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mars 2017

Posté le 26 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Jutland, le chant du cygne des cuirassés

     Par Philippe Degouy

Prêts à appareiller avec les éditions Glénat ? Elles lancent une nouvelle série d’envergure, dédiée aux grandes batailles navales qui ont marqué l’histoire. À la tête de cette formidable armada, Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, fait office de pacha. Parfaitement à l’aise sur l’eau, son élément, omniprésent dans son œuvre. Que l'on pense notamment à U-Boot, mais aussi à Black Crow, Le Belem, Black Crow raconte
Les grandes batailles navales racontent les affrontements vécus de l’intérieur. En suivant les acteurs du drame, du matelot au commandant. Le lecteur est ainsi plus à même de ressentir l’angoisse, le choc et l’horreur des combats.
Solide défi que celui d’orchestrer le récit de ces batailles qui ont modifié l’Histoire. Certaines sont restées en mémoire, comme Trafalgar, Midway ou Lépante. D’autres sont moins connues du grand public et bien présentes dans la saga proposée par Glénat.
À l’instar de la bataille de Jutland, livrée par les marines de Guillaume II et de George V. Petit rappel des faits avec cet album d'excellente facture.

JutlandPrintemps 1916. La flotte de haute mer allemande a préparé un plan qui semble imparable, du moins sur papier : surprendre la flotte britannique dans ses ports et pousser les navires attaqués à prendre la mer où ils seront coulés par les sous-marins. Mais le projet est éventé grâce aux services de renseignement. Les Britanniques ont quitté les ports et s’avancent pour surprendre l’escadre allemande. Le choc a lieu au large des côtes danoises du Jutland. Dans les chiffres, la flotte britannique est deux fois plus importante que celle de l’ennemi allemand. Mais ce dernier réussit pourtant à secouer son adversaire et à prendre un solide tribut en navires. De grosses unités britanniques sont envoyées par le fond. En cause, des cales chargées de cordite, un puissant explosif, mais aussi un commandement douteux, et des navires au blindage allégé.
Cette bataille prendra part sur un court laps de temps, de l’après-midi du 31 mai à l’aube du 1er juin, mais elle se révélera dantesque. Elle sera également la dernière bataille navale classique, celle où seront utilisés massivement des cuirassés. Pour une dernière fois, car se profile déjà l’ombre du futur roi des mers : le porte-avions. Quelques décennies plus tard, c’est lui qui dictera sa loi sur toutes les mers du monde.
Étrange paradoxe, la flotte allemande qui s’était retirée dans ses ports pour éviter de fortes pertes, sera obligée de se saborder à la fin du conflit. Quant au bilan, il reflète l’intensité de cette bataille : « sur les 249 navires de combat engagés, 25 ont été coulés. Plus de 8647 marins sur les 90.000 embarqués ont perdu la vie. Plus de 20.000 coups de canon ont été tirés, soit l’équivalent de 6 millions de kilos d’acier et d’explosif. »

Jutland, un album qui porte la marque de Jean-Yves Delitte. Nul besoin de le signer d’ailleurs, ses fans reconnaîtraient son dessin sans coup férir. Presque les yeux fermés. Ses planches nocturnes imprimées sur papier noir, ses personnages aux traits identiques que l'on retrouve de série en série, et cette façon particulière de dessiner les yeux. Autant de caractéristiques liées à son œuvre.  Comme pour tous les albums de l'artiste, le lecteur a droit à un trait précis, chirurgical si l’on osait un lieu commun. Il faut savourer ses planches avec des navires fidèlement reproduits. De même que cette façon de les replacer en situation, avec un cadrage cinématographique. On ne lit pas la bataille, on la vit. 
Si Jean-Yves Delitte réalisera tous les scénarios et les couvertures de la collection, il fera appel à de fidèles lieutenants pour se charger du dessin de certains albums. On retrouvera notamment Federico Nardo, Philippe Adamov, Roger Seiter, Christian Gine ou Denis Béchu (pour le tome dédié à Trafalgar, déjà sorti).
Précisons enfin que chaque tome est accompagné d’un bonus documentaire, qui replace la bataille dans son contexte historique, détaille les forces en présence et les navires engagés.

Trois premiers volumes de la collection sont déjà disponibles, Chesapeake, Trafalgar et Jutland. En octobre, deux autres titres rejoindront l’escadre, avant d'autres renforts déjà prévus pour 2018.

Jutland. Dessin et scénario de Jean-Yves Delitte. Collection Les batailles navales. Éditions Glénat, 56 pages, 14,95 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 22 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

L’adjudant des mots qui aimait tant son cassetin

Par Philippe Degouy

Derrière la faute, cherchez la femme. En rouge, la couleur préférée de Muriel Gilbert, l'auteure de ces Confessions d’une dompteuse de mots. Au bonheur des fautes. Un récit à la première personne qui permet de suivre (à la lettre) son parcours de correctrice au «Monde». L’auteure nous ouvre les portes d’un endroit mystérieux, bien peu connu du grand public : le cassetin. Le service de corrrection d'un journal.
Cet ouvrage se présente comme l’hommage dédié à ces oubliés de la presse, sans qui la prose d’un journaliste n’aurait pas la même saveur ni le même sérieux. Ah bon, ça fait des fautes un journaliste ? Ah non peut-être, comme on dit à Bruxelles. Ce qui veut dire en français de France « oui sûrement. » Une langue à la richesse presque infinie. Et complexe, en plus. Avec ses règles de grammaire à donner la migraine, ses exceptions, ses curiosités. Comme le squelette. Le seul mot masculin qui se termine par « ette ». Bon à savoir pour briller dans une soirée.
De nombreux exemples de difficultés sont disséminés au fil de l’ouvrage. Comment faire la différence entre tache et tâche ? Comment écrire le pluriel des noms composés, jongler avec la ponctuation et ses espaces ? Doit-on dire un ou une interview ? Autant de justificatifs de l’existence de ce métier, qui peut se comparer au rôle de chien d’avalanche dans une rédaction.

