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janvier 2017

Posté le 31 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec ExperimentBoy, la science prend des allures de Big Bang

La chimie et la physique n’ont jamais bénéficié d’une aura de popularité parmi les étudiants peu intéressés par les joies de la science. Il manquait sans doute la petite touche de folie d’un professeur semblable à l’auteur de ce livre de vulgarisation «ExperimentBoy. Mes aventures explosives» (Flammarion). Baptiste Mortier-Dumont, jeune youtubeur connu de ses fans sous le pseudonyme d’ExperimentBoy, nous démontre le côté amusant de ces matières.
Dès les premières pages de son livre, il apporte la preuve qu’il a trop lu Gaston Lagaffe ou trop visionné le film «Le fou du labo 4». «Et que ça saute» n’est pas une simple expression pour lui. Son truc, ce qui lui permet de prendre son pied c’est expérimenter les grands principes de physique ou de chimie. En allant le plus loin possible dans sa démonstration. Tout ce qui explose, détonne ou brûle n’a plus de secret pour lui. Ou si peu.

ExperimentboyAvec son humour potache, il vulgarise des matières définies par des termes abscons (mais beaux à la fois). Il amène ses lecteurs à la science par la bande, par le récit déjanté de ses expérimentations. Son credo? «Montrer à quel point le monde qui nous entoure est cool.» Cool peut-être, mais entre ses mains, la science claque, souvent au sens propre.
Chapitre après chapitre, on découvre comment marcher sur l’eau, jouer avec l’azote liquide, créer de la glace chaude, des bulles de savon géantes ou comprendre la force des lasers. Sans oublier une panoplie d'aventures scientifiques étonnantes. Détonnantes serait plutôt le mot juste. Vous en jugerez lors de la lecture du livre.

À l’aide de ses expériences, illustrées pas à pas dans son ouvrage ludique mais qui repose sur des bases scientifiques, Baptiste Mortier-Dumont met également à terre certains mythes liés à notre quotidien. Comme l’usage du micro-ondes, cet appareil présent dans chaque foyer et à propos duquel tout et n’importe quoi a déjà été dit. Que risque-t-on à oublier un couvert en métal dans un plat réchauffé? Sommes-nous bombardés d’ondes en restant devant lui lors de la cuisson? Autant de questions posées. Et n’allez surtout pas lui confier le vôtre. Il adorerait l’envoyer en l’air comme le sien, pour découvrir pourquoi et comment il explose. De même, découvrez pourquoi il ne faut jamais, mais alors jamais, jeter de l’eau sur une friteuse en feu. Sans doute l’expérience la plus spectaculaire du livre. À glacer d’effroi.

Que la farce soit avec toi, pour découvrir la face cachée de la science. Mais, «chez toi, jamais tu ne tenteras de reproduire seul les expériences d'ExperimentBoy. Jamais

Philippe Degouy

«ExperimentBoy. Mes aventures explosives», Par Baptiste Mortier-Dumont. Éditions Flammarion, 18 euros, 146 pages
Couverture : éditions Flammarion

 

Posté le 31 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Quatre ans de Donald Trump, tout un programme lu pour vous

Excellent showman, pour le moins controversé après de multiples déclarations maladroites, force est de constater que le nouveau président Donald Trump ne laisse personne indifférent.  De multiples attaques qui le laissent froid, le sourire en coin. Comme il le déclare lui-même : «je suis un battant. Faites-moi tomber, je me relèverai, encore plus fort. J’adore cela

TRUMPCeci dit, que sait-on vraiment de son programme? Une large part de la réponse se retrouve dans son ouvrage, «L’Amérique paralysée» (éd. Du Rocher). Dans cette véritable tribune politique, le nouveau président américain livre son avis, forcément négatif, sur l’Amérique d'Obama. Un pays affaibli à qui il entend redonner sa grandeur passée. Comme un écho aux slogans déjà déclamés du temps de Ronald Reagan, son modèle politique.
Ce livre, nous l'avons lu. Au fil des pages, il dévoile les «solutions» qu’il compte mettre en œuvre pour ranimer son Amérique sur le plan économique et politique. 
Dès les premières pages, son discours se veut rassurant. Presque hypnotique.
Des propos qui sont quelque peu semblables à un discours de propagande de temps de guerre. Quand il faut mobiliser les citoyens pour partir au combat. «Il est grand temps de soustraire l’Amérique à l’emprise du désespoir et de la colère pour la mettre sur le chemin du bonheur et de la réussite. Nos beaux jours sont encore devant nous».

Un programme en forme de charge de cavalerie

Comment aider l’Amérique à retrouver la volonté de gagner? Une question qui sert de fil rouge à son raisonnement, entièrement articulé autour de la notion de victoire.
Son essai, rédigé bien avant les élections, résonne comme une charge de cavalerie, sabre au clair. La cible principale? Washington et tout l’establishment englué depuis des années dans le chaos, l’indécision permanente. Pour reprendre les termes du président. «L’Amérique n’a plus besoin, déclare Donald Trump, de politiciens qui parlent beaucoup mais qui n’agissent pas». Les voilà prévenus. Nous aussi.
Chapitre après chapitre défilent tous les secteurs pour lesquels Donald Trump souhaite apporter un changement. La réforme des impôts, du chômage, de l’éducation, de la santé («l’Obamacare est une catastrophe, un système à supprimer»)… Mais aussi le droit de porter des armes, la volonté de rendre l’armée puissante au point de ne pas à avoir à s’en servir.

