Canardo, à la fois enquêteur et cible d’un tueur commandité par le service secret wallon. Ce dernier a décidé de faire le ménage après l’attentat qu'il a organisé contre le baron Ferdinand, «une ordure dégénérée par des siècles de consanguinité mal conduite». Héritier du trône de Belgambourg, feu le baron aimait profiter des migrantes wallonnes pour les violer et les torturer. Pour la comtesse, il n'y a qu'un seul moyen pour venger la mort de ce neveu aimé mais encombrant : déclarer la guerre aux Wallons. «Sur un week-end, avec en feu d’artifice final, le bombardement de la citadelle de Namur le dimanche soir. Puis le lundi, on se met autour de la table et on discute de qui a la plus grosse».

CanardoSuite de «Mort sur le lac», cette nouvelle enquête de Canardo, «La mort aux yeux verts» (publié chez Casterman) constitue un régal pour les fans du cinéma d’Audiard à qui rendent hommage les auteurs, Benoît et Hugo Sokal. Père et fils réunis pour le meilleur et le rire.
Leur canard anthropomorphe, au look de Daffy Duck version commissaire Columbo, n’est pas décidé à se laisser clouer le bec. Faudrait pas prendre Canardo pour un canard sauvage. Soulignons également le dessin réaliste, bien en raccord avec le scénario, de Pascal Regnauld.

Une lecture bien déjantée, où se croisent barbouzes des services secrets wallons, policiers belges, syndicalistes et personnages de la haute société. Sans compter quelques personnages issus du bas peuple, comme les frères Dardanne, pêcheurs d’anguille. Coup de cœur pour le personnage de la comtesse du Belgambourg, qui ressemble à l’actrice chère à Audiard, Françoise Rosay. Faut pas la chercher la vieille. Elle aime discuter flingue en pogne : «Quand je suis en colère, je vire trotskyste».
Ce n’est pas le syndicaliste Boulenchon qui dira le contraire. «En fait, un gauchiste, c’est un mec de droite qui estime qu’il n’est pas assez payé», dit-elle.

Un nouveau tome qui se révèle divertissant au possible, preuve que la série n’a pas encore atteint son point de rupture. Les auteurs en ont encore sous la pédale. Comme le dirait Canardo, jamais avare de bons mots lui aussi : «si les cons pédalaient, ce pauvre Eugène n’aurait pas eu besoin de saler la soupe pour être maillot jaune».
L’album mixe avec délice (ou qui vous voulez) syndicalisme, problème des migrants et vie des palais, avec le sourire. Cela va loin, soit, mais comme c’est drôle. Faut avouer, Canardo, c’est du brutal. Pas besoin de laquer le canard pour le faire parler. Même si dans cet épisode, il y aurait «comme de l’état d’âme dans la gâchette».

Philippe Degouy

«La mort aux yeux verts». Une enquête de Canardo, tome 24. Dessin de pascal Regnauld, scénario de Benoît et Hugo Sokal. Éditions Casterman, 48 pages
Couverture : éditions Casterman

Posté le 20 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le harcèlement ne doit (peut) pas être une fatalité

Pas une semaine ne se passe sans la révélation d’un dossier de harcèlement sur un jeune. Un phénomène qui a pris davantage d’ampleur avec les réseaux sociaux. Si Marie Quartier ne prétend pas apporter une solution toute faite, son nouveau livre, «Harcèlement à l’école. Lui apprendre à s’en défendre» (éd. Eyrolles) apporte néanmoins des pistes de réflexion, ceci à quelques heures de la rentrée des classes.

