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Posté le 16 mars 2017 par Philippe Degouy

Rencontre avec Sire Cedric, l'horreur lui va si bien

     Par Philippe Degouy

Qui est Sire Cedric, souvent surnommé le Stephen King français ? Nous avons voulu découvrir l'auteur qui se cache derrière des thrillers violents, capables de vous faire passer une nuit blanche (ou deux). Après un contact avec l'attachée de presse, un entretien est rapidement organisé avec un écrivain à l'allure de rock star, style heavy metal.
L'accueil est chaleureux, l'auteur (toulousain) a le contact facile. Disposé à répondre à nos questions. Sur son univers, sa méthode de travail, ses goûts, ses projets. Sire Cedric joue le jeu de la promotion avec patience et le sourire. Toujours. En bon professionnel, fier de présenter son bébé. Pas celui de Rosemary, le sien : Du feu de l'enfer, son dernier roman publié aux Presses de la Cité (et lu pour vous http://blogs.lecho.be/lupourvous/2017/03/sous-le-masque-le-diable-%C3%A0-plusieurs.html). Sans révéler les éléments de surprise qu'il contient, voici son histoire racontée en quelques lignes. Juste pour vous donner une idée de son contenu.
Thanatopractrice, la jeune Manon Virgo ne vit que pour son travail. Pas d'amoureux, pas de vie privée. Juste un frère, Ariel, petit délinquant minable, drogué et sans avenir. Un jour, il vient se réfugier chez elle après un mauvais trip. Pour Manon, c'est encore des ennuis à l'horizon. Cette fois c'est sérieux. Son crétin de frère a volé une voiture à des gens puissants. Une voiture mais aussi un objet précieux que ces personnes veulent récupérer. Pour cet objet, ils n'hésitent pas à tuer, horriblement. Manon et Ariel découvrent avec horreur qu'ils ont en face d'eux les membres d'une secte satanique. Des fous furieux que rien ne semble stopper. Pas même la police, qui semble infiltrée. Pour Manon et Ariel, la survie ne tient plus qu'à un fil...

Pour notre première question, allons droit au but, pourquoi ce thème du satanisme pour votre nouveau roman ?

Merci. Question difficile pour débuter. (rires) J'avoue que c'est une thématique qui me fascine. Et depuis toujours. J'adore faire peur aux gens et inventer des histoire pour terrifier. Pour divertir mon lecteur et qu'il en redemande. On est tous fascinés, intrigués par toutes les histoires racontées sur les sectes, mettant en scène des notables, des hommes politiques. Des gens intouchables qui se réuniraient pour faire des orgies, pour torturer des gens et pourquoi pas, aller jusqu'au meurtre. On ne saura jamais si c'est vrai ou pas, mais il suffit de se promener sur l'Internet pour découvrir toutes les théories du complot qui prolifèrent. Pour un écrivain, c'est un sujet en or. Je n'ai eu qu'à puiser les éléments pour écrire ce roman sur une terrifiante société secrète. Tout ce que je raconte pourrait être réel et se passer sous nos yeux sans que personne ne s'en rende compte.

Dans le roman, vous évoquez, par l'intermédiaire d'un journaliste, la terrible affaire Dutroux. La piste des réseaux, de même que celle relative à une secte satanique, un moment inquiétée. Autant de pistes qui n'ont abouti à rien. Quel est votre avis d'écrivain ?

Sire-Cedric-auteur Je ne donnerais pas d'avis sur le fond car je n'ai pas toutes les pièces du puzzle. Je me contente de tracer des lignes entre des points. Il y a des faits troublants, qui attisent l'imagination, forcément. Il faut garder à l'esprit que la réalité est sans doute bien plus sordide que ce que l'on peut imaginer.  Mes romans d'horreur permettent de mettre en lumière des peurs qu'on a en nous. Par la fiction, on peut prendre de la distance et mettre en perspective des faits. Dans la réalité, on n'aura jamais les clés. On restera donc sur des interrogations. Et si c'était vrai ? Les romans d'horreurs, les miens, mais pas seulement, nous permettent de décompresser, d'évacuer nos peurs, notre sentiment d'injustice.

Comment prépare-t-on l'écriture d'un thriller relatif à un sujet aussi sulfureux que les sectes ? On va sur le terrain, on rencontre des professionnels du crime ?

Du feu de l'enfer est sans doute mon roman le plus documenté. Né d'abord d'une envie, celle de traiter d'un sujet qui inquiète, mais qui captive : les sectes. Sataniques, dans le cas de mon roman. J'ai enquêté sur les Hellfire clubs anglais, des sociétés secrètes qui ont réellement existé en Angleterre, au 18e siècle. Des bourgeois qui se livraient à des jeux sexuels, et autres cérémonies infernales. La documentation rassemblée, je trace ensuite les portraits des personnages.
Puis, je réalise un plan précis du livre. Comme une toile d'araignée. Pour surprendre le lecteur de A à Z. J'ai la chance d'avoir eu des contacts avec des policiers, des médecins légistes, des thanatopracteurs. Pour pouvoir reproduire avec justesse toutes les scènes dans mon livre. Je vais ensuite sur le terrain pour effectuer des reportages. Tout doit être crédible. Je prends donc des photos, des croquis. Pour la poursuite dans le jardin des plantes à Montpellier, par exemple, j'y suis allé pour effectuer le parcours présenté dans le roman.  Tous les décors du livre sont inspirés de décors réels. Rien n'est laissé au hasard. Pour moi c'est aussi un plaisir de me documenter sur des sujets que je connais pas.

