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avril 2017

Posté le 27 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Petites balades parisiennes

Par Philippe Degouy

Même si les températures actuelles n’incitent guère à savourer le plaisir d'être en terrasse, le faible soleil et le printemps donnent des fourmis dans les jambes. L’envie de bouger, de visiter, et de retrouver Paris. L’occasion est belle de ressortir chaussures de marche et l’appareil photo. Et pourquoi pas avec cette nouvelle version du Paris balades du Routard (éd. Hachette). Une collection modernisée, relookée avec des photos couleurs. De quoi couper l’herbe sous le pied de certains lecteurs qui reprochaient son côté austère.
Le guide propose 25 balades thématiques pour nous pousser à observer, s’arrêter devant un détail architectural, à voir, à imaginer aussi. Humer l’atmosphère d’une impasse, d’une petite place qui a conservé tout le charme d’antan. Bonne idée du guide d’avoir repris cette citation de l’écrivain Henry Miller, si belle, si juste : « à Paris, les rues chantent, les pierres parlent, les maisons suintent l’histoire, la gloire et la romance. »

Vous ne savez pas où débuter ? Pas de problème, fiez-vous aux quinze coups de cœur (illustrés) des auteurs du guide. Du Paris des ancêtres gaulois au Paris des écrivains, en passant par le Paris insulaire. Autant de promenades originales. Envie de partager une partie de boules avec des Parisiens ? Rendez-vous tous les week-ends au centre des Arènes (le conseil offert avec la balade numéro 1). Et s’il pleut lors de votre visite à Paris ? Pas de panique, votre balade ne sera pas perdue. Rendez-vous au point de départ du parcours numéro 15, pour la découverte des passages couverts. Vous serez à l’abri de la pluie, mais pas de la tentation, avec la kyrielle de boutiques plus attractives les unes que les autres.

PARISBALADESLe Paris existentialiste, le Paris de la Bohème, le Paris égyptien, criminel... le choix du thème n’appartient qu’à vous. Vous êtes d’humeur coquine ? Suivez la balade 14 consacrée au Paris libertin. Vous ne serez pas déçus avec un parcours qui vous conduira sur les traces de lieux mythiques. Comme le Moulin-Rouge où subsistent les souvenirs de ses hôtesses aux noms pittoresques : Nini Pattes-en-l’Air, la Vénus de Bastringue et bien entendu, la Goulue.
Avouons un petit faible pour la visite du Paris de l’alchimie (la balade numéro 5). Une promenade de 5 kilomètres sur les traces de ces «faiseurs d’or » qui ont fait rêver plus d’un roi. Si vous avez de jeunes ados, ne manquez pas le 51 rue Montmorency où se trouve la maison du célèbre alchimiste Nicolas Flamel, ami du professeur Dumbledore dans la saga Harry Potter.

Un guide touristique illustré également d’encadrés historiques et d’explications de mots et d’expressions nés à Paris. Ainsi, pourquoi parler de poulets pour désigner les pandores ? « En 1871, Jules Ferry installa la préfecture de police sur l’emplacement de l’ancien marché aux volailles de Paris. » Et d’où viennent les expressions « cracher au bassinet », « rentrer à l’oeil » ou « aller au diable vauvert » ? Rendez-vous dans les pages de ce guide qui offre son lot de surprises de lecture. Même pour ceux qui n’aiment pas quitter leur home sweet home.
Dernier détail, pas la peine de vous encombrer de cartes. Le Routard y a pensé, avec une carte du métro et une carte par balade. Visiter Paris ? Ça marche !

« Bienvenue dans un Paris qui vous surprendra toujours. »

Paris balades 2017/18. Collection Le Routard. Éditions Hachette, 257 pages
Couverture : éditions Hachette

Posté le 27 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Lagaffe, 60 gags pour 60 ans de rire

Par Philippe Degouy

Comme dans chaque société, quand on organise une fête, un anniversaire ou un départ, la note est envoyée au service comptabilité. Pour les 60 ans de Gaston Lagaffe, les éditions Dupuis ont mis les petits plats dans les grands. Et pour le discours, parole a été donnée, une fois n’est pas coutume, à monsieur Joseph Boulier, alias « le compteur », directeur financier.
Pas rancunier pour un sou (le comble pour un comptable), monsieur Boulier a oublié, le temps de la fête, les multiples dégâts occasionnés par les expériences de Gaston, petit chimiste raté, ses idées de bricolage farfelues et ses autres recettes de cuisine concoctées sur du matériel inadapté.

Comme l’a si bien dit monsieur Boulier lors de son discours, la rédaction de Spirou a vécu 60 ans au rythme du plus grand gaffeur de l’univers, ou peu s’en faut. Et puisque le sieur Gaston Lagaffe a fait tomber le gâteau d’anniversaire, comme en témoigne la couverture, Dupuis vous offre à la place 60 gags choisis avec soin parmi la crème de la crème. Un stock de quelque 900 planches.
On imagine sans peine le cruel dilemme des auteurs quant aux choix effectués. Tant de gags sont devenus cultes. Il n’y a que Gaston, en effet, pour transformer des escaliers en piste de ski, une salle de réception en billard géant ou imaginer un kart à partir d'un patin à roulettes.

