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juin 2017

Posté le 29 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

24H01, le mook qui vous fait passer à l'heure belge

Par Philippe Degouy

Face au Pacte d’excellence qui suscite toujours la polémique parmi les acteurs du dossier de l'enseignement francophone, 24H01 prend le temps de se poser. Avec un gros dossier qui occupe la couverture du mook estival. Un mook (publication hybride entre magazine et livre) teinté de belgitude qui se pose la question de la définition de l’école idéale. Comment la définir? Dans son édito, dont le titre, La brise de la désobéissance, donne le ton, Quentin Jardon la voit comme un endroit «où règnerait la curiosité. Là où les élèves auraient une place prépondérante.» La rédaction a donc donné la parole à trois familles de confessions différentes mais unies par le même souhait : ne pas inscrire les enfants à l’école primaire. Pour lui préférer un autre apprentissage de la vie : les promenades, l’imprévu, l’absence des murs. Un dossier sur l’école sur mesure qui se lit avec intérêt. Même si les pensées sont plutôt tournées vers la plage, le farniente. Qui sait, la rentrée pourrait être bien différente des précédentes : plus de pleurs à la grille de l’école, plus de stress de fin d’été. Vive l’école rebelle. Ouverte sur le monde. Comme le sommaire de ce numéro estival qui laisse bien peu de sujets sur le bord du chemin. Il s’aventure hors des sentiers battus, avec l’alternance entre sujets graves ou plus légers. Mais tous issus de reportages sur le terrain.
Terriblement d’actualité, la bataille de Mossoul est présentée dans toute son horreur. De quoi se faire une idée de la réalité de terrain, celle d'un front qui occupe quelques secondes à la télévision.

24h01DDes journalistes envoyés sur le terrain pour ramener également de jolies rencontres avec des individus différents. Originaux. Comme ce bibliothécaire des oubliés, Pierre Baugnée. « Un Robin des Bois qui veut mettre à la disposition de tous des livres d’auteurs belges tombés dans le domaine public.» Angelo Milazzo, inspecteur de police italien, est chargé quant à lui d’identifier les migrants morts de leur tentative pour rejoindre l’Europe. Sacré défi pour cet homme, car sur les 30.000 morts de ces 15 dernières années, plus de 60% n’ont jamais été identifiés.
 Plus proche de nous, le hameau de Guéronde, petit village du Hainaut occidental, est ramené à la vie en quelques pages. Lui qui fut sacrifié au développement de la carrière locale. «La vie qui animait Guéronde était unique et c’est ce capital qui a été réduit en poussière» explique un témoin interrogé par 24h01
Douze ans après le passage de l’ouragan Katrina, qu’est devenue la Nouvelle Orléans?  Travailler pour WikiLeaks. De quoi devenir fou? Autant de sujets extraits du sommaire et qui suscitent des réactions multiples. Des textes qui font toujours place à l’humain, aux souvenirs et à la réflexion. Tous illustrés de dessins et de photos qui ajoutent une couche de plus au ton décalé de la publication.

Ce mook, c’est simple. On peut le comparer à une tablette de chocolat. On le commence et on le savoure jusqu’à l’ours. Sans s'en rendre compte.
Et comme on n’a jamais assez d’infos, l’ouvrage est complété par un site internet 24h01.be et un blog (24H01.be/cultuur).

24H01. N°8. Été 2017. La revue belge des grands reportages. Éditions 24h01, 14,50 euros

Posté le 27 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Balade aux Portes du Soleil, de Morzine aux Gets