Sur le plan international, son programme envisage un recentrage sur l’Amérique. Avec le rapatriement souhaité des capitaux et des sociétés américaines. Pour faire du label «made in America» une marque d’honneur. Son discours est brut, sans aucun décorum. Il aborde tous les sujets, même les plus délicats. Comme ses relations avec la presse (qu’il déteste) ou ses points de vue sur l’immigration, qu’il entend bien contrôler. Son discours navigue entre idées reprises chez Reagan, ou chez Roosevelt. Notamment quand il envisage cette vaste campagne de reconstruction des infrastructures. Ponts, autoroutes, aéroports… Tout est à refaire dit-il.

Ce qui surprend (un peu) le lecteur, c’est la naïveté (feinte ou réelle) du président. Où trouvera-t-il les budgets pour ses ambitieux projets? Le New Deal à la sauce Trump a-t-il une réelle chance de survie dans la réalité? Et sur les théâtres politiques extérieurs, l’Amérique pourra-t-elle vraiment rester en dehors des crises? Des questions qui restent encore sans réponses dans son programme d’envergure, comme taillé sur mesure pour un Patton à la tête d’une division blindée. Un général, fort en gueule lui aussi, qui représsente son modèle d'incarnation du leader. Un pur Américain au même titre que John Wayne, un autre modèle pour Donald Trump.

Le jugement final sera vôtre au bout de ces quelque 273 pages. Donald Trump sera-t-il celui qui rendra l’Amérique plus forte?
«Je ne veux pas que les gens sachent exactement ce que je fais ou pense. J’aime être imprévisible. Cela déstabilise».

Philippe Degouy

«L’Amérique paralysée», par Donald Trump. Éditions du Rocher, 273 pages
Couverture : éditions du Rocher

Posté le 26 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Un nouveau pistolero rejoint la horde sauvage d’Hermann, «Duke»

Ogden, petite ville minière du Colorado. Vers 1866. McCaulky, exécuteur des basses œuvres pour Mullins, propriétaire des mines locales, assassine de sang-froid la femme et la fille d’un mineur coupable de vol. Le geste de trop pour Duke, adjoint du marshal. Ce dernier, véritable couard, laisse Duke en première ligne pour mettre fin aux agissements de McCaulky. Un taiseux ce Duke. Solitaire, les yeux vides, froids. Le genre à vous descendre sans ciller. Mais lui ne se considère pas comme l'un de ces criminels qui répandent la terreur en ville. Sa proie, ce serpent de McCaulky, il va la ramener. On ne touche pas aux femmes et aux enfants. Et quand McCaulky ose s’en prendre aux prostituées de Mama, dont la jolie Peg, Duke voit rouge. L’air va rapidement se charger de plomb…

À 78 ans, Hermann, Grand Prix de la ville d'Angoulême 2016, n’a pas l’intention de débotter. Que du contraire. Le voilà qui remet le cap vers cet Ouest qu’il aime tant. Ces grands espaces américains où il peut respirer et s’épanouir. Bien loin de cette humanité bien imparfaite et dont il se méfie. Avec Duke (éd. Du Lombard), il lance une nouvelle saga au long cours, un western crépusculaire dans le plus pur style Clint Eastwood, version Pale Rider et Impitoyable. Une série qui fait suite aux one-shots récents et qui annonçaient la couleur, le besoin de l'auteur de replonger dans le genre western : On a tué Wild Bill et Sans pardon.

Avec Yves H. (le fils d’Hermann), comme scénariste, Duke présente un nouvel anti-héros, sorte de croisement entre Bernard Prince et Red Dust. Un pistolero ombrageux qui ne répond qu’à l’appel de sa justice. Un sentimental qui voit rouge quand on s’en prend aux faibles. Drôle de gars que ce solitaire, fauché et qui se déclare né dans les ténèbres. «Je sais que je mourrai dans la boue et le sang.» Des propos qui ne peuvent être ceux d’un être équilibré. Duke, pas du genre comique, est un mec plutôt tourmenté. Qu’il ne faut pas chercher malgré son calme apparent, qualité première du pistolero. Duke? Un brutal. Toujours partant pour mettre un peu de plomb dans la tête de ceux qui en ont besoin.

