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mai 2017

Posté le 23 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Au 36, on sert encore le poulet à l’ancienne

Par Philippe Degouy

Le 36, quai des Orfèvres, une adresse mythique à Paris. Qui fait rêver le touriste de passage et qui inspire écrivains et cinéastes. Un lieu chargé d’histoires, criminelles, mais qui ne sera bientôt plus qu’un émouvant souvenir. En cause, le déménagement, prévu fin 2017, des services de police dans un endroit bien plus moderne et sécurisé. Au 36, rue du Bastion, dans le quartier des Batignolles, dans le 17e, à quelques dizaines de minutes de là.
Journaliste spécialisée dans les affaires criminelles, Patricia Tourancheau invite le lecteur à la suivre au cœur d’un mythe, sur les traces des grands flics et des grandes affaires criminelles. L’enlèvement du baron Empain, Landru, la mort de Mesrine, Action directe, Guy Georges …  36Quai
Son livre fait figure d’état des lieux avant changement de locataire(s). Nombreux sont les anciens patrons à témoigner de leur vécu au sein de ces murs. Et c'est loin d'être triste.

Voici que se déroule chapitre après chapitre le récit d’une époque révolue, où les flics travaillaient avec les juges. Presque en totale liberté, moyennant l’obligation de faire du chiffre.
Le temps des bagarres de cow-boys, des suspects travaillés à coups de bottin ou au régime sec. Des flics qui avaient la dégaine de Belmondo façon Peur sur la ville, avec blouson de cuir, jeans et baskets.

Au 36, si les poulets font leurs adieux à la Seine, ils ne quittent pas pour autant la scène…de crime. Allez, debout les morts, on change de cimetière, pour reprendre cette citation populaire. Et on suit avec plaisir Patricia Tourancheau, de service en service, pour se replonger dans la mémoire de la police parisienne. Avec les témoignages, souvent croustillants, des patrons successifs : Jean-Louis Fiamenghi, Claude Cancès, Martine Monteil, Richard Marlet, Patrick Riou, Broussard, Pierre Ottavioli. Pour ne citer que quelques noms connus.

Entre deux affaires, le ton vire parfois à l’ambiance digne d’un San Antonio de Frédéric Dard. Avec ces pots de départ ou pris pour fêter la mise à l’ombre d’un beau crâne (un truand d'envergure, ndla). Bienheureux le fournisseur de pastis au 36.
On sourit, on rit, à l’évocation du passage régulier en les murs de Serge Gainsbourg, dont on connaissait la sympathie pour les flics. Il venait siroter quelques verres, pour se délecter de faits divers. Il aimait aussi, les soirs de sortie, être ramené chez lui en panier à salade, sirène hurlante. Rien ne lui faisait plus plaisir. Tant pis pour la discrétion.
Son portrait sur la chaise Bertillon, sérieux comme un pape, figure dans le cahier photographique présent dans le livre.
Il faut lire la présentation, par Martine Monteil, du petit musée des curiosités de la Mondaine. Une collection particulièrement glauque, qui ferait presque rougir un légionnaire. Avec des pièces plutôt étonnantes, comme cet album dédié à une collection de poils pubiens féminins. Un drôle d’herbier pour adulte. Un musée qui suivra le déménagement, lui aussi. Un héritage qui se transmet de génération de flics en génération.

Mais ces intermèdes destinés à décompresser ne doivent pas occulter le quotidien difficile de ces hommes et femmes, tous  confrontés au mal. Des flics qui ne cessent de se poser des questions. Sur leur job, sur les raisons du passage à l’acte des criminels. Pourquoi un type décide-t-il un matin de buter son voisin et de le découper? Pourquoi un autre se met à violer des gamines, ou étrangler une mammy pour trois sous en poche ? Des crimes qui laissent des officiers de police marqués durablement par la vision de la mort.
« La Camarde finit par s’insinuer partout et ressurgir la nuit. À un moment, on ne peut plus regarder la mort en face, on ne peut plus la voir en peinture, on ne peut plus la sentir. Les corps d’enfants, ces victimes torturées. Des morts insupportables qui troublent votre sommeil pendant longtemps. » Avec oui, confessent-ils, quelques fois, l’envie d’être le bourreau de criminels abjects.

Des criminels qui n’ont pas tous du sang sur les mains. Le crime porte plusieurs masques. À l’instar de celui porté par les proxénètes, exploiteurs de prostitué(e)s. Fernande Grudet, notamment. Celle qui est restée dans l’imaginaire collectif sous le nom de Madame Claude, l’amie des VIP. Ses passages au 36 sont relatés avec humour par l’auteure. Drôle de numéro aussi que Katia la Rouquine, tenancière de « maison de galanterie » et balance pour les condés.

Un document, passionnant de bout en bout, qui se referme sur un dossier toujours ouvert, celui relatif à un tueur en série, violeur de petites filles : le Grêlé. Surnom d'un criminel recherché depuis 1986, mais demeuré introuvable. Est-il encore en vie aujourd’hui ? Qu’importe, cette affaire poursuit toujours les superflics, frustrés de ne pas avoir serré ce malfaisant.

« Il s’engagea sous la voûte de la PJ. Il fut triste à l’idée que, dans si peu de temps, il ne viendrait plus ici chaque matin » (Georges Simenon, L’Amie de madame Maigret).