FAUTESUn correcteur transformé aujourd'hui en une sorte de chef-d’œuvre en péril. Pour des raisons économiques, seulement. Le duel entre les correcteurs et les logiciels de correction (aussi cons que peu efficaces) n’aura pas la peau de Muriel Gilbert. Le cerveau humain ne sera jamais mis en péril par des puces et des lignes de programmation quand il faudra de la réflexion. Mais comme le bibliothécaire-documentaliste, assassiné par l'Internet dans le rôle de Brutus, le correcteur va devenir de plus en plus rare au sein des rédactions.
Avec son humour, parfois caustique, toujours drôle, Muriel Gilbert réussit à présenter son métier comme une sacrée aventure. Parfois rock’n roll au moment du bouclage, quand il faut relire et corriger un dernier texte. Ingrat aussi, car le travail du correcteur est « comme celui de la femme de ménage : transparent. On ne le remarque que lorsqu’il est mal fait. Quand il n’y a plus de fautes dans un texte c’est normal. Quand il en reste, c’est de la faute du correcteur. »

Un chapitre revient sur cette fameuse réforme de l’orthographe, qui a fait couler tant d’encre. À ce propos, Muriel Gilbert insiste sur les besoins de connaissances suffisantes de l’orthographe. La simplifier, car jugée trop élitiste ? Quelle idée. Comment oublier, dit-elle, qu’ « une orthographe approximative est toujours un facteur de discrimination professionnelle, notamment à l’embauche. »
Pour reprendre l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, cité dans l'ouvrage, « l’orthographe, c’est comme la propreté, une question de respect de l’autre. »

Un livre à lire deux fois. Pour le plaisir de lecture, et pour noter toutes les règles et astuces distillées au fil des pages. Pour ne plus faire de fôtes. De fautes.

On notera aussi, en guise de bonus, le geste, appréciable, de l’auteur qui nous offre le contenu de sa boîte à outils (dicos, ouvrages de références, liste de sites). On dit merci à Muriel Gilbert, « médecin des mots mal fichus ».
Un document qui participe, à sa manière, à la Semaine de la langue française et de la Francophonie qui se déroulera du 18 au 26 mars.

Au bonheur des fautes. Confessions d’une dompteuse de mots, par Muriel Gilbert. La librairie Vuibert. 232 pages, 15,90 euros environ
Couverture : éditions La Librairie Vuibert

PS : si l'auteure trouve des fautes dans cette chronique, on dira qu'elles ont été faites par jeu. Un système de défense comme un autre non ? Merci de nous les retourner. Et de ne pas barrer l'écran de votre ordinateur d'un coup de feutre rouge rageur.

Posté le 22 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La Patrouille de France, une Grande Dame qui unit la Nation à l’Armée

Par Philippe Degouy

Faut-il encore la présenter cette Patrouille de France ? Ces AlphaJet peints aux couleurs nationales et qui se produisent dans les meetings aériens. Sans doute pas. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer le large public présent à chaque démonstration. La présence de ces pilotes au programme assure le succès de tout show aérien. C’est dire que ce livre n’a pas à convaincre son lecteur, déjà conquis, sans nul doute. Mais comme le dit ce lieu commun, « quand on aime, on ne compte pas. » Un beau livre sur un sujet déjà largement traité, soit, qui mérite néanmoins sa place dans la bibliothèque.

Avec François Blanchard et David Bernigard en chefs d'escadrille, La Grande Dame (éd. Black Feather) est plus qu’un beau livre de photos aériennes. Plutôt un superbe hommage rendu aux aviateurs de la Patrouille de France, à ceux qui ont construit la légende et aux valeurs de la République. Rappelées dans un chapitre introductif, parfaitement en phase avec l’actualité. Comme le souligne le Général d’armée Jean-Louis Georgelin, « cet ouvrage souligne cette relation subtile, construite au fil du temps, entre les Français et leur armée. Il en montre différents aspects et illustre bien la variété des formes que peut prendre le lien Armée-Nation. »

PATROUILLEFRANCEUn album aux photos en couleur, sublimes. Les pilotes connaissent la musique au moment de lancer les réacteurs. C’est là-haut qu’ils laissent leur professionnalisme composer une œuvre dont le succès repose la cohésion du groupe. Tous pour un et un pour tous, tel est le credo de ces mousquetaires du ciel. Tous « unis pour faire face ».
Comme le soulignait Georges Guynemer, « tant que l’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné. » Page après page défilent les figures qui font briller les yeux des spectateurs. Gamins comme adultes, tous réunis dans le même émerveillement. Et ce dès la présentation de la Patrouille par le commentateur, sur fond de couleurs nationales peintes dans l'azur par les fumigènes des appareils. S’enchaînent ensuite des figures attendues par les photographes, présents à chaque meeting : le miroir, Apollo, Concorde, Diamant… Avec en guise de bouquet final le fameux cœur tracé à renfort de fumigènes. Ce moment complice qui ravit le public, toujours fidèle.

