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novembre 2016

Posté le 30 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Cinquante ans de rires pour «La Grande Vadrouille»

Diffusée cet été en version restaurée dans les cinémas français, «La Grande Vadrouille» a enregistré un beau succès public. Bel exploit pour ce  film qui fêtera en décembre prochain ses cinquante ans, et plus de 18 diffusions à la télévision française.
«La Grande Vadrouille, c’est le type même de film sur lequel on aurait aimé qu’un reportage fut fait de A à Z pour en montrer les circonstances du tournage» écrivait Robert Chazal, biographe de Bourvil et Louis de Funès. L’ouvrage de Vincent Chapeau, «Sur la route de la Grande Vadrouille», réédité en version spéciale 50e anniversaire aux éditions Hors Collection répond certainement à ses attentes. Le film, qui réunissait pour la deuxième fois le tandem Bourvil, de Funès, après Le Corniaud, se dévoile sous nos yeux. Démonté, chroniqué, illustré de vues de coulisses et de scènes privées. L'ouvrage prouve que si le rire était présent dans la salle à chaque projection, il l'était également sur le plateau. Avec une ambiance de colonies de vacances, pour reprendre les mots du réalisateur Gérard Oury.

GRANDEVADROUILLE«Je rêvais d’un bouquin pour satisfaire les nombreux admirateurs de cette aventure. Je ne voulais pas que mon récit devienne une analyse stylistique ou technique du film, mais prenne plutôt la forme d’une enquête. Pour rentrer dans l’anecdotique, pour retrouver les témoins et retourner sur les lieux de tournage» explique Vincent Chapeau dans son avant-propos.
Passionné, bien documenté, l’auteur a reconstitué le puzzle qui compose un film. En donnant la parole à ceux qui ont participé à sa naissance. De l’acteur au monteur, en passant par les figurants. Beaucoup d’entre eux ne sont plus là aujourd’hui, hélas. C’est là qu’est l’os.
Bourvil, Louis de Funès, Marie Dubois, Terry Thomas, Paul Préboist, etc.. Tous réunis dans le casting inoubliable de cette comédie bien française. Une oeuvre qui avait demandé aux réalisateur et producteur un certain courage. Tourner en ridicule l’Occupation allemande en France, à peine plus de vingt ans après la fin de la guerre, il fallait oser. Quinze jours, ce fut le délai de réflexion avant de lancer le tournage.

L'album, qui se savoure avec délice, permet au lecteur de se promener dans les coulisses. Il détaille le tournage, et invite à la découverte de beaux coins de cette belle France, dont villes et décors ont participé au succès du film. Nombreux sont d’ailleurs les pèlerins qui partent en vadrouille pour retrouver les traces du film. Vézelay, Meursault ou Beaune. Notamment.
On déguste pleinement les petites anecdotes récoltées, souvent aussi drôles que le film lui-même. Comme celle relative à la scène des potirons lancés à la face des Allemands partis en chasse des héros. Quelque 150 potirons furent commandés chez Fauchon à Paris. Et à prix d’or, car l’époque du tournage n’était pas la bonne pour en trouver dans les champs. Le tournage de la scène finale, avec le planeur, mérite également son poids en or. Des scènes épiques à tourner. Mais avec le résultat final que l'on connaît.

«Deux heures à rire sans la moindre arrière-pensée, c’est précieux. C’est du bien-être physique, c’est de la détente au sens propre» écrivait Téléciné en mars 1967. Aujourd’hui, rien n’a changé, le succès public reste présent à chaque diffusion télévisée. Beaux scores assurés à la chaîne qui programme le film. Si La Grande Vadrouille n’est plus le film de tous les records d’entrées, il reste certainement le film familial le plus aimé. Chacun, ou peu s'en faut, connaît les répliques et les scènes qui déclenchent le rire. «De moi vous osez vous fouter ?», toute la stupidité de l’officier allemand (joué par Benno Sterzenbach, parfait) résumée en une question posée au duo Lefort-Bouvet, plus roublards que jamais. Le militaire allemand qui louche affreusement, le pot de peinture du peintre Bourvil qui inonde de peinture blanche l’uniforme impeccable de l’officier SS («pardon, je vous ai taché !»)…
Une douce madeleine de Proust qui rappelle aujourd’hui le cinéma de papa du dimanche soir. Celui qui réunissaient les familles pour savourer, ensemble, ce dernier moment de détente avant de reprendre le chemin des écoles ou du boulot.
Comme le disait l’affiche belge du film, «avant de (re)voir La Grande Vadrouille, assurez-vous sur la vie, car on peut mourir de rire
Nul doute que la rediffusion du film sera assurée pour cette fin d’année. Anniversaire oblige. Le quinquagénaire a encore de beaux restes.