Par Philippe Degouy

Que la montagne est belle chantait Jean Ferrat. Et pas seulement en hiver quand les skieurs se régalent de sports de glisse sur des pentes recouvertes d’un blanc manteau.
L’été offre lui aussi un visage majestueux à la montagne. Avec les odeurs de pin et de fleurs en prime. De ces odeurs qui restent longtemps dans le nez. En séjour à la montagne, il faut prendre plaisir à se lever tôt, pour préparer un sac à dos pour la journée avec un picnic à savourer en pleine nature. Et puis, partir, grimper sur ces chemins balisés, à vitesse régulière et profiter du paysage. De ce cadre alpin qui peut aboutir à un lac alpin. Marcher, se vider la tête, communier avec la nature.  En France, la randonnée est plus populaire que jamais. Comme le souligne un sondage BVA réalisé en 2016 et commenté dans Le Figaro du mercredi 28 juin.
Accompagnateur, spécialiste de la montagne et auteur de plusieurs ouvrages, Jean-Marc Lamory publie dans la collection Le P’tit Crapahut (éd. Glénat) une sélection de quelque 30 balades choisies autour des deux stations de Haute-Savoie, Morzine et Les Gets. Deux perles du domaine des Portes du Soleil. Parfaites pour des vacances familiales, avec des routes d’accès aisées.

LESGETS«Les montagnes offrent la variété d’un paysage où se mélangent glaciers étincelants, parfois austères et verdure de pâturages, ponctués d’une flore aussi variée qu’abondante. La montagne se livre dans toute sa tranquille beauté, à laquelle s’ajoute l’authenticité des hameaux et des chalets découverts au fil des balades.» L’auteur sait vendre son sujet, force est de le constater. Il faut dire que les lieux décrits sont magnifiques et propices à la découverte. «Les balades proposées dans le guide ont été choisies selon leur caractère, la variété, des points de vue et des sites traversés pour vous permettre la meilleure découverte de la région de Morzine-Les Gets» précise l’auteur.

Chaque itinéraire proposé est accompagné de sa distance, de son horaire, de sa difficulté. Sans oublier les petits plus de la balade. Une carte et des clichés permettent de se faire un idée de ce que l’on va découvrir.
Le guide débute par un chapitre pratique, à ne pas négliger. Si la montagne est belle, elle peut être dangereuse pour les inconscients. Ainsi, on ne part pas seul, on avertit de son départ, on communique la destination et on suit les prévisions météo. Et, dernier conseil avant de rejoindre ces prometteuses Portes du Soleil : ne pas oublier l’appareil photo et les jumelles.
Mont Chéry, Roc d’enfer, le Lavanchy, Saint-Jean-d’Aulps, le lac de Montriond (le plus grand lac de montagne de Haute-Savoie) n’attendent que vous. Et oui, que la montagne est belle…

Autour de Morzine-Les Gets. Collection Le P’tit Crapahut. Par Jean-Marc Lamory. Éditions Glénat, 81 pages, 10 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 24 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Danger atomique pour Buck Danny

Par Philippe Degouy

Rescapé d’un amerrissage mouvementé, Buck Danny aborde avec appréhension l’île du diable, un endroit hostile peuplé de populations indigènes cannibales. Sans le savoir, le pilote américain est tombé sur une île transformée en base secrète par les Japonais recherchés par toute l'armée américaine (lire épisode précédent). Recueilli par le professeur Lassiter, anthropologue britannique échoué sur l’île depuis de longs mois, Buck Danny tombe avec lui dans un piège tendu par les Japonais. Il découvre que ces fous furieux menacent San Francisco d’un bombardement nucléaire et bactériologique grâce à l’appui d’un contingent nazi. Avant leur capture, Lassiter a eu le temps de communiquer les coordonnées de l’île par radio. Les Américains ont-ils pu capter la communication? Le sort de la Californie en dépend, de même que celui de Buck Danny et de son compagnon d’infortune. Danny ignore que Tumbler et Tuckson sont sur ses traces, sur l’île. Le temps presse avant le lancement de l’opération de destruction massive préparée par l’ennemi.

