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Posté le 15 mai 2017 par Philippe Degouy

Tendre Violette, la liberté chevillée au corps

Par Philippe Degouy

Un réel plaisir, celui de retrouver cette chère et Tendre Violette, près de quarante ans après la première rencontre dans le défunt mensuel « (A Suivre) ». C’était en avril 1979, dans le numéro 15 pour être précis, que les lecteurs découvraient cette fille sauvage, amoureuse de sa forêt et de sa liberté sans confort. Un personnage féminin qui permettait à ses créateurs, Jean-Claude Servais et Gérard Dewamme, de rendre hommage à la femme, et à son goût pour la liberté. Les bédéphiles qui étaient adolescents à cette époque ont certainement gardé en mémoire la sensualité qui émanait de cette fille de papier, l’une des premières dans le monde de la BD franco-belge à s’exhiber sans peur de la censure et de l'avis des autres.
Cette jeune fille se montrait fière de son corps et de ses amours contrariées. Une rebelle, qui aimait faire bisquer les bourgeois et ne voulait à aucun prix rejoindre la meute et entrer dans le rang. Jamais elle n'était plus heureuse que dans sa pauvre masure nichée au coeur des bois, à cueillir les champignons et se baigner nue dans l'eau pure des rivières.

SERVAISUne Tendre Violette qui nous revient aux éditions Dupuis. Avec une intégrale en noir et blanc de toute beauté. De quoi savourer le dessin superbe de Jean-Claude Servais, dont chaque planche témoigne d’un travail de précision étonnant. N’en déplaise aux amateurs de couleurs, le noir et blanc se justifie pleinement pour cette intégrale. Pour mieux savourer les traits précis et ces jeux d'ombre. Chaque planche est digne d'être épinglée. Gérard Dewamme au scénario retrace à merveille la vie de la campagne de la fin du XIXe, début XXe au cœur d’une région qui s’étend entre la Belgique, le Luxembourg et la France.
L'intégrale propose dix courts récits qui composent un univers où se mélangent sombres histoires propres aux petits villages, amours d'une Violette volage et rites sataniques orchestrés au cœur de ces forêts profondes, mystérieuses. Le lecteur savoure cette étrange atmosphère qui entoure cette marginale, un peu sorcière. Mais comme le dit Bourguignon, un amant de passage, « quand une sorcière est jolie, ça s’appelle une fée. »

Une intégrale qui débute par un beau texte de Gérard Dewamme, une forme d'hommage rendu à une vieille voisine qui aurait pu incarner notre Tendre Violette au crépuscule de sa vie : « Violette a toujours su qu’elle n’avait pas grand-chose à perdre, que les grands jours sont ceux de nouba et qu’une poire pour la soif pourrit vite quand on n’ose pas y toucher. »
Un dossier rédigé par Dominique Billion clôture ce très bel album, nostalgique à souhait, qui mérite le détour et donne envie de rejoindre la Gaume. Pour (re)découvrir cette superbe région qui a largement inspiré l’univers de Jean-Claude Servais. Pour tenter de croiser les pas de son personnage. Qui sait, nul ne peut dire qui se cache au coeur de ces forêts.

Tendre Violette. Intégrale en noir et blanc. Dessin de Jean-Claude Servais. Scénario de Gérard Dewamme. Éditions Dupuis, 160 pages, 35 euros
Couverture : éditions Dupuis.

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