Philippe Degouy

«Sur la route de la Grande Vadrouille. Les coulisses du tournage». Édition spéciale 50 ans. Par Vincent Chapeau. Préface de Danièle Thompson. Éditions Hors Collection, 144 pages, 21 euros
Couverture Hors Collection

Posté le 29 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Balade dans les jardins bruxellois de la Camarde

C’est un fait, entrer dans un cimetière ravive toujours le douloureux souvenir d’êtres disparus, partis vers l’autre monde. Il faut souvent prendre sur soi pour entrer dans ces endroits de repos éternel.
Mais les cimetières offrent aux curieux, aux amoureux de la nature un autre visage. Beaucoup d’entre eux constituent de bonnes idées de balades. Comme le prouve le nouvel album du photojournaliste Jacques Duchateau. «Au fil des allées, on surprend mille histoires et anecdotes parfois tristes, parfois joyeuses, souvent touchantes. On y fait tant de rencontres : le sourire éternel d’une statue de pierre, les larmes de bronze d’une pleureuse, la légèreté d’une fleur sculptée ou l’élégance d’un buste centenaire
Cover_CimetièreAprès un volume consacré aux cimetières wallons, l’auteur publie chez Luc Pire un nouvel opus, «Cimetières de Bruxelles. Balade photographique», consacré aux sites funéraires des communes de Bruxelles. Jette, Ganshoren, Molenbeek, Ixelles...
Dont le plus célèbre d’entre eux, ce véritable musée à ciel ouvert : le cimetière de Laeken, souvent comparé, par sa richesse artistique, au célèbre Père-Lachaise parisien. Outre les sépultures de nombreuses personnalités, on y trouve également l’un des vingt exemplaires du Penseur de Rodin.
Coup de cœur également pour le cimetière du Dieweg à Uccle, classé comme cimetière et comme réserve naturelle. On le croirait à l'abandon avec des espaces envahis par la végétation. Mais non, il invite presque à l'aventure, à déambuler dans ses allées végétales. Un endroit magique où repose le créateur Hergé, dont la pierre tombale surprend le visiteur par sa simplicité. Le grand cimetière de Bruxelles à Evere offre quant à lui la particularité d’être le seul de Belgique dans lequel les trams circulaient.

Les balades proposées se terminent par une explication des symboles présents sur de nombreuses tombes. Comme ces mains enlacées, masculine et féminine, la chouette, une colonne brisée, une palme ou ce flambeau renversé.
Avec la lumière d’automne, sublime, pourquoi ne pas imiter l’auteur et pousser, nous aussi, ces lourdes grilles pour entrer dans un univers qui réserve de belles surprises à ses visiteurs. Comme peuvent en témoigner les clichés de Jacques Duchateau, en noir et blanc ou en couleur. Superbes.

Philippe Degouy

«Cimetières de Bruxelles. Balade photographique», par Jacques Duchateau. Éditions Luc Pire, 177 pages, 29 euros
Couverture : éditions Luc Pire

 

Posté le 23 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La passion Ferrari n’a pas d’échelle

Comment devient-on collectionneur de Ferrari de course à l'échelle 1/43e ? Une question qui débute l’album et explique son existence. Avec «Ferrari. Sport, prototypes et GT en compétition» (éd. E-T-A-I), Pierre Liard ouvre les portes de son garage miniature pour présenter ses plus belles pièces. L'occasion de revenir sur les courses disputées par les bolides pilotés entre 1940 et 1993. Comme le titre le précise, les formule 1 sont absentes du livre.
«Je voulais décrire les Ferrari qui ont le plus marqué l’histoire et la légende de cette marque mythique» explique l’auteur.
Un collectionneur passionné, devenu au fil de l’évolution de sa collection, fin connaisseur du passé sportif de la marque. La présentation des quelque 600 modèles présents dans sa collection, très bien mise en valeur par les clichés de Gilles Nahon, lui permet de raconter les victoires mythiques de Ferrari en course, en parallèle avec le palmarès de pilotes ou d’ingénieurs indissociables du succès Ferrari. Carlos Reutemann, Clay Regazzoni, Mario Andreti, Ronnie Peterson,Tim Schenken, Ascari, Maurice «Pétoulet» Trintignant, Piero Taruffi, alias «le renard argenté». Sans oublier Jacky Ickx, «Monsieur Le Mans», et ses six victoires enregistrées sur le circuit sarthois. Mais aucune remportée sur une voiture Ferrari.

