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Posté le 12 avril 2017 par Philippe Degouy

Le désordre élevé au rang d’art majeur

    De Philippe Degouy

«Votre bureau est un putain de foutoir? Vous savez qui avait ce genre de bureau? Einstein. Et vous savez qui avait un bureau rangé? Mussolini. Le sérial killer Ted Bundy avait aussi cette manie du rangement.»
Dès les premières pages de ce manuel pratique, le ton est donné. Politiquement incorrect, soit, mais drôle. Parfois coquin. La jeune journaliste Jennifer McCartney est bien connue sur les réseaux sociaux.
Avec son nouveau livre, elle se lève pour dénoncer, avec son vocabulaire imagé, cette folie de l’ordre à tout prix. Cette mode qui inonde magazines et autres ouvrages de développement personnel. Tous parfaitement inutiles, juge-t-elle.
De la joie d’être bordélique (éd. Mazarine) se révèle comme un joyeux bras d’honneur adressé à ceux qui nous poussent à ranger.  Pour faire ressembler notre home sweet home ou notre bureau à un banal show-room d’un magasin d’ameublement, parfaitement impersonnel. Il faut ranger, puis jeter et vider nos intérieurs. «Ranger, c’est tendance. Le désordre, démodé. Merci minimalisme» déplore-t-elle.
Une conspiration du rangement dirigée par un homme, monsieur Feng Sui, vénéré comme un gourou par ses adeptes du rangement. Quel fou Manchu.

À l’aide d’exemples, de conseils pratiques, l'auteur s’attache à aider ses lecteurs à adopter «l’approche idéale pour apprendre à laisser du foutoir partout.» Pour revenir à nos fondamentaux. Car oui, dit-elle, nous sommes naturellement doués pour le désordre. «Mais on subit tous un lavage de cerveau qui nous fait croire qu’on devrait être ordonné.»
Un art du désordre étouffé dans l’œuf. Par les parents (normalement), la vie en couple, en société, ou celle passée au sein de l’entreprise (barrez les mentions inutiles, cela mettra un peu d'ordre dans cette chronique, ndla).
En véritable porte-étendard de l’anti-rangement, Jennifer McCartney explique, chapitre après chapitre, comment cultiver notre don, pour transformer notre univers de vie en joyeux bordel.
«Être ordonné est un mode de vie ennuyeux qui ne fait envie à personne

BORDELDe nombreux tests permettent d’apprendre à vivre, sans remords, avec un dressing peu soigné, une salle à manger qui ressemble davantage à une pièce de vie après le passage d’une classe d’enfants. Les parents connaissent certainement cette impression.
Pour ne rien oublier, une check-list apporte la liste des objets à posséder pour vous prouver «que vous êtes sur la bonne voie d’une vie joyeusement bordélique
Un ouvrage construit comme un one-woman show joué par une auteure inspirée, qui multiplie les conseils déjantés, les traits d’humour. Si tout démarre comme un article de magazine de société, bien comme il faut, le sérieux fait vite place à un humour trash, au second degré (minimum).
Un petit bijou d’écriture, une joyeuse parodie de cette mode absurde du «consommé-jeté».

De la joie d’être bordélique. L’anti-art du rangement, par Jennifer McCartney. Éditions Mazarine, 152 pages
Couverture : éditions Mazarine

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