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Posté le 4 avril 2017 par Philippe Degouy

Et à la fin ce sont les rockers qui l’emportent

Par Philippe Degouy

Ne vous fiez pas au titre accrocheur, ces « Secrets du rock » (éd. La Librairie Vuibert) sont une véritable pépite, un juke-box de papier qui retrace toute l’histoire du rock. Depuis la naissance du mot jusqu’au drame du Bataclan.
Son auteur, Stéphane Koechlin, connaît la musique. Au propre comme au figuré. Son papa a fondé le magazine mythique Rock and Folk. C'est peu dire que son fils a baigné dans cet univers musical révolutionnaire.
Son ouvrage débute avec la naissance du mot rock'n roll, synonyme d’un mouvement d’indépendance d’une jeunesse américaine, libérée du carcan parental. Des jeunes qui rêvent de liberté, de héros, de belles bagnoles et de romances. Qui se souvient d’Alan Freed, l’homme qui donna ce nom à cette musique libératrice, mélange de country et de blues ?  « Le plus beau coup marketing et politique du XXe siècle, avec l’exploitation de la figure du Père Noël par Coca-Cola » souligne Stéphane Koechlin.

Le début d'une légende, décriée par les bégueules. La musique du diable. Emmenée par son roi, Elvis Presley (« on dirait un nom de science-fiction » aurait dit le guitariste Scotty Moore). Un chanteur blanc, né pauvre mais muni d’une voix à tomber. Comme Sam Phillips se plaisait à le répéter : « donnez-moi un chanteur blanc qui chante comme un Noir, et notre fortune est faite. »
Un roi devenu riche comme Cresus mais à la vie passée en accéléré. Une vie courte mais intense, le point commun avec bien d’autres rockers, adulés eux aussi : Gene Vincent, Eddie Cochran, Buddy Holly…
Quant à Jerry Lee Lewis, rescapé de cette folle hécatombe, il peut se vanter d’avoir détenu le titre de roi de la provoc. En privé, comme sur la scène. Avec ce fameux morceau Great Balls of Fire joué sur un piano en flammes en mars 1958. Difficile de faire mieux non? Comme une vague, le rock va rapidement submerger la musique, comme une terrible lame de fond, et dépasser les frontières américaines. « Le succès du rock tient à l’hédonisme qu’il nous fait partager. » En France, les Chats sauvages rivaliseront avec les Chaussettes noires. Eddy chantera avec Johnny, tandis que le Jimi Hendrix Experience donnera son premier concert en octobre 1966 à… Evreux, dans l’Eure. Jim Morrison, le poète gourou des Doors est endormi à jamais à Paris.

ROCKÀ défaut de secrets révélés, l’auteur multiplie les questions-réponses. Qui était cet Arthur Crudup à qui Elvis devait tant ? Pourquoi Elvis n’a-t-il jamais donné de concerts en Europe ? Qui était ce fameux colonel Parker qui le suivait comme son ombre ? Où a été donné le premier concert de rock ? Comment est mort Jim Morrison ? Autant de questions parmi d’autres qui permettent à l’auteur de rebondir sur l’histoire d’un genre qu’il affectionne. Qui lui a tant donné.

Un voyage musical qui se savoure, avec ces airs entêtants qui ravivent nombre de souvenirs. De ces concerts vécus ou regrettés : Monterey, Woodstock, Altamont, Wight... De ces premiers disques achetés, écoutés, encore et encore, au point d’être usés, griffés. Mais classés au rang de monuments historiques.
Le style de l’auteur, personnel, entraîne le lecteur au cœur de l’histoire. Celle du rock, mais aussi celle vécue par le narrateur. Qui n’hésite pas à donner son avis sur tel ou tel musicien ou album. Et voici que défilent les albums mythiques, Dark side of the Moon, Sergent Pepper’s, 13
Un Stéphane Koechlin habité par son sujet, qui distille des anecdotes personnelles. Et parfois des avis définitifs, ceux d'un connaisseur, mais qui peuvent faire débat. Comme en atteste son opinion sur les batteurs des années 80 : « je pourrais mettre le Danois Lars Ulrich aux côtés de Rick Allen, le redoutable Vulcain manchot. Tous les autres batteurs de cette époque me semblent être des fonctionnaires du bruit. »

Tout cela compose un chouette livre, rythmé par ses solos de guitare, de batterie. Un hommage émouvant aux musiciens, aux chanteurs, devenus, pour beaucoup d'entre eux, de véritables monuments. Il ne faudrait pas passer sous silence ces maîtres de l’artwork. Des artistes qui ont composé des pochettes de disques aussi belles que leurs contenus. Celles que les nostalgiques se disputent dans les brocantes.

Si, aujourd’hui, le rock’n roll a perdu quelque peu de sa superbe, avec la disparition de la majorité de ses saints, il est pourtant loin d’être agonisant. Dommage pour ses ennemis, qui étaient déjà penchés au-dessus de son berceau dans les années 50.
Comme le chantait le groupe Danny and the Juniors, « Rock’n Roll is Here to Stay. » Et comment. Même si, force est de constater que l’été de l’amour, dont on fête les 50 ans cette année, n’est plus qu’un lointain souvenir. Les fleurs, comme la jeunesse d'une époque, sont fanées.
Mais au final, ce sont les rockers qui l’emportent.

Les secrets du rock, par Stéphane Koechlin. La Librairie Vuibert, 348 pages, 19,90 euros
Couverture : éditions La Librairie Vuibert

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