LagaffeAnnivUne sélection qui permet de retrouver les principaux personnages de la saga, martyrisés, épuisés par les gaffes de Lagaffe. Mais beaux joueurs, ils sont venus à la fête, sans se faire prier : Fantasio, Lebrac, Prunelle, l’agent Longtarin, fraîchement sorti de psychiatrie, Jules-de-chez-Smith-en-face, mademoiselle Jeanne, Bertrand Labévue ou monsieur De Mesmaeker, désormais incapable de signer le moindre dossier.
Sans oublier toute la ménagerie de Lagaffe : son chat, sa mouette rieuse, sa souris blanche et ses poissons rouges. Les voisins, Ducran et LaPoigne, ont été invités. Après tout, ils ont subi eux aussi les gaffes de Gaston.
Parmi les gags repris dans l'album figure cette pépite où Gaston invente le banc solaire portatif, pour profiter de l’été en plein hiver. Un gag hilarant (de la Baltique) avec un Gaston qui dérange un pharmacien en pleine nuit froide et pluvieuse pour obtenir une crème contre les coups de soleil. Du comique de situation du plus bel effet.
Après le nid du Marsupilami, il faut reconnaître également la beauté de celui imaginé par Gaston dans la salle de documentation, douillet à souhait. Comme toutes les planches du maître Franquin, celle-ci laisse de nouveaux détails à découvrir, à chaque relecture.
Pour la petite histoire, cet album anniversaire bénéficie d’une restauration des couleurs réalisée par Frédéric Jannin, auteur également de la couverture.

Un dernier mot monsieur Boulier ? « Bon anniversaire Gaston Lagaffe, et puisse Hermès, dieu du commerce, faire en sorte que cette compilation se vende une nouvelle fois comme des petits pains. »
Bon, d’accord pour vous fêter Gaston, mais et ce courrier en retard  ? M’enfin !

Gaston. L’anniv’ de Lagaffe. Par Franquin et Jidéhem. Éditions Dupuis, 56 pages
Couverture : éditions Dupuis

Posté le 26 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Paris, le soleil qui illuminait le cinéma d'Audiard

Par Philippe Degouy

« Ah non, vous n'allez pas encore nous déballer toutes vos cartes postales. Le couplet sur Paris, ça revient comme du chou : les petits bistrots pas chers, la place du Tertre et les grandes filles du samedi. Et dans cinq minutes, il y en a un qui va sortir un ticket de métro et des photos de la foire du Trône.* » Mais si Lino, mais si. On va parler de Paris. Et même du Paris d’Audiard (Parigramme éd.), très beau livre rédigé par le journaliste et écrivain Philippe Lombard. Un spécialiste du cinéma français, grand amateur des répliques cultes, de tout ce qui alimente la nostalgie du bon vieux cinéma de papa. Que nous aimons tous.
Des dialogues signés Audiard, savoureux dans la bouche d'un Jean Gabin ou d'un Bernard Blier (« l'acteur se vautrait dans les dialogues comme dans un lit de plumes »). Qui se boivent comme du petit lait. Comme dans L’Incorrigible, avec cet extrait d’un dialogue entre Belmondo et le regretté Julien Guiomar : «tu ne connaîtras jamais l’atroce volupté des grands chagrins d’amour. Tout le monde n’a pas la stature d’un tragédien… Contente-toi donc du bonheur, la consolation des médiocres. »

Un cinéma d’Audiard qui est d'abord celui des copains d’abord, avec qui on aime boire un coup : Bernard Blier, Lino Ventura, André Pousse, Jean Carmet, Maurice Biraud, Annie Girardot ou Mireille Darc.
Un monument du cinéma qui n'aurait sans doute pas le même charme sans son élément premier : Paname. « Le Paris d’Audiard, c’est celui des trottoirs où les concierges sortaient des chaises à la belle saison. C’est celui d’avant les désillusions sur la nature humaine, le Paname des bistrots du coin, des bougnats, des Halles. Un Paris idéal qui tient autant de la réalité que du rêve. » Un Paris de cinéma, enjolivé. Car qui peut imaginer un instant des truands lettrés, capables de manier si bien les mots ou d’expliquer la différence entre périphrase et métaphore.
L'ouvrage, véritable coffre aux trésors, présente la liste des lieux fréquentés par Michel Audiard. Du 14e aux Champs, en passant par les Halles, les bons restaurants, les troquets typiques. Il rappelle également le casting typique des films d'Audiard. Avec ces personnages truculents : les flics, les chauffeurs de taxi (André Pousse, hilarant dans Un idiot à Paris) , les filles de joie (Suzanne-beau-sourire, Madame Mado…), les truands au langage fleuri (Jo-les-grands-pieds, Quinquin, Jo-le-trembleur, Louis-le-Mexicain…). Soit une belle galerie de personnages à qui le dialoguiste a confié ses plus belles réparties.

AudiardParisL’ouvrage s’apprécie également pour son iconographie. Bien choisie, elle nous permet de retrouver des endroits aujourd’hui disparus, des lieux mythiques comme le Vélodrome d’Hiver, temple du cyclisme où a excellé André Pousse, second rôle fétiche de Michel Audiard. Mais aussi la Brasserie Lipp, Chez Conti, les petits bistrots où Michel Audiard récoltait de nombreuses anecdotes savoureuses, des traits d’esprit qui se retrouvaient ensuite dans ses films.
Parmi les trésors photographiques de l'ouvrage, il est à épingler ce cliché (page 33) où Jean Gabin fait face à deux jeunes stars montantes : Jean-Paul Belmondo et Alain Delon. Il faut voir le regard de Delon face au « Vieux » : un mélange de respect et de fierté de pouvoir partager un moment unique face au Dabe. Simplement extraordinaire.