FERRARIBONSous la plume de Pierre Liard sont ravivés les grands duels livrés entre Ferrari et ses plus féroces adversaires, Ford ou Porsche au Mans. Le Mans, cette course mythique, célébrée par tous les champions. Le Graal d’une carrière, comme le soulignait notamment l’Américain Carroll Shelby (1925-2012) : «quand vous gagnez au Mans, vous avez plus ou moins le droit de dire à tout le monde que vous êtes un type capable».
Ferrari 250 GT, Dino 246 GT, 365, F-40, F333, 512 S (la réponse de la marque au cheval cabré à la Porsche 917), on en passe et des plus belles. Elles sont toutes réunies pour nos yeux par l'auteur, fier (à raison) de son travail de collectionneur. Un pur régal de nostalgie au 1/43e.

Ses jolis modèles reproduisent fidèlement les bolides originaux et restituent toute la magie générée par la marque italienne.
Les adultes que nous sommes devenus ne peuvent rester insensibles devant ces miniatures qui réveillent la part d’enfance qui subsiste en chacun d'entre nous. Comment ne pas avoir les yeux qui pétillent devant ce magasin de jouets imprimé sur papier glacé ?
Et comme le rêve est omniprésent au fil de ses pages, l’ouvrage se referme sur une Ferrari imaginaire. La seule présente dans le livre qui n’a jamais connu l’excitation de la compétition : une Ferrari 275 GTB de pompiers.
Le mot de la fin ? Laissons-le à celui dont l’ombre, immense, plane sur l’ouvrage : il Commendatore, Enzo Ferrari : «J’ai consacré ma vie entière à l’automobile, ce triomphe de la liberté pour l’homme

Philippe Degouy

«Ferrari. Sport, prototype et GT en compétition au 1/43e», par Pierre Liard, éditions E-T-A-I, 178 pages
Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 23 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Michel Audiard, ce maître du dialogue à la française

«Regarder tout Audiard, c’est voir le cinéma français de la moitié du XXe siècle défiler sous ses yeux» déclare Stéphane Germain, l’auteur de cette encyclopédie consacrée à l’œuvre de l’artiste. Son ouvrage, publié chez Hugo & Cie, comble un fossé dans la mémoire du cinéma français et répond à cette question : «pourquoi cette passion pour le cinéma d’Audiard
Une encyclopédie vouée à l’amour du verbe et des mots («Faut s’emmerder…si on veut faire durer le temps»). Un goût affirmé pour ce cinéma populaire revendiqué par pure provocation par l’auteur, et par nostalgie pour cette France d’avant. N’en déplaise à la critique, qui ne fut jamais tendre avec le cinéma d'Audiard.
«Ne nous fâchons pas», «Le Pacha», «Elle cause plus elle flingue», «Mortelle randonnée», «Un singe en hiver», «Mélodie en sous-sol», «Les Tontons flingueurs», «Les Barbouzes», «Le Président»…. Quelques exemples de films, tous des classiques, qui portent la marque Audiard.

Une oeuvre articulée autour des cons. Une matière première, infinie, transformée par Michel Audiard en petites pépites humoristiques. Comme l’explique Stéphane Germain dans son ouvrage, qui se savoure avec délice, «Audiard était fasciné par la bêtise et se délectait des connards prétentieux qui lui permettaient d’aligner des répliques brillantes, devenues pour certaines immortelles.» Une certaine misanthropie affirmée et véhiculée de film en film par l’artiste, «Je crois que dans la vie, il faut avoir une vingtaine de copains et se méfier de tous les autres.»

L’ouvrage débute par le démontage de la mécanique Audiard, pour étudier ensuite ses sources d’inspirations, les cons mais pas seulement, et le détail de son œuvre, soit une centaine de films et une dizaine de romans, sa fierté. Cette encyclopédie est comme un coffre aux trésors, avec ses coulisses de tournage, les reproductions d’affiches de films ou les photos de tournage. Plus nostalgique, tu meurs. Nombreuses aussi sont les anecdotes. Comme celle relative au refus de Gabin de tenir le rôle de Ventura dans les «Tontons flingueurs».

AUDIARDUne encyclopédie qui se termine par le casting idéal selon Audiard. Bernard Blier, Jean Gabin, Robert Dalban, Jean-Paul Belmondo, André Pousse, Jean Carmet, Francis Blanche («Il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade ») ou Noël Roquevert, premier «diseur de dialogues d’Audiard» et souvent occulté par Blier et Gabin. Tous des cadors, des princes. Sans qui le cinéma d’Audiard n’aurait sans doute pas eu la même saveur. Comment oublier la gouaille d’un André Pousse, habitué des rôles de truands et doué pour débiter les répliques qui tuent, «Le pigeon, c’est plus con qu’un dauphin, mais ça vole.»