Spécialiste des souffrances scolaires, l’auteur propose aux parents un portrait de ce fléau, avec des témoignages de victimes classés par âge. Car si tous n’en meurent pas, tous sont touchés, peu importe l’âge. Des récits véridiques qui permettent de livrer des conseils pour réagir efficacement. Des parents bien souvent démunis face à la douleur de leur enfant.
HarcèlementS’il est tentant d’apprendre à un jeune harcelé comment se faire respecter à coups de poing, Marie Quartier rejette la violence pour contrer celle du harceleur et privilégie la communication. Entre parents et enfants, mais aussi entre harceleur et harcelé. En cela, elle s’intègre dans le sillage de l’école de Palo Alto, «courant de pensée né dans les années 50 qui aborde l’étude des relations humaines sous l’angle de la communication
Mais qu’est-ce que le harcèlement ? «Il a pour principale fonction, explique l’auteur, de dévaloriser l’autre afin de lui ôter tout pouvoir de se défendre. Il tire toute sa puissance de ces émotions de honte et de peur qui bloquent la capacité à réagir. Il touche toujours là où ça fait mal.» Un harcèlement qui se vit comme une maladie honteuse dans notre société où il faut toujours être du côté des dominants.

Comment repérer les symptômes de harcèlement chez un enfant? Comment l’amener à se livrer et à se renforcer? Comment modifier son comportement pour qu’il s’affirme davantage, lui apprendre à désamorcer la méchanceté et à la retourner contre le harceleur? Autant de questions parmi d'autres qui trouvent une réponse détaillée.
Avant de passer en mode défense, il importe, souligne l’auteur, de savoir si le harcelé et son entourage sont prêts à supporter le prix des actes liés au changement. «La personne en souffrance doit accepter d’assumer les risques

Un ouvrage qui se clôture par le type de harcèlement qui occasionne le plus de ravages au sein de la génération 2.0 : celui présent sur les réseaux sociaux. Là également, il est impératif de cibler le leader pour désamorcer ses attaques. Tout en gardant à l’esprit que toute défense doit se faire autour du harcelé. Il doit impérativement faire partie de la solution, au risque de l’enfoncer encore un peu plus dans son sentiment de faiblesse.

«S’il y a une chose à retenir de ce livre, c’est bien que les souffrances les plus dangereuses sont celles que les enfants et adolescents taisent. Et qu’un enfant harcelé deviendra souvent un adulte harcelé.»

Non, le harcèlement ne peut et ne doit pas être une fatalité.

Philippe Degouy

«Harcèlement à l’école. Lui apprendre à s’en défendre», par Marie Quartier. Éditions Eyrolles, 210 pages, 14,90 euros
Couverture : éditions Eyrolles

Posté le 20 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La mort accompagnait l'Étoile du désert

Le vent venu de l’Ouest apporte avec lui de belles productions. Le genre western s’est-il déjà mieux porté qu’aujourd’hui ? Force est de constater que les amateurs du genre découvrent une production de très grande qualité. Avec des nouveautés, des one-hots, ou des rééditions. Avec «L’étoile du désert tome 3» (éditions Dargaud), Stephen Desberg, au scénario, et Hugues Labiano, au dessin, réveillent notre intérêt pour une série qui a marqué ses lecteurs voici vingt ans. Il ne s’agit pas d’une suite, mais d’un préquel articulé autour d' Étoile du désert, cette jeune indienne au caractère bien trempé.

Avouons-le, ce volume est une réussite, un choc émotionnel intense. Grâce, notamment, à la puissance du dessin. Superbe, avec ses jeux de lumière où le rouge du ciel se confond avec la noirceur des âmes. Un ciel rouge comme l’avenir d’un peuple qui sera broyé sous l’avance de cette «civilisation» venue de l’Est.
Les sacrées gueules des cow-boys, hommage au cinéma de Sergio Leone, se retrouvent accentuées par les jeux d’éclairage réalisés par Hugues Labiano. Et superbement mis en valeur par le travail du coloriste Jérôme Maffre. Quant au cadrage, nerveux et alternant plans serrés et larges, il ajoute encore au dynamisme de la BD. Les décors du grand Ouest américain se voient magnifiés, cadre idéal à ce drame, cruel, qui se joue entre deux cultures. Celle des Amérindiens et celle des Blancs, de plus en plus nombreux.