L’auteur aime partager son enthousiasme. Son livre est bourré de dialogues, de témoignages ou de petites histoires. Comme celle relative au conflit survenu entre Michel Audiard et François Truffaut, impitoyable critique du cinéma d'Audiard. Mais il ne fallait pas lui marcher sur les pompes, l’ami Audiard avait de la répartie. Après les attaques de Truffaut dans Les Cahiers du cinéma, Michel Audiard avait imaginé, raconte Philippe Lombard, acheter le magazine pour réaliser un numéro spécial Fernandel.

Si Paris est célébré dans presque tous les films de Michel Audiard, la comédie Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais elle cause  se veut plus résistante, comme un bras d’honneur adressé au béton, à l’urbanisation galopante de Paris.

Un Paris aimé, célébré, mais un Paris regretté. Car il est fini le cinéma d'Audiard. À ce propos, on peut reprendre en guise d'épilogue à cette chronique, les propos d’Annie Girardot, même s’ils sont sans doute excessifs : « aujourd’hui, tout est triste à Paris. On nous détruit nos petits faubourgs, on enlève les bistrots. Je me demande comment réagirait Michel Audiard s’il voyait ce qu’est devenu Paris. » Et oui, c'était toute une époque!

Le Paris de Michel Audiard. Toute une époque! Par Philippe Lombard. Éditions Parigramme, 129 pages, 14,90 euros
Couverture : éditions Parigramme

* extrait du film Un Taxi pour Tobrouk

Posté le 25 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Commando Sabre, avec les bons voeux de l’Oncle Ho

     Par Philippe Degouy

Peu nombreuses sont les bandes dessinées consacrées à la guerre du Vietnam. Avec Misty Mission, Michel Koeniguer, scénariste et dessinateur, retrace le conflit dans une saga d’un réalisme ahurissant. Publiée dans la collection Cockpit des éditions Paquet, Misty Mission 2 se situe à la fin de l’année 1967. Le lecteur retrouve les deux personnages principaux présentés dans le premier tome, entraînés dans un bourbier qui déshumanise ces gamins envoyés dans l’enfer vert. Nick Beaulieu, fils d’un riche entrepreneur sudiste, qui a décidé de laver l’honneur de sa famille en prenant part à cette guerre contre le communisme. Pilote, il a rejoint le Commando sabre, des avions de chasse F-100F chargés de missions spéciales (Misty Missions) au-dessus de la piste Hô-Chi-Minh. Un foutu job, risqué, où la chance de se faire descendre par les batteries ennemies est énorme. Ami d’enfance de Nick, Josh Latour est chargé quant à lui de missions de reconnaissance dans une jungle aussi hostile que l’ennemi qu’il traque. Arrêté quelques mois auparavant par la police de son bled sudiste, il n’a pas eu le choix. C’était l’envoi au Vietnam ou un séjour au pénitencier local.

MISTYMISSION2Engagés l’un et l’autre contre un ennemi impitoyable, ils constatent que quelque chose se prépare côté vietcong. D’importants mouvements de troupes ont lieu sur la piste Hô-Chi-Minh. Informés, les autorités militaires américaines minimisent les rapports. La fête du Têt n’est pas loin et une trêve aura lieu. Pas de raison de s’en faire. Quand l’enfer se déchaîne sur Saigon, Hué et d’autres sites majeurs, la surprise est totale. Sauf pour Nick et Josh, qui se croisent par hasard sur une base aérienne. Marqués par les combats, ils ne se reconnaissent plus, comme deux êtres vidés.
Comme l’explique Nick à son copilote : « tu sais quoi ? Je crois bien que je viens de perdre une partie de mon existence…Quelque chose qui ne reviendra jamais. » Bienvenue à la guerre.

Voilà pour le résumé de ce deuxième tome qui confirme notre enthousiasme exprimé l’an dernier pour le premier. Aux commandes du scénario et du dessin, Michel Koeniguer plonge ses lecteurs en plein cœur des combats. Il n’y a pas de héros dans son scénario. Chacun vit au rythme des missions et des patrouilles. Il flotte comme une odeur de peur et de sueur mélangée. La mort survient sans prévenir. Les hommes se shootent aux médicaments, pour rester éveillés, de peur de vivre les cauchemars.
L’odeur de napalm s’imprègne dans les uniformes, les visions de copains ensanglantés marquent les esprits.
Une scène résume toute l’horreur des combats de jungle, celle où Josh achève à coup de pelle de tranchée un vietcong blessé qui vient de poignarder un Américain.

