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Posté le 26 janvier 2017 par Philippe Degouy

Un nouveau pistolero rejoint la horde sauvage d’Hermann, «Duke»

Ogden, petite ville minière du Colorado. Vers 1866. McCaulky, exécuteur des basses œuvres pour Mullins, propriétaire des mines locales, assassine de sang-froid la femme et la fille d’un mineur coupable de vol. Le geste de trop pour Duke, adjoint du marshal. Ce dernier, véritable couard, laisse Duke en première ligne pour mettre fin aux agissements de McCaulky. Un taiseux ce Duke. Solitaire, les yeux vides, froids. Le genre à vous descendre sans ciller. Mais lui ne se considère pas comme l'un de ces criminels qui répandent la terreur en ville. Sa proie, ce serpent de McCaulky, il va la ramener. On ne touche pas aux femmes et aux enfants. Et quand McCaulky ose s’en prendre aux prostituées de Mama, dont la jolie Peg, Duke voit rouge. L’air va rapidement se charger de plomb…

À 78 ans, Hermann, Grand Prix de la ville d'Angoulême 2016, n’a pas l’intention de débotter. Que du contraire. Le voilà qui remet le cap vers cet Ouest qu’il aime tant. Ces grands espaces américains où il peut respirer et s’épanouir. Bien loin de cette humanité bien imparfaite et dont il se méfie. Avec Duke (éd. Du Lombard), il lance une nouvelle saga au long cours, un western crépusculaire dans le plus pur style Clint Eastwood, version Pale Rider et Impitoyable. Une série qui fait suite aux one-shots récents et qui annonçaient la couleur, le besoin de l'auteur de replonger dans le genre western : On a tué Wild Bill et Sans pardon.

Avec Yves H. (le fils d’Hermann), comme scénariste, Duke présente un nouvel anti-héros, sorte de croisement entre Bernard Prince et Red Dust. Un pistolero ombrageux qui ne répond qu’à l’appel de sa justice. Un sentimental qui voit rouge quand on s’en prend aux faibles. Drôle de gars que ce solitaire, fauché et qui se déclare né dans les ténèbres. «Je sais que je mourrai dans la boue et le sang.» Des propos qui ne peuvent être ceux d’un être équilibré. Duke, pas du genre comique, est un mec plutôt tourmenté. Qu’il ne faut pas chercher malgré son calme apparent, qualité première du pistolero. Duke? Un brutal. Toujours partant pour mettre un peu de plomb dans la tête de ceux qui en ont besoin.

DUKESur un scénario classique mais efficace, Hermann apporte un dessin où règnent le blanc et le gris d'une histoire où se mélangent la neige rougie et la boue d’une époque de l’Ouest, située dans un no man’s land historique. Un temps où la justice des hommes n’a pas encore réussi à calmer la sauvagerie et éclipser la loi du colt. On pense à l’album de la série Comanche, «Les shériffs», situé dans la même veine. Fermons la parenthèse.
Force est de constater que le dessin d’Hermann est toujours aussi beau, très travaillé. Avec cette notion de 3D qui permet de plonger le lecteur au cœur de l’action. Comme le souligne François Boucq, «le dessin d’Hermann cherche constamment le volume. Il y a une mise en abyme de la page, comme s’il la sculptait. Ses planches font partie de l’aristocratie du dessin.» De fait, Hermann alterne les plans sans arrêt, pour faire bouger ses planches, comme le déroulement d’un film. Un cinéma bien présent dans ce premier tome. Avec des cadrages façon Sergio Leone, ou à la John Ford. Aisément identifiables par le lecteur cinéphile.
À noter également les multiples allusions des auteurs à Comanche, par des petits détails ou des personnages similaires. Comme Mama, la tenancière du bordel local, sœur presque jumelle de la «comtesse» de Greenstone Falls. Quant au titre de la saga, n’est-il pas une allusion à peine voilée au surnom de John Wayne? Même si l’acteur n’aurait jamais accepté le rôle à l’écran.

DUKE2Duke? Un sacré personnage, pour le moins ambigu, appelé à revenir dans un prochain épisode, «Celui qui tue.» 
Ceci dit, n’oubliez pas d’ajouter à la lecture de ce «Duke» celle de la collection Comanche actuellement republiée au Lombard. Sans cela, Comanche, Red Dust et l’équipe du triple-Six pourraient mal le prendre et vous renvoyer dans vos foyers avec du goudron et des plumes. Go west Man!

Philippe Degouy

«Duke tome 1. La boue et le sang». Scénario d’Yves H., dessin de Hermann. Éditions du Lombard, 56 pages, 15 euros environ
Couverture et illustration : éditions du Lombard

L'album est prévu en librairie le 27 janvier.

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