Comment s'écrivent les scènes violentes, votre marque de fabrique ? Aussi précises qu'un coup de bistouri, omniprésentes dans votre oeuvre. Du feu de l'enfer ne fait pas exception

Elles nécessitent beaucoup de travail, mais cela fait partie du plaisir. Je nourris une passion pour l'horreur depuis mon enfance. Dans mes histoires, j'ai vraiment envie de terrifier le lecteur, au plus profond. Pour cela, il faut que la technique soit irréprochable. Que j'arrive au travers des mots, à donner l'illusion au lecteur qu'il marche dans les pas des personnages. Il doit avoir peur avec eux, même s'il ne se passe rien. Subir l'action, aussi. Il faut savoir retranscrire la violence, pour surprendre le lecteur. L'horrifier aussi. Qu'il goûte l'odeur du sang répandu (après tout, il est venu pour cela, ndla). Les explosions de lumière dans les yeux quand survient un coup en plein visage. C'est un long travail, mais c'est jouissif. J'adore le faire. Sculpter cette matière première pour arriver au but : faire bondir de peur le lecteur.
Et d'un roman à l'autre, j'agis de façon différente. Je m'amuse aussi à dégoûter mon lecteur, en lui montrant des images qu'il n'a pas envie de voir. Mais c'est  un contrat entre lui et moi. Mon but est de lui en donner pour son argent. Il y a un vrai plaisir ludique avec lui. Cette connivence vaut aussi dans les codes utilisés, que les fans s'amusent à dénicher, et dans le decorum utilisé. Comme les masques sans bouche, empruntés au groupe de rock Ghost.
Au final, on avoue, on laisse tomber le masque : non, ce n'est pas sérieux, c'est juste un jeu. D'où le sourire en coin permanent. On s'amuse. Pour désamorcer nos peurs réelles.

SIRE CEDRICLes lecteurs qui vous suivent depuis le début aimeraient sans doute vous  poser une question. Le duo composé par les enquêteurs Eva Svärta et Alexandre Vauvert va-t-il revenir un jour sur le devant de la scène, dans un prochain roman ?

(Sourire) Oui, mais pas de suite. Je souhaite aborder d'autres choses avant leur retour. Explorer d'autres approches. Leur retour devra s'effectuer sur un coup d'éclat. Je ne prendrai pas le risque de décevoir le lecteur.

Peut-on dresser un portrait-robot du lecteur de vos livres ?

Avec l'habitude de fréquenter les salons du livre, en France comme à l'étranger, de rencontrer mes fans, je me rends compte que, de plus en plus, je suis lu par toutes les générations. Les ados, les parents et les grands-parents. Des lecteurs friands de romans policiers ou d'angoisse. Il y a néanmoins une majorité de femmes. Tout simplement parce qu'elles lisent plus que les hommes (un avis qui appartient à l'auteur, ndla). Trois lecteurs sur quatre sont des lectrices.
Ce qui me fait plaisir, réellement, c'est que certains lecteurs, a priori pas intéressés par l'horreur, me suivent et apprécient mon travail. C'est très gratifiant de les voir me suivre de livre en livre, et les rencontrer lors de salons. Parfois en famille.

Le lecteur, je lui dois tout. Un auteur n'existe que grâce à lui. J'insiste sur ce point. Il n'y a pas de meilleure récompense que d'avoir un livre lu par un public. Une histoire, c'est une aventure commune, partagée entre le travail d'un auteur et la lecture. Je fais la moitié du chemin, avec mon livre, et le lecteur y met tout son imaginaire.

Et que lit un écrivain de thrillers pour se détendre ?

Adolescent, je lisais surtout de l'horreur et du fantastique. Surtout des auteurs anglo-saxons, ils étaient les meilleurs écrivains sur le marché. Je pense à Stephen King, à Dean Koontz. En France, je cite Serge Brussolo... Depuis quelques années, il y a une nouvelle génération d'auteurs français, comme Franck Thilliez, Jean-Christophe Grangé, Olivier Norek... Cette nouvelle vague a retrouvé une excellence littéraire qui a manqué pendant des décennies. J'ose le dire (sourire).
Aujourd'hui, je lis surtout des écrivains français, qui oeuvrent dans le mystère et le genre policier. Je suis heureux de pouvoir le refaire. On est désormais bien loin des polars de gare des années 80, qui étaient illisibles. Les auteurs ont enfin une profondeur et des fulgurances littéraires. Les personnages sont fouillés, les dialogues de qualité. C'est fin, en prise avec la société actuelle. Et cela nourrit mon imaginaire d'ultra-réalisme. Mais je lis aussi tout ce qui me tombe sous la main. Des biographies, des essais, des livres plus techniques. Tout ce qui peut alimenter mes romans.

Une dernière question, pour la route : que fait un écrivain de thrillers pour décompresser après la sortie de son livre ?

En ce qui me concerne, il n'y a pas de temps morts. J'écris tout le temps, et partout. Une idée exploitable peut jaillir d'une rencontre, d'une information lue ou entendue et donner lieu au départ d'un nouveau roman. En fait, j'écris en décompressant. (rires) Dans les chambres d'hôtels pendant la promotion de mes livres, en vacances. Mon inspiration se nourrit du quotidien. Je ne sais d'ailleurs jamais vers quoi je m'oriente.
J'espère qu'en me surprenant, je continuerai à surprendre mes lecteurs.
Merci pour cette rencontre, et à bientôt.

 

 

 

 

 

 

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