L'enfer sur terre comme au ciel

Comme dans le premier épisode, les amateurs d’aviation ne seront pas déçus. L’auteur a quasiment fait décoller tout l’arsenal aérien américain. Outre le F-100 F Super Sabre utilisé par Nick et ses pilotes, on retrouve le fameux F-4, le vénérable A-1 Skyraider, les hélicos CH-53, Huey et Cobra. Tous mis en valeur dans des planches de toute beauté, d’une précision magnifique. Un résultat bluffant. Il ne manque que le bruit et l’odeur de kérosène. Uniformes, armes et véhicules terrestres ne sont pas en reste. Michel Koeniguer a reposé son travail sur une documentation imposante. Avec comme dans le premier tome des allusions cinématographiques et historiques. Il en va ainsi de cette case qui rend hommage au cliché de Larry Burrows publié en avril 1965 dans Life avec ce copilote d’hélicoptère mortellement touché par un tir venu du sol. Un cliché dramatique qui a fait le tour des rédactions à l’époque.
Dans les premières pages, l’auteur, qui situe l’action lors du retour en permission de Nick et Josh dans le « Monde » (l’Amérique pour les GI, ndla), consacre une parenthèse à l’autre drame vécu par les vétérans de retour du front : le mépris des planqués pour ces soldats partis au bout du monde pour combattre dans une guerre impopulaire.

Certes, l’album est parfaitement compréhensible sans avoir lu le premier tome, mais ce dernier mérite la lecture également. Nous l’avions chroniqué également lors de sa sortie http://blogs.lecho.be/lupourvous/2016/02/commando-sabre-fly-misty-for-me.html
Pour la petite histoire, Michel Koeniguer est aussi l’auteur de la trilogie Bomb Road, publiée aux éditions Paquet également. Conseillée également.

Misty Mission 2 ? Le dramatique tableau dressé par Michel Koeniguer de cette guerre du Vietnam qui a laissé des cicatrices jamais refermées. Un conflit qui peut être considéré comme la première guerre « rock'n roll ». Nombreux sont les tubes de cette époque qui ont rythmé la vie des GI sur place. Une musique omniprésente, y compris dans les hélicos.
En guise de bande son pour accompagner votre lecture, voici quelques titres emblématiques. Le Paint it black des Stones, mais aussi The Box Tops et The Letter, We gotta get out of this place des Animals, Fortunate Son du CCR, Machine Gun de Jimi Hendrix ou I feel like I’m fixing to die rag de Country Joe MacDonald and the Fish, sans oublier Edwinn Starr et son War? What is it good for?

 

Misty Mission 2. En enfer comme au paradis. Dessin et scénario de Michel Koeniguer. Éditions Paquet, 48 pages
Couverture : éditions Paquet

Posté le 25 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mortel sabbat pour l’inspecteur Pendergast

C’est devenu un rendez-vous littéraire annuel. Le retour de l’inspecteur Aloysius Pendergast. Attendu comme le messie par les fans de ce personnage récurrent imaginé par le duo d’auteurs américains Douglas Preston et Lincoln Child.
Le dernier opus de la série, Noir sanctuaire, sera disponible dans sa version française le 3 mai prochain, publié par les éditions de l'Archipel.
Un thriller sorti avec la réédition en format poche du dernier opus, Mortel sabbat. Avant de lire Noir sanctuaire, la lecture de cet épisode s'impose puisque la nouveauté clôture l'intrigue. Nous republions notre chronique éditée en 2016. Pour ceux qui ont raté le début.

Égal à lui-même, l’inspecteur du FBI Aloysius Xingu Leng Pendergast aime se jouer des enquêtes complexes, tout comme des abrutis qui se mettent sur son chemin. Un personnage de policier albinos, toujours de noir vêtu, dernier descendant d’une famille de la noblesse du Sud des Etats-Unis. Avec lui, tout n’est que raffinement, répliques cyniques et intelligence largement supérieure à la moyenne. Pendergast et la mystérieuse Constance Greene, pour qui il fait office de tuteur, forment, depuis quelques romans, un couple étonnant. Qui déroute, sans nul doute.
Douglas Preston et Lincoln Child jouent avec délice de cette singularité pour amuser leurs lecteurs et dénoncer certains travers de notre société. Deux personnages surgis du passé, comme deux fantômes. Les auteurs ne manquent d’ailleurs pas de rappeler le teint spectral de leur cher inspecteur.

Pour ce nouveau roman, Pendergast livre une enquête à priori classique à Exmouth, petit port de la côte Est des Etats-Unis, non loin de Salem. Un artiste local, Percival Lake, l’a engagé pour retrouver le voleur du contenu de sa précieuse cave à vin. Sur place, l’inspecteur découvre une niche secrète où un homme a été emmuré vivant il y a bien longtemps. Les voleurs sont manifestement venus pour voler son squelette. Pourquoi ? Mystère. Quand un historien anglais est retrouvé assassiné avec des signes cabalistiques gravés sur son ventre, la vieille légende des sorcières de Salem refait surface. Tout comme les souvenirs de naufrageurs dont les descendants vivent à Exmouth. Pour Pendergast et Constance Greene, l’enquête prend une nouvelle tournure. Plus complexe qu’un simple vol de vin. Une enquête risquée à mener contre un ennemi plus retors que jamais. Comme surgi de l'enfer.

CoVERMORTELSABBATAvec «Mortel Sabbat», les deux auteurs s’amusent à brouiller les pistes pour dérouter les lecteurs. Une intrigue habilement saupoudrée de faits véridiques liés à la sorcellerie avec de nombreux personnages secondaires dont le masque tombe au fur et à mesure. Quant à parler d’intrigue, parlons-en au pluriel, car une deuxième se greffe sur la première dans le dernier tiers du roman. Avec des rebondissements qui risquent de frustrer le lecteur qui attend une fin classique. Les auteurs savent manier l’art de surprendre et leur épilogue va vous faire bondir. De rage ou de joie, c’est selon. Mais n’en disons pas plus, de peur de briser l’architecture savamment construite par nos deux compères. La suite s'annonce déjà captivante.