Le 36. Histoires de poulets, d’indics et de tueurs en série. Par Patricia Tourancheau. Éditions Le Seuil/Les Jours.fr, 395 pages, 22,50 euros
Couverture : éditions Le Seuil

Posté le 22 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

En un combat douteux au Vietnam

Par Philippe Degouy

Si chacun connaît les romans de John Steinbeck, qu'en est-il de son oeuvre journalistique ? Rééditées chez Perrin, ses Dépêches du Vietnam méritent une lecture. Pour la qualité de l'écriture mais aussi pour le témoignage apporté. Elles furent écrites sur place, en pleine guerre du Vietnam. Non pas dans un bureau climatisé, mais sur le terrain, dans la jungle, sous le feu ennemi. À 65 ans, déjà malade et fatigué, l'auteur, farouche anticommuniste, a rédigé des dizaines de lettres envoyées au magazine Newsday. Toutes adressée à Alicia. Un hommage rendu à l’épouse défunte du patron du magazine.

Sur place, en totale liberté, John Steinbeck a suivi son instinct pour humer l’ambiance de cette guerre. Et en dresser les grandes lignes dans ses dépêches. « Si je pars pour l’enfer, c’est parce que je n’ai jamais eu beaucoup de sympathie pour le spectateur innocent. Je préfère être un spectateur coupable. Pour voir, entendre, sentir et toucher. »
Un voyage qui lui a permis aussi de retrouver ses fils, tous les deux envoyés au Vietnam. Curieux de tout, il a testé, comme un enfant dans un magasin de jouets, presque toutes les machines de l’armement américain. Il faut lire la lettre dédiée aux pilotes d’hélicoptères, comparés à des musiciens. « La délicatesse de la coordination de leurs mains sur les commandes me rappelle les mains sûres de Pablo Casals sur le violoncelle. » Même en pleine jungle, la poésie n'est jamais absente.

Des lettres qui se révèlent tantôt drôles et cyniques, tantôt dramatiques. Mais toujours solidement documentées et réalistes. John Steinbeck ne s’est pas contenté, comme certains journalistes à Saigon, de rester dans sa chambre, à recopier les communiqués. Lui a enfilé le treillis et les rangers pour suivre l’action sur le terrain. Parfois au prix de prise de risques. Toujours, il a appliqué les bons conseils des vétérans pour éviter de se prendre une balle. Celui de Robert Capa, notamment : « ne bouge plus. S’ils ne t’ont pas descendu, c’est qu’ils ne t’ont pas vu ».
Des lettres, inspirées par le suivi d'une unité, puis d'une autre. Une expérience engrangée pour se faire une opinion sur les combats, la vie à l'arrière, les victimes civiles prises entre deux feux ou la sauvagerie d’un ennemi sans pitié. « Le Vietcong a la même impulsion altruiste, la même inclinaison démocratique et les mêmes méthodes pour parvenir à ses fins que la Mafia en Sicile. La terreur et la torture sont ses armes. » Les descriptions de corps mutilés, de femmes et d’enfants abattus lui inspirent le dégoût, et des déclarations plus crues, mais humaines : « Charlie est un véritable fils de pute. Il ne renoncera à aucune horreur, aucun mensonge. » Il ne manquera pas non plus de relater les méfaits des troupes alliées, mais qui ne furent pas une généralité, contrairement à ceux de Charlie.
VIETNAMÀ peine moins virulentes furent ses lettres adressées aux jeunes planqués aux cheveux longs, restés en Amérique pour manifester. « Quand je les vois, je ne crois plus que nous, les vieux, ayons le monopole de l’idiotie. »

Un écrivain plein d‘humour, qui n’hésite pas à se moquer de lui-même dans ses lettres. De ses difficultés à suivre les GI’s dans ces terrains boueux, humides, où il fallait regarder ses pieds pour éviter les pièges, les serpents, les mines….
Rester à Saigon n’était pas moins dangereux  : « dans les rues, toute personne, tout endroit peut soudain être l’occasion d’une éruption de violence et de destruction. C’est une impression qui ne te quitte pas une minute. »
Et malgré le danger d'un ennemi omniprésent, Steinbeck est tombé amoureux de ce pays, décrit dans ses lettres comme le paradis sur Terre : « la variété des paysages donnerait des démangeaisons à n’importe quel agent de voyages. C’est certainement un des plus beaux pays qu’il m’ait été donné de voir. »
Des lettres rédigées sur la guerre, la peur au ventre, mais aussi les soucis domestiques. Comme la difficulté de trouver de l’eau potable. « C’est pour cette raison qu’on sert tant de thé glacé et que tant de bière est consommée. »

Une vision de la guerre en Asie qui « suit une courbe parabolique. Du doute quant à l’engagement de l’Amérique, au soutien marqué exprimé sur place puis le retour au doute quant à la sagesse de la participation américaine.»
Une guerre étrange, impopulaire car impossible à raconter au pays.
« C’est une guerre à sentir, sans ligne de front, sans arrières. Elle est partout comme un gaz léger, toujours présent. »

« Qui est coupable, qui est innocent ? » Une question restée sans réponse pour John Steinbeck. Il est néanmoins resté fidèle aux soldats engagés, dont il a partagé le quotidien durant de longues semaines. Ses Dépêches du Vietnam, passionnantes, sont émouvantes, historiques. De retour du front, l'auteur n’écrira plus rien jusqu’à sa mort survenue le 20 décembre 1968.

Dépêches du Vietnam. Par John Steinbeck. Collection Tempus. Éditions Perrin, 320 pages
Couverture : éditions Perrin

 

Posté le 15 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Nimrod, l'éditeur qui relate la guerre sous l'angle humain

Entretien
Philippe Degouy

Spécialisées dans la publication de livres relatifs aux conflits et à ceux qui les font (Forces spéciales, pilotes, sniper...), les éditions Nimrod fédèrent un public fidèle autour d'une production qui privilégie la qualité à la quantité. Des ouvrages rédigés par des témoins d'opérations militaires méconnues, des soldats acteurs de récentes guerres (Irak ou Afghanistan notamment). Voire par  des personnages charismatiques, comme Marius, une légende au sein des commandos marines. Nous avons voulu en savoir plus sur Nimrod. Avec un entretien mené avec son fondateur, François de Saint-Exupéry. Des questions sur ses choix d'ouvrages à publier, son lectorat, ses succès, ses projets.