DUKESur un scénario classique mais efficace, Hermann apporte un dessin où règnent le blanc et le gris d'une histoire où se mélangent la neige rougie et la boue d’une époque de l’Ouest, située dans un no man’s land historique. Un temps où la justice des hommes n’a pas encore réussi à calmer la sauvagerie et éclipser la loi du colt. On pense à l’album de la série Comanche, «Les shériffs», situé dans la même veine. Fermons la parenthèse.
Force est de constater que le dessin d’Hermann est toujours aussi beau, très travaillé. Avec cette notion de 3D qui permet de plonger le lecteur au cœur de l’action. Comme le souligne François Boucq, «le dessin d’Hermann cherche constamment le volume. Il y a une mise en abyme de la page, comme s’il la sculptait. Ses planches font partie de l’aristocratie du dessin.» De fait, Hermann alterne les plans sans arrêt, pour faire bouger ses planches, comme le déroulement d’un film. Un cinéma bien présent dans ce premier tome. Avec des cadrages façon Sergio Leone, ou à la John Ford. Aisément identifiables par le lecteur cinéphile.
À noter également les multiples allusions des auteurs à Comanche, par des petits détails ou des personnages similaires. Comme Mama, la tenancière du bordel local, sœur presque jumelle de la «comtesse» de Greenstone Falls. Quant au titre de la saga, n’est-il pas une allusion à peine voilée au surnom de John Wayne? Même si l’acteur n’aurait jamais accepté le rôle à l’écran.

DUKE2Duke? Un sacré personnage, pour le moins ambigu, appelé à revenir dans un prochain épisode, «Celui qui tue.» 
Ceci dit, n’oubliez pas d’ajouter à la lecture de ce «Duke» celle de la collection Comanche actuellement republiée au Lombard. Sans cela, Comanche, Red Dust et l’équipe du triple-Six pourraient mal le prendre et vous renvoyer dans vos foyers avec du goudron et des plumes. Go west Man!

Philippe Degouy

«Duke tome 1. La boue et le sang». Scénario d’Yves H., dessin de Hermann. Éditions du Lombard, 56 pages, 15 euros environ
Couverture et illustration : éditions du Lombard

L'album est prévu en librairie le 27 janvier.

Posté le 25 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les Navy SEALs, avec l’excellence comme art de vivre

Les Navy SEALs? Une petite communauté très discrète et présente au sein des forces spéciales américaines. Soudée comme une famille. Elle s’est encore retrouvée, bien involontairement, sous les feux de l’actualité ces derniers jours, avec une opération menée au Yémen qui a provoqué la mort de l'un d'entre eux. Mais qui sont ces hommes d'élite, engagés dans des missions à hauts risques?

Plusieurs SEALs ont déjà retracé leurs parcours dans des livres devenus des bestsellers. Brandon Web  avec «Le maître d’armes» (publié en français chez Nimrod) ajoute une autre dimension aux témoignages déjà apportés: celle de l’instructeur qui doit prendre en compte les modifications des règles de la guerre depuis le 11 septembre 2001. Revoici notre chronique d'un ouvrage qui laisse entrevoir un léger rai de lumière à propos de l'utilisation de ces soldats de l'ombre

Comme Brandon Web l’explique à plusieurs reprises dans son livre, les forces spéciales ont désormais changé de place et de fonction dans l’organigramme des forces armées. Longtemps tenues en réserve pour appuyer les offensives classiques, comme lors de la première guerre du Golfe, les FS sont devenues aujourd’hui le fer de lance de toute offensive. En cas de conflit ou d’alerte terroriste, des équipes peuvent être projetées partout dans le monde, en quelques heures. Bien avant le 11 septembre 2001, c’est l’incident survenu en octobre 2000 contre l’USS Cole posté au Yémen qui a radicalement modifié le mode opératoire de l’armée américaine. Un canot léger et quelques terroristes ont su porter un coup douloureux à un navire puissant, bien équipé. C’est là que Brandon Webb se rend compte que l’entraînement constitue la base de toute réussite militaire. L’entraînement. Encore et encore. Celui qui avait fait défaut à l’équipage de l’USS Cole pour stopper l'attentat.
Devenu instructeur, l'auteur va en faire son credo. Sa méthode d'entraînement permettra à ses recrues de sauver leurs vies au combat. Comme le SEAL Marcus Luttrell, qui a raconté son histoire tragique en Afghanistan dans «Le survivant» (Nimrod). S’il a su échapper à des dizaines de talibans lancés à ses trousses, c’est grâce à sa formation de SEAL (pour Sea Air Land) et de sniper.

NIMODOutre le récit de la formation d'un SEAL, ce qui constitue surtout l’intérêt du document réside dans les nombreuses anecdotes relatives aux méthodes utilisées par les instructeurs pour former cette élite de soldats. Dans le monde du tir de précision, dans lequel il est devenue une épée, Brandon Webb a utilisé son expérience pour réformer les méthodes enseignées. Sans dévoiler ses bottes secrètes, il révèle au fil des pages certains détails qui peuvent servir ou parfois faire sourire. Comme l’entraînement volontairement édulcoré pour les soldats du Proche-Orient : «dans cette partie du monde, vous n’étiez jamais vraiment sûr de qui se trouvait avec vous et qui se trouvait contre vous