Michel Audiard ? Un homme pluridisciplinaire dont certains dialogues se révèlent aujourd'hui étrangement d’actualité. Comme avec cet extrait de son documentaire «Vive la France» : «la droite espérait un dur, la gauche espérait un mou, et comme toujours à ce genre de loterie, c’est le zéro qui sort.» De même, il faut revoir «Le Président », avec Jean Gabin dans le rôle principal, pour la violente attaque adressée aux dérives de la construction européenne. Les dialogues (de 1961) n’ont pas pris une ride. Un pur chef-d’œuvre.

«Audiard était un poète. On ne s’exprime plus comme Audiard, mais on ne parle plus comme Molière non plus. Dans cinquante ans, on écoutera ses dialogues comme ceux de Molière. Ils ont une part d’éternité». Le mot de la fin confié à Michel Serrault, fidèle parmi les fidèles.
Et s’il fallait lui choisir une épitaphe, celle-ci, extraite de «Sang et Lumières» (1954), serait parfaite : «quand un homme comme ça se retire, il n’y a plus de place à prendre. C’est la fin d’une époque

Depuis sa disparition en 1985, «Michel Audiard est entré au panthéon par la cuisine. Il y a trouvé assis, Lino, Bernard, Francis Jean et Robert. Ils se sont serrés un peu pour lui faire une place. La cuite est désormais éternelle
Comme son cinéma. Clap de fin.

Philippe Degouy

«L’encyclopédie Audiard», par Stéphane Germain. Éditions Hugo & Cie, 304 pages
Couverture : éditions Hugo & Cie

Posté le 22 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Visiter Bruxelles? Non peut-être!

«Bruxelles ma belle, je te rejoins bientôt aussitôt que Paris me trahit. (…) Bruxelles, attends-moi j’arrive.» A-t-on jamais rédigé chanson plus belle sur Bruxelles que celle de Dick Annegarn ? Une capitale mise en valeur par ce guide du Routard dont la couverture rend hommage à l’un des maîtres de la BD belge, André Franquin. Avec un Gaston Lagaffe heureux de vivre sa belgitude. Pour l’anecdote, lors du lancement, en 2009, du premier guide dédié à la capitale belge, le petit Manneken-Pis avait reçu la tenue du parfait routard à sac à dos. De quoi donner envie au ketje de prendre la tangente.

«Truculente et gouailleuse, surréaliste et décontractée, Bruxelles est une cité qui ne se révèle qu’à celui qui sait la regarder.» Comme le soulignent fort justement les rédacteurs, on trouve tout et son contraire à Bruxelles. Une façon de vivre un peu provinciale, avec un humour local et une façon de vivre typique. Souvent étrange. «Pour qui a appris à le déceler, le décodage du ‘fantastique quotidien’ ou du ‘réalisme magique’ propres à l’univers belge peut se révéler un exercice enrichissant des plus jouissifs.»

GASTONBruxelles, la multiculturelle.  On pense bien la connaître. Erreur. Il y a toujours un coin qui nous rappelle qu’il y a encore des découvertes à faire, à apprécier. Hors des sentiers battus. Aussi bien pour les touristes que pour les locaux à qui ce guide est également destiné. Ceci dit, le guide, qui a eu la bonne idée de fournir une carte détachable ultra détaillée, a bien raison de souligner que «tous les chemins mènent à la Grand-Place.» Le cœur de la ville, et son joyau. Un site magique à visiter à la tombée du jour. Pour la beauté de la lumière sur les superbes façades rénovées.

De quoi donner envie, après cette promenade savoureuse, de se taper un bon gueuleton dans un restaurant typique, loin des pièges à touristes qui peuplent les rues avoisinantes. Des adresses, où savourer les bières locales et les plats bien belges, qui sont dévoilées par des auteurs qui ont su marcher sur les traces des autochtones.
Bruxelles, ses estaminets, ses restaurants où déguster stoemps, chicons au gratin, filet américain  ou croquettes aux crevettes. Mais sans oublier LA spécialité locale : les frites. Celles vendues par ces fameuses baraques à frites où elles sont cuites dans la graisse de bœuf, puis servies dans un cornet avec une bonne louche de mayonnaise. Comme le ferait un bon Bruxellois pour un ami, le guide dévoile les bonnes adresses. Des frites à consommer avec une bière fraîche. Il en faut très peu pour être heureux. Vraiment très peu.

Si une bonne paire de chaussures s’avère nécessaire pour humer l'atmosphère de la ville, pourquoi se fatiguer alors qu’il vous est possible d’allier l’usage des transports urbains et la visite de la plus grande galerie d’art bruxelloise. Prenez le métro et admirez les œuvres exposées dans les stations. Une visite sous terre qui vous permettra également de découvrir un bel échantillon de la population bruxelloise.