Débutons avec une question, futile sans doute mais qui doit brûler la langue de vos lecteurs depuis longtemps : avez-vous un lien de famille avec le célèbre écrivain-pilote, disparu en juillet 1944?

Antoine de Saint-Exupéry était un cousin germain de mon grand-père, mais ce fait n’a guère joué dans mon désir de devenir éditeur. Si je le dois à quelqu’un, c’est plutôt à ma mère qui a donné à ses enfants le goût de la lecture, ainsi qu’à quelques grands-parents ou oncles à la carrière militaire étonnante.

Le nom de Nimrod, qui en arabe et en hébreu symbolise l’acte de rébellion, est-il choisi en réaction au silence presque généralisé des éditeurs à l’encontre du genre militaire? Ou faut-il y voir une autre explication?

Nous avons choisi le nom de Nimrod car il s’agit, selon le Livre de la Genèse, du premier « héros sur terre ». Celui dont la mort aurait été provoquée par un simple moustique. Il y a dans cette histoire une thématique qui nous est chère : celle des « héros » et des tragédies vécues.
NIMRODOKOKPour le clin d’œil supplémentaire, le nom de code « Nimrod » est aussi celui qui a été attribué à l’opération antiterroriste menée par le célèbre SAS lors de la prise d’otages survenue à l’ambassade d’Iran à Londres en 1980. La première fois que le dénouement d’une prise d’otages était diffusé en quasi-direct à la télévision.

Les éditions Nimrod sont quasi les seules sur le marché francophone à publier des récits de vétérans des guerres d’Irak et d’Afghanistan. Deux « sales guerres » quasi absentes dans les médias et découvertes par le public grâce à vos récits. Les prix remportés par beaucoup d'entre eux prouvent qu’il y a un réel intérêt de la part du public. Comment expliquer ce quasi black-out du genre au sein du monde littéraire?
Les éditions Nimrod publient des récits biographiques militaires, un genre qui a toujours été très populaire dans les pays anglo-saxons, mais qui était tombé en désuétude en France dans les années 1970.
J’imagine que les éditeurs, qui n’ont pas toujours eu une appétence particulière pour les récits militaires, avaient une vision très négative de cet univers après la guerre d’Algérie.
Aujourd’hui encore, des éditeurs, des libraires et des journalistes ont toujours du mal à imaginer qu’un militaire puisse raconter, avec sensibilité et émotion, des aventures vécues. Contrairement aux pays anglo-saxons où la littérature militaire a toute sa place dans les suppléments littéraires des journaux ou dans les rayons des librairies.

Comment s’effectue le choix d’une nouveauté, et quel est son parcours?
Nous publions à la fois des récits traduits de l’anglo-saxon et des récits français. En ce qui concerne les récits anglo-saxons, qui peuvent connaître jusqu’à cinquante parutions différentes ou plus chaque mois sur cette thématique, nous lisons énormément de nouveautés, en essayant de dénicher la pépite. Une histoire qui soit suffisamment universelle, qui apporte quelque chose de nouveau et de différent par rapport à celles déjà publiées. De quoi permettre de découvrir un parcours de vie étonnant et de mieux comprendre certaines réalités du terrain. Ce sont en effet les histoires humaines qui nous intéressent, plutôt que les analyses géostratégiques.
Côté français, nous sommes en permanence à la recherche de témoignages. Nous pouvons tout aussi bien approcher des militaires dont nous pensons qu’ils ont une histoire intéressante à raconter que publier l’un d’entre eux après une approche par mail ou par téléphone. Nous encourageons d'ailleurs les militaires francophones à nous contacter.

Quels sont les titres les plus vendus au sein de votre catalogue? On imagine que la biographie American Sniper rédigée par Chris Kyle occupe une jolie place avec son adaptation faite par Clint Eastwood. Mais qu'en est-il des autres titres?
À ce jour, American Sniper compte en effet parmi nos best-sellers avec plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires vendus, mais il fait quasiment jeu égal avec le récit de Marius, Parcours Commando qui n’a pourtant pas été adapté au cinéma !
Sans atteindre de tels chiffres, d’autres récits ont reçu un accueil particulièrement enthousiaste. Comme Opérations spéciales, 20 ans de guerres secrètes - L’histoire incroyable du colonel Sassi pendant la Seconde guerre mondiale et la guerre d’Indochine, La guerre vue du ciel, les missions de combat du commandant Marc Scheffler en Afghanistan et en Libye. Pour n’en citer que quelques-uns.

Entre récits de fiction et documents historiques, peut-on estimer la clé de répartition dans le chiffre d’affaires de Nimrod?
Si nous avons en effet publié des « fictions militaires » au début de l'aventure, avec des auteurs tels qu’Andy McNab ou Chris Ryan, sans oublier les récits de guerre napoléonienne passionnants de Bernard Cornwell, avec son héros Richard Sharpe, nous avons malheureusement arrêté la publication de romans. Ceci pour nous concentrer exclusivement sur les documents. Nous retenterons peut-être l’expérience plus tard, pour éventuellement reprendre la publication des aventures de Richard Sharpe. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

Vous lancez cette année les éditions Seramis. Avec des récits de destins féminins. Le premier ouvrage, Une maison dans le ciel, a connu un beau succès public. Quelle sera la fréquence de publication? Quel est l’accueil du public?
Alors que Nimrod œuvre dans un univers militaire plutôt masculin par nature, Seramis s’intéresse à des destins de femmes, issues de tous univers. Le premier récit, Une maison dans le ciel, raconte l’histoire d’une Canadienne prise en otage par des miliciens islamistes. Un livre aussi poignant que bouleversant, qui devrait être adapté au cinéma l’année prochaine.
Notre deuxième parution chez Seramis raconte l’histoire d’une petite prématurée née à six mois d'aménorrhée. Une histoire vraie et émouvante, elle aussi, qui se lit comme un vrai thriller. Elle permet de découvrir un univers étonnant raconté par chacun des deux parents.
De la même manière que Nimrod, Seramis vise à publier cinq à six récits chaque année. Pour débuter. Le prochain ouvrage de Seramis concernera la vie plutôt chaotique d’une jeune autiste française.