Avec L’île du diable se termine le diptyque entamé avec Les fantômes du soleil levant. Deux albums de la série Classic dont le but est de s’intercaler dans les cycles de la série originale. Une bonne idée qui permet d’approfondir certaines intrigues. Pour le moment, rien n’est à jeter. Le lecteur se régale et savoure les allusions à la série historique. Et voici que reviennent en scène des  malfaisants de la pire espèce, comme Miss Lee et l’affreux Mo-Choung-Young. Des Japs plus retors que jamais. Et quand des nazis d’opérette s’ajoutent à la fête, nul doute que Buck Danny et ses ailiers ont de sérieux soucis à se faire.

BUCKDANNYNEWLe scénario de Frédéric Marniquet et Frédéric Zumbiehl, très bien construit, restitue à merveille l’univers mis en place par Hubinon et Charlier quelques décennies plus tôt. Quant au dessin de Jean-Michel Arroyo, plus réaliste que celui de ses aînés, il permet d’admirer des avions finement détaillés. Quel plaisir, notamment, de savourer dans des planches bien aérées ces mythiques Mustang. À noter la présence du bombardier lourd Nakajima G1 utilisé par les Japonais pour bombarder San Francisco. Un bombardier à long rayon d’action qui n’a jamais été construit, pas même en prototype.
L’unité 731 de l’armée japonaise et le général Shiro Ishii, bactériologue cinglé, qui tentent de faire parler Buck Danny ont par contre bel et bien existé, avec de nombreuses victimes à leur actif.

Un excellent épisode qui se termine en apothéose. Avec une longue séquence de combat aérien au-dessus de la baie de San Francisco entre trois P-51 Mustang pilotés par nos trois héros et une bombe volante Okha transformée en chasseur, avec Mo aux commandes.
Une scène bien peu réaliste, soit, mais la fiction de la BD autorise quelque liberté avec l’aéronautique. De quoi accompagner Buck pour un tonneau de victoire en l’honneur de cet album qui laisse un sentiment de grand plaisir au moment de le refermer. Les cinéphiles apprécieront également les allusions à Indiana Jones pour l’ambiance générale et à la série des Têtes Brûlées dont un épisode, La petite guerre, a pu inspirer les scénaristes pour le personnage de Lassiter. Bref, voilà un nouveau coup de cœur à glisser sur votre liste de lecture estivale.

Buck Danny reviendra dans le prochain épisode, Opération rideau de fer, nouveau cycle dédié à la guerre froide.

L’île du diable. Collection Buck Danny Classic. Dessin de Jean-Michel Arroyo, scénario de Frédéric Marniquet et Frédéric Zumbiehl. Couleur de Frédéric Bergèse. Éditions Dupuis, 48 pages
Couverture : éditions Dupuis

Posté le 23 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec Matra, Le Mans a connu sa période bleue (1972-1974)

     Par Philippe Degouy

L’épreuve 2017 des 24 Heures du Mans appartient désormais au passé. Pour les amateurs, il reste les bruits de moteurs en tête, les faits de course en mémoire et de belles lectures à savourer. Pour poursuivre le rêve. Publiée aux éditions Glénat, la BD 24 Heures du Mans 1972-1974 : les années Matra braque les projecteurs sur la période bleue du Mans, celle marquée par la domination de l’écurie Matra Simca. Victorieuse à trois reprises, en 1972, 1973 et 1974. Par la volonté d’un homme, alors jeune patron d’entreprise, Jean-Luc Lagardère.
Petit retour en arrière. Nous sommes en 1964. Soucieux de montrer que Matra, spécialisée dans le domaine de l’armement, est capable de se diversifier avec succès, Lagardère lance un défi au monde du sport automobile. Non seulement il compte investir dans une écurie de course, mais il souhaite aussi devenir champion, gagner le Mans, battre les grosses écuries que sont Porsche et Ferrari. Au Mans, c’est connu, rien n’est jamais gagné avant la ligne d’arrivée. À l’époque, qui aurait parié un franc sur Matra? Peu de gens sans soute. Mais, le travail et la volonté de toute une équipe peuvent faire des miracles.
La victoire de Matra lors de l’épreuve du Mans 1972, la première des trois engrangées, sera la plus symbolique sans doute. La première victoire française depuis celle de 1950 (remportée par les Rosier, père et fils, sur une Talbot Lago T 26GS).

