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Posté le 22 mars 2017 par Philippe Degouy

L’adjudant des mots qui aimait tant son cassetin

Par Philippe Degouy

Derrière la faute, cherchez la femme. En rouge, la couleur préférée de Muriel Gilbert, l'auteure de ces Confessions d’une dompteuse de mots. Au bonheur des fautes. Un récit à la première personne qui permet de suivre (à la lettre) son parcours de correctrice au «Monde». L’auteure nous ouvre les portes d’un endroit mystérieux, bien peu connu du grand public : le cassetin. Le service de corrrection d'un journal.
Cet ouvrage se présente comme l’hommage dédié à ces oubliés de la presse, sans qui la prose d’un journaliste n’aurait pas la même saveur ni le même sérieux. Ah bon, ça fait des fautes un journaliste ? Ah non peut-être, comme on dit à Bruxelles. Ce qui veut dire en français de France « oui sûrement. » Une langue à la richesse presque infinie. Et complexe, en plus. Avec ses règles de grammaire à donner la migraine, ses exceptions, ses curiosités. Comme le squelette. Le seul mot masculin qui se termine par « ette ». Bon à savoir pour briller dans une soirée.
De nombreux exemples de difficultés sont disséminés au fil de l’ouvrage. Comment faire la différence entre tache et tâche ? Comment écrire le pluriel des noms composés, jongler avec la ponctuation et ses espaces ? Doit-on dire un ou une interview ? Autant de justificatifs de l’existence de ce métier, qui peut se comparer au rôle de chien d’avalanche dans une rédaction.

FAUTESUn correcteur transformé aujourd'hui en une sorte de chef-d’œuvre en péril. Pour des raisons économiques, seulement. Le duel entre les correcteurs et les logiciels de correction (aussi cons que peu efficaces) n’aura pas la peau de Muriel Gilbert. Le cerveau humain ne sera jamais mis en péril par des puces et des lignes de programmation quand il faudra de la réflexion. Mais comme le bibliothécaire-documentaliste, assassiné par l'Internet dans le rôle de Brutus, le correcteur va devenir de plus en plus rare au sein des rédactions.
Avec son humour, parfois caustique, toujours drôle, Muriel Gilbert réussit à présenter son métier comme une sacrée aventure. Parfois rock’n roll au moment du bouclage, quand il faut relire et corriger un dernier texte. Ingrat aussi, car le travail du correcteur est « comme celui de la femme de ménage : transparent. On ne le remarque que lorsqu’il est mal fait. Quand il n’y a plus de fautes dans un texte c’est normal. Quand il en reste, c’est de la faute du correcteur. »

Un chapitre revient sur cette fameuse réforme de l’orthographe, qui a fait couler tant d’encre. À ce propos, Muriel Gilbert insiste sur les besoins de connaissances suffisantes de l’orthographe. La simplifier, car jugée trop élitiste ? Quelle idée. Comment oublier, dit-elle, qu’ « une orthographe approximative est toujours un facteur de discrimination professionnelle, notamment à l’embauche. »
Pour reprendre l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, cité dans l'ouvrage, « l’orthographe, c’est comme la propreté, une question de respect de l’autre. »

Un livre à lire deux fois. Pour le plaisir de lecture, et pour noter toutes les règles et astuces distillées au fil des pages. Pour ne plus faire de fôtes. De fautes.

On notera aussi, en guise de bonus, le geste, appréciable, de l’auteur qui nous offre le contenu de sa boîte à outils (dicos, ouvrages de références, liste de sites). On dit merci à Muriel Gilbert, « médecin des mots mal fichus ».
Un document qui participe, à sa manière, à la Semaine de la langue française et de la Francophonie qui se déroulera du 18 au 26 mars.

Au bonheur des fautes. Confessions d’une dompteuse de mots, par Muriel Gilbert. La librairie Vuibert. 232 pages, 15,90 euros environ
Couverture : éditions La Librairie Vuibert

PS : si l'auteure trouve des fautes dans cette chronique, on dira qu'elles ont été faites par jeu. Un système de défense comme un autre non ? Merci de nous les retourner. Et de ne pas barrer l'écran de votre ordinateur d'un coup de feutre rouge rageur.

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