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Posté le 10 mai 2017 par Philippe Degouy

Requiem pour un shérif

Par Philippe Degouy

Dans une chronique précédente, nous avions déjà salué l’heureuse idée des éditions du Lombard : rééditer à prix très doux (9,9 euro par BD) Comanche, la série western du duo Greg et Hermann. Une collection mythique à (re)découvrir, avec de purs joyaux. Comme le diptyque Le doigt du diable et Les shériffs (réédité avec la faute d’orthographe d’origine, ndla), deux pièces maîtresses qui confirment notre enthousiasme. La réédition, plusieurs décennies après les originaux, démontre que ces deux BD n'ont pas pris une ride. Un modèle à suivre pour les jeunes pousses de la BD, avec un sens du cadrage exceptionnel, mis en scène par Hermann. Quant à Greg, il dévoile un scénario très cinématographique. On ne lit pas ces albums, on les voit se dérouler devant nous. Du solide, comme devait l'

Deux tomes, désormais présents au rayon nouveautés, articulés sur le thème du passé, impossible à effacer pour Dust et ses semblables. « Si on peut faire semblant de l’oublier soi-même, il y a toujours quelqu’un d’autre pour ramener les mauvais souvenirs. »

Au cours de sa fuite en avant, pour fuir une civilisation devenue trop envahissante au ranch 666, et retrouver ce contact avec le grand Ouest sauvage, Dust croise la route de Joseph Duncan. Un fermier à la tête d’un domaine géré avec sa fille Pat. D’emblée, Dust devine que le fermier cache un lourd passé, comme lui. Duncan, en effet, n’est autre que Jeb Dexter, un pistolero de renom, autrefois surnommé « le doigt du diable ». Quarante duels sans défaite.
Reconverti en paisible fermier depuis des années, l'ex-flingueur doit refaire face à ses vieux démons avec l’arrivée inattendue de Dan Wallach, tireur d’élite qui découvre lui aussi son identité. Duncan-Dexter n’a désormais plus le choix. Il lui faut reprendre les armes pour éliminer cette menace. De son côté, Dust croyait avoir trouvé un refuge paisible au sein de la ferme de Duncan. Mais d’anciens shérifs, dont Wallace, bousculent sa vie rangée de garçon de ferme. Ces anciens hommes de loi souhaitent délivrer une ville assiégée par une bande de criminels dirigée par la famille Ruhmann. D'abord opposé à ce qui ressemble à un dernier baroud d’honneur pour d’anciennes gloires, Dust finit par accepter en apprenant que Comanche figure parmi les assiégés : « Devant nous, il y avait Comanche en danger… Comanche qui m’avait déçu dix fois et pour qui je traverserais la Terre. » Pour les shérifs, derniers de leur race, ce combat sera leur dernier. Ils le sentent. Il n’y aura pas de retour pour ces hommes à l’étoile d’argent.

Deux volumes, des classiques du genre, qui plongent le lecteur au coeur des magnifiques décors du Montana, territoire sauvage et hostile. Oui, sauf pour cet ours de Red Dust, toujours prêt à aller plus loin, pour échapper aux barrières, y compris celles du 666, le ranch de Comanche.
Comanche-tome-8-sheriffsDes scénarios solidement mis en place, rédigés d’une écriture qui rend hommage au cinéma. Comanche-tome-7-doigt-diable Les cinéphiles ne manqueront d'ailleurs pas de comparer la fin des Shériffs à celle de La Horde sauvage, classique du cinéma de Sam Peckinpah. Là aussi, les anciens pistoleros se suicident en beauté pour sauver un ami. Comme une fin programmée, souhaitée, les armes à la main. Pour mettre fin à leurs cauchemars. Ceux dont on se réveille « couvert de sueur, les doigts cherchant le Colt. Pour tuer les fantômes. »

Deux albums dans lesquels la misanthropie d’Hermann est battue en brèche par quelques traits d’espoir en l’espèce humaine. Avec ces hommes de loi au passé trouble capables d’un ultime geste de rédemption. La dernière planche des Shériffs est à cet égard d’une extraordinaire beauté.

Le doigt du diable. Comanche tome 7.
Les shériffs, Comanche tome 8. Scénario de Greg, dessin et couleurs par Hermann. Éditions du Lombard, 48 pages, 9,9 euros
Couvertures : éditions du Lombard

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