Des photos aériennes dépourvues de légendes, inutiles, mais agrémentées de nombreuses citations. D’écrivains, de politiques … Comme autant de sources d’inspiration positive. René Char, Winston Churchill , Charles de Gaulle, Antoine de Saint-Exupéry, Nelson Mandela, John F. Kennedy…

Une Patrouille de France dont le nom est né, pour rappel, d’un élan d’enthousiasme formulé lors d’un meeting aérien à Alger en mai 1953. Ce jour-là, le commentateur de l’événement, Jacques Noetinger avait ainsi annoncé au public la prestation d’une patrouille acrobatique : « Mesdames et Messieurs, la Patrouille de France vous salue. » Une petite « gaffe » qui allait faire adopter cette expression de manière plus « officielle ».

L'image de la France

« Aujourd’hui, évoluant à huit appareils, la Patrouille de France est plus que jamais l’ambassadrice de l’aéronautique française. Chaque apparition renforce le lien Armée-Nation, le sentiment d’appartenance à une grande nation éprise de liberté. » Un rappel nécessaire. Aujourd’hui, plus que jamais.
Un ouvrage qui se referme, provisoirement, sur la petite histoire de l’aviation moderne et de la genèse de l’idée de patrouille aérienne. Nourri de ces beaux clichés, tous pris du sol, le lecteur ne peut que voir la vie en bleu. Dans l’attente d’assister au programme prévu pour la saison 2017 et de savourer au mieux cette phrase du commentateur qui fait battre les cœurs : « Mesdames et Messieurs, voici la Patrouille de France. » Pour les couleurs, top !

« Les pilotes se moquent de marcher. Ce qui les motive, c’est de pouvoir voler » (Neil Armstrong)


La Grande Dame. Symbole du lien Armée-Nation, par François Blanchard et David Bernigard. Black Feather Éditions, 224 pages, 60 euros
Couverture : éditions Black Feather Éditions

Posté le 19 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le Hellcat, instrument de la victoire dans le Pacifique

Par Philippe Degouy

Si le grand public peut identifier sans peine le Corsair grâce au cinéma et aux séries télévisées, tel n’est sans doute pas le cas du F-6F Hellcat, bien moins médiatisé. Et pourtant, son rôle s’est révélé bien supérieur dans la victoire alliée dans le Pacifique. Comme le prouve Guy Julien, auteur du nouveau hors-série du magazine « Aerojournal » (éd. Caraktere). Il redonne au Hellcat la place qui était la sienne : la première. De sa genèse jusqu’à la dernière victoire, le 15 août 1945. Rien n’est oublié dans le portrait de cet avion rustique, simple à piloter et à entretenir. Un mécanicien témoigne : « tout était simple avec cet avion. Il y avait peu d’hydraulique et donc peu de risque de fuite. Cette rusticité était la base de la philosophie de Grumman. Faire simple et solide. » Côté pilote, le Hellcat bénéficiait également d’une bonne image. Si le Corsair avait « un air vicelard », le Hellcat séduisait d’emblée avec « sa bonne tête » et de la place dans le cockpit pour un pilote à la carrure de rugbyman.
Un costaud, capable d’encaisser les coups, comme en témoigne cet appareil de la VF-23 présenté par l'auteur avec plus de 200 éclats, balles et obus confondus.
Comme pour toutes les autres publications du groupe, celle-ci bénéficie d’une abondante iconographie. Avec des clichés bien connus mais d’autres, encore inédits. Comme ces nombreuses photos d’appareils équipés pour le combat de nuit. De quoi donner quelques idées aux « colleurs de plastique ».
HELLCATOutre les grandes opérations menées dans le Pacifique, l’auteur relate également les missions des appareils britanniques, sans oublier la participation du Hellcat au débarquement allié en Provence, en août 1944. Des chasseurs de la Navy au-dessus de Saint-Tropez, voilà qui est exotique. Quant à parler du théâtre européen, le hors-série compare les qualités de l’avion américain et celles des chasseurs allemands. Si un « FW190 a toujours l’initiative de l’engagement, le Hellcat peut le rompre à volonté. Il lui suffit d’effectuer un virage serré ou une boucle. »

L’auteur revient également sur une légende à la vie dure. Non dit-il, le Hellcat n’a pas été conçu en catastrophe pour lutter contre le Zéro japonais. Il l'a été à l’origine pour faire face aux Allemands. Pour preuve, les deux prototypes ont été commandés en juin 1941, soit six mois avant l'attaque japonaise sur Pearl Harbor.

Rival du Corsair, le Hellcat n’a pas à justifier son rôle dans la victoire alliée. Son palmarès parle pour lui. Il est le premier « ace maker » américain avec un ratio d’un appareil perdu pour 19 ennemis envoyés au tapis. Plus de 66.500 sorties ont été comptabilisées pour 5163 victoires et 261 Hellcat perdus au combat.
Ce sont sans doute les adversaires japonais qui parlent le mieux de cet avion. Comme avec cet hommage indirect publié par le hors-série : « à côté de ces brutes de Hellcat qui ressemblaient à de vieux sangliers sauvages, nous avions l’air de petites filles modèles. »
Le dernier mot sera dédié à l'illustrateur Piotr Forkasiewicz, l'auteur de la superbe couverture, avec un Hellcat de la VF-17 en plein décollage. Jugez-en.

F-6F Hellcat, par Guy Julien. Éditions Caraktère, 116 pages
Couverture : éditions Caraktère

Posté le 17 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Steve McQueen, «the king of cool», en pole position au Mans

Une BD indispensable. Si vous ne devez acheter qu’une nouveauté sur le sport automobile, ne cherchez plus, vous l’avez.  «Steve McQueen in Le Mans» (éd. Garbo Studio) rend un double hommage. À Steve McQueen, d’abord.  Un acteur apparu à l’artiste suisse Sandro Garbo dans un rêve. Au Mans ensuite, l’une des épreuves les plus mythiques du sport automobile qui réunit chaque année un plateau hors du commun. Plus qu’une BD, il s’agit plutôt d’un livre conçu et construit comme un beau livre.
L'ouvrage, à la couverture solide et imprimé sur du papier glacé, repose sur le film Le Mans, dans lequel Steve McQueen s’est impliqué à 100% pour dresser un portrait proche de la réalité.
Un film, sorti en 1971, devenu culte pour les amateurs. L'oeuvre était envisagée au départ comme un documentaire. Ce qui explique l'absence évidente de scénario et des dialogues réduits au minimum. Un film qu'il faut revoir en guise de bonus.