LEMANS1972-1974Nostalgique à souhait, passionnant, l'album ramène son lecteur au cœur des années Pompidou, président moderne, grand amateur de belles voitures lui aussi. Sur un scénario très bien documenté de Denis Bernard, Christian Papazoglakis et Robert Paquet, anciens du studio Graton et bien connus des fidèles de la collection Plein Gaz, ont réalisé des planches de toute beauté, qui alternent les cadrages pour impliquer le lecteur dans le dynamisme de la course. Le dessin réaliste fait merveille. Les pilotes sont fidèlement représentés, tout comme les bolides, simplement splendides. Ferrari Daytona, Porsche 911, Matra Bagheera et 530 (une sacrée beauté) sans oublier les célèbres MS 670 et 680 ne peuvent que rappeler de bons moments aux lecteurs qui ont connu ces années d'exception. De sacrées voitures, de bons pilotes (Larrousse, Cevert, Beltoise, Jabouille, Jarier, Ickx…) et un patron français d’envergure. Qui, dans les moments de doute, se posait cette étrange question : «à ma place, que ferait John Wayne?» Une anecdote amusante rapportée par les auteurs.
Battre les plus grands sur la piste, un projet fou qui a motivé et fasciné les «Matraciens» pendant une décennie. Mais les contes de fée ne terminent pas toujours bien. Cette belle aventure prendra fin en novembre 1974. Avec l’annonce par Lagardère du retrait de Matra de la compétition. Pari gagné.

De ce défi adressé aux grandes écuries que sont Ferrari et Porsche, il reste les souvenirs de courses mythiques, l’ambiance d’une certaine France disparue et les exploits de pilotes de légende. Dont Henri Pescarolo et Jacky Ickx, les deux princes du Mans. Sans oublier la mémoire de défunts entrés au panthéon du sport automobile, comme Jo Bonnier, François Cevert ou Graham Hill, héros de cette bande dessinée qui se doit de figurer dans la bibliothèque de tout amateur de compétition automobile. Du travail parfait, nouvel exemple de la qualité de la collection Plein Gaz des éditions Glénat.
Coup de coeur spécial pour la couverture, qui laisse sans voix. Jugez-en.

24 Heures du Mans. 1972-1974 : les années Matra. Scénario de Denis Bernard. Dessin de Christian Papazoglakis et Robert Paquet. Éditions Glénat, 48 pages, 14 euros environ
Couverture : éditions Glénat

Posté le 18 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Au coeur des cockpits des avions de combat

Par Philippe Degouy

Cockpits au combat. Voilà un titre d’ouvrage (publié aux éditions E-T-A-I) qui suscite d’emblée la curiosité pour tout fana d’aviation. Pour l’angle choisi par les auteurs. Original.  Donald Nijboer, spécialiste aéronautique reconnu, invite à pénétrer le bureau de travail des chevaliers du ciel, si cette expression a encore un sens à une époque où les combats aériens se livrent à distance, à coups de missiles. Donald Nijboer propose d’abord une histoire de la notion de cockpit avant d’étudier l’ergonomie de ceux d’avions célèbres. Et notamment l’évolution, lente, de l’importance comprise d’une verrière dégagée. Dans les airs, voir l’ennemi le premier permet bien souvent de tirer le premier et survivre. Ses textes sont accompagnés de clichés en grand format pris par Dan Patterson et de photos historiques.
Comme le précise l’ouvrage, «le cockpit d’un combattant n’est conçu ni pour le confort ni pour le plaisir. Longtemps, les concepteurs d’avions de combat n’ont pas réfléchi, assez, à l’interface pilote-avion. Aujourd’hui, le cockpit d’un chasseur moderne est une merveille de technologie informatique. Le pilote n’a pas (plus) la décision finale

Cockpits-au-combatBien entendu, comme il a fallu aux auteurs se livrer au difficile exercice du choix d’appareils, des lecteurs vont regretter certaines absences. Aucun hélicoptère n’est présent. Dans le chapitre consacré à l’aviation moderne, mis à part le Hawker Harrier et le Mig 29, les choix sont essentiellement américains. Force est de constater que les appareils made in USA sont aussi très populaires, magnifiés par le cinéma. B-52, A-10, F-117, F-22 ou F-16 se partagent la vedette. Avec en apothéose un long chapitre consacré au F-35 dont la présentation est nettement moins négative que le portrait dressé dans la presse européenne.