ETOILEBONAprès le massacre du convoi dans lequel sa mère a préféré se suicider pour éviter un viol collectif, la jeune Maria revient, quelques années plus tard, dans la région du drame avec son père. Comme d’autres colons, ils sont guidés par Dieu pour rejoindre la terre promise et venger la disparue. Des pionniers, comme d'autres avec eux, qui acceptent, avec fatalisme, toutes les difficultés de la conquête de cet Ouest hostile comme la volonté de Dieu de mettre leur courage à l’épreuve.
Par pur hasard, elle va retrouver un cow-boy qui avait participé au drame. Ce dernier, Garth, semble errer comme un pauvre hère, ne sachant sur quel pied danser, entre volonté de faire le bien et celle de s’affirmer face à des compagnons de route plutôt encombrants. Ailleurs, dans les grandes plaines, ce territoire sacré pour les Indiens, Souffle du matin brûle d’amour pour la jeune Indienne Etoile du désert. Pris entre ses visions de mort et son amour, Souffle du matin ne sait que faire pour modifier le destin funeste qui s’approche de son peuple avec l’arrivée massive des Blancs. Le ciel sera bientôt rouge sur les Grandes plaines... L’intrigue de ce volume en quelques lignes.

Les personnages, Indiens et Blancs, sont finement travaillés par le scénariste. Avec des psychologies taillées comme des diamants. Ce qui relègue les scènes d’action presque au second plan. On pense ici au cinéma de Michael Cimino et de Clint Eastwood, notamment, avec L’Homme des Hautes plaines ou Impitoyable.
Des êtres tourmentés par leur destin. Souffle du matin, dont les visions de plus en plus précises, se montrent terrifiantes, ou Garth, cow-boy aventurier dont le comportement semble dicté par la rivalité entre sa part d’ombre et son humanité. «Je suis un homme qui aimerait être bon» dit-il.
Dans ce tome, il n’y ni héros, ni frontière entre bien et mal. Pour définir rapidement ce que l’on appelle le Nouveau western. Cow-boys et Indiens ne sont pas à ranger dans l’un ou l’autre camp. Ils font juste face à la poussée de la civilisation qui broie les plus faibles. Comme le souligne Josh, cow-boy aux pratiques douteuses : «Ces sauvages pouvaient vivre comme ils voulaient quand il n’y avait personne. Maintenant il se trouve qu’on va être un peu à l’étroit. C’est le plus fort qui prend tout».

Un album qui rejoint nos (nombreux) coups de cœur de cette année. Et qui laisse son lecteur satisfait, soit, mais déjà impatient de découvrir la suite.
Précisons enfin que la bonne compréhension de ce préquel ne justifie pas d’avoir lu les deux précédents tomes (en réalité la suite). Mais comme la curiosité est un joli défaut, la lecture du diptyque paru voici des lustres peut s’avérer distrayante pour ceux qui prennent le train en marche.

Philippe Degouy

«Étoile du désert tome 3». Scénario de Stephen Desberg, dessin de Hugues Labiano. Éditions Dargaud, 56 pages
Couverture : éditions Dargaud

Posté le 17 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

À Saint-Tropez, les gendarmes sont éternels

Après les «Tontons flingueurs», les «Barbouzes», «Fantômas» ou les gars de la «7e compagnie», ce sont les «Gendarmes de Saint-Tropez» qui se font croquer, et de la plus belle des manières. Le caricaturiste Charles Da Costa et son compère scénariste Philippe Chanoinat revisitent un culte, «En compagnie des gendarmes» (éd. Glénat), dont le succès populaire ne s'est jamais démenti depuis l’année 1964, date du premier épisode de la célèbre série comique. Deux auteurs qui ne se cachent pas pour dire tout le bien qu’ils pensent du bon vieux cinéma populaire de papa. Celui du dimanche soir d’antan, synonyme d’un bon film familial à partager. Une époque aux trésors inépuisables.

La saga du «Gendarme de Saint-Tropez» ? Une recette plus simple que celle de la fameuse tarte tropézienne. Un cadre superbe, Saint-Tropez et sa région, des personnages truculents (Tricart, Berlicot, Fougasse, Merlot, Nicole ...) et la musique inoubliable de Raymond Lefèvre. Un thème et une marche du gendarme qui donnent envie de siffler, de chanter avec ce doux parfum de thym, de marjolaine qui titille l’odorat. Saupoudrez le tout de personnages secondaires bien choisis, comme Josepha («ma biche», excellente Claude Gensac), veuve du colonel Lefrançois et future madame Cruchot, ou sœur Clothilde et sa 2CV. Un personnage de bonne sœur foldingue, à la conduite automobile approximative, inventé par Louis de Funès. «Excellente idée Cruchot. D’ailleurs c’est mon idée» aurait dit l’adjudant Gerber.