Vanté et annoncé sur les réseaux sociaux, l'album est déjà devenu culte, presque épuisé en quelques semaines. Les premiers exemplaires se sont vendus en un clin d'oeil. Preuve de l’attachement du grand public pour cet acteur disparu bien trop tôt à 50 ans, et pour cette épreuve mythique du sport automobile. Pour Garbo Studio, il s’agit de la récompense d’une vaste entreprise qui a duré plus de trois ans, avec sept dessinateurs au travail. Pour reproduire au mieux tous les détails du spectacle, des coulisses, des bolides et des scènes les plus célèbres du film.

LEMANSMême si les fans connaissent le film par cœur, on se laisse envoûter par le dessin, quasiment chirurgical. Chaque planche est méticuleusement réalisée, avec une multiplication des plans pour rendre le côté dynamique de la course. En fixant les planches, on les voit presque s’animer. Pour un peu on pourrait même entendre le vacarme des bolides. Une épreuve reproduite en caméra embarquée, vue du ciel ou filmée au ras du sol. De quoi savourer au mieux les lignes des bolides, saisis en pleine accélération ou en plein dépassement. Coup de coeur pour le départ, une vaste scène reproduite sur deux planches.
Ces voitures, parlons-en. On retrouve cette Porsche 917 numéro 20 pilotée dans le film par Steve McQueen incarnant le pilote Michael Delaney. Son rival allemand pilote quant à lui une Ferrari 512.
Marqué par le terrible accident survenu en 1969 avec le pilote Piero Belgetti, décédé dans sa voiture en feu, Michael Delaney revient au Mans pour cette édition 1970. Pour tenter de vaincre son rival allemand Erich Stahler. Les deux hommes vont devoir livrer un duel sans merci sur une piste piégeuse, où la pluie et les voitures moins rapides seront autant d’obstacles à vaincre. L’occasion de savourer également la présence de Porsche 911, de Chevrolet Corvette ou de Matra et Ligier.
Pour une fois, les traits donnés à l’acteur américain sont ressemblants. Dans les traits, mais aussi les attitudes, le regard. Les auteurs ont d'ailleurs pu bénéficier des conseils de la famille de l'acteur.
Le tome deux est déjà annoncé pour 2018. Pour abaisser le drapeau à damiers sur ce superbe hommage à un acteur pilote, ou l’inverse. Comme il le soulignait lui-même : «Je ne sais pas si je suis un acteur qui pilote ou un pilote qui joue dans des films

Philippe Degouy

«Steve McQueen in Le Mans.» Tribute edition (version française). Adaptation de Sandro Garbo. Dessins et couleurs de Florian Afflerbach, Jared Barel, Julien Dejeu, Sandro Garbo, Thomasa Lebeltel, Guillaume Lopez et Pierre Ménard. Garbo Studio, 64 pages, 32 euros
L’album est disponible en quatre langues : français, anglais, allemand et italien
www.mcqueenlemans.com et www.youtube.com/watch?v=wvbYVt0_KLo&feature=youtu.be
Couverture : Studio Garbo

 

Posté le 16 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Poissons, petits poissons roses, je vous compterai

« Enfoiré de Hodges qui avait tout gâché » pensait Brady Hartsfield, couché dans sa chambre 217, le corps devenu inerte après un violent coup reçu. Paralysé. Tout cela par la faute de ce sale flic qui l’avait empêché de commettre un massacre lors d’un concert pour ados. Avoir écrasé huit personnes avec cette Mercedes volée n'était pas suffisant. C’était il y a sept ans, en 2009. Aujourd’hui, grâce au traitement expérimental de ce bon docteur Babineau, il est capable de télékinésie et de prendre le contrôle de l’esprit de qui il veut. Grâce à des consoles de jeux trafiquées et offertes à des milliers de jeunes, il envisage un terrible projet : les pousser au suicide. Il deviendra alors le prince du suicide. « Des années durant, il a trompé tout son monde, en passant pour un légume. » La vengeance n’en sera que meilleure, grâce à son don de dédoublement de l’esprit. Si son enveloppe corporelle est bien foutue, il peut prendre le contrôle d'un autre corps, comme s’il s’agissait d’un drone piloté à distance.

En ville, Hodges est intrigué par de mystérieux suicides. Tous semblent reliés par la présence sur place d'une console de jeu. Et si Brady, autrefois génie de l'informatique, était derrière tout cela ? Son handicap serait-il simulé, comme le pense Hodges depuis des années ? Condamné par un cancer foudroyant, le vieux flic veut quitter le monde sur une victoire. La dernière. Vaincre Brady. Mission impossible ?