À côté des vedettes, les auteurs ont également sélectionné des appareils méconnus et originaux comme l’Arado Ar 234 Blitz ou le Northrop P-61 Black Widow. Chaque appareil est décliné vu du cockpit, avec ses défauts et ses qualités et l’avis de pilotes. De quoi briser des idées reçues parfois ou apporter un éclairage nouveau. Comme pour le F-14, le plus connu du grand public depuis sa participation dans le film Top Gun avec Tom Cruise en pilote de la Navy. «Il y a une chose qui fait peur dans le cockpit du F-14 : la position du pilote est devant la roulette de nez.» Lors du roulage sur le pont du porte-avions, cela peut provoquer des sueurs froides au pilote, obligé de flirter avec le bord du navire.
Si le F-35, avion de dernière génération, laisse deviner un pilotage compliqué, il n’en est rien selon les pilotes interrogés. «À bord, c’est même la simplicité du cockpit qui domine. La charge de travail est moindre, net avantage pour le pilote lors des opérations

Un beau livre découpé en quatre grands chapitres : la Première guerre mondiale, l’entre-deux-guerres, la Seconde guerre mondiale et un dernier chapitre qui évoque la période de la guerre froide à nos jours. Si les amateurs d’aviation militaire sont à la fête avec de nombreux témoignages de pilotes et des clichés souvent inédits, les maquettistes ne sont pas en reste. Ils trouveront avec cet album une source d’information de grande valeur. De fait, les vues de cockpits sont rarement aussi détaillées que celles présentes ici.
«Du cockpit simple de Blériot jusqu’au cockpit en verre du F-35, l’espace dans lequel le pilote évolue et combat s’est retrouvé complètement bouleversé.» Aujourd’hui, ce sont les casques qui évoluent de concert, pour remplacer le HUD. Notamment. Des casques devenus de véritables merveilles de technologie. À l’instar de celui du F-35. Du sur mesure, sans doute le casque le plus complexe jamais conçu. Et à l’image du F-35 : horriblement coûteux.

Un ouvrage à (s’)offrir et à savourer. Pour sa qualité, mais aussi pour les nombreuses anecdotes méconnues relatives à des chasseurs mythiques qui ont marqué le monde de l’aviation. Un bel ouvrage qui mérite sans conteste son tonneau de victoire.

Cockpits au combat. Textes de Donald Nijboer. Photographies de Dan Patterson. Éditions E-T-A-I, 225 pages
Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 17 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Eva, un guide au coeur de la nuit noire

Par Philippe Degouy

Dans un Reich en pleine déroute, avec Hitler retrouvé suicidé dans son bunker berlinois, quelques fanatiques de la SS, parmi les plus fidèles disciples, se préparent à frapper New York. En un seul raid, le Silbervogel, nouveau bombardier à long rayon d'action,  larguera une bombe nucléaire sur la ville. De quoi imprimer une marque dans l’histoire de l’humanité. Une « marque d’effroi ». Plongés dans ce crépuscule de l’horreur, Werner et Hanna réagissent différemment. Si Werner se montre horrifié par le projet fou, Hanna reste fidèle au Reich, comme empoisonnée par le venin nazi. Pendant ce temps, Américains et Russes tentent de mettre la main sur les scientifiques allemands. Une nouvelle guerre se prépare dans l'ombre de la rivalité Est-Ouest.