Avant de regagner vos pénates, n’oubliez pas le chapitre shopping. Il y a une foule de (bonnes) choses à ramener de Bruxelles. Du chocolat, du spéculoos, des bières spéciales mais aussi des bulles. Celles des bandes dessinées dénichées dans les nombreuses librairies spécialisées. Sans oublier les souvenirs d’une promenade thématique axée sur les façades BD. Et quand vous reprendrez votre train au Midi, c’est l’enseigne Tintin et Milou qui vous souhaitera bon retour chez vous. Avec l'espoir de vous revoir très bientôt.

«Tu vas me revoir Mademoiselle Bruxelles. Attends, j’arrive…» (D.A.)

Philippe Degouy

«Bruxelles. Le Routard 2016». Éditions Hachette, 241 pages, 9,90 euros
Couverture : Hachette

 

Posté le 22 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le Petit Spirou à sa maman

Série dérivée, «Le Petit Spirou présente» (éditions Dupuis) propose une compilation de gags thématiques extraits de la série originale. «Tout sur ma mère », 7e tome réalisé par le duo Tome et Janry, est dédié à une sainte, la délicieuse maman de ce ce petit garnement qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Elle seule peut supporter ses gaffes et la lecture de son bulletin scolaire sans lui allonger ses cinq doigts sur le visage. C’est pour cela qu’on l’aime cette maman. Souvent exaspérée, fâchée, trompée par ce fils terrible mais qui fond devant le regard de ce gamin qui a déjà tout compris quand il faut la jouer finement face aux adultes. Une mère compréhensive, soit, mais qui sait hurler aussi. Quand il refuse de prendre son bain, notamment, ou quand il reste à jouer aux jeux vidéo comme les petits bas de plafond.
«Je suis la star des petits voyous dont ma grand-mère et l’abbé Langélusse rêvent de botter au laser à neutrons le fond de caleçon.» Pas de quoi se vanter gamin!

PETITSPIROUUn album, destiné à un jeune public mais pas seulement, qui renferme des gags vraiment hilarants (de la Baltique). Comme cette visite du gamin chez sa dentiste, laquelle lui offre une large vue sur sa poitrine à damner un sein, pardon un saint, quand elle se penche pour lui examiner la dentition. De quoi obliger le Petit Spirou à consulter ensuite un ophtalmo. Quant au gag relatif à la démonstration de lingerie fine au domicile d'un Petit Spirou déguisé pour l’occasion en ménagère («excusez ma voix un peu fluette, je suis sous traitement hormonal», dit-il), il est à pleurer de rire, avec l’arrivée de la maman du petit groom, au mauvais moment. Celui où la démonstratrice allait enfiler un bikini super string. Un comique de situation qui fait mouche quasi tout le temps.
Difficile, même pour un adulte, de rester de marbre face à cette avalanche de gags, planche après planche. On rit, ou on sourit, au minimum. Une bouffée d’humour bienvenue et plutôt nostalgique. On rit de bon cœur, mais on ne se moque pas. Car le Petit Spirou, c’est nous, c’est vous. Ce gamin qui reste dans une partie de notre tête.

Dites messieurs les auteurs, «quand est-ce qu’on se décide à fabriquer une petite sœur à ce bon petit galopin?» Pour reprendre les propos de sa grand-mère.

Philippe Degouy

«Tout sur ma mère. Le Petit Spirou présente tome 7», par Tome et Janry. Éditions Dupuis, 48 pages, 7,50 euros
Couverture : éditions Dupuis

Posté le 22 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Coup dur pour «Pappy» Boyington

Ivrogne, fâché avec l’autorité et les règlements militaires, Greg «Pappy» Boyington, patron de la  VMF 214, l'escadrille des Têtes Brûlées, n’a pas son pareil pour rendre fous les Japonais. Un ennemi à qui il réserve ses tactiques les plus audacieuses. Les officiers bornés de son propre camp ne sont guère épargnés non plus. «Les ordres, c’est de la merde». Tel est son credo, qu’il met en pratique à chaque mission. Son supérieur, le colonel Matheson, peut en témoigner, bureaucrate très à cheval sur le manuel du combattant. Ce manuel que Boyington utilise pour un tout autre usage. Comme le dit Matheson, «à ce niveau-là, on ne parle plus d’indiscipline, mais carrément d’anarchie

Punis par Matheson à cause d’un bras cassé par Greg dans l’un de ses moments d’alcoolémie avancée, les pilotes de la 214 doivent faire face à un souci de plus. Lors d’un accident, leur chef d’escadrille a reçu un choc violent à la tête. Depuis, Greg est devenu méconnaissable : sobre, autoritaire, soucieux du respect de la hiérarchie et économe en missions de combat. «C’est consternant. Comment peut-on changer à point-là ?» se demandent ses moutons noirs. Désemparés, pilotes comme officiers cherchent le moyen de retrouver le Greg Boyington d’avant. La solution viendra peut-être de Mondolino, Indien cherokee comme Greg.