Revenons à Nimrod et les projets en cours. Pouvez-vous nous en dire plus?
Sans trop en dévoiler, nous avons plusieurs projets très différents en cours de réalisation. Mais avec les mêmes contraintes éditoriales : une histoire vraie, un parcours humain, l’envie de découvrir un univers souvent méconnu.
Nous préparons ainsi un livre consacré au GIGN, mais à travers l’histoire des premiers membres de cette unité. Un autre document sera consacré à la Légion des volontaires français et à leur engagement sous l'uniforme allemand, à travers les mémoires inédites de l’un d’entre eux. Ancien combattant de la bataille de Berlin. Une histoire très éloignée des poncifs habituels.
De même, un livre sera rédigé par un pilote de chasse embarqué sur le Charles de Gaulle. D'autres surprises suivront. Patience (rires).

Notre récent projet anglo-saxon, déjà parti en traduction, n’est autre que la publication des mémoires d’un membre du Seal Team 6, une unité d’élite américaine qu'il ne faut plus présenter. L’homme en question a participé à plus de 400 missions opérationnelles au cours de sa carrière, dont plusieurs ont particulièrement marqué les esprits. Qu’il s’agisse de la libération du capitaine Phillips (pris en otage par des pirates somaliens) ou de la neutralisation de ben Laden.

Dernière question en guise de conclusion, avez-vous esssayé de dresser un portrait du lecteur lambda? Plutôt civil ou membre des forces armées?
Très honnêtement, nous ne le savons pas. Mais nous imaginons que le lectorat de Nimrod doit être plutôt civil. Beaucoup de militaires préfèrent sans doute se détendre en lisant autre chose qu'un livre qui leur rappelle le boulot… (rires)
Mais notre fierté, c’est quand ils se décident à lire l'un de nos récits, consacré à un univers qu’ils connaissent bien, et qu’ils apprécient cette lecture car ils s’y retrouvent pleinement.

 

Posté le 14 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Cent motos pour écrire la légende des aigles de la route

Par Philippe Degouy

Avec les problèmes de mobilité qui plombent la circulation au coeur de nos villes, les deux roues sont une solution. Il y a ceux qui roulent en scooter et les autres. Les motards, ceux qui aiment allier l’utile et l’agréable. Avec le plaisir de chevaucher un engin qui incarne à merveille la liberté et l’individualisme. Les 100 plus belles motos du monde, nouvel album publié chez Atlas éditions,  rend hommage à une belle sélection de machines qui ont, toutes, marqué l’histoire de la moto. Produites par BSA, Norton, Triumph, Honda, Suzuki, Yamaha, BMW ou Harley...
On passe en un coup d'accélération du tricycle de Dion à la Kawasaki Ninja H2R, simplement la moto la plus rapide du monde avec ses 400 km/h enregistrés en 2016.

MOTOSSi certains vont davantage apprécier le chapitre dédié aux gros cubes, comme ces BMW 1000 RR, Ducatti 1199 ou Kawa 1400 GTR, des monstres de puissance destinés à se faire (très) peur sur la route, d'autres vont préférer l'évocation nostalgique de ces petites motos sympathiques des années 60-70 et 80. Elles seraient parfaites pour circuler aujourd'hui. Qui a pu oublier la Motobécane LT3 de 1976, la BMW R80 GS, ou la petite Yamaha DT 360 ? Les modèles mythiques n’ont pas été oubliés, comme la révolutionnaire Honda CB 750 Four ou la harley Davidson Electra Glide Standard.

Au fil des pages se dévoilent également des curiosités. Comme la Royal-Enfield 500 et son attelage Wastsonian, caravane en bois pour deux personnes. Quant à parler de side-cars, citons aussi ces deux versions militaires des années 40, le Zündapp KS 750 et le BMW R75 type Russie, capable de grimper des pentes de 50%.
Chaque moto présentée dans le volume est accompagnée de son historique, ses caractéristiques, ses points forts et faibles et ses données techniques. Sans oublier une abondante iconographie qui permet de savourer les lignes des modèles sélectionnés. On reste sans voix devant la beauté de la ligne de la Ducatti 749, notamment.
Nul besoin d’avoir le permis pour apprécier ces engins au look sympathique ou plus bestial. Et, qui sait, l’appétit viendra peut-être au cours de la lecture. Avec l’envie de le passer ce fameux permis. Comme le dit un dicton du Joe Bar Team, « vieux motard que jamais » .

Les 100 plus belles motos du monde. Éditions Atlas. 224 pages, 25 euros
Couverture : éditions Atlas

Posté le 11 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Joue aux échecs, je te dirai qui tu es!

Par Philippe Degouy

Jugé élitiste, compliqué, snobé par les amateurs de jeux vidéo, le jeu d’échecs mérite pourtant un autre regard. Pour la beauté de ses règles, les parties qui nécessitent don de la stratégie et mémoire des coups à jouer. Une belle école de la vie également. Il nécessite des prises de risque ou au contraire une prudence justifiée.
Publié aux éditions Atlas, Le grand livre des échecs  se présente comme un manuel pratique destiné aux débutants mais aussi aux joueurs confirmés. D’un abord accessible, il ne tombe pas dans le piège du manuel d’apprentissage trop simpliste, celui qui ne permet pas de progresser. Après la présentation de l’échiquier (case blanche toujours à droite, ndla) des pièces (la Dame sur sa couleur) et de leurs déplacements, les auteurs invitent à découvrir les différentes ouvertures, les tactiques, la façon de déjouer des situations de jeu inextricables, celle de déchiffrer une partie écrite, de noter les coups...