Le Maine, Salem, la chasse aux sorcières… autant d’allusions à peine voilées à l’univers du maître de l’horreur : Stephen King. Un clin d’œil qui s’accompagne également d’une fine allusion au film de John Carpenter, Fog. Autant de private jokes que les auteurs aiment distiller, roman après roman, à leur fidèle public.

Contrairement à d’autres romans de la série, celui-ci ne nécessite pas d’avoir lu le précédent. Il se révèle donc parfait si vous comptez aborder le rivage de l’univers de cet inspecteur sulfureux, sorte de Sherlock Holmes à l’américaine, nourri de légendes sudistes et fin tireur, avec son arme fétiche, le Les Baer M1911.

Terminons par un coup de chapeau pour la couverture. Sobre mais efficace avec ce crâne qui semble narguer celui qui le fixe. Il a beau jeu de sourire puisqu’il connaît, lui, le sort qui sera réservé aux fans de Pendergast dans le prochain tome. Une suite qui se devine dantesque au vu de l’épilogue ce «Mortel Sabbat». Mais chut.
Ouvrez-le et lisez-le. Si vous l’osez! 
Avant d'attaquer la suite, Noir sanctuaire. Pour de nouvelles nuits blanches en vue.

Philippe Degouy

«Mortel Sabbat», thriller de Douglas Preston et Lincoln Child. Éditions J'ai Lu. 476 pages
Couverture : J'ai Lu

Posté le 17 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Denis Safran, médecin de choc au milieu des flics

   Par Philippe Degouy

Souligner que Denis Safran fut le premier médecin à entrer au Bataclan avec les forces d'assaut après la tuerie de novembre 2015 serait bien trop réducteur. Car ce médecin a connu plusieurs existences. «Ma vie est un arbre, avec un tronc, mon métier de médecin, et des branches, comme autant de chemins de traverse
Chef d’un service d’anesthésie-réanimation, plus tard devenu un élément clé de l’organisation de l’hôpital Georges-Pompidou où il a notamment développé une culture policière, il a rejoint la BRI (Brigade de recherche et d’intervention), mieux connue sous son ancien nom, l’Antigang. Une nouvelle carrière entamée à un âge digne de profiter d’une retraite possible. Au sein de la BRI, il va y apporter un élément jusqu’alors absent : la présence d’un médecin lors de chaque missions. Lui, va gagner le pouvoir d'étancher sa soif d'action, ce besoin d'adrénaline pour vivre.
Son témoignage, «Médecin de combat» (éd. Grasset), répond longuement à cette question : mais pourquoi et comment un grand médecin dont les grands-parents ont été arrêtés par des policiers français en 1940 s’est retrouvé au cœur des missions de la BRI. Pour les soigner et partager leur vie dangereuse.

MEDECINAvec le journaliste Vincent Rémy, qui apporte en voix off certains éclairages personnels sur la vie du médecin, l’ouvrage plonge le lecteur au cœur d'un quotidien hors du commun. Celui d'un scientifique qui ne regrette nullement sa retraite comme médecin et qui prend désormais plaisir à profiter pleinement de son temps passé avec les policiers de la BRI. Entre entraînements au tir, descentes en rappel d’hélicoptère et descentes au petit matin chez un suspect à interpeller. Sans compter sa fonction de conseiller ministériel. Une vie bien remplie, qu’il adore. Le coup de téléphone pour une urgence, le pied pour ce sexagénaire. Une vie pépère sur sa péniche garée en bord de Seine? Une idée inimaginable.
Oui bon, mais alors, finalement, pourquoi cette passion pour la police? «Parce que la police française n’est plus celle de 1940. C’est une police républicaine. Au service des gens

De ses démêlés avec les gestionnaires d’un hôpital, les conflits d’intérêt entre médecins qui plombent le quotidien au détriment des patients, aux interventions de crise avec ses amis policiers, ses frères d’armes, rien n’est occulté. Ses drames familiaux non plus. L’ouvrage est rédigé sans langue de bois par un homme qui n’a pas peur de heurter, de pousser un coup de gueule. Quand on vit avec la mort en permanence, on y va franco.

Son témoignage relatif à ses interventions au Bataclan et à l’Hyper Casher glace d’effroi. Le récit clinique d’une situation digne d’une zone de guerre. Avec de nombreux blessés par balle, qu’il faut trier entre les cas urgents ou non, ceux qui vont vivre ou mourir. «Ce qui allait me frapper au Bataclan, c’est l’extrême jeunesse des victimes. Des gamins, ça c’est rude.» Pour l’Hyper Casher comme pour le Bataclan, le constat est identique. Avec la même détresse des victimes, les mêmes corps mutilés par des munitions de guerre.
«Putain, heureusement que tu es là !» Un cri du cœur lancé par ses collègues policiers, fréquemment entendu par Denis Safran en opération. Sans doute la meilleure conclusion à apporter à cet ouvrage sur lequel plane des airs de cornemuse écossaise. L’une des passions du médecin, avec l’amour de la mer et des bons cigares.
Un médecin de combat qui sait que «le jour où il ne se sentira plus apte à porter la lourde combinaison des flics de la BRI et à crapahuter à leurs côtés, le jour où il risquera de mettre le groupe en danger, il arrêtera, mais extrêmement frustré