STEPHENKINGAprès les deux premiers volumes de la trilogie (Mr Mercedes et Carnets noirs) placés sous le signe du roman policier plus classique, Stephen King renoue avec le surnaturel pour l'épilogue. Sous un scénario qui mélange télékinésie et bidouillage informatique, Stephen King entraîne le lecteur dans un étrange duel de cerveaux. Ceux de Brady et de Hodges.  L’intrigue est davantage psychologique que dans les romans précédents et aborde notre vulnérabilité face à l'Internet.
Stephen King, que l'on devine peu esclave du Net, livre ici une évidente attaque des dangers du monde virtuel et des jeux vidéo. Comme le dit son personnage de psychopathe, « c’est ça le vrai pouvoir de l’esprit sur la matière. » Les victimes de Brady sont de gros consommateurs de temps passé sur console de jeux. Fragiles, déconnectés de la réalité. L’écriture du maître permet de faire passer le message en douceur, mais c’est bien cette dénonciation qui se cache dans la noirceur de ce roman. S'ajoute également l'omniprésence de la Camarde qui semble angoisser davantage l’auteur que son flic cancéreux.

Tout concourt à former un récit bien plus sombre que d’habitude. D’accord, l’auteur use et parfois abuse de grosses ficelles, mais nous sommes dans l’univers du maître. On se laisse manipuler avec plaisir. Lui seul a la clé de lecture. Étrangement, contrairement à ses autres romans, le King finit son roman, non par le clin d’oeil habituel à son Cher lecteur, mais par des propos sérieux. Un soutien aux suicidaires, avec le numéro de téléphone de SOS Suicide.

Mais si le vieux flic finit par trépasser, victime du crabe (le lecteur s'y attend dès le début), le mot fin de la trilogie s’écrit avec une petite touche d’optimisme. Comme une éclaircie dans un ciel d’orage. On lisant les dernières pages de Fin de ronde, qui montrent que dans le malheur on peut glisser un peu de beauté, on se demande si Stephen King a lu Michel Chrestien, alias Jacques Silberfeld. Ce serait étonnant, mais pas impossible.
Le roman terminé laisse le lecteur quelque peu désorienté par la perte de ce bon vieux Hodges, que l’on croyait invincible. Un flic aux méthodes radicales, mais efficaces.

Que penser de Fin de ronde ? Un excellent tome, parfait pour clôturer en beauté cette trilogie, même si notre coup de coeur restera décerné au premier tome. Pur avis personnel.

Fin de ronde. Thriller de Stephen King. Éditions Albin Michel, 426 pages, 22,50 euros
Couverture : éditions Albin Michel

Posté le 16 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Rencontre avec Sire Cedric, l'horreur lui va si bien

     Par Philippe Degouy

Qui est Sire Cedric, souvent surnommé le Stephen King français ? Nous avons voulu découvrir l'auteur qui se cache derrière des thrillers violents, capables de vous faire passer une nuit blanche (ou deux). Après un contact avec l'attachée de presse, un entretien est rapidement organisé avec un écrivain à l'allure de rock star, style heavy metal.
L'accueil est chaleureux, l'auteur (toulousain) a le contact facile. Disposé à répondre à nos questions. Sur son univers, sa méthode de travail, ses goûts, ses projets. Sire Cedric joue le jeu de la promotion avec patience et le sourire. Toujours. En bon professionnel, fier de présenter son bébé. Pas celui de Rosemary, le sien : Du feu de l'enfer, son dernier roman publié aux Presses de la Cité (et lu pour vous http://blogs.lecho.be/lupourvous/2017/03/sous-le-masque-le-diable-%C3%A0-plusieurs.html). Sans révéler les éléments de surprise qu'il contient, voici son histoire racontée en quelques lignes. Juste pour vous donner une idée de son contenu.
Thanatopractrice, la jeune Manon Virgo ne vit que pour son travail. Pas d'amoureux, pas de vie privée. Juste un frère, Ariel, petit délinquant minable, drogué et sans avenir. Un jour, il vient se réfugier chez elle après un mauvais trip. Pour Manon, c'est encore des ennuis à l'horizon. Cette fois c'est sérieux. Son crétin de frère a volé une voiture à des gens puissants. Une voiture mais aussi un objet précieux que ces personnes veulent récupérer. Pour cet objet, ils n'hésitent pas à tuer, horriblement. Manon et Ariel découvrent avec horreur qu'ils ont en face d'eux les membres d'une secte satanique. Des fous furieux que rien ne semble stopper. Pas même la police, qui semble infiltrée. Pour Manon et Ariel, la survie ne tient plus qu'à un fil...

Pour notre première question, allons droit au but, pourquoi ce thème du satanisme pour votre nouveau roman ?

Merci. Question difficile pour débuter. (rires) J'avoue que c'est une thématique qui me fascine. Et depuis toujours. J'adore faire peur aux gens et inventer des histoire pour terrifier. Pour divertir mon lecteur et qu'il en redemande. On est tous fascinés, intrigués par toutes les histoires racontées sur les sectes, mettant en scène des notables, des hommes politiques. Des gens intouchables qui se réuniraient pour faire des orgies, pour torturer des gens et pourquoi pas, aller jusqu'au meurtre. On ne saura jamais si c'est vrai ou pas, mais il suffit de se promener sur l'Internet pour découvrir toutes les théories du complot qui prolifèrent. Pour un écrivain, c'est un sujet en or. Je n'ai eu qu'à puiser les éléments pour écrire ce roman sur une terrifiante société secrète. Tout ce que je raconte pourrait être réel et se passer sous nos yeux sans que personne ne s'en rende compte.

Dans le roman, vous évoquez, par l'intermédiaire d'un journaliste, la terrible affaire Dutroux. La piste des réseaux, de même que celle relative à une secte satanique, un moment inquiétée. Autant de pistes qui n'ont abouti à rien. Quel est votre avis d'écrivain ?