TetesbruleesAvec «Le crépuscule des prétentieux» (éd. Zéphyr) , 6e tome de la collection consacrée à ces moutons noirs de la 214e, les auteurs s’éloignent encore un peu plus de la biographie «officielle» pour rejoindre l’humour potache de la série télévisée avec Robert Conrad dans le rôle du major Boyington. Ceci accepté, l’album se lit avec plaisir et permet de savourer de bons gags basés sur le rôle à contre-emploi joué par Boyington. À cet égard, les véritables pilotes de la 214e avaient bien peu apprécié le portrait peu flatteur dressé par la série TV, qui faisait d’eux des aventuriers, alcooliques et négligés, partant au combat dans un état délabré.
Les amateurs du Corsair seront quant à eux à la fête. Avec un appareil omniprésent dans l’album, représenté sous toutes les coutures, en action. Les scènes de combats aériens sont spectaculaires à souhait. Même si le réalisme fait parfois défaut dans les figures de combat. Le dessin de Sébastien Philippe et Vincent Jagerschmidt se veut réaliste et bien mis en valeur par le découpage des planches. Mention pour les dessins de warbirds, superbes.

Action et humour forment une série sympathique qui a su capter un public fidèle. Un sacré personnage que ce major du corps des Marines dont la vie mouvementée offre au scénariste Pierre Veys l’occasion d’écrire encore de nombreuses intrigues. Les Japs n’ont qu’à bien se tenir.
Un nouvel épisode est déjà annoncé. Wanted : Boyington.

Philippe Degouy

«L’escadrille des Têtes Brûlées tome 6. Le crépuscule des prétentieux.» Scénario de Pierre Veys. Dessins de Sébastien Philippe et Vincent Jagerschmidt. Éditions Zéphyr BD, 48 pages
www.zephyreditions.fr
couverture : éditions Zéphyr

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Posté le 20 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ne pas subir, savoir réagir en cas d’attaque terroriste

Respectivement reporter de guerre et expert en situations de crises, Philippe Lobjois et Michel Olivier publient chez Fayard un ouvrage appelé à sauver des vies. Un «Petit manuel de résistance en temps de guerre terroriste» bourré de conseils pratiques. Les auteurs ont connu la guerre sur le terrain et savent y faire face. Nous, pas. Ou plus.
Et pourtant… «Rien que sur l’année 2015 les attentats terroristes commis par des islamistes ont causé la mort de plus de 45.000 personnes à travers le monde». La menace n’est plus négligeable. Surtout après les récentes attaques de Paris et de Bruxelles. Si la probabilité de tomber sous les balles de ces fous de dieu est bien moindre que celle d’avoir un accident, elle n’est pas nulle pour autant. Il suffit d’être au mauvais endroit, au mauvais moment.

ManuelAprès une première partie destinée à nous faire connaître l’ennemi, ses motivations, son profil et ses méthodes, les auteurs entrent dans le vif du sujet avec de nombreux conseils pratiques. Un véritable cours de survie et de secourisme. Avec des chapitres bien expliqués, un vocabulaire accessible et des encadrés qui résument ce qu'il faut retenir.

«Résister, c’est aussi se battre». Il y a un temps pour se souvenir et un autre pour réagir. Comme il n’est plus autorisé de posséder des armes, Philippe Lobjois et Michel Olivier expliquent comment s’en fabriquer avec les objets du quotidien. Un simple trousseau de clés, un journal, une carte de banque, une chaussette bourrée de pièces peuvent se transformer en armes de poing efficaces.
Des spécialistes qui expliquent aussi comment se fabriquer un gilet pare-balles improvisé avec…des livres, se protéger en cas d’attaque chimique, savoir où se mettre derrière une voiture en cas de fusillade en rue, etc
«En situation de danger, nous sommes tous capables de beaucoup de choses, à condition de garder un minimum le contrôle de nous-mêmes
Et cela s’apprend, par des réflexes à acquérir. Expliqués par les coaches, en détails. Certains conseils peuvent sembler évidents mais qui les suit? Il est bon de les rappeler. Ainsi,  «dans les transports en commun ou dans la rue : restez en alerte. évitez les baladeurs ou les casques sur les oreilles

Le lecteur apprend aussi les premiers gestes de secourisme, comme savoir mettre un garrot.
Pouvoir reconnaître la configuration des lieux fréquentés, repérer un comportement suspect en public ou les sorties dans un bâtiment. En cas de prise d’otage(s), comment réagir face aux preneurs? Faire face à une alerte à la bombe… Que faire si mon hôtel est attaqué ? Autant de points présentés parmi d'autres, présents au fil des pages.

