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Posté le 19 avril 2017 par Philippe Degouy

Trafalgar, un désastre français

Cadix, 1805. Une partie de la flotte française s’est réfugiée dans les ports espagnols. L’amiral de Villeneuve, bon marin mais peu réputé pour ses coups d'audace, préfère rester à l'abri du port plutôt que de risquer d’affronter la flotte de son ennemi anglais, Nelson. La terreur des mers. Les marins et officiers français désespèrent quant à eux de retrouver un jour leur France. Il faut à l'amiral français la menace de sa destitution pour qu’il accepte de reprendre la mer pour rejoindre la Méditerranée.
Octobre 1805. Au large du cap de Trafalgar. La flotte franco-espagnole tombe sur une escadre britannique, moins nombreuse. Croyant l’affaire facile, de Villeneuve attaque, sûr de son succès et de sa puissance de feu. Pas de chance, c’est Nelson qui se trouve en face. Le diable des mers. Les Français se font étriller dans un combat naval qui restera à jamais comme l’une des pires batailles de l’histoire. Et l’un des affronts les plus mémorables pour la marine française.

TrafalgarSur le scénario solidement charpenté de Jean-Yves Delitte, par ailleurs pacha de la collection et dessinateur des couvertures, Denis Béchu a réalisé pour Trafalgar (éd. Glénat) des planches de toute beauté. Bien détaillées, elles rendent parfaitement les scènes de bataille. Son dessin est moins chirurgical que celui de Jean-Yves Delitte, qui n’est pas peintre officiel de la Marine pour rien, mais il se révèle aussi efficace et dynamique. On imagine sans peine le fracas des tirs, le bruit du bois qui se déchire sous la mitraille ainsi que les cris de douleur des blessés. Mutilés, éventrés par les échardes de bois ou les éclats des boulets.

Une bataille relatée par ses acteurs. Du simple marin à l’officier supérieur. Un procédé qui permet au lecteur de vivre la bataille de l’intérieur. Pour mieux s’imprégner de l’atmosphère, de la peur ressentie.

Si côté Anglais, c’est Le point de vue d’Horatio Nelson qui prédomine, côté français les auteurs ont pris pour témoins des marins d’un niveau moindre. Le jeune gabier Gabriel Kermadic, dit « la grenouille », Gros Louis et le capitaine Lucas. Trois victimes de mauvaises décisions. Comme le souligne  Gros louis, matelot rustre mais au raisonnement sans faille : « les Anglais n’ont pas fait la bêtise au nom d’une révolution, de décapiter leurs commandants, parce qu’ils avaient le sang bleu, pour les remplacer par des incapables. »

Un désastre maritime qui s’achève par le déshonneur, la libération par les Anglais de l’artisan de cette déroute, l’amiral de Villeneuve. Un officier débarqué de nuit, sur une petite plage de Bretagne. Le visage de la défaite, qui a coûté plus de 5.000 tués français et la perte de 23 navires. Un officier qui sera retrouvé mort peu de temps après. Assassiné ou suicidé ? La question divise encore. De leur côté, les Anglais pleurent la perte de leur héros, l’amiral Nelson, victime d’un tir français, plus chanceux que précis.

Comme tous les volumes de cette nouvelle collection, celui-ci bénéficie d’un dossier historique rédigé par Jean-Yves Delitte. De quoi mieux faire connaissance avec les navires impliqués, les officiers dans chaque camp ou les différentes hypothèses qui tournent autour du coup de feu qui a mortellement blessé l’amiral Nelson. Un bonus apprécié, qui ajoute une touche d’histoire bienvenue, accessible à tous.
Trafalgar? Un épisode bien fini, parfait exemple de ce qui attend les lecteurs avec cette nouvelle collection, dont plusieurs dizaines de tomes devraient prendre la mer.

Les grandes batailles. Trafalgar. Scénario de Jean-Yves Delitte, dessin de Denis Béchu. Éditions Glénat, 56 pages, 15 euros
Couverture : éditions Glénat

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