Sire-Cedric-auteur Je ne donnerais pas d'avis sur le fond car je n'ai pas toutes les pièces du puzzle. Je me contente de tracer des lignes entre des points. Il y a des faits troublants, qui attisent l'imagination, forcément. Il faut garder à l'esprit que la réalité est sans doute bien plus sordide que ce que l'on peut imaginer.  Mes romans d'horreur permettent de mettre en lumière des peurs qu'on a en nous. Par la fiction, on peut prendre de la distance et mettre en perspective des faits. Dans la réalité, on n'aura jamais les clés. On restera donc sur des interrogations. Et si c'était vrai ? Les romans d'horreurs, les miens, mais pas seulement, nous permettent de décompresser, d'évacuer nos peurs, notre sentiment d'injustice.

Comment prépare-t-on l'écriture d'un thriller relatif à un sujet aussi sulfureux que les sectes ? On va sur le terrain, on rencontre des professionnels du crime ?

Du feu de l'enfer est sans doute mon roman le plus documenté. Né d'abord d'une envie, celle de traiter d'un sujet qui inquiète, mais qui captive : les sectes. Sataniques, dans le cas de mon roman. J'ai enquêté sur les Hellfire clubs anglais, des sociétés secrètes qui ont réellement existé en Angleterre, au 18e siècle. Des bourgeois qui se livraient à des jeux sexuels, et autres cérémonies infernales. La documentation rassemblée, je trace ensuite les portraits des personnages.
Puis, je réalise un plan précis du livre. Comme une toile d'araignée. Pour surprendre le lecteur de A à Z. J'ai la chance d'avoir eu des contacts avec des policiers, des médecins légistes, des thanatopracteurs. Pour pouvoir reproduire avec justesse toutes les scènes dans mon livre. Je vais ensuite sur le terrain pour effectuer des reportages. Tout doit être crédible. Je prends donc des photos, des croquis. Pour la poursuite dans le jardin des plantes à Montpellier, par exemple, j'y suis allé pour effectuer le parcours présenté dans le roman.  Tous les décors du livre sont inspirés de décors réels. Rien n'est laissé au hasard. Pour moi c'est aussi un plaisir de me documenter sur des sujets que je connais pas.

Comment s'écrivent les scènes violentes, votre marque de fabrique ? Aussi précises qu'un coup de bistouri, omniprésentes dans votre oeuvre. Du feu de l'enfer ne fait pas exception

Elles nécessitent beaucoup de travail, mais cela fait partie du plaisir. Je nourris une passion pour l'horreur depuis mon enfance. Dans mes histoires, j'ai vraiment envie de terrifier le lecteur, au plus profond. Pour cela, il faut que la technique soit irréprochable. Que j'arrive au travers des mots, à donner l'illusion au lecteur qu'il marche dans les pas des personnages. Il doit avoir peur avec eux, même s'il ne se passe rien. Subir l'action, aussi. Il faut savoir retranscrire la violence, pour surprendre le lecteur. L'horrifier aussi. Qu'il goûte l'odeur du sang répandu (après tout, il est venu pour cela, ndla). Les explosions de lumière dans les yeux quand survient un coup en plein visage. C'est un long travail, mais c'est jouissif. J'adore le faire. Sculpter cette matière première pour arriver au but : faire bondir de peur le lecteur.
Et d'un roman à l'autre, j'agis de façon différente. Je m'amuse aussi à dégoûter mon lecteur, en lui montrant des images qu'il n'a pas envie de voir. Mais c'est  un contrat entre lui et moi. Mon but est de lui en donner pour son argent. Il y a un vrai plaisir ludique avec lui. Cette connivence vaut aussi dans les codes utilisés, que les fans s'amusent à dénicher, et dans le decorum utilisé. Comme les masques sans bouche, empruntés au groupe de rock Ghost.
Au final, on avoue, on laisse tomber le masque : non, ce n'est pas sérieux, c'est juste un jeu. D'où le sourire en coin permanent. On s'amuse. Pour désamorcer nos peurs réelles.

SIRE CEDRICLes lecteurs qui vous suivent depuis le début aimeraient sans doute vous  poser une question. Le duo composé par les enquêteurs Eva Svärta et Alexandre Vauvert va-t-il revenir un jour sur le devant de la scène, dans un prochain roman ?

(Sourire) Oui, mais pas de suite. Je souhaite aborder d'autres choses avant leur retour. Explorer d'autres approches. Leur retour devra s'effectuer sur un coup d'éclat. Je ne prendrai pas le risque de décevoir le lecteur.

Peut-on dresser un portrait-robot du lecteur de vos livres ?

Avec l'habitude de fréquenter les salons du livre, en France comme à l'étranger, de rencontrer mes fans, je me rends compte que, de plus en plus, je suis lu par toutes les générations. Les ados, les parents et les grands-parents. Des lecteurs friands de romans policiers ou d'angoisse. Il y a néanmoins une majorité de femmes. Tout simplement parce qu'elles lisent plus que les hommes (un avis qui appartient à l'auteur, ndla). Trois lecteurs sur quatre sont des lectrices.
Ce qui me fait plaisir, réellement, c'est que certains lecteurs, a priori pas intéressés par l'horreur, me suivent et apprécient mon travail. C'est très gratifiant de les voir me suivre de livre en livre, et les rencontrer lors de salons. Parfois en famille.

Le lecteur, je lui dois tout. Un auteur n'existe que grâce à lui. J'insiste sur ce point. Il n'y a pas de meilleure récompense que d'avoir un livre lu par un public. Une histoire, c'est une aventure commune, partagée entre le travail d'un auteur et la lecture. Je fais la moitié du chemin, avec mon livre, et le lecteur y met tout son imaginaire.

Et que lit un écrivain de thrillers pour se détendre ?