Au fil des pages, on suit les déploiements opérationnels de l’auteur, et notamment celui en Afghanistan. Ce front qui fait rarement la Une des journaux et où tout peut se produire. Avec des moments insolites, jamais dévoilés dans les journaux. Comme cette soirée passée par les SEALs avec les soldats allemands déployés sur place, avec de la bière à volonté et de la « musique patriotique » allemande de la Seconde Guerre mondiale. «La guerre est une chose vraiment étrange.» 
Force est de constatet, au fil de la lecture, que Brandon Webb ne tire aucune gloire de son tableau de chasse comme sniper. Ce qui le rend fier par contre, c’est d’avoir enduré sa formation de SEAL. Impitoyable, dure. Grâce à elle, il a vaincu la mort au combat et a pu s’en servir, alors instructeur, pour inculquer à ses recrues l’art de survivre sur un théâtre d’opération. 
«De toute ma carrière de SEAL, c’est ce moment-là dont je suis le plus fier.» Un moment qui justifie les souffrances endurées à l’entraînement durant les classes, mais aussi qui souligne le bien-fondé de l’excellence comme objectif. «Je crois que le récit de mon parcours peut se résumer en quelques mots : l’excellence est ce qui importe

 Un document qui s’apprécie davantage avec une bande-son adéquate. «Hells Bells» d’AC/DC, ou du même groupe «Thunderstruck». Mais aussi «Fuel» de Metallica sans oublier Toby Keith, chanteur de country devenu la mascotte des militaires américains avec des tubes patriotiques comme «American Soldier», «Taliban song»  ou le célèbre «Courtesy of the Red White and Blue», devenu cet hymne de guerre après le 11 septembre avec des paroles revanchardes («soon as we could see clearly through our big black eye, man, we lit up your world like the 4th of July»).

Pour en savoir davantage sur cette formation d'élite, «American Sniper» de Chris Kyle et «Le survivant» de Marcus Luttrell s'imposent. Deux documents publiés également par les éditions Nimrod dans leur version française.

 Philippe Degouy

 «Le maître d’armes. Navy Seal, sniper et instructeur-chef», par Brandon Webb et John David Mann. Éditions Nimrod, 375 pages, 21 euros

 Couverture : éditions Nimrod

Posté le 25 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Stephen King, fournisseur officiel de mauvais rêves

L’hiver est désormais bien installé. Le vent souffle sous un ciel sinistre et froid. Avec la pluie qui frappe contre les fenêtres, comme autant de petits doigts invisibles. L'ambiance parfaite pour savourer le dernier ouvrage paru de Stephen King, «Le bazar des mauvais rêves» (éd. Albin Michel), et partager avec lui un peu de son angoisse. Vingt nouvelles parfaites pour titiller notre imagination et nous laisser le rejoindre dans un autre monde. Avec la pluie qui redouble d'intensité, et nous dissuade de quitter ce bon vieux fauteuil, hôte de nos plus belles lectures.

Des nouvelles inédites ou plus anciennes, connues mais retravaillées par le maître. Et offertes à la vente comme autant de bibelots disposés sur la couverture d’un vide-grenier. Le lecteur passe en revue le sommaire, de bas en haut, de haut en bas, à la recherche du titre le plus accrocheur, le plus prometteur. Il se laisse rapidement tenter, le maître de la peur sait vendre sa «camelote» (sic). Romancier à succès, Stephen King aime aussi écrire des nouvelles, ça le rend heureux. Un artisan de l’écriture qui aime la complicité développée année après année avec son lectorat, fidèle. «Voici la marchandise, mon cher Fidèle Lecteur (les majuscules sont de l’auteur, ndla). Ce soir, je vends un peu de tout
Avant de lever le rideau sur ses nouvelles, Stephen King les présente dans une sorte de making of. Il y parle de ses sources d’inspiration, de la facilité d’écriture ou au contraire d’efforts nécessaires  pour coucher sur papier une idée qui lui semblait bonne, a priori.
«Quand mes histoires sont rassemblées, je me sens toujours comme un marchand ambulant, un marchand qui ne vient que le soir à minuit. Avec des objets dans lesquels se cachent les cauchemars

STEPHENkingbazarDans «La Dune», un vieux juge, un pied déjà dans la tombe, confie à son avocat qu’il a découvert une dune où s’inscrivent régulièrement les noms de personnes qui vont mourir prochainement. Des inscriptions comme tracées par un bâton. Mais tenu par qui ? Et qui sera la prochaine victime ?
Dans «Mile 81», récit qui débute l'ouvrage, un break de marque inconnue, recouvert de boue, attend ses victimes sur une aire de repos abandonnée, comme il en existe partout sur le réseau routier américain. Un break qui est bien plus qu’une voiture. Un monstre venu de l'espace qui dévore ceux qui s’approchent de trop près.

Coup de coeur pour «Nécro». Michael Anderson, journaliste débutant, est engagé par un magazine à potins pour rédiger des nécrologies féroces mais fictives. Le jeu est grisant mais provoque la mort réelle des personnes visées. Un pouvoir qui va le conduire aux portes de la folie quand il découvre les victimes collatérales de ses nécrologies rédigées «pour rire». Une nouvelle qui permet également à l’auteur de dispenser un cours magistral de journalisme en quelques pages. L’exploit n’est pas mince.

Le recueil se termine par une petite pépite : «Le tonnerre en été». Une nouvelle version du thème, usé jusqu’à la corde, de la fin de notre civilisation, détruite par le feu nucléaire. Une belle histoire d’amitié entre un survivant, en répit, et son chien. Robinson et Gandalf vont partager leurs derniers moments sur Terre, condamnés à court terme par les radiations. Ensemble, jusqu’au bout. Un pur régal, qui n’a rien de sinistre, avec un héros qui a décidé de vivre sa passion pour la moto jusqu’à son dernier souffle. Nul besoin d'effets spéciaux pour cadrer l'intrigue dans cet univers apocalyptique.
Au total, ce sont vingt nouvelles sans fins déclarées. Comme le souligne Stephen King, «dans la vie réelle, le seul point final est à la page des nécrologies.» La sagesse faite homme.

