Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 1 avril 2017 par Philippe Degouy

Portes ouvertes à Montretout, fief du clan Le Pen

Grand Reporter au Parisien, Olivier Beaumont est spécialiste des sujets politiques liés à la droite et l’extrême-droite. À l’aide de nombreux témoignages de proches du clan Le Pen, il a voulu retracer un destin familial sous un angle pour le moins original, l'histoire du domaine de Montretout. L’envers du décor d'une famille pas comme les autres, raconté dans L'enfer de Montretout, éd. Flammarion. «Ignorer cette maison, c'est ne pas comprendre le ressort psychologique de ses occupants» explique l'auteur, qui réussit à captiver son lecteur dès le perron. Le ton est drôle, souvent cynique avec cet air de ne pas y toucher. Un document rédigé comme un reportage intime au coeur de la demeure. Il ne s'agit pas d'une biographie, mais se tracent au fil des chapitres les grandes dates des personnages du clan. De Jean-Marie Le Pen à la petite dernière, Marion. La gardienne du temple.

Montretout. Un joli nom pour cette vaste demeure au passé coquin, située à Saint-Cloud, sur les hauteurs de Paris. Le théâtre d’une pièce familiale digne d’un vaudeville, avec portes qui claquent, acteurs qui quittent la scène en pleurs pour mieux revenir, mais par la petite porte.
Un récit qui débute en novembre 1976 avec un attentat perpétré contre Jean-Marie Le Pen. Une famille parisienne dont la vie bascule quand il faut évacuer la villa dévastée. Et s'installer à Montretout, belle demeure héritée par Jean-Marie Le Pen dans des conditions rocambolesques. «Pour Marine Le Pen et ses sœurs, déracinées, l’enfer a désormais un nom. Elles découvrent qu’il s’appelle Montretout
C’est là, dans cette villa cossue, que Jean-Marie Le Pen reçoit les cadres du parti. Car c’est le Front national qui se déplace et non le chef. Difficile alors pour la famille de concilier vie privée et vie politique dans cette grande demeure où chacun se bouscule pour être invité par le «patron».
De multiples réunions et rendez-vous professionnels qui provoquent la fuite de certains membres. Comme Pierrette, mère des trois filles du couple, partie sans un mot. Avant de revenir habiter une dépendance du parc bien des lustres plus tard. «Montretout est une maison faite pour recevoir, pas pour y vivre

MONTRETOUTL'enfer de Montretout?

Mais faut-il vraiment la qualifier d’enfer, comme le titre le laisse penser? Pour l’auteur, «résumer Montretout à ses heures sombres serait une grave erreur. Car, paradoxalement, on s’y est beaucoup amusé, on y a beaucoup bu, beaucoup chanté, beaucoup dansé.» Il faut lire, en effet, le récit rapporté par Olivier Beaumont de ces fêtes où plus de 500 invités sont rassemblés à Montretout. C’est savoureux au possible. Il faut imaginer Marine Le Pen au micro pour des chansons paillardes et Jean-Marie Le Pen, en vedette américaine, avec ses chants de la Légion. Le tout devant des invités plutôt originaux, eux aussi. Et pas toujours fréquentables.

Le récit, illustré par de nombreux témoignages, ne se montre pas avare en anecdotes. Rarement glorieuses. Comme ce mystérieux échange d’objets (très) personnels entre Jean-Marie Le Pen et son ex-femme, Pierrette. Une petite histoire particulièrement glauque, à découvrir dans le livre. Force est de constater que l'on peut, parfois, se croire plongé au cœur d’un mauvais roman d’espionnage. Avec ces visites secrètes de personnalités, entrées discrètement dans l'antre du «diable», et que l’on ne penserait jamais voir en ces lieux. Bernard Tapie, Bocassa, un proche de Giscard. Et d’autres noms plus surprenants encore, que le maître des lieux ne souhaite pas dévoiler avant la publication de ses mémoires.
Entre disputes familiales, climat tendu, départs et retours, réunions secrètes, prises de décision, «Montretout, c’est peut-être la seule chose qui n’a pas bougé, malgré les trahisons politiques, familiales et tous les chagrins

Aujourd’hui, «la maison s’est muée en belle endormie, avec ses fantômes qui, à la nuit tombée, ressurgissent par-delà chaque étage de la vieille demeure. La fête est finie. Montretout accompagne désormais Jean-Marie Le Pen dans son crépuscule
Un ouvrage qui livre entre les lignes la biographie d’un clan dominé par les femmes et qui permet de mieux connaître Marine Le Pen, candidate au poste de présidente de la République. Son portrait se révèle (d)éton(n)ant, à des lieues de ce qui est déjà paru dans les médias.

Philippe Degouy

«Dans l’enfer de Montretout», par Olivier Beaumont. Éditions Flammarion, 351 pages, 19 euros environ
Couverture : éditions Flammarion

Réactions