Adolescent, je lisais surtout de l'horreur et du fantastique. Surtout des auteurs anglo-saxons, ils étaient les meilleurs écrivains sur le marché. Je pense à Stephen King, à Dean Koontz. En France, je cite Serge Brussolo... Depuis quelques années, il y a une nouvelle génération d'auteurs français, comme Franck Thilliez, Jean-Christophe Grangé, Olivier Norek... Cette nouvelle vague a retrouvé une excellence littéraire qui a manqué pendant des décennies. J'ose le dire (sourire).
Aujourd'hui, je lis surtout des écrivains français, qui oeuvrent dans le mystère et le genre policier. Je suis heureux de pouvoir le refaire. On est désormais bien loin des polars de gare des années 80, qui étaient illisibles. Les auteurs ont enfin une profondeur et des fulgurances littéraires. Les personnages sont fouillés, les dialogues de qualité. C'est fin, en prise avec la société actuelle. Et cela nourrit mon imaginaire d'ultra-réalisme. Mais je lis aussi tout ce qui me tombe sous la main. Des biographies, des essais, des livres plus techniques. Tout ce qui peut alimenter mes romans.

Une dernière question, pour la route : que fait un écrivain de thrillers pour décompresser après la sortie de son livre ?

En ce qui me concerne, il n'y a pas de temps morts. J'écris tout le temps, et partout. Une idée exploitable peut jaillir d'une rencontre, d'une information lue ou entendue et donner lieu au départ d'un nouveau roman. En fait, j'écris en décompressant. (rires) Dans les chambres d'hôtels pendant la promotion de mes livres, en vacances. Mon inspiration se nourrit du quotidien. Je ne sais d'ailleurs jamais vers quoi je m'oriente.
J'espère qu'en me surprenant, je continuerai à surprendre mes lecteurs.
Merci pour cette rencontre, et à bientôt.

 

 

 

 

 

 

Posté le 12 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Des hébergements insolites en France, pour des nuits mémorables

Par Philippe Degouy

Non, le touriste du XXIe siècle n’est plus celui du XXe siècle. Il cherche à optimiser le voyage, à rivaliser d’imagination (avec les collègues, les amis...) pour ramener les souvenirs les plus originaux. Un bel hôtel, une chambre d’hôtes accueillante ne suffisent plus à son plaisir. Désormais, les vacances débutent dès le choix de l’hébergement. Publié dans la collection Le Routard (éd. Hachette), le guide Nos meilleurs hébergements insolites en France propose 160 adresses, classées par région. Chaque site sélectionné est présenté avec l’avis de la rédaction, les éléments de contact, la gamme de prix, les + et – du lieu et le tout illustré de quelques clichés.
De quoi composer un guide pratique, avec des commentaires souvent très drôles qui donnent envie de déposer ses valises à tel endroit. Ou pas.

ROUTARDHEBERGEMENTNombreux sont les coups de cœur que l’on souhaite tester nous aussi. Il n’y a pas de raison que les journalistes du Routard soient les seuls à s’amuser. Au camping du Haut Village, non loin de Nantes, il y a moyen de choisir son hébergement selon l’intérêt pour les moyens de transport. Tout, ou presque, est possible pour passer une chouette nuit : dans un avion (définitivement cloué au sol), un bus, une rame de tramway, une roulotte voire un bateau. Près d’Epinal, une caravelle de la compagnie Corse Air a été transformée en hébergement. La seule de France aménagée de la sorte.

Camp indien, séjour dans un cachot d’hôte, au coeur de la plus vieille prison de France, logement sur une île privatisée juste pour vous, cabanes dans les arbres, logement dans des chambres troglodytiques pour jouer à l’homme des cavernes... Oui, tout est possible.
En cherchant, il y a encore moyen de trouver plus insolite. Comme avec l'adresse de l’unique camping situé dans le Paris intra-muros, avec mobile homes et roulottes.
Mais il y a encore mieux. Avec une nuit qui devrait être mémorable. Au cœur du château de Fougeret, près de Poitiers. Un lieu magnifique le jour, quelque peu terrifiant la nuit avec ses fantômes. Nombreux selon les commentaires. Le cadre idéal pour passer des nuits blanches. Un endroit conseillé pour un séjour entre ami(e)s. Personne ne vous entendra crier. Les murs sont épais.

Pour paraphraser Coluche, avec ce guide vous aurez l’embarras du choix. Non, pas l’embarras, juste le choix de belles vacances insolites. Pour une nuit, une semaine. Le nôtre est fait. Et pour vous ?

Nos meilleurs hébergements insolites en France 2017/18. Collection le Routard. Éditions Hachette, 225 pages, 14,95 euros
Couverture : éditions Hachette

Posté le 12 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le Far West par le petit bout de la lorgnette

     Par Philippe Degouy

Enfilez vos boots et une solide paire de jeans, la journaliste Christine Barrely nous invite au coeur de l’Ouest américain avec son Petit livre du Far West (éd. Du Chêne). Petit, mais uniquement à cause de son format poche. Car son contenu ne souffre d’aucune faiblesse. Il faut d’ailleurs saluer l’exploit de l’auteure : celui d'avoir réuni autant d’informations dans de cours chapitres d’une page. Son ouvrage se présente comme un abécédaire de la conquête de l’Ouest. De A comme Alaska à Z comme Zunis. Rien n’est oublié.
Gros coup de cœur pour l’iconographie. Pas de photos, mais des reproductions d'anciens chromos. Comme ceux présents dans les années 50, dans les emballages de chocolats. L’ensemble ajoute une sympathique note de nostalgie à l'ensemble.

FARWESTL’ouvrage accorde une large place, bien méritée, aux Amérindiens. Ces tribus qui ont subi de plein fouet la conquête de ces vastes territoires. Pour eux, la terre n’a jamais été une source de profit, mais une mère nourricière, vénérée. La perte de leurs terres sacrées sera terrible. Aujourd’hui encore, les Amérindiens sont à la pointe de la lutte pour la préservation de la nature.