«Médecin de combat. Du bloc opératoire aux unités d'élite de la police», par Denis Safran et Vincent Rémy. Éditions Grasset, 208 pages, 18 euros environ
Couverture : éditions Grasset

Posté le 12 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le désordre élevé au rang d’art majeur

    De Philippe Degouy

«Votre bureau est un putain de foutoir? Vous savez qui avait ce genre de bureau? Einstein. Et vous savez qui avait un bureau rangé? Mussolini. Le sérial killer Ted Bundy avait aussi cette manie du rangement.»
Dès les premières pages de ce manuel pratique, le ton est donné. Politiquement incorrect, soit, mais drôle. Parfois coquin. La jeune journaliste Jennifer McCartney est bien connue sur les réseaux sociaux.
Avec son nouveau livre, elle se lève pour dénoncer, avec son vocabulaire imagé, cette folie de l’ordre à tout prix. Cette mode qui inonde magazines et autres ouvrages de développement personnel. Tous parfaitement inutiles, juge-t-elle.
De la joie d’être bordélique (éd. Mazarine) se révèle comme un joyeux bras d’honneur adressé à ceux qui nous poussent à ranger.  Pour faire ressembler notre home sweet home ou notre bureau à un banal show-room d’un magasin d’ameublement, parfaitement impersonnel. Il faut ranger, puis jeter et vider nos intérieurs. «Ranger, c’est tendance. Le désordre, démodé. Merci minimalisme» déplore-t-elle.
Une conspiration du rangement dirigée par un homme, monsieur Feng Sui, vénéré comme un gourou par ses adeptes du rangement. Quel fou Manchu.

À l’aide d’exemples, de conseils pratiques, l'auteur s’attache à aider ses lecteurs à adopter «l’approche idéale pour apprendre à laisser du foutoir partout.» Pour revenir à nos fondamentaux. Car oui, dit-elle, nous sommes naturellement doués pour le désordre. «Mais on subit tous un lavage de cerveau qui nous fait croire qu’on devrait être ordonné.»
Un art du désordre étouffé dans l’œuf. Par les parents (normalement), la vie en couple, en société, ou celle passée au sein de l’entreprise (barrez les mentions inutiles, cela mettra un peu d'ordre dans cette chronique, ndla).
En véritable porte-étendard de l’anti-rangement, Jennifer McCartney explique, chapitre après chapitre, comment cultiver notre don, pour transformer notre univers de vie en joyeux bordel.
«Être ordonné est un mode de vie ennuyeux qui ne fait envie à personne

BORDELDe nombreux tests permettent d’apprendre à vivre, sans remords, avec un dressing peu soigné, une salle à manger qui ressemble davantage à une pièce de vie après le passage d’une classe d’enfants. Les parents connaissent certainement cette impression.
Pour ne rien oublier, une check-list apporte la liste des objets à posséder pour vous prouver «que vous êtes sur la bonne voie d’une vie joyeusement bordélique
Un ouvrage construit comme un one-woman show joué par une auteure inspirée, qui multiplie les conseils déjantés, les traits d’humour. Si tout démarre comme un article de magazine de société, bien comme il faut, le sérieux fait vite place à un humour trash, au second degré (minimum).
Un petit bijou d’écriture, une joyeuse parodie de cette mode absurde du «consommé-jeté».

De la joie d’être bordélique. L’anti-art du rangement, par Jennifer McCartney. Éditions Mazarine, 152 pages
Couverture : éditions Mazarine

Posté le 11 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les moutons noirs de Piron, ces soldats belges qui n'ont pas capitulé

Par Philippe Degouy

De la Belgique de 1940, on retient la défaite de l’armée belge, et la chute, honteuse, du fort d’Ében-Émael. Des clichés trop réducteurs. Car tous les soldats belges n’étaient pas ces moutons blancs, réduits à l’impuissance dans les camps de prisonniers en Allemagne. Des fortes têtes, des insoumis, quelques aventuriers, mais tous patriotes ont rejoint l’Angleterre, dès la capitulation. Pour poursuivre la lutte et en découdre avec l’occupant allemand. Rejoindre le dernier carré de liberté ne fut pas une mince affaire. Un chapitre retrace d’ailleurs les filières suivies par ces intrépides. Beaucoup ont connu les prisons espagnoles.

Auteur et journaliste connu pour ses articles dans les publications de Caraktère, éditeur provençal spécialisé dans l’histoire militaire, Hughes Wenkin publie aux éditions Weyrich Les moutons noirs de Piron. Un document historique qui retrace l’épopée de ces quelques centaines de soldats belges qui n’ont jamais capitulé et qui ont porté nos couleurs nationales, de la Normandie jusqu’au cœur du régime nazi.
Un superbe hommage que ce beau livre qui se distingue par son iconographie, souvent inédite, et les textes pointus mais accessibles. On suit avec plaisir l’épopée de ces têtes brûlées qui ont choisi le combat plutôt que le déshonneur.