Une présentation du jeu qui se veut interactive avec le lecteur. L’ouvrage propose ainsi de nombreuses situations de jeu, celles que vous rencontrerez au fil d’une partie, et vous propose de les résoudre, moyennant un peu de réflexion. Pas de panique, les réponses commentées sont disponibles comme filet de sécurité.
Avec sa mise en page moderne et ses nombreuses illustrations, le grand livre permet de progresser rapidement. D’apprendre des coups et des tactiques qui feront la différence lors de votre prochaine partie. « Se plonger dans les combinaisons célèbres pour s’inspirer des solutions des plus grands joueurs, avoir une compréhension pointue d’une partie, savourer le goût de la victoire, telles sont les ambitions du guide. »

ECHECSDe nombreux conseils de maîtres sont distillés au fil des pages. À ne pas négliger, car ils relèvent du bon sens et peuvent parfois décider de l’issue d’une partie. Comme « le danger de se raccrocher à des recettes toutes faites qui ont réussi dans d’autres parties. La routine et trop de confiance en vous sont vos ennemis sur l’échiquier
Les expressions courantes dans le jeu d'échecs sont expliquées, histoire de savoir, notamment, la différence entre mat et pat, ce que l’on désigne comme la Voie lactée…  Qu'est-ce qu'une ouverture anglaise, savoir utiliser le gambit du Roi...
Un jeu qui comporte aussi une part de psychologie. La façon de déplacer les pions et de contrer les attaques permet de deviner le tempérament du joueur dans la vie courante. « On peut distinguer quatre profils de joueurs : le timoré, le prudent, le courageux et le téméraire. »

Un ouvrage dont la lecture peut (doit) s’accompagner d’un échiquier et d’un carnet de notes. Pour mieux visualiser les tactiques et parties expliquées.
Avec un peu de chance, de persévérance dans le jeu, et de talent, votre nom figurera peut-être un jour dans la liste des maîtres des échecs. Celle présente en fin d’ouvrage rend hommage aux plus grands d'entre eux : Garry Kasparov, Boris Spassky, Anatoly Karpov, Bobby Fisher, Max Euwe, Victor Kortchnoï… Autant de modèles pour des générations de joueurs. Outre une biographie sommaire, chaque fiche présente les coups célèbres des champions. Comme cette défense Alekhine, jouée à la surprise générale, par Bobby Fisher contre Boris Spassky au championnat du monde de Reykjavik en 1972.
À vous les Blancs.

Le grand livre des échecs. Apprendre à maîtriser les règles du jeu. Éditions Atlas, 256 pages. 20 euros
Couverture : éditions Atlas

Posté le 11 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Jutland, le chant du cygne des cuirassés

     Par Philippe Degouy

Prêts à appareiller avec les éditions Glénat ? Elles lancent une nouvelle série d’envergure, dédiée aux grandes batailles navales qui ont marqué l’histoire. À la tête de cette formidable armada, Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, fait office de pacha. Parfaitement à l’aise sur l’eau, son élément, omniprésent dans son œuvre. Que l'on pense notamment à U-Boot, mais aussi à Black Crow, Le Belem, Black Crow raconte
Les grandes batailles navales racontent les affrontements vécus de l’intérieur. En suivant les acteurs du drame, du matelot au commandant. Le lecteur est ainsi plus à même de ressentir l’angoisse, le choc et l’horreur des combats.
Solide défi que celui d’orchestrer le récit de ces batailles qui ont modifié l’Histoire. Certaines sont restées en mémoire, comme Trafalgar, Midway ou Lépante. D’autres sont moins connues du grand public et bien présentes dans la saga proposée par Glénat.
À l’instar de la bataille de Jutland, livrée par les marines de Guillaume II et de George V. Petit rappel des faits avec cet album d'excellente facture.

JutlandPrintemps 1916. La flotte de haute mer allemande a préparé un plan qui semble imparable, du moins sur papier : surprendre la flotte britannique dans ses ports et pousser les navires attaqués à prendre la mer où ils seront coulés par les sous-marins. Mais le projet est éventé grâce aux services de renseignement. Les Britanniques ont quitté les ports et s’avancent pour surprendre l’escadre allemande. Le choc a lieu au large des côtes danoises du Jutland. Dans les chiffres, la flotte britannique est deux fois plus importante que celle de l’ennemi allemand. Mais ce dernier réussit pourtant à secouer son adversaire et à prendre un solide tribut en navires. De grosses unités britanniques sont envoyées par le fond. En cause, des cales chargées de cordite, un puissant explosif, mais aussi un commandement douteux, et des navires au blindage allégé.
Cette bataille prendra part sur un court laps de temps, de l’après-midi du 31 mai à l’aube du 1er juin, mais elle se révélera dantesque. Elle sera également la dernière bataille navale classique, celle où seront utilisés massivement des cuirassés. Pour une dernière fois, car se profile déjà l’ombre du futur roi des mers : le porte-avions. Quelques décennies plus tard, c’est lui qui dictera sa loi sur toutes les mers du monde.
Étrange paradoxe, la flotte allemande qui s’était retirée dans ses ports pour éviter de fortes pertes, sera obligée de se saborder à la fin du conflit. Quant au bilan, il reflète l’intensité de cette bataille : « sur les 249 navires de combat engagés, 25 ont été coulés. Plus de 8647 marins sur les 90.000 embarqués ont perdu la vie. Plus de 20.000 coups de canon ont été tirés, soit l’équivalent de 6 millions de kilos d’acier et d’explosif. »