«Comme je suis content qu’on soit encore là, toi et moi. Tout ce que tu vois là, au fil des pages, est artisanal. Je t’en prie, cher Fidèle Lecteur, jettes-y un œil, mais s’il te plaît, sois prudent. Les meilleurs objets présentés ont des dents

Une bonne cuvée que ce «Bazar des mauvais rêves». Avec un auteur plus complice que jamais avec ses lecteurs, qui les fait trembler avec des scènes de la vie courante, banales, sans avoir besoin d’effets spéciaux pour engendrer l'angoisse. Les héros, ou plutôt les victimes, pourraient être vous ou moi. C'est cela qui est flippant. Le cauchemar au quotidien.
Vous qui entrez dans l’univers de Stephen King, oubliez tout. Et tremblez. Avec plaisir (ou qui vous voulez).

Philippe Degouy

«Le bazar des mauvais rêves». Nouvelles de Stephen King. Éditions Albin Michel, 605 pages
Couverture : éditions Albin Michel

Posté le 24 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La lumière retrouvée, dans les yeux de Comanche

Envoyé au bagne pour le meurtre de Russ Dobbs (lire Le ciel est rouge sur Laramie), Red Dust est libéré après vingt mois grâce à ses amis du 6-6-6. Retour tant espéré à Greenstone Falls, auprès de ses amis et de Comanche, sa patronne. Un retour sous conditions : ni arme, ni alcool. Wallace, le nouveau shérif, et ses adjoints veillent à la tranquillité de la petite ville. Mais un fléau frappe la région, la bande de Shotgun Marlowe. «Des tueurs à front bas. Ça tombe sur un patelin comme un nuage de sauterelles.» Sans autre solution, Wallace engage de force Red Dust pour l’aider à défendre une ville apeurée par ces tueurs qui ne feront pas de quartier. Pour Red, le doute envahit son esprit. La peur de reproduire ce qu’il a connu face à Dobbs. Quand il croyait agir pour le bien des gens avant de finir au bagne. Mais face à Comanche en péril, il ne peut se dérober et doit affronter le mal, les Colt à la main…

DESERTUn épisode au scénario bien ficelé, sombre à souhait, que l’on peut relier au diptyque lié aux loups du Wyoming*. Comme un épilogue apporté à cette chasse à l’homme, qui a laissé un Red Dust dans le brouillard, perdu face à ses convictions. Depuis son retour du bagne, il se montre incapable de retrouver ses marques dans cet Ouest qui évolue trop vite à ses yeux. Qui empêche désormais l’autodéfense face au crime.
Un héros qui doute, modèle pour le nouveau héros imaginé par Hermann, Duke (http://blogs.lecho.be/lupourvous/2017/01/un-nouveau-pistolero-rejoint-la-horde-sauvage-dhermann-duke.html). Ce Red Dust, est devenu un dinosaure de l’Ouest. Qui ne comprend plus pourquoi la loi de la violence n’a plus cours. En cela, il se montre attachant dans sa fragilité et sa volonté de défendre Comanche, laquelle montre clairement ses sentiments à son cow-boy favori. Une case de l’album le démontre, celle où elle accueille l’ex-bagnard avec une robe, tenue inhabituelle.

Parmi les personnages secondaires, outre les affreux de la bande à Marlowe, une femme occupe une place à part : la comtesse. La patronne du Velvet Spur, qui part au combat sur l’air de musique «moi, j’ai pas froid aux yeux, monsieur.» La bagarre, elle adore cela : «j’adore voir culbuter les voyous, ça me calme

La couverture témoigne à elle seule de la réusssite graphique de l'album, avec des planches dynamiques, dépeintes sous la pluie battante. L’assaut des sicaires de Shotgun Marlowe constitue le moment-clé de l’histoire. D’une intensité exceptionnelle. Le don de cadrage et le dessin en 3D d'Hermann conduisent le lecteur au cœur de l’action. On entend presque les détonations, les cris et la panique des chevaux pris dans cette furie.
La scène finale, semble être le double inversé de celle de l’album précédent. Avec un Red Dust paralysé de peur, au simple souvenir de l'exécution de Dobbs et de ses conséquences. Quelques cases qui marquent et restent à l’esprit, l’album refermé.
Une réédition qui mérite d’être (re)découverte à la lumière des dernières productions western. À titre de comparaison.