Chapitre après chapitre, on retrouve tous les ingrédients repris par la littérature et le cinéma. Le shérif, la diligence, le rodéo, les Texas Rangers… On y apprend aussi comment construire un tipi, ou l’histoire de cette pratique ignoble, le scalp pris sur l'ennemi.
Quant aux figures historiques, à l’histoire souvent romancée, elles n’ont pas été oubliées par un auteur qui mélange habilement les anecdotes au récit historique. Calamity Jane, baptisée ainsi pour son caractère bien affirmé, Billy the Kid, Davy Crockett, Buffalo Bill fréquentent, page après page, Sitting Bull, Crazy Horse ou Red Cloud. Des leaders indiens qui ont tenté de défendre un territoire réduit à peau de chagrin par l’arrivée de la « civilisation ».

Une conquête de l’Ouest réalisée dans le sang. Celui des colons, victimes des raids de certaines tribus, de maladies, mais aussi le sang des batailles. Comme Little Bighorn et la défaite du général Custer, celle livrée par les Texans face aux troupes mexicaines du général Santa Anna à Fort Alamo (qui était plus une mission qu’un fort) mais aussi ce terrible massacre de Wounded Knee et le massacre de plus de 300 indiens.

Le livre refermé, il laisse en mémoire des dizaines d'histoires, qui ravivent nos souvenirs d'enfance où chacun prenait tantôt le rôle d’un Indien, tantôt celui du cow-boy.
Ne vous fiez pas au petit format du livre, vous avez entre les mains une petite pépite historique. Go west young boy…

Le petit livre du Far West, par Christine Barrely. Éditions du Chêne, 177 pages, 15 euros environ
Couverture : éditions du Chêne

 

Posté le 9 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Quand se taire devient une obscénité

Prix Goncourt 2012 (avec Le sermon sur la chute de Rome), professeur de philosophie, Jérôme Ferrari publie chez Flammarion Il se passe quelque chose. Un essai dans lequel il laisse éclater son trop-plein de révolte, son besoin de s’indigner face à une société qui ne répond plus à ses attentes. Conscient que son statut d’écrivain ne lui donne pas la science infuse, ni l’autorité de détenir la vérité, il ne peut s’empêcher, pourtant, de s’épancher, de dénoncer.

«Avoir publié des romans ne me confère aucune autorité ou compétence pour juger du cours du monde ni ne constitue un antidote à la platitude des opinions» déclare-t-il d’emblée. Soit. Mais pourquoi sortir du silence et publier un ouvrage de révolte? «Pour la première fois depuis bien longtemps, je me sentais à nouveau concerné par des questions politiques. Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, nous vivons dans une ambiance détestable que la classe politique a contribué à rendre plus détestable encore. En favorisant les passions tristes comme la jalousie, le ressentiment, la haine et la peur. Il est des moments où se taire devient une faute. Et même plus qu’une faute : une obscénité

S’indigner, oui, encore et encore. Un devoir citoyen pour l’auteur que de lutter contre une forme de pensée unique qui empêche la réflexion.
Sous sa double casquette de philosophe et d’enseignant, c’est notre société malade qui est dépeinte en quelque 20 chroniques. Des textes courts mais denses, publiés dans La Croix, de janvier à juillet 2016.
Chronique après chronique, Jérôme Ferrari fait feu de tout bois sur ces politiques, qui donnent le bâton pour les battre. Sans vulgarité, avec des mots choisis avec soin, il bataille contre la médiocrité, l’égocentrisme.

FERRARIJEROMESi la colère, tout en retenue, domine les chroniques, l’ironie n’est jamais absente. L’auteur en joue avec un délice non dissimulé pour ridiculiser ses cibles. On reste hilare après cette chronique consacrée au patriotisme paysager célébré par Bruno Lemaire et Nicolas Sarkozy, à qui il emprunte cette formule tellement méprisante, «quand on est au bas de l’échelle sociale, Balzac, ça pulse»), pour mieux la dénoncer. Réactionnaire, soit, mais pas vieux con. Jérôme Ferrari prend souvent la défense des jeunes, ceux qui fréquentent ses cours et souvent pris pour une quantité négligeable. Ils sont pourtant les premiers, dit-il, à lutter, notamment contre la réforme de l’orthographe, ou à s’indigner pour plus de justice.
Nuit debout, la déchéance de nationalité, la crise du voile islamique, la colonisation (une chronique à lire en écho aux propos tenus par Emmanuel Macron, ndla)…  Autant de sujets chroniqués par un Jérôme Ferrari en grande forme. Qui force la réflexion. La discussion. Deux exercices intellectuels à ne pas pratiquer avec n’importe qui, dans un rappel à la pensée de Schopenhauer : «ne pas s’engager dans une controverse avec le premier venu, mais seulement avec ceux que l’on connaît. (...) Quant aux autres, qu’on les laisse dire ce qui leur passe par la tête, car c’est un droit de l’homme que d’être idiot

Un essai qui se termine par une dernière pique adressée à l’encontre des spécialistes de logorrhées aussi pénibles qu’inutiles. «Pouvoir me taire lorsque je n’ai rien à dire est un luxe auquel je ne peux me résoudre à renoncer
Un livre qui mériterait une nouvelle livraison de chroniques, au vu de tout ce qui s’est passé depuis le mot fin souhaité par Jérôme Ferrari. Un essai à suivre?

Philippe Degouy

Il se passe quelque chose. Essai. Par Jérôme Ferrari, Flammarion, 154 pages
Couverture : éditions Flammarion

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