Ce qu'il faut faire ou pas

Si ce livre explique tout ce qu’il faut faire pour remplir son devoir citoyen et sauver sa peau, il souligne aussi ce qu’il ne faut pas faire : «refuser de prendre la menace terroriste au sérieux et penser que la meilleure résistance au terrorisme est de ne rien changer dans sa vie (…) Les Israéliens ont appris depuis longtemps à vivre avec cette menace permanente. Nous le pouvons aussi.» Nous le devons, pour ne rien subir. Jamais.

Un manuel, utile, à lire et à digérer, qui n’a pas la volonté de nous transformer en membres des forces spéciales (restons sérieux), mais de nous inculquer les règles de base de la survie. Pour ne plus compter  sur les autres pour rester en vie.
Une dernière petite anecdote pour clore un sujet qui manque sans doute de charme féminin? Les auteurs rappellent, fort à propos, que de nombreux soldats et membres des forces de l’ordre doivent la vie à une femme. À une chercheuse américaine, Stéphanie Kwolek, qui, en 1965, a découvert, par hasard, un mélange chimique à l’origine du kevlar, ce matériau présent dans les gilets pare-balles.

Philippe Degouy

«Ne pas subir. Petit manuel de résistance en temps de guerre terroriste», par Philippe Lobjois et Michel Olivier. Éditions Fayard, 231 pages, 17 euros
Couverture : éditions Fayard

Posté le 19 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Des Bleus à la fête

Après l’explosion d’un obus sudiste, le sergent Chesterfield est revenu de la charge de cavalerie complètement traumatisé. Sans réaction, comme un légume. Face à ce soldat désormais inutile, les officiers veulent le renvoyer chez lui, lui ôter son honneur de soldat. Heureusement, le sergent peut compter sur son meilleur ami, Blutch. Celui-ci à carte blanche pour tenter de guérir Chesterfield. Pour lui faire recouvrer la mémoire, il le conduit sur le théâtre de leurs précédents exploits. Mais rien n’y fait, Chesterfield reste plongé dans son état végétatif. Alors que son sort parait sans espoir, la guérison viendra d’une femme.
Avec «Carte blanche pour un Bleu» (éd. Dupuis), Willy Lambil au dessin et Raoul Cauvin au scénario signent le soixantième épisode des «Tuniques Bleues», série créée en 1968 par Raoul Cauvin et Louis Salvérius. À la mort prématurée de Salvé, à l'âge de 41 ans, Willy Lambil reprendra le flambleau avec le succès que l’on connaît. Plus de  60 albums, cela vaut bien une salve d’artillerie et une belle charge de cavalerie conduite par ce fou furieux de capitaine Stark. Non ?

CarteblancheL’album, classique mais efficace, permet à Lambil et Cauvin de résumer la saga par de nombreux flashbacks. Par ailleurs, sous le couvert de la comédie, l’intrigue traite du douloureux problème du handicap. L’humour pour faire passer un message de tolérance et de respect. Un procédé déjà testé, avec succès, au sein des épisodes déjà publiés. «On dit souvent que, dans pareils cas, ce qui blesse c’est le regard des gens…», déplore Blutch face aux soldats qui toisent son sergent diminué dans sa chaise roulante. Des bleus et des bosses au rendez-vous pour ces indélicats.

HISTOIRESCOURTESOutre ce soixantième épisode d’une aventure qui n’a pas encore sonné la dernière charge de cavalerie, il faut rendre compte du bel hommage rendu par quelque dix-neuf auteurs sous la forme d’histoires courtes.

Clarke, Maltaite, Schwartz, Blutch, Munuera ou Zidrou, pour ne citer que quelques noms, revisitent à leur façon l’univers du duo Blutch et Chesterfield. Les histoires reprises dans l’album «Les Tuniques Bleues. Histoires courtes par…» sont drôles, émouvantes ou dramatiques. Comme leurs modèles, ils n’hésitent pas à glisser l’élément véridique qui constitue la marque de fabrique de la série historique. On découvre ainsi John Wilkes Booth, comédien raté et meurtrier de Lincoln, ou John Dalton dans un épisode hilarant qui met en scène des soldats atteints de daltonisme, pour qui gris et bleu posent problème.
Un album réussi, qui se lit avec grand plaisir, pour découvrir Blutch et Chesterfield avec un autre regard. Celui de Blutch, notamment, auteur de la couverture mais également du dernier récit de l’album. Un «Blue futur» en une planche, avec nos deux héros revenus à la vie civile. Vivants. Blutch, heureux célibataire dans son bar et Chesterfield devenu boucher prospère et marié à une forte femme au visage porcin. Et oui, on peut mourir autrement que sur un champ de bataille. Comme mourir à petit feu dans une vie sans relief et sans risques. «Hein Blutch que c’était une belle guerre ? –Ah ça ! On peut dire que c’est dommage que ça soit fini sergent