Philippe Degouy

«Le désert sans lumière ». Scénario de Greg, dessin d’Hermann. Collection Comanche tome 5. Le Lombard, 48 pages, 9,9 euros
Couverture : éditions du Lombard
*Les loups du Wyoming et Le ciel est rouge sur Laramie

Posté le 24 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

L’assassin qui n’aimait pas l’opéra, le retour de l’agence Aspic

«Flora va mal, son esprit est troublé depuis son enlèvement en terres germaniques (1).» Elle est atteinte d’une forme de mélancolie morbide pour lequel il ne semble y avoir aucun remède. L’électrochoc salutaire survient avec une mauvaise nouvelle, le décès de sa chère maman. Pour elle, Flora reprend vie. Pour le plus grand bonheur de son associé au sein de l’agence de détectives Aspic, le nain espiègle Hugo Beyle. Le travail ne manque pas. Le directeur de l’Opéra de Paris leur confie une enquête digne d’eux : découvrir et mettre hors d’état de nuire un mystérieux criminel qui menace la cantatrice Olympe de Fiortakas. Pourquoi? Nul ne le sait. À l’Opéra, les faits se multiplient, et l’angoisse est omniprésente depuis la découverte d’un machiniste pendu. Qui est ce personnage maléfique qui se cache derrière un masque pour semer la terreur au sein du vénérable opéra? Aussi intelligent qu’insaisissable.
Aidé par le journaliste et romancier Gaston Leroux, Hugo et Flora tentent de piéger le criminel. À plusieurs reprises, ils échappent à la mort, grâce à un ange gardien qui veille sur Flora. Un mystère de plus dans une enquête qui n’en manque pas…

WHODUNNITSuspens et humour sont au rendez-vous de cette troisième enquête menée par l’agence Aspic. Plongée dans les coulisses de l’Opéra de Paris à la recherche d’un mystérieux criminel. Humain ou fantôme? Le doute demeure pour Hugo et Flora, incapables de mettre la main sur lui. Une enquête menée tambour battant, saupoudrée d’un soupçon d’érotisme saphique, avec l’attrait de la cantatrice pour la plastique de la délicieuse Flora, troublée elle aussi.
Si Thierry Gloris reste aux commandes du scénario, Jacques Lamontagne a quant à lui été remplacé par Emmanuel Despujol. Mais le dessin est toujours aussi fin et détaillé. Sans dépaysement par rapport aux tomes précédents, le lecteur savoure pleinement le Paris nocturne et les décors magnifiques de l’Opéra de Paris, théâtre de cette partie de Cluedo.
Fort heureusement, Lorien Aureyre occupe toujours son rôle, majeur, de coloriste, élément du casting trop rarement mis en valeur.

Comme pour les premiers tomes, les auteurs distillent des allusions au cinéma ou à la littérature populaire. On pense d’emblée au roman de Gaston Leroux, Le fantôme de l’Opéra. Le romancier est d’ailleurs présent aux côtés des détectives.
On retrouve aussi des allusions à des oeuvres plus récentes, comme cette citation extraite du film 100 mille dollars au soleil.
Un petit jeu présent entre les auteurs et leur public, joué depuis le premier tome.
Avouons-le, nous avons adoré cette série dès la découverte du premier tome. Sans jamais changer d’avis. Une découverte appréciée pour les personnages attachants, d’accord, mais aussi et surtout pour le climat qui passe de l’étrange au burlesque, comme dans les meilleurs numéros de cirque. Comme l’explique Thierry Gloris, «nos héros devaient refléter notre désir de mêler histoire, fantastique et humour. Flora est le clown blanc, Hugo l’Auguste. Tous deux portent un masque. Ils sont seuls et incompris par leur entourage. Mais à deux, ils sont plus forts : la réunion d’un as de cœur et d’une dame de pique

Aspic? Une série trop peu médiatisée et qui pourtant mérite le détour. Pour ses personnages de détectives et la beauté des planches, mais aussi pour les intrigues qui mélangent judicieusement enquête policière et ambiance fantastique. Les jeux de lumière et les couleurs ajoutent encore à l’atmosphère. Ils rendent également un hommage appuyé aux films de Walt Disney des années 60, 70. Nul doute, d’ailleurs, qu’une adaptation de la série au cinéma trouverait son public. Dans l’attente de cet hypothétique projet, il nous reste à attendre la suite de cet album pour découvrir qui est ce mystérieux fantôme de l’Opéra. 
N’ayez crainte de débuter la série par ce tome 5. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu les précédentes aventures d'Hugo et Flora. Même s'il est à parier que la tentation sera grande de les découvrir après la lecture de cette BD.
Une saga à savourer comme une fine gourmandise, avec un bon chocolat chaud ou, à la rigueur, un bon verre de Bourgogne. GSM éteint et importuns éloignés.

Philippe Degouy

«Aspic, détectives de l’étrange tome 5 Whodunnit à l’Opéra». Scénario de Thierry Gloris, dessin d’Emmanuel Despujol. Éd. Quadrants, 48 pages
Couverture : éditions Quadrants

Note : (1) Lire «Vaudeville chez les vampires»

Posté le 23 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le «Canard», toujours bonne palme, bon oeil

Il était une fois un vilain petit canard tout blanc, né en 1916 dans la fange des tranchées. En pleine Première guerre mondiale. Un petit volatile qui, sous des dehors sympathiques, était bien décidé à donner du bec et dénoncer l’injustice, les magouilles politiques, les scandales les plus sordides. Cent ans après sa création, cet étendard de l’insolence, ni de droite, ni de gauche, mais contre tous, méritait bien cet hommage. Rendu sous la forme d’une solide bande dessinée de plus de 170 pages. Un beau livre dessiné par Pascal Magnat sur un scénario de Didier Convard, dont on imagine parfaitement l’ampleur du travail de documentation nécessaire. Voilà toute l’histoire historico-économique de la France qui défile depuis 1916. Une incroyable histoire que le lecteur suit avec plaisir, guidé par ce Canard, renforcé, scandale après scandale. Procès après procès. Un journal humoristique né de la volonté de Maurice Maréchal de lutter contre la bêtise. De blesser par la raillerie, tuer par le rire. Moquer, brocarder, ridiculiser.