L’aventure de la brigade Piron débute après le 28 mai 1940 et l’appel de Léopold III à déposer les armes et à se rendre à l’ennemi. La reddition ? Pas pour ces soldats désireux de rejoindre l’Angleterre, toujours combative. Va débuter ensuite une longue et difficile période, entre interrogatoires serrés pour détecter les espions et entraînement avec les faibles moyens mis à leur disposition. De longs mois de galère et d’attente qui provoqueront certains troubles parmi les volontaires : « donnez-nous un champ de bataille nom de Dieu ! » En juin 1944, le First Belgian Group, qui rassemble ces soldats belges, commandés par Jean-Baptiste Piron, ne participe pas au Jour J. Pour la petite histoire, certains Belges, frustrés, vont essayer de se cacher parmi les G.I. pour débarquer avec eux.  Peine perdue, ils seront repris.

PIRONMOUTONSFidèles et fiers

Début août 1944, enfin, voici que s’annonce le moment de débarquer sur les côtes françaises. Pour chasser le boche. Les Belges vont nettoyer toute la Côte Fleurie, Honfleur, Deauville, Trouville, avant de charger vers la Belgique. Atteinte le 3 septembre à Rongy. « Le rêve collectif de la poignée de héros, en tête depuis 1940, se réalise enfin : revenir en Belgique, la terre natale. ». Leuze, Ath, Enghien sont atteintes. Avant l’entrée triomphale à Bruxelles du First Belgian Group, désormais immortalisé sous le nom de brigade Piron. Un chapitre historique très bien illustré de  clichés de foule en liesse, sorte de folie collective. Mais une joie ternie par le comportement de la racaille, ces « Résistants » de la dernière heure, et des officiers de naphtaline qui ont tenté de se mêler aux honneurs. Des soldats ? Des officiers de salon qui sont restés planqués quatre ans.
Après la Libération de la Belgique, ce seront deux campagnes de Hollande épuisantes qui suivront, avec une guerre de position, et un séjour au cœur du Reich, comme troupe d’occupation. Les Belges seront accueillis avec soulagement par les civils allemands, victimes de vols, de viols et de pillage commis par les anciens prisonniers, désormais libérés.

Les moutons de Piron n’étaient pas des poltrons, n’étaient pas des minets. Des lions. Des héros qui n’ont pourtant pas eu la reconnaissance méritée à la fin de la guerre. Comme le souligne l’auteur, « les soldats belges d’Angleterre ont eu le tort d’appartenir aux visionnaires qui ont eu foi en la victoire sur le nazisme dès 1940. » Les officiers de naphtaline et ceux qui sont revenus de leurs stalags n’ont jamais pardonné à ces « déserteurs », « ces mercenaires à la solde de l’Angleterre » d’avoir eu le courage de résister à l'ennemi. Aujourd’hui, l’association des vétérans de la brigade Piron reste bien vivante, même s’il ne reste que 14 témoins de cette période de fer et de feu. Le livre de Hughes Wenkin salue également la mémoire de Piron, « ce général belge victorieux. Il n’y en eut pas tellement pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Un très bel album, patriotique et émouvant, que l’auteur dédie aux militaires belges. Ceux de Piron, mais pas seulement. « Nous leur devons depuis 1830 la persistance même de notre nation. » Un témoignage de respect renforcé encore par l’actualité, avec ces militaires présents en rue pour défendre notre Belgique menacée par l’islamisme.

Les moutons noirs de Piron! La brigade Piron de la Normandie au cœur du Reich, par Hugues Wenkin, 248 pages, 34 euros
Couverture : éditions Weyrich

De Hughes Wenkin, également aux éditions Weyrich : Sortis de l’enfer. Les tanks ont 100 ans, Ében-Émael. L’autre vérité, Rommel. En pointe du Blitzkrieg de l’Ardenne à la Manche.

Posté le 11 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Portes ouvertes sur l’Iran

     Par Philippe Degouy

Avec la nouveauté dédiée à l’Iran, la Collection des Petits guides des usages et coutumes ouvre les portes d’un pays source de nombreuses idées reçues. Mais qu’en est-il réellement ?

Rédigé par le journaliste britannique Stuart Williams, spécialiste du Moyen-Orient, «cet ouvrage a pour objectif d’explorer les contradictions et la complexité de l’Iran. » Un pays qui s’ouvre lentement mais sûrement à l’étranger. Comme pour les précédents tomes, celui-ci a pour but de présenter le pays par les faits mais aussi avec tout ce qu’il faut savoir au quotidien pour éviter les impairs et se couler dans la société iranienne.
« Le premier contact avec l’Iran peut être un choc pour les sens. Les discours officiels contrastent avec l’esprit d’ouverture de la population et son remarquable sens de l’hospitalité » souligne Stuart Williams.

Après une présentation du pays, les chapitres se veulent plus pratiques et abordent toutes les situations qu’un visiteur peut rencontrer lors de son séjour. « Préparez-vous à devoir balayer tous les préjugés éventuels sur un peuple obscur et réactionnaire » aime préciser l'auteur. Sur la langue d’abord. Si le citoyen iranien apprécie que l’étranger puisse glisser quelques mots persans dans la conversation, le visiteur sera ravi d’apprendre que la population des grandes villes maîtrise bien l’anglais, voire le français. Une bonne nouvelle car les autochtones apprécient la conversation avec un étranger. Pour tout connaître de lui et de ses origines.