DENTDOURSEva (éd. Dupuis), cinquième tome de la saga Dent d’ours reste dans la lignée des premiers épisodes. D’excellente facture, sans aucun essoufflement. Que du contraire même. Les multiples flashbacks permettent d’épaissir et d’humaniser les personnages. De mieux comprendre leurs attitudes face au drame qui entraîne l’Allemagne dans la nuit. Il est nettement conseillé d’avoir lu les tomes précédents pour apprécier à sa juste valeur le travail accompli par Yann, scénariste de cette saga, et le chemin parcouru par les héros. Des héros? Non, pas vraiment. Comme le disait Samuel Fuller, « la seule gloire à la guerre est de survivre. »

Le dessin d’Alain Henriet est quant à lui admirable, avec cette ambiance, parfaitement reproduite, de cauchemar qui plane sur une Europe martyrisée par cette guerre totale. Ses planches se savourent, pour le travail de finition poussé au maximum. Mention spéciale pour les avions, nombreux, qui rappellent que Dent d’Ours est aussi une série aéronautique. On y croise des raretés comme le FW Ta-183, le Do 335 Pfeil ou l’Arado 232, mais aussi des personnages réels, qui viennent renforcer une intrigue solide : Adolf Galland ou Otto Skorzeny.

Un cahier de croquis complète la BD, en guise de bonus. Comme pour le Reich décrit dans l’album, on devine l'arrivée de l’épilogue de cette excellente série. Dans le prochain épisode. Il reste néanmoins une question que le lecteur ne manquera pas de se poser au moment de refermer cet album. Les auteurs suivront-ils la vérité historique dans le dernier tome? Ou pas? Là réside tout le suspens qui devrait finir la saga en apothéose.

Dent d’ours. Tome 5 Eva. Scénario de Yann, dessin d’Alain Henriet. Éditions Dupuis, 48 pages.
Couverture : éditions Dupuis

Posté le 17 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Pescarolo, le marathonien des circuits

Qui dit Pescarolo dit Le Mans. C’est lui en effet le recordman de participations – trente-trois – à cette épreuve mythique qu’il a remporté quatre fois (1972, 1973, 1974 et 1984). Le journaliste Jean-Marc Teissèdre, grand expert en matière de courses d’endurance, vient de lui consacrer une superbe biographie aux éditions ETAI. A notre connaissance, c’est une première pour ce champion trop modeste et dès lors méconnu.
L’ouvrage se présente selon la formule de l’abécédaire. Ce qui permet de raconter une foule d’anecdotes sur ce pilote portant la barbe à une époque où elle n’était pas encore à la mode. Le livre est agrémenté de nombreuses photos inédites, racontées par Henri Pescarolo lui-même ou que Teissèdre est allé puiser chez des personnes qui l’ont accompagné sur les circuits. A commencer par les «Matraciens», c’est-à-dire ceux qui ont participé à l’aventure Matra au tournant des années 60 et 70.

Matra, c’est la marque qui a ramené le sport automobile français au plus haut niveau. Si le porte-drapeau de cette nouvelle vague française était Jean Pierre Beltoise, récemment disparu, c’est bien «Pesca» qui s’est forgé le plus gros palmarès avec Matra. Sur des épreuves de longue haleine, il était très difficile de battre ce marathonien des circuits, modèle de rigueur et de régularité.
Et pourtant, Pescarolo, né en 1942 à Paris dans un milieu bourgeois, ne se prédestinait pas aux 24 heures du Mans ni à l’endurance. Appréciant la conduite sportive, il se voyait plutôt en Formule 1. Mais les choses ne se sont pas mises en place comme il aurait voulu, si ce n’est cette belle troisième place au GP de Monaco en 1970, derrière Jochen Rindt et Jack Brabham et devant Denny Hulme et Graham Hill, excusez du peu car ce sont tous des champions du monde. Trop souvent cependant, il lui a manqué une voiture compétitive.

