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Posté le 10 mai 2017 par Philippe Degouy

Appelez Zach si vous manquez d’assurance

Par Philippe Degouy

« J’aurais dû la fermer. Mais je ne la ferme jamais. Ce serait contraire à mon métier : je suis flic des Assurances. Mon boulot est de découvrir qui essaie de niquer les Assurances et comment. Je n’ai pas d’adjoint ni de chat et je suis une fille. Je suis Zacharie Lourne, mais vous pouvez m’appeler Zach. » Intègre, soucieuse de traquer le malfaisant, Zach avait ciblé ce fraudeur à la Porsche Cayenne. Un sale gosse de riche qui préférait un modèle britannique plus classe que cette Allemande. Et qui voulait arnaquer son assureur par une fausse déclaration de vol.
Dossier facile pour Zac, sauf que le papa du malfaisant était actionnaire de la boîte de Zach. Et la voilà limogée dans un bled de province pour lui apprendre à respecter les escrocs de bonne famille.
Sans se démonter, Zach accepte la sentence, avec philosophie, à défaut d'une épaule masculine sur qui se reposer. Sur place, elle se lance sur la trace d’un incendiaire de granges de ferme. Mais à défaut de pyromane, c’est un meurtrier qui va se mettre sur sa route.
Drôle de dossier d’ailleurs, avec des bourgeois locaux, présents à la messe le dimanche matin mais aussi à la tête d’un réseau d’amazones rurales. Le genre à pratiquer la bête à deux dos pour quelques billets. Une affaire qui roule, jusqu'au jour où un grain de sable grippe la mécanique. Et les voilà tous prêts à faire condamner une innocente pour le meurtre d’une vieille fille abattue à coup de 357 pour la faire taire. « Zach, vous avez mauvais esprit » lui martelait son boss de Paris avant de l’envoyer purger une peine illimitée dans ce trou du cul de la France profonde. Ces culs-terreux de Cossan auraient dû se méfier d’elle et ne pas se fier à son image de femme seule et fragile...

POLICEASSURANCERédigé par Stéphane Denis (Les événements de 67, Sisters, La tombe de mon père…), Police d’assurance (éd. Grasset) est un roman qui livre un savoureux et truculent portrait de la vie de province, « là où le matin est comme le soir, une lueur triste ». Plus que l’intrigue policière, la peinture de ce coin de France profonde se révèle particulièrement réussie, acerbe et drôle, avec cette mentalité de clocher opposée à l'esprit parisien de Zach. On sent, chapitre après chapitre, l’hommage adressé à Simenon et à la filmographie de Claude Chabrol, le cinéaste qui a décrit cette bourgeoisie de province dans plusieurs classiques du cinéma.
Que l’on pense notamment à Poulet au vinaigre avec le regretté Jean Poiret, parfait dans le rôle de flic cynique, aux répliques teintées de vitriol. La jeune Zach partage d’ailleurs ce goût pour l’humour pince-sans-rire et ce besoin, cette envie, de mettre les pieds dans le plat pour bousculer l’ordre établi.

Force est de constater que Stéphane Denis a pris un malin plaisir à rassembler cette belle brochette de personnages bas de plafond. On sent poindre la fausseté et le côté soupçonneux des campagnards face à l’étranger. Et pire encore quand il s’agit d’une jeune femme seule, venue de Paris. Qui semble fouiner, sans vouloir se mêler à la vie rurale articulée autour de la place du village et son bistrot. Tous les clichés relatifs à la campagne, vue de Paris comme un ailleurs exotique, sont rassemblés, grossis sous la loupe de l'écrivain. On peut se hasarder à présumer que Zach et son mauvais esprit, c'est un peu l'auteur qui se décrit. « À la campagne, on y devient vieux, sale et méchant. Je ne connais rien de plus agressif que la campagne. »

Un roman qui devrait en appeler d’autres avec la jeune Zach comme personnage récurrent, plutôt sympathique d'ailleurs dans son rôle de flic parisien envoyé au grand air.
La dernière page du roman annonce déjà de nouveaux ennuis pour Zach, désormais résignée à cet exil professionnel. Les forêts sombres et profondes de nos campagnes cachent parfois de bien mauvaises choses.
« Et on dit qu’il ne se passe rien en province ! »

Police d’assurance. Roman de Stéphane Denis. Éditions Grasset, 128 pages, 14 euros
Couverture : éditions Grasset

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