Une collection de six films («Le gendarme de Saint-Tropez», «Le gendarme à New-York», «Le gendarme se marie», «Le gendarme en balade», «Le gendarme et les extraterrestres» et «Le gendarme et les gendarmettes») dont les quatre premiers sont sans nul doute les mieux conservés. Dans les deux derniers, le casting n’était plus le même et Louis de Funès n’avait plus le même souffle.
Film après film, Philippe Chanoinat présente et commente scénarios et casting. Avec la biographie des personnages principaux, sans oublier certains seconds couteaux, aux visages familiers pour les habitués du cinéma de Louis de Funès. Comme Yves Vincent ou Dominique Zardi.
GENDARMES
Les planches en noir et blanc de Charles Da Costa reproduisent les plus célèbres scènes d’une saga devenue culte. Les mimiques de Cruchot ou Gerber.  Les lire fait renaître le comique de situation, les quiproquos. Et voici que défilent devant nos yeux la fameuse leçon d’anglais du «Gendarme à New York», ou extraite du même film, la cuisson de l’entrecôte dans la chambre d’hôtel. Sans oublier des répliques transmises de génération en génération. «Cruchot, du tact, de l'efficacité, mais surtout pas de tracasseries inutiles

Méprisée par la critique, mais saluée, adulée, par le grand public, la saga se regarde toujours avec le même plaisir, comme un reflet d’une France d’avant, celle des Peugeot 504 familiales, et d’une époque révolue, ces insouciantes années 60 baignées du soleil du Midi. Un festival de gags et de jeux de mots pour tout public.

Aujourd’hui encore, le fan peut revivre une partie de l’ambiance du film avec une photographie prise devant l’ancienne gendarmerie de Saint-Tropez, devenue un musée, ou en prenant le soleil dans le plus simple appareil à Tahiti. La plage où Cruchot et ses hommes traquaient ces nudistes qui faisaient perdre la fesse, oops la face, à Gerber.

Cet album se savoure, se relit. Comme une délicieuse cure de bien-être.
Une brigade de Saint-Tropez aujourd'hui complètement décimée, avec le décès, en janvier dernier, du dernier des gendarmes, l’adjudant Gerber, joué par le regretté Michel Galabru. Pour la petite histoire, le rôle devait, à l’origine, être joué par Pierre Mondy. Mais nous n'avons rien perdu au change.

«Garde à vous Cruchot! Mais dites-moi, votre nouveau galon vous a mis en appétit, on dirait. Puis, vous louchez sur les miens

Philippe Degouy

«En compagnie des gendarmes». Dessins de Charles Da Costa, scénario de Philippe Chanoinat. Éditions Glénat, 64 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 17 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les infectés

De nos jours. Une énorme météorite traverse le ciel étoilé de Californie avant de s’écraser dans un coin isolé. Dans l’indifférence générale. À Cheyenne, dans le Wyoming, les étudiants se réjouissent tous de rejoindre le Lac Tahoe pour la grosse fête de fin d’année. Cette année Danny et Nathan, deux amis d'enfance, feront la route avec deux superbes filles. Un voyage prometteur sur près de 1300 kilomètres de routes désertes. Désertes ? Vraiment? En chemin, ils sont les témoins horrifiés d’une sauvage agression d’un automobiliste par un autre, comme devenu fou. Le tueur les prend pour cible. Le groupe réussit néanmoins à s’enfuir et à rejoindre le Lac Tahoe. Mais sans Danny, abandonné sur les lieux du drame. Ce dernier revient au lac quelques heures plus tard. Mais changé, comme possédé par la violence. Infecté par des insectes venus d’ailleurs qui ont pris le contrôle de son cerveau. Peu à peu, il va transmettre sa folie et ses hôtes à de plus en plus d’humains, devenus fous, eux aussi. L’épidémie touche ville après ville. L’armée et la police semblent impuissants à faire face à cette folie meurtrière. Comment ça a vraiment commencé ? Nul ne peut y répondre.  Et personne ne pense à cette météorite de laquelle s’écoule en flux continu un liquide chargé d’insectes prêts à coloniser l’humanité.