CanardenchaînéConstruit comme un immense jeu de l’oie, ludique à souhait et illustré de multiples reproductions de Unes du «Canard enchaîné», le livre rappelle la kyrielle de scandales et d’affaires bien puantes, remplacés dans nos mémoires par de plus récents dossiers, et la volonté des politiques de se refaire une virginité avant les élections de 2017. Comme le souligne le Canard, «les casseroles empêchent rarement les hommes politiques de courir vers le pouvoir». On retrouve ainsi, au gré des chapitres, les affaires Bokassa, Pechiney, Tiberi, Clearstream, Bygmalion, les copains de Hollande placés à toutes les fonctions de la République etc..
C’est certain, le lecteur se mare (au Canard) à la vue de cette faune qui patauge dans ce marigot où surnagent les puissants de ce monde, bêtes féroces qui ne reculent devant aucune bassesse pour tenter de faire taire de canard impertinent. Qui a toujours eu le don pour trouver le titre qui choque, qui fait rire, c’est selon. Comme lors de la dissolution de l’Assemblée nationale en avril 1997 par Jacques Chirac. L’hebdomadaire avait titré «Enivré par Juppé, Chirac dissout comme une bourrique !» Pas mal non plus celui-ci : «Des documents disparaissent à la PJ….encore une enquête à l’emporte-pièces

Une BD qui, arrivée à son terme, donne le tournis et pousserait presque au poujadisme face à cette énumération, sans fin, de privilèges, de tricheries, d’avantages, d’abus ou d’impunités. «Et tout cela, à cause de quoi ? Du fric ? Toujours le fric. Et le pouvoir. Les sempiternels moteurs de pantins qui se croient puissants tant que tourne la clé qu’ils ont dans le dos. Tant que les électeurs demeurent aveugles».

«Où s’arrêtera-t-on ?» titre une reproduction de l’hebdomadaire. Une réponse impossible à donner, tant est infinie la bêtise humaine. Pour paraphraser Albert Einstein. Mais ceci est une autre histoire.
Le «Canard enchaîné» a toujours bonne palme, bon œil pour affronter un prochain centenaire. «Qu’ils se méfient les bouffons et clowns de la politique».

Philippe Degouy

«L’incroyable histoire du Canard enchaîné». Scénario de Didier Convard. Dessin de Pascal Magnat. Couleur de Marie Galopin et Patrice Larcenet. Conseillère historique, Anaïs Paris. Les Arènes BD, 173 pages
Couverture : les Arènes

Posté le 23 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Georges Wolinski ou l'obsession du bonheur

Déjà deux ans. Souvenez-vous. On célébrait l’an neuf. On se souhaitait bonheur et santé. Et puis, le drame. Pour mal débuter 2015. Le 7 janvier, deux terroristes sans aucun sens de l’humour décimaient la rédaction de Charlie. Parmi les victimes, Georges Wolinski. Tombé sous les balles de ces islamistes. Mais qui était Wolinski? Bonne question. Publié chez Glénat, «Le bonheur est un métier» tente de répondre à la question, à l’aide de dessins de l’artiste, de déclarations puisées dans ses archives. De quoi dresser un inventaire de ses pensées sur la vie, son œuvre, la mort…

Une autobiographie scénarisée par Virginie Vernay dont il faut saluer le travail pour assembler ce puzzle et nous l'offrir. Le portrait cynique, désabusé, d'un dessinateur adepte de l’autodérision : «comment un homme aussi exceptionnel que moi a pu être un jeune aussi médiocre. Il y a là un mystère que je n’arriverai jamais à percer» déclarait l’humoriste qui se voyait médecin ou architecte. Avant de devenir le dessinateur que l’on aime aujourd'hui. Ce provocateur adepte du bras d’honneur adressé au politiquement correct, ce fou amoureux des femmes.
«C’est un de mes plaisirs : dessiner les femmes et les regarder dans la rue». Omniprésentes dans son œuvre. Belles, libérées, dominatrices. Non, Georges Wolinski ne fut pas le gros dégueulasse, ce personnage créé par son pote Reiser. Mais un obsédé. Par la beauté, par celles qui lui apportaient tendresse et inspiration. On rit de ses approches maladroites, des premiers contacts avec le beau sexe. Sûr de lui à l’âge adulte mais gauche et timide adolescent. Ce Wolinski inachevé qui se fait remonter les bretelles dans de nombreux dessins par le Wolinski mature. Un duel freudien hilarant.