Jutland, un album qui porte la marque de Jean-Yves Delitte. Nul besoin de le signer d’ailleurs, ses fans reconnaîtraient son dessin sans coup férir. Presque les yeux fermés. Ses planches nocturnes imprimées sur papier noir, ses personnages aux traits identiques que l'on retrouve de série en série, et cette façon particulière de dessiner les yeux. Autant de caractéristiques liées à son œuvre.  Comme pour tous les albums de l'artiste, le lecteur a droit à un trait précis, chirurgical si l’on osait un lieu commun. Il faut savourer ses planches avec des navires fidèlement reproduits. De même que cette façon de les replacer en situation, avec un cadrage cinématographique. On ne lit pas la bataille, on la vit. 
Si Jean-Yves Delitte réalisera tous les scénarios et les couvertures de la collection, il fera appel à de fidèles lieutenants pour se charger du dessin de certains albums. On retrouvera notamment Federico Nardo, Philippe Adamov, Roger Seiter, Christian Gine ou Denis Béchu (pour le tome dédié à Trafalgar, déjà sorti).
Précisons enfin que chaque tome est accompagné d’un bonus documentaire, qui replace la bataille dans son contexte historique, détaille les forces en présence et les navires engagés.

Trois premiers volumes de la collection sont déjà disponibles, Chesapeake, Trafalgar et Jutland. En octobre, deux autres titres rejoindront l’escadre, avant d'autres renforts déjà prévus pour 2018.

Jutland. Dessin et scénario de Jean-Yves Delitte. Collection Les batailles navales. Éditions Glénat, 56 pages, 14,95 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 10 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Requiem pour un shérif

Par Philippe Degouy

Dans une chronique précédente, nous avions déjà salué l’heureuse idée des éditions du Lombard : rééditer à prix très doux (9,9 euro par BD) Comanche, la série western du duo Greg et Hermann. Une collection mythique à (re)découvrir, avec de purs joyaux. Comme le diptyque Le doigt du diable et Les shériffs (réédité avec la faute d’orthographe d’origine, ndla), deux pièces maîtresses qui confirment notre enthousiasme. La réédition, plusieurs décennies après les originaux, démontre que ces deux BD n'ont pas pris une ride. Un modèle à suivre pour les jeunes pousses de la BD, avec un sens du cadrage exceptionnel, mis en scène par Hermann. Quant à Greg, il dévoile un scénario très cinématographique. On ne lit pas ces albums, on les voit se dérouler devant nous. Du solide, comme devait l'

Deux tomes, désormais présents au rayon nouveautés, articulés sur le thème du passé, impossible à effacer pour Dust et ses semblables. « Si on peut faire semblant de l’oublier soi-même, il y a toujours quelqu’un d’autre pour ramener les mauvais souvenirs. »

Au cours de sa fuite en avant, pour fuir une civilisation devenue trop envahissante au ranch 666, et retrouver ce contact avec le grand Ouest sauvage, Dust croise la route de Joseph Duncan. Un fermier à la tête d’un domaine géré avec sa fille Pat. D’emblée, Dust devine que le fermier cache un lourd passé, comme lui. Duncan, en effet, n’est autre que Jeb Dexter, un pistolero de renom, autrefois surnommé « le doigt du diable ». Quarante duels sans défaite.
Reconverti en paisible fermier depuis des années, l'ex-flingueur doit refaire face à ses vieux démons avec l’arrivée inattendue de Dan Wallach, tireur d’élite qui découvre lui aussi son identité. Duncan-Dexter n’a désormais plus le choix. Il lui faut reprendre les armes pour éliminer cette menace. De son côté, Dust croyait avoir trouvé un refuge paisible au sein de la ferme de Duncan. Mais d’anciens shérifs, dont Wallace, bousculent sa vie rangée de garçon de ferme. Ces anciens hommes de loi souhaitent délivrer une ville assiégée par une bande de criminels dirigée par la famille Ruhmann. D'abord opposé à ce qui ressemble à un dernier baroud d’honneur pour d’anciennes gloires, Dust finit par accepter en apprenant que Comanche figure parmi les assiégés : « Devant nous, il y avait Comanche en danger… Comanche qui m’avait déçu dix fois et pour qui je traverserais la Terre. » Pour les shérifs, derniers de leur race, ce combat sera leur dernier. Ils le sentent. Il n’y aura pas de retour pour ces hommes à l’étoile d’argent.

Deux volumes, des classiques du genre, qui plongent le lecteur au coeur des magnifiques décors du Montana, territoire sauvage et hostile. Oui, sauf pour cet ours de Red Dust, toujours prêt à aller plus loin, pour échapper aux barrières, y compris celles du 666, le ranch de Comanche.
Comanche-tome-8-sheriffsDes scénarios solidement mis en place, rédigés d’une écriture qui rend hommage au cinéma. Comanche-tome-7-doigt-diable Les cinéphiles ne manqueront d'ailleurs pas de comparer la fin des Shériffs à celle de La Horde sauvage, classique du cinéma de Sam Peckinpah. Là aussi, les anciens pistoleros se suicident en beauté pour sauver un ami. Comme une fin programmée, souhaitée, les armes à la main. Pour mettre fin à leurs cauchemars. Ceux dont on se réveille « couvert de sueur, les doigts cherchant le Colt. Pour tuer les fantômes. »

Deux albums dans lesquels la misanthropie d’Hermann est battue en brèche par quelques traits d’espoir en l’espèce humaine. Avec ces hommes de loi au passé trouble capables d’un ultime geste de rédemption. La dernière planche des Shériffs est à cet égard d’une extraordinaire beauté.