BloodredlakeCinquième tome de la nouvelle collection Flesh and Bones, publiée par Glénat, «Blood Red Lake» n’est guère aisé à narrer en quelques lignes. Qu’importe, le scénario de Christophe Bec réussit en quelques planches à insuffler une atmosphère inquiétante. Le lecteur sent rapidement monter l’angoisse, avec délice, certainement. Renato Arlem, graphiste brésilien habitué à travailler pour les comics américains, livre un dessin nerveux, avec un cadrage cinématographique ou gros plans alternent avec plans larges.
Les bestioles extraterrestres sont horribles à souhait, sans tomber dans l’excès. Des sortes de mini-aliens, à l'allure crédible, qui s’introduisent en vous par les orifices naturels. Ce qui donne quelques scènes propices à donner la chair de poule. D'autres se voient dotées d’un humour certainement involontaire.
Le noir et blanc est au rendez-vous, comme pour les précédents volumes. Il permet de remarquables jeux d’ombre qui ajoutent encore à l’ambiance morbide.
Coup de projecteur sur les scènes finales. Simplement à couper le souffle. Lieu commun, certes, mais qui traduit parfaitement le sentiment ressenti à la vision de ces planches de mégalopoles soumises aux attaques de l’aviation américaine. Voir Los Angeles bombardée par les B-52 pour enrayer la contagion des infectés est une scène qui glace le sang.

Avec «Blood Red Lake», Renato Arlem et Christophe Bec s’inscrivent dans ce courant de teen movies qui fait fureur auprès des jeunes. Avec la figure du slasher, ce meurtrier qui décime un groupe, peu à peu. Ici, pas de massacre à la tronçonneuse, ou de tueur masqué. Juste une petite bestiole avide de proies. Les spécialistes des films de série Z ne manqueront pas de relever les allusions à certains classiques du genre. On pense à «Faculty» de Robert Rodriguez (1999) mais aussi «Phase IV» de Saul Bass (1974) , voire «Bug» de Jeannot Szwarc (1975). La liste de films semblables, avec des insectes tueurs, est longue comme le bras.
Il ne manque à la lecture de cette BD, à déconseiller cependant aux personnes atteintes d’entomophobie, que le popcorn et les cris d'orfraie de spectateurs pour que le bonheur soit complet.

Philippe Degouy

«Blood Red Lake». Dessin de Renato Arlem, scénario de Christophe Bec. Collection Flesh and Bones. Éditions Glénat, 128 pages, 14,95 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 14 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ford Mustang, un nom gravé à jamais dans l’asphalte

The Mustang is back! La muscle car de Ford a réussi, avec son dernier modèle, à conquérir l’Europe. «La belle américaine a surmonté sa timidité pour s’offrir au monde entier en étant enfin disponible dans tous les Ford stores de la planète, une première dans l’histoire mythique de la Mustang».
Photographe automobile, Hubert Hainault propose avec son nouvel album, «Mustang. Reflets d’une légende» (éd. E-T-A-I), de partager sa passion pour ce morceau de choix de l’American way of life.
Son livre n’est pas une nouvelle histoire de la Mustang. On n’y parle pas (trop) mécanique ou chiffres de vente. Des dizaines et des dizaines de livres ont déjà tout raconté.
«Ce livre sort des sentiers battus pour aborder la Ford Mustang sous un angle purement passionné» explique l’auteur.

Mustang-reflets-d-une-legendeTout commence en 1964, année marquante qui rayonne comme les enseignes de Las Vegas dans le cœur des fans. Cette année-là voit la naissance de la Mustang. A star is born. Un coup de maître pour un modèle magnifique, parfait pour ouvrir le bal, avec sa livrée blanche. Une beauté sauvage, magnifiée par les clichés de l'auteur.
Une reine mère qui domine les treize modèles sélectionnés par Hubert Hainault.