WolinskiDe ses débuts comme dessinateur de presse à la rencontre avec Cavanna ou Maryse, sa deuxième épouse, tout est raconté dans la biographie. Sans omettre les moments dramatiques comme la mort de ses parents, ou de sa première femme, victime d’un accident de voiture. Du rire aux larmes, la frontière est souvent mince chez un humoriste.
Et le bonheur dans tout cela ? «Je suis heureux chaque fois que je touche une femme et que je touche un chèque». L’humour, toujours. «L’humour? C’est se dire : je suis seul et j’ai peur. Pour lutter contre la peur, on a inventé la connerie. Grâce à Internet, on ouvre une fenêtre sur la connerie du monde entier. Comme c’est chic».

Certains dessins repris dans l’album sont tragiquement prémonitoires. Comme celui où Wolinski dessine deux Français moyens qui refont le monde au bistrot et qui critiquent son humour. Dans un discours aviné, ils proposent de mettre contre un mur Wolinski, Cabu, Siné ou Reiser et de les rafaler. Cabu, Reiser, ou Cavanna. Ils sont bien présents dans la biographie. Pour témoigner de l'importance de l'amitié pour Wolinski. Sa bande de potes. Sacrée.

Ce joli portrait se referme sur une touchante lettre de sa fille Elsa écrite à son père défunt. Des mots tendres, affectueux qui nous arrachent une dernière larme. Avant de refermer cet album sur un dessin dont le titre résume tout, «rien ne sera plus comme avant». Mais Wolinski n’est pas mort. D’ailleurs, il n’aimait pas les enterrements. Il avait décidé de ne pas aller au sien.

Philippe Degouy

«Le bonheur est un métier», par Georges Wolinski. Éditions Glénat. 320 pages, 29,50 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 23 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Opération Napoléon», un thriller venu du froid

Si vous aimez la littérature scandinave, vous connaissez certainement le romancier islandais Arnaldur Indridason, père du commissaire Erlendur, son personnage récurrent.  
Revoici l'auteur, promis à un nouveau succès public avec la publication en format poche chez Points de son roman «Opération Napoléon».
Un thriller venu du froid qui débute en 1945, dans les derniers moments du régime nazi.
Un avion Ju-52 aux couleurs américaines transporte des officiers allemands et américains en direction de l’Amérique. Mais une violente tempête au-dessus de l’Islande provoque la chute de l’avion sur un glacier local. L'avion est alors rapidement englouti dans les glaces. Bien des années plus tard, une expédition américaine est lancée, pour tenter de le retrouver. En vain. Les décennies passent.
De nos jours. Un satellite détecte par hasard des traces du crash. Une expédition américaine est organisée avec de gros moyens pour enfin retrouver l’épave et, surtout, son précieux chargement. Le chef de l’expédition a pour ordre d’éliminer les témoins si nécessaire. Un plan prévu sans failles, mais c'était sans compte la ténacité d’une jeune islandaise, Kristin, bien décidée à retrouver son frère. Porté disparu depuis l'arrivée des militaires américains sur l'île.
Ce qu'elle va découvrir va radicalement changer sa vie.

Alternant entre thriller et roman historique, avec de fréquents flashbacks vers l’année 1945, «Opération Napoléon» n’a rien à envier aux romans anglo-saxons, à qui il rend d'ailleurs un vibrant hommage.
Dès les premières pages, le lecteur est pris dans une intrigue qui se referme sur lui comme les glaces autour de cette mystérieuse épave d’avion allemand. Dans le jargon littéraire, on appelle cela un page-turner. Soit un ouvrage qui force son lecteur à aller plus loin, page après page. De fait, il faut une solide volonté pour le stopper en cours de lecture. Indridason connaît son métier et sait ferrer sa proie. De chapitre en chapitre, le lecteur veut savoir ce qui se cache dans la carlingue de cet avion. De l’or? Une bombe atomique allemande? Ou... quelqu'un de bien plus important.

NAPOLEONCôté personnages, le casting est composé comme celui d’un western à l'ancienne. Avec les bons, les Islandais, incarnés par la jeune Kristin, à laquelle on s’attache, comme une sœur. Et en face, les méchants : les forces spéciales américaines, vues comme une force d’occupation dans la petite île. À ces personnages, il faut aussi ajouter le climat nordique. Ce froid, cette neige, terribles conditions climatiques qui accompagneront la lecture. Si bien décrites que l’on a presque besoin d’enfiler une petite laine pour chasser cette impression de froid que l'on ressent en permanence.

Pourquoi cette référence à l'empereur dans le titre? Bonne question. Demandez-vous simplement ce qu'est devenu Napoléon à la fin de son règne. Et, sur la base des indices laissés par l'auteur dans son formidable jeu de pistes, vous trouverez la réponse. Et vous tremblerez.

Une oeuvre qui ne relâche son étreinte qu’au dernier mot. La scène finale laisse le lecteur estomaqué. Pris par surprise par un simple nom et une date. Clés d’une intrigue solidement bâtie. Bien joué Arnaldur.

«Ce que vous appelez la vérité n’existe plus. La vérité et le mensonge ne sont que des moyens d'arriver à une fin.»

Philippe Degouy

«Opération Napoléon», thriller d’Arnaldur Indridason. Points, 432 pages, 8 euros
Couverture : Points

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