Le doigt du diable. Comanche tome 7.
Les shériffs, Comanche tome 8. Scénario de Greg, dessin et couleurs par Hermann. Éditions du Lombard, 48 pages, 9,9 euros
Couvertures : éditions du Lombard

Posté le 10 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Trafalgar, un désastre français

Cadix, 1805. Une partie de la flotte française s’est réfugiée dans les ports espagnols. L’amiral de Villeneuve, bon marin mais peu réputé pour ses coups d'audace, préfère rester à l'abri du port plutôt que de risquer d’affronter la flotte de son ennemi anglais, Nelson. La terreur des mers. Les marins et officiers français désespèrent quant à eux de retrouver un jour leur France. Il faut à l'amiral français la menace de sa destitution pour qu’il accepte de reprendre la mer pour rejoindre la Méditerranée.
Octobre 1805. Au large du cap de Trafalgar. La flotte franco-espagnole tombe sur une escadre britannique, moins nombreuse. Croyant l’affaire facile, de Villeneuve attaque, sûr de son succès et de sa puissance de feu. Pas de chance, c’est Nelson qui se trouve en face. Le diable des mers. Les Français se font étriller dans un combat naval qui restera à jamais comme l’une des pires batailles de l’histoire. Et l’un des affronts les plus mémorables pour la marine française.

TrafalgarSur le scénario solidement charpenté de Jean-Yves Delitte, par ailleurs pacha de la collection et dessinateur des couvertures, Denis Béchu a réalisé pour Trafalgar (éd. Glénat) des planches de toute beauté. Bien détaillées, elles rendent parfaitement les scènes de bataille. Son dessin est moins chirurgical que celui de Jean-Yves Delitte, qui n’est pas peintre officiel de la Marine pour rien, mais il se révèle aussi efficace et dynamique. On imagine sans peine le fracas des tirs, le bruit du bois qui se déchire sous la mitraille ainsi que les cris de douleur des blessés. Mutilés, éventrés par les échardes de bois ou les éclats des boulets.

Une bataille relatée par ses acteurs. Du simple marin à l’officier supérieur. Un procédé qui permet au lecteur de vivre la bataille de l’intérieur. Pour mieux s’imprégner de l’atmosphère, de la peur ressentie.

Si côté Anglais, c’est Le point de vue d’Horatio Nelson qui prédomine, côté français les auteurs ont pris pour témoins des marins d’un niveau moindre. Le jeune gabier Gabriel Kermadic, dit « la grenouille », Gros Louis et le capitaine Lucas. Trois victimes de mauvaises décisions. Comme le souligne  Gros louis, matelot rustre mais au raisonnement sans faille : « les Anglais n’ont pas fait la bêtise au nom d’une révolution, de décapiter leurs commandants, parce qu’ils avaient le sang bleu, pour les remplacer par des incapables. »

Un désastre maritime qui s’achève par le déshonneur, la libération par les Anglais de l’artisan de cette déroute, l’amiral de Villeneuve. Un officier débarqué de nuit, sur une petite plage de Bretagne. Le visage de la défaite, qui a coûté plus de 5.000 tués français et la perte de 23 navires. Un officier qui sera retrouvé mort peu de temps après. Assassiné ou suicidé ? La question divise encore. De leur côté, les Anglais pleurent la perte de leur héros, l’amiral Nelson, victime d’un tir français, plus chanceux que précis.

Comme tous les volumes de cette nouvelle collection, celui-ci bénéficie d’un dossier historique rédigé par Jean-Yves Delitte. De quoi mieux faire connaissance avec les navires impliqués, les officiers dans chaque camp ou les différentes hypothèses qui tournent autour du coup de feu qui a mortellement blessé l’amiral Nelson. Un bonus apprécié, qui ajoute une touche d’histoire bienvenue, accessible à tous.
Trafalgar? Un épisode bien fini, parfait exemple de ce qui attend les lecteurs avec cette nouvelle collection, dont plusieurs dizaines de tomes devraient prendre la mer.

Les grandes batailles. Trafalgar. Scénario de Jean-Yves Delitte, dessin de Denis Béchu. Éditions Glénat, 56 pages, 15 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 6 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Nous, la Légion

Par Philippe Degouy

Présente chaque année sur les boulevards parisiens pour le défilé militaire du 14 juillet, la Légion étrangère véhicule une kyrielle d’images d’Epinal. Mais qu’en est-il exactement ? Qui sont ces hommes qui viennent du monde entier pour tenter d'intégrer ce corps d’élite né en 1831 ? Pourquoi viennent-ils se présenter, en France, pour revêtir l’uniforme et oublier un passé parfois douloureux ? Autant de réponses à trouver dans Legio Nostra (ed. du Lombard), très beau reportage construit sous la forme d’une BD documentaire.
Aux commandes, Hervé Loiselet (Les carnets secrets du Vatican, 20 ans de guerre, Blackline) au scénario et Benoît Blary (Virginia, Sigurd et Vigdis) au dessin, rendent un double hommage. À la Légion, mais aussi au documentaire, devenu culte, de Pierre Schoendoerffer, Section Anderson (1968). Une œuvre qui interrogeait des soldats américains partis au Vietnam. Comme elle, Legio Nostra s’intéresse davantage aux hommes qu’aux exploits guerriers. Qui sont ces légionnaires ? Et comment font-ils la guerre ?  Après une partie dédiée à l'histoire de la Légion, de nombreux chapitres suivent le quotidien du légionnaire, depuis son arrivée en France jusqu’à son engagement sur le terrain. Au Mali, en Afghanistan ou dans les rues de France pour sécuriser le public face à la menace islamiste.

Legio-nostraSur des textes de Hervé Loiselet, parfaitement documenté, Benoît Blary livre un dessin superbe, avec des aquarelles aux teintes chaudes, qui rappellent ce sable du désert, lié à l’histoire de la Légion. Leur album se lit comme un reportage vécu au sein de la Légion. Incarnation d'une société multiculturelle idéale. Tous les pays y sont représentés, ou peu s'en faut, avec des soldats venus de tous les coins du monde et devenus des frères d’armes soudés par l’action et l’amour de la France.
De l’action, l’histoire de la Légion n’en manque pas. Un passé historique écrit en lettres de sang. Les 36.000 légionnaires morts pour la France peuvent en témoigner. Autant de soldats qui ont suivi leur serment d’accomplissement de la mission reçue, même au prix du sacrifice ultime.