IRANUn guide qui souligne les particularités de cette société, moderne et à la fois conservatrice. Avec des caractéristiques étonnantes, comme le Ta’rof, soit « le refus poli d’une chose que la personne désire en réalité recevoir. » Ou quand le « non merci » veut dire « oui s’il vous plaît ». Chapitre après chapitre, l’auteur explique comment se comporter vis-à-vis des femmes (leur serrer la main ou pas ?), que faire en cas d’invitation à dîner chez des hôtes iraniens, les gestes à adopter pour faire plaisir, pour respecter les codes de politesse. Ou, au contraire, les gestes à éviter. Comme notre habitude de lever le pouce pour marquer notre accord. En Iran, explique le guide, lever le pouce signifie pour l’interlocuteur, « va te faire voir » (pour rester poli). Autant savoir. Si le guide n’est pas axé sur les lieux touristiques, il donne, par son ton enthousiaste, l’envie de visiter le pays et de rencontrer ses citoyens, présentés sous un jour plus qu’accueillant.

Un chapitre est dédié au monde des affaires, avec ce que doit savoir un businessman pour pénétrer le marché iranien. Comme ne pas oublier l’échange de cartes de visite, rituel important. Ou le costume à porter sans cravate, accessoire jugé trop symbolique de l’impérialisme occidental.
Touriste ou homme d’affaires, le guide espère que vous reviendrez de ce séjour iranien avec cette pensée : « Keshvar-e jadouyi-e (l’Iran est un pays magnifique) ».

Le petit guide des usages et coutumes. L’Iran. Par Stuart Williams. Éditions Hachette, 168 pages
Couverture : éditions Hachette

Un ouvrage qui existe aussi en version téléchargeable

Posté le 10 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ne vous laissez plus manipuler

Ancien chef du pool négociation au Raid, aujourd’hui consultant dans la gestion de crise, c’est peu dire que Christophe Caupenne a fréquenté de drôles d’individus. Du forcené au manipulateur le plus futé. Avec son Petit guide de contre-manipulation (éd. Mazarine) il livre un document et des conseils qui ne sont pas ceux d’un psychologue, théoriques. Mais ceux d’un homme de terrain, expert dans l’art de contrer les manipulateurs. « Pendant toutes mes années de policier, j’ai appris à aiguiser mon jugement, à décrypter le mensonge assumé, la tromperie diabolique ou la manipulation sournoise. Cet ouvrage n’a d’autre vertu que de vous éclairer sur quelques pratiques toxiques ou délétères, mais surtout sur les méthodes et principes pour les contrer. »
Une manipulation que l’on peut définir comme la capacité d'une personne à prendre l'ascendant sur une ou plusieurs autres dans le but de les contrôler.
Concrètement, le manipulateur, homme ou femme, va déceler vos faiblesses et faire levier pour vous déstabiliser. Aujourd’hui, le manipulateur n’est plus le politicien, totalement inaudible, mais un collègue, un voisin... N’importe qui dans votre entourage, familial, amical ou professionnel. Un individu qui va profiter d’un moment de faiblesse ou d’une personnalité trop confiante pour passer à l’action.

RAIDL’ouvrage, pratique et accessible, détaille et analyse les principaux types de manipulateurs : les machiavéliques, les narcissiques et les psychopathes (trop souvent confondus avec les serial killers). Pour chaque profil l’auteur associe des conseils de contre-manipulation, dans le but de rester maître de soi et de ses réactions. Mais si le guide dresse le casting des « personnes nuisibles », il cite également les victimes idéales : des candidats au changement de vie, des victimes de traumatisme d’enfance, de psychopathologies. De façon générale, les victimes sont des gens qui respectent les règles, là où les manipulateurs les bafouent.
Les profils dangereux connus, que faire pour éviter de se faire manipuler ? Là aussi, les conseils sont ceux d’un habitué de la négociation. Ils peuvent paraître simples, mais ils se révèlent efficaces. Savoir dire non, par exemple. Essayez, ce n’est pas si facile. Gardez en tête qu’un premier pas n’est jamais un engagement, évitez de céder aux exigences (d’un ami, d’un chef de bureau etc.) et de vous soumettre. ne jamais montrer ses faiblesses, au risque de voir quelqu'un s'y engouffrer.
De multiples encadrés résument régulièrement les conseils de l’ex-policier, dont la qualité première est l’empathie, omniprésente dans l'ouvrage.
Son sujet concerne tout le monde, chacun sera confronté un jour ou l’autre à un personnage néfaste. L’actualité est pleine d'exemples. Que l’on se souvienne seulement de Bernard Madoff par exemple. Un gars avec une bonne tête, intelligent et sympa. Et pourtant...

Enfin, si l’on peut comprendre aisément les dangers de la manipulation négative, force est de reconnaître que l’on pense rarement à se méfier de cette manipulation que l’auteur qualifie de positive. Celle qui flatte l'ego, le portefeuille. Méfiez-vous des services rendus, des cadeaux offerts. « Ce type de manipulateur veut enfermer sa victime, vous en l’occurrence, dans le principe de réciprocité. Un procédé de style mafieux qui vous obligera un jour ou l’autre à vous impliquer dans quelque chose qui pourrait ne pas vous plaire. »

Ce document, à l’écriture parfaitement accessible au plus grand nombre, peut se refermer sur ce dernier conseil de l’auteur : « ne changez rien à ce qui fait de vous un être social agréable et fiable. Il vous faut juste quitter le costume du pur naïf et à enfiler celui du prudent. Mais ne changez pas le fond de votre personnalité ! »

Petit guide de contre-manipulation, par Christophe Caupenne. Éditions Mazarine, 240 pages, 18 euros
Couverture : éditions Mazarine

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