Henri-pescaroloPescarolo est aussi un miraculé. En 1969, dans la longue ligne droite des Hunaudières au Mans, sa Matra 640 s’envole. L’aérodynamique était une science plutôt empirique à l’époque… La voiture retombe et prend feu. Pescarolo portera les stigmates de cet accident pour le restant de ses jours.
Pescarolo, c’est aussi Maddie, son épouse. Alors qu’Henri se voyait rester vieux garçon, Maddie, attachée de presse sur les circuits, lui a fait changer d’avis. Et lorsqu’Henri montera son écurie, Maddie lui sera d’un précieux secours pour attirer les sponsors et boucler les budgets.
Le lecteur découvre tout au long des pages les différentes facettes de cet homme au côté un peu rustre, mais toujours honnête et formidablement attachant. Généreux, il s’est beaucoup démené pour donner leur chance aux jeunes. Sébastien Bourdais, Romain Dumas, Benoît Tréluyer et Emmanuel Collard en témoignent dans la préface. En dehors des circuits, Pescarolo aime la pêche, la chasse, la nature et la cuisine du terroir, domaine dans lequel il fait plus que se débrouiller.

Aujourd’hui, lors des retransmissions des 24 heures du Mans, les téléspectateurs peuvent encore apprécier les commentaires avisés de cette voix grave et rocailleuse reconnaissable entre toutes…
Les amateurs de chiffres trouveront en fin d’ouvrage le palmarès complet et toutes les statistiques relatives à une carrière qui s’étale sur quatre décennies et sur tous les continents.

Jean-Paul Bombaerts

«Henri Pescarolo», Jean-Marc Teissèdre, éditions ETAI, 272 pages, 49 euros

Posté le 13 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Des carnets touristiques pour voir le monde en bleu

Par Philippe Degouy

Le guide de voyage sur support papier, celui que l’on ne cesse de voir fini, supplanté par les applications, semble prendre un malin plaisir à nous étonner, à se renouveler. Avec de nouvelles collections toujours plus attachantes, plus détaillées.
Comme celle lancée récemment par les éditions Hachette. Des Carnets des guides bleus qui allient tourisme et érudition. Plusieurs volumes sont déjà disponibles, aussi variés que les choix de destination : Le Louvre, Pompéi, Herculanum, le Mont-Saint-Michel ou le Vatican.
Des guides publiés en format poche (soit 10x15 environ), vendus pour un prix à peine plus cher qu’une bière commandée en terrasse à Rome. Et surtout avec une autre façon de présenter un lieu. Moins formelle, plus ludique. Avec des parcours, des repères historiques pour mettre les compteurs à jour question connaissances historiques et artistiques. Mais aussi des jeux, des arrêts sur image pour nous apprendre à regarder, une qualité qui fait de plus en plus défaut dans notre société qui ne laisse guère de temps au temps.

Puisque le Louvre s’est invité dans la récente actualité, ouvrons le guide qui lui est consacré. Plus de 9200 000 visiteurs ont l'idée de le visiter chaque année. Pour admirer les 38.000 œuvres exposées (ou du moins un échantillon) dans les 15 km de galeries. Et oui, quand même. C’est d'ailleurs ce que disent aussi les membres du personnel chargés de cirer les quelque 360.000 m2 de plancher.

Les-Carnets-des-Guides-Bleus-Le-Louvre-devoileChaque département du musée est présenté avec ses incontournables, la durée moyenne des visites. Sans oublier les petites histoires savoureuses. Dans la salle dédiée à l’Assyrie et la Babylonie, ne manquez pas de saluer Pazuzu, protecteur des femmes enceintes et personnage de cinéma et de bande dessinée, présent dans L’Exorciste et Le Démon de la tour Eiffel. Savoureux aussi cet encadré dédié aux noms étranges attribués à des couleurs au 18e siècle : ventre de biche, baise-moi ma mignonne, couleur de veuve réjouie ou espagnol malade… Une visite largement illustrée de reproductions d'oeuvres.
Tout concourt à faire de ce guide un joyeux compagnon de route, même pour ceux qui ne dépassent pas le pas de leur porte.