Modèle après modèle, les fans savourent cette débauche de beaux clichés, qui magnifient les lignes, ou un gros plan pris sous un angle particulier. La belle est tellement photogénique. À l’instar de cette Boss 302, bête de course présentée en robe rouge, excellent choix de couleur pour exciter ses suiveurs. Et que dire de la Ford Mustang GT 390 de 1968 ? Un modèle présenté en bleu Acapulco. Une star de cinéma pilotée par Steve McQueen dans le classique du film policier, Bullitt.

Les clichés du livre mettent en valeur les modèles, avec le juste éclairage et le cadrage qui les met en valeur, comme autant de modèles de haute couture. Quant aux textes, ils transpirent de cette passion qui anime l’auteur. Contagieuse, car le lecteur se régale, lui aussi, et sent monter l’envie, de toucher et de conduire une Mustang.
Aimer la Mustang, ou plutôt les Mustang, c’est comme se souvenir du bon vieux temps, déclare Hubert Hainault, «quand les carrosseries étaient belles à regarder et les moteurs avaient du caractère».

Si les puristes ne jurent que par les modèles produits entre 1964 et la fin des années 70, force est de constater que les dernières générations ont également une belle gueule de prédateur. Comme cette Fastback GT V8 de cinquième génération. Drôlement racée en robe noire. Avec ses 300 ch, la monture parfaite pour une cavalcade le samedi soir. Quant à jouer à se faire peur, embarquez à bord de la Shelby GT 500 SVT. Plus de 550 ch et un V8 Supercharged de 5,4 litres. Toute une cavalerie cachée sous le capot.

Que dire de plus sur un ouvrage qui sent bon l’odeur de pneu brûlé et résonne du bruit rauque des moteurs ?
Un superbe hommage graphique qui prend fin avec la Mustang 2015, sixième du nom. Présentée au Salon automobile de New York en 2014. Soit cinquante ans après la naissance de la reine de la route.

La Ford Mustang n’est définitivement pas qu’une simple voiture, c’est davantage un art de vivre.

Philippe Degouy

«Mustang. Reflets d’une légende». Texte et photographies de Hubert Hainault. Éditions E-T-A-I, 161 pages
Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 13 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La BD vue par Vuillemin? Sortie interdite avant la fin

«Pape de la ligne crade», amateur de sales blagues, Vuillemin aime distiller son humour à la grosse louche. Sans souci du politiquement correct. Ce qu'il aime ? Provoquer et choquer les bégueules.
Avec «Le monde magique de la bande dessinée» (éditions Hugo & Cie) , il a réuni ses meilleurs dessins réalisés pour le magazine «dBD».
De quoi composer un portrait, version Guernica de Picasso, du monde actuel de la BD. Vu par Vuillemin, c’est du garanti pur gros rouge qui tache, mais qui fait du bien par où il passe. Cela part dans tous les sens. C’est drôle et bien senti. Comme avec cette planche qui montre Gustave Courbet en pleine réalisation de son tableau sulfureux, L’origine du monde. Devant les jérémiades de son modèle, l’artiste se demande quel titre choisir, entre L’origine du monde et L’origine des emmerdements.
L’auteur n’hésite pas à chambrer ses collègues, gentils camarades de jeu dont il souligne et exagère certains traits. Pour faire rire. «Quand je veux me remonter le moral, j’évite de lire Tardi, même si c’est joli». Ou, «j’aimerais bien passer cinq minutes dans la tête de Druillet pour voir comment c’est rangé».

VuilleminAu fil des dessins réunis, on savoure son avis sur tout et tous. Les 75 ans de Batman et Robin ? «Les chauves-souris pédophiles, ça n’a jamais été ma tasse de thé». Le retour de Bob Morane en BD ? «On ne lui a rien demandé». Et la crise de l’édition ? «Mon cul bordé de nouilles».
L’érotisme servi à toutes les sauces en BD, il en rigole : «grâce à Manara, j’ai découvert que les femmes pouvaient faire autre chose que laver mes slips et préparer mes repas».
Un auteur qui s’amuse également de la valeur marchande prise par certaines planches, «il y a à peine un an mes planches ne valaient rien ! Aujourd’hui, elles valent quasiment trois fois rien ? C’est de la folie
Un Vuillemin qui n’a rien perdu de sa verve et de son goût pour l'humour hard. Choquer ? Il adore. Quand c'est gore, il dit encore. Vous apprendrez, avec dégoût (et des couleurs) pourquoi le massacre de la Saint-Barthélémy, l’une des pages les plus rouges de l’histoire de France, a été édulcoré dans l'album de Richard Guérineau.