Pour que le bonheur soit total, la lecture de ces deux BD s’accompagnera de la visite de l’exposition qui se tient dans la Gallery du Musée de la Bande dessinée (CBBD) jusqu’au 8 janvier 2017.
Comme dirait le capitaine Stark, «Chargez

Philippe Degouy

«Carte blanche pour un Bleu», dessin de Willy Lambil, scénario de Raoul Cauvin. Éditions Dupuis, 48 pages
Couverture Dupuis
«Les Tuniques Bleues. Histoires courtes par…» D’après Salvérius, Lambil et Cauvin. Éditions Dupuis, 122 pages, 19 euros

Couvertures : éditions Dupuis

Posté le 19 novembre 2016 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Sur la trace des fantômes de Paris, au coeur de ses squares

Loin du tumulte des grandes artères parisiennes, Nathalie Rheims convie ses lecteurs à découvrir en sa compagnie la quiétude des quelque 200 squares parisiens. Des «alvéoles pulmonaires» imaginées par l’ingénieur Jean-Charles Alphand dans le cadre des grands travaux «haussmanniens».
Comme pour son précédent beau livre, consacré au Père-Lachaise, Nathalie Rheims a confié au photographe Nicolas Reitzaum le soin d'illustrer son récit imaginaire, avec des clichés en noir et blanc ou en couleur qui enchantent nos sens. 
«La mémoire des squares. Sur la trace des fantômes de Paris» (éd. Michel Lafon) est un cri d'amour d'un auteur pour sa ville.  Avec lui, Nathalie Rheims participe à sa manière aux commémorations du 13 novembre 2015. Le livre débute d’ailleurs par une vue du Bataclan Café, photographié depuis le square du Bataclan. Comme le clin d'oeil ému aux victimes des barbares.
«Le 13 novembre 2015, on a voulu tuer Paris. Ne trouvant pas le sommeil, j’ai erré cette nuit-là dans les artères de ce corps meurtri. C’est alors que , dans les ténèbres, les fantômes de Paris sont venus à ma rencontre. Ils me prirent par la main pour me guider le long d’un itinéraire secret.» Secret ? Plus maintenant. Le voici, détaillé, au fil des pages de cette promenade où la fiction du récit rejoint les souvenirs d’enfance de l'auteur et les traces laissées par d’illustres personnages.
«Je découvris que je pouvais faire naître, comme fruits de mes pensées, des incarnations de souvenirs de lectures enfouies. Des personnages que j’avais imaginés, enfant, et qui revenaient

SquaresIci et là, des statues ont figé l’image d’une femme aimante, d’un peintre ou d’un musicien inspiré. Cette visite parisienne au coeur des squares n’est pas un guide touristique. Elle se savoure comme un roman, comme une balade qui suivrait un fil conducteur tendu par les fantômes du passé. Des âmes errantes. En plissant les yeux, on les voit nous attendre au cœur de ces squares racontés, où l’imaginaire côtoie le passé de Paris. D’aimables rencontres. Étudiants, rendez-vous au square Paul Painlevé, où vous attend la statue de Montaigne. Touchez son soulier, déjà bien patiné. Selon la légende, il vous porterait chance. Au square Michel-Foucault, ce n’est autre que l’auteur de la Divine Comédie qui pose son regard sévère sur le visiteur. Un Dante Alighieri tourmenté. Ailleurs, ce sont des animaux fantastiques, des symboles de liberté ou de puissance qui attendent ceux qui cherchent à lier calme et nostalgie.

Une découverte, belle et inédite, de Paris, teintée de romantisme et de fantastique. Une promenade initiatique, purificatrice même. À suivre, avec les clés livrées sous la forme d’une carte aux trésors, glissée dans l’ouvrage.
Encore un beau livre à  glisser sous le sapin, comme une invitation au voyage. Impossible à refuser.

Philippe Degouy

«La mémoire des squares. Sur la trace des fantômes de Paris.» Par Nathalie Rheims, photographies de Nicolas Reitzaum. Éditions Michel Lafon, 224 pages, 39,40 euros
Couverture : éditions Michel Lafon

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