De nombreux témoignages, des anecdotes historiques, l’histoire des insignes, des chants permettent d’en apprendre beaucoup au sujet de la Légion. Vous découvrirez, notamment, l’histoire du képi blanc, ou le culte voué à la prothèse articulée du capitaine Danjou depuis Camerone. Ce symbole de l'amour de la France, payé au prix fort. Vous saurez aussi pourquoi il n’y a plus de boudin pour les Belges.
Une image de la Légion dépoussiérée de tous ses clichés ou idées fausses.

Un très bel album sur lequel plane l’ombre du mythe, la célèbre bataille de Camerone, ce Fort Alamo à la française dont on célèbre l’histoire tragique chaque 30 avril. En 1863, 62 légionnaires ont ainsi défié 2.000 soldats mexicains pour la réussite d'une mission capitale.

Au fil de la lecture, chacun suit avec grand intérêt le chemin parcouru par ces étrangers devenus eux aussi fils de France, non par le sang reçu, mais par le sang versé. Un album qui se veut aussi un clin d’œil personnel adressé par Hervé Loiselet à un grand-oncle, Marcel Vambewer, engagé volontaire à la Légion.

« Oublions, avec nos peines, la mort qui nous oublie si peu,
Nous la Légion
. »

Legio Nostra. La Légion étrangère d’hier et d’aujourd’hui. Scénario de Hervé Loiselet, dessin de Benoît Blary. Éditions du Lombard, 120 pages, 18 euros
Couverture : éditions Le Lombard

Posté le 5 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

C’est beau l’amour quand il rime avec humour

Par Philippe Degouy

« Il y a des jours où Cupidon s’en fout » chantait Georges Brassens. L’amour, toujours. L’amour, impossible sans humour réplique Antoine Chereau. Avec son nouvel album  Du moment qu’on s’aime (éd. Pixel Fever), il revisite en quelque 85 planches de bande dessinée ce sentiment amoureux qui régit le monde. Un amour à multiples visages analysé, décortiqué, pour mieux le moquer. L’amour homme- femme, homo, lesbien. Mais aussi l’amour du quatrième âge, l’amour filial, celui des familles recomposées.
Rien n’est oublié par un auteur dont l’humour emprunte aussi bien à Pierre Desproges qu’à Sacha Guitry, spécialiste des rapports homme-femme et auteur de citations restées cultes. Comme celle qui ouvre l'album : « Le mariage, c’est résoudre à deux les problèmes qu’on n’aurait pas eu tout seul. »
Un sujet traité par Antoine Chereau avec des planches minimalistes ou un peu plus complexes, qui servent toutes d’écho à son humour ravageur, emprunté à celui de Reiser, bête et méchant, de Wolinski ou du dessinateur Claude Serres, plus dépouillé mais terriblement cynique. Avec Chereau, toute la puissance humoristique se retrouve concentrée dans les dialogues ou les monologues exprimés contre le conjoint. Le dessin n'est qu'un support, un contenant. Comment résister au rire devant cette femme représentée devant une vaisselle monstre et à qui son mari déclare, benoîtement : « laisse, tu feras ça tout à l’heure, j’ai envie de toi. » Autre pépite, cette planche avec un couple au lit. Avec madame plongée en pleine crise existentielle : « les hommes ne pensent qu’à ça ! Pas un mot d’amour. Le cul ! Le cul ! Le cul ! D’ailleurs, tous les ouvrages sur le sujet convergent. C’est le mot, répond le mari d’un sourire carnassier. »

CHEREAUTrès souvent, on repense aux caricatures d'Albert Dubout, avec ses grosses femmes accompagnées d’un petit monsieur qui n’a que l’humour à offrir aux attaques de sa maîtresse femme. « C’est horrible, les enfants vont partir, et nous allons rester seuls. – Pars avec eux » dit le mari, d’un sourire vachard. Un amour qui peut se révéler cruel, pourri par le quotidien et le temps qui passe. Situation parfaitement résumée par ce dessin d’un couple en barque sur un étang : « c’est fou comme cette balade en barque ressemble à notre vie ! Tu rames et je m’emmerde » déclare madame.

On sourit, parfois, on rit, le plus souvent. Car le comique est drôle. Hilarant souvent. Oui, d’accord, mais le rire se fait parfois grimace. Car le comique de situation repose, on le sent, sur la vie quotidienne. L’auteur a largement puisé dans le catalogue des comportements amoureux. Les relations parents-ado n’ont rien à envier quant à la portée comique. À l’instar de cette cette confrontation, le mot est choisi, entre un jeune et ses parents : « bien sûr qu’on t’aime ! Tu crois qu’on aurait sacrifié notre vie pour toi si on ne t’aimait pas ? »

Un album qui peut se refermer sur le souvenir de la planche qui ouvre les hostilités. Avec des invités, hilares, réunis autour d’un orateur lors d’un mariage entre deux jeunes tourtereaux fraîchement tombés du nid familial : « Je lève mon verre aux jeunes mariés qui pensent encore qu’ils vont s’aimer pour toujours. »
Un album truculent, qui célèbre une thématique sans fin, l'amour, qui se lit sans faim. Cela décape, certes, mais ne dit-on pas : « qui aime bien châtie bien » ?

Du moment qu’on s’aime. Dessin et texte d’Antoine Chereau. Éditions Pixel Fever. 88 pages, 23 euros
Couverture : éditions Pixel Fever

 

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