Enfin, à la question de savoir si le numérique va supplanter la BD papier, Vuillemin répond sans détours : «pour en finir une fois pour toutes, la modernité je m’en bats mes vieilles couilles». Toujours partant pour un trait d’esprit l'ami Vuillemin. Un auteur qui n’hésite pas à se brocarder, comme avec ce dernier dessin où il apparaît, dans son cercueil, avec cette légende : «pour la première fois, Vuillemin livre ses planches à l’heure».
Un album, pour public averti,  à ne pas laisser traîner sur la table familiale. Même si les mômes d’aujourd’hui savent, depuis la lecture de la BD «Happy sex», de Zep, que les bébés ne naissent pas dans les choux.

Philippe Degouy

«Le monde magique de la bande dessinée», par Vuillemin. Éditions Hugo et Cie, 168 pages, 14,50 euros environ
Couverture : éditions Hugo et Cie

Posté le 11 octobre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Cinq saisons réunies dans votre assiette

Après «Japonismes», son hommage à la cuisine japonaise, Félicie Toczé publie un nouvel ouvrage dans la même lignée, «La cuisine santé des 5 saisons. Se nourrir selon le cycle des 5 éléments» (éd. Alternatives). Un livre de recettes qui suit les concepts de vie de la médecine traditionnelle chinoise .
D’emblée, le livre séduit, avec ses clichés qui mettent en valeur les plats proposés. On en mangerait. Les recettes ne présentent guère de difficultés. Même pour un cuisinier qui aurait deux mains gauches. Prévues par défaut pour 4 personnes, elles se révèlent originales et peu coûteuses. De la cuisine moderne, qui implique des portions parfaites pour un appétit de moineau. Coup de cœur pour cette recette de patates douces en croûte de sel et miettes d’olives noires. De même, on ne dirait pas non à une bonne dizaine de toasts à la confiture d’abricots secs à la vanille en guise de dessert.
Des recettes quatre saisons complétées par la cinquième, ces périodes d’intersaisons et de fin d’été. Non, il n'y avait pas d'erreur dans le titre de la chronique.

CuisinesantéCes recettes, faciles à réaliser, sans chichis, sont composées d’aliments en accord avec la nature. En tout, ce sont 45 préparations détaillées et illustrées qui sont présentées dans un menu pour le moins original. D’inspiration chinoise, pour laisser aux convives une sensation de bien-être. Une cuisine végétarienne, par la force des choses, puisqu’elle favorise le végétal comme premières ressources. Qui s’en plaindra ?
On se risque dans le bizarre ? Avec, pourquoi pas, cette salade de boulgour de sarrasin et lentilles germées ? Ou avec ce pain au potimarron parfumé au fenouil et au romarin ?

Nous sommes entrés dans l’automne depuis peu. Que nous conseille l’auteur pour affronter l'arrivée de temps moins doux ? «L’automne nous pousse à revenir vers nous-mêmes, comme pour nous concentrer et conserver notre énergie. La saison où il faut dès lors soigner le gros intestin et les poumons. Dès lors, il faut favoriser les céréales et les légumineuses».

Bon, c’est bien beau tout cela, mais comme dirait l’autre, «quand est-ce qu’on mange» ? On se réchauffe cette pizza quatre saisons ? Ou cette petite salade tiède de lentilles vertes à la moutarde suffira-t-elle à vous satisfaire ?

Philippe Degouy

«La cuisine santé des cinq saisons. Se nourrir selon le cycle des cinq éléments», par Félicie Toczé. Photographies de Francis et Katherine Azémard. Éditions Alternatives, 143 pages, 14,90 euros environ
Couverture : éditions Alternatives

 

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