Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 13 mars 2017 par Philippe Degouy

Steve McCurry, un Américain à Bruxelles

     Par Philippe Degouy

Bonne nouvelle pour les amateurs de photographie. Notre capitale accueille les clichés de Steve McCurry. L'artiste expose au Palais de la Bourse de Bruxelles jusqu'au 26 juin 2017. L'exposition, intitulée The world of Steve McCurry, propose plus de 200 clichés qui témoignent de sa passion pour les voyages et les rencontres entre les diverses cultures. L'exposition, la plus vaste à ce jour consacrée au photographe,  permet de retrouver ses clichés les plus connus. Steve McCurryDont celui de la jeune Afghane aux yeux si expressifs et qui illustre l'affiche de l'exposition. Une sélection de photographies qui conduit le visiteur à suivre Steve McCurry à sa suite, sur les chemins de l'Inde, de l'Asie à l'Afrique, en passant par l'Italie ou son Amérique natale. «J'ai commencé à voyager, avant de m'intéresser à la photographie» précise-t-il.

Une oeuvre multiculturelle opposée à la vision nihiliste des barbares qui ont attaqué New York et bien d'autres cibles innocentes de par le monde.

D'avantages d'informations sont disponibles via ce lien www.stevemccurryexpo.be

Steve McCurry et son 11 septembre

En complément idéal de l'exposition, il est recommandé de (re)lire l'excellent album publié en 2016 par les éditions Dupuis dans la collection  Magnum photos (Dupuis/Aire libre), «Steve McCurry, NY 11 septembre 2001». Un drame qui permet de retracer la carrière du photographe de guerre, marqué à jamais par le spectacle de cette journée terrible.
«Des explosions, j’en ai entendu beaucoup tout au long de ma vie, mais il y en a une qui m’obsède particulièrement… car je ne saurai jamais si je l’ai captée ou pas. Celle du 11 septembre 2001 à 8h46, au sud de Manhattan».

À peine rentré d’un voyage au Tibet, encore dans les brumes du décalage horaire, le photographe se retrouve subitement en première ligne, à New York, alors que la ville est attaquée au matin du 11 septembre 2001 par deux avions de ligne lancés contre les tours du WTC. La journée s'annonçait belle pourtant. Avant le choc.
Face à ce qui se joue devant ses yeux, à quelques blocs de son immeuble, le photographe, comme dans un état second, se souvient de ses précédents reportages où il a risqué sa vie et vu la mort. De près, de très près. Au Pakistan ou en Afghanistan.
«Ce jour-là, j’étais conscient que j’allais devoir dépasser mes limites en flux tendu. Dans ce métier, il y a deux manières de voir les choses. Soit on occulte les sales moments, soit on évalue les menaces potentielles, pour éviter d’aller trop loin, comme j’essaie souvent de le faire».
Pour McCurry, une chose compte désormais. Aller au plus près du site ravagé par les flammes, pour prendre des photos. Braver les barrages de police, défier la mort et tout photographier. Pour témoigner. Pour laisser une trace. Soit la même démarche que pour les autres conflits couverts : Koweit, Irak, Afghanistan. Et dont les images reviennent devant ses yeux. Comme des flashes.
Toujours atteindre le cœur du sujet. Pour suivre le conseil de Robert Capa : «si ta photo n’est pas assez bonne, c’est que tu n’es pas assez près».

McCurryL'album, émouvant et beau, flirte avec les genres. Entre BD et livre de photographies. La partie biographique est complétée d’un portrait retracé avec les photos emblématiques de l'artiste, rassemblées dans un portfolio et d’un making of en guise d’entretien. Il dévoile ses peurs, sa manière de travailler, de penser face au sujet. Notamment.
Comment oublier son portrait d’une jeune réfugiée afghane aux yeux magnifiques et qui avait fait la Une du magazine «National Geographic»?
Sur la base du scénario de Jean-David Morvan, le dessinateur coréen Yung Gi Kim a réalisé un travail éblouissant, avec des planches détaillées qui arrivent à reproduire toute l’horreur de cette journée maudite. Avec ces visages marqués et cette ambiance de guerre qui régnait alors sur Manhattan. Un jour semblable à la fin du monde.
Le mélange de cases dessinées et de clichés pris le 11 septembre par le photographe se révèle particulièrement réussi.
Un très bel album qui apporte sa pierre à l’édifice de la mémoire. Un hommage rendu aux victimes, aux forces de l’ordre et aux pompiers. Tous ceux qui ont payé un lourd tribut à la barbarie.
Comme l’ouvrage le montre si bien, il y a désormais dans l’œuvre de McCurry un avant et un après 11 septembre 2001. Avec ce traumatisme, profond, de voir deux pays aimés, l’Afghanistan et les Etats-Unis, se faire atteindre presque en même temps par la terreur.

Depuis le drame, Steve McCurry, comme chaque New Yorkais, ne peut s’empêcher de chercher des yeux les tours qui faisaient partie du quotidien. Comme un repère rassurant dans la ville. «Un espoir à jamais déçu».

 

«McCurry, NY 11 septembre 2001». Photographies de Steve McCurry. Dessin de Yung Gi Kim, scénario de Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël. Collection Magnum photos. Éditions Dupuis/Aire libre, 136 pages, 24 euros environ

Couverture : éditions Dupuis/Aire libre et Steve McCurry

Réactions