Pour septembre, l’éditeur nous promet Angkor. Oui, encore. Encore plus de plaisir de lecture et d’envie de découvertes touristiques.

Les carnets des guides bleus. Éditions Hachette, 10 euros
Couverture : éditions Hachette

Posté le 12 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Délivrez-nous de nos amis

Par Philippe Degouy

Dixième roman déjà pour Olivier Maulin. L’auteur français revient pour célébrer des Retrouvailles (éditions du Rocher). Une couverture joyeuse avec ces verres de vin qui s’entrechoquent. Comme pour fêter quelque chose d’heureux. Mais le plaisir n’est souvent que temporaire, le coup de barre du lendemain peut s’avérer sévère. Laurent Campanelli aurait dû y penser avant de répondre à une invitation Facebook. Celle d’un ancien copain d’études, Michel d’Aubert, fils de bonne famille. Bonne et riche.
Fils de maçon italien, Laurent Campanelli n’a pas eu la chance de suivre et de réussir d’aussi bonnes études que son ami Michel. Lequel ne s’est jamais empêché de lui signaler cette différence de parcours et de caste.
Marié à Perrine, deux enfants, un job de cadre en informatique. Laurent semble rentré dans le moule. Même si sa vie n'a rien de terrible. Et quand son ami Michel l’invite sur Facebook pour passer un week-end en montagne dans un ancien centre de vacances racheté par son frère Yvon, Laurent accepte. L’occasion est belle, se dit-il, de se rappeler des souvenirs de jeunesse. Et de retrouver Flore, la sœur de Michel, un amour platonique d’adolescence.

Dès le début du week-end, les choses s’amorcent mal. Comme des nuages qui s'invitent dans un ciel d'azur. Le centre se trouve en pleine montagne, isolé comme jamais, sans confort, sans chauffage. De quoi irriter Laurent et Perrine.
Mais il leur faut faire bonne figure devant leurs hôtes. Sourire, accepter les blagues de potache. Faire semblant. L’alcool servi, encore et encore, les langues se délient peu à peu. Les vieilles rancoeurs remontent à la surface aussi. 
Devant la fratrie d’Aubert, Laurent se sent minable, moqué, méprisé. Et voici que se font sentir les remugles d’un passé qu’il ne fallait pas déranger. Laurent aurait dû se souvenir que dans les différentes classes sociales, l’amitié n’est souvent que de façade.
« Laurent maudissait ces salauds qui l’humiliaient. Il n’était pas de leur monde. Lui s’était battu. Il était devenu informaticien car il fallait qu’il gagne sa vie. Il se sentait seul et lâche. Il avait pitié de lui-même, abandonné de tous et incompris. »

RETROUVAILLESMichel, Yvon, Flore, des amis, soit, mais trop heureux de le rabaisser devant sa femme et ses enfants. Seul allié, l’alcool. Pour reprendre un peu d'assurance et tenter de briller. De répliquer et de jouer au caïd. Un peu de fierté retrouvée. Au point de répondre aux avances de Flore. L’erreur fatale d’un week-end glacial. Car cet acte consommé honteusement, dans une chambre de collégien, marquera le début d’un drame fomenté autour de ce minable de Laurent. Victime d’une sombre machination...
Difficile d’en dire plus sans risquer de déflorer une intrigue qui réserve une fin de toute beauté. Point d’orgue de retrouvailles diaboliques.

Olivier Maulin a réussi parfaitement à tromper ses lecteurs dans un roman qui peut se ranger parmi les thrillers. Avec une oeuvre pourtant débutée comme une joyeuse comédie, prometteuse pour les personnages.
Avec Facebook comme outil fantastique pour renouer avec d’anciennes amitiés. « Comme tout le monde, c’est dans le passé que Laurent avait tendance à rechercher le moyen de rendre sa vie un peu moins monotone. »
Un roman court, dont on perçoit assez rapidement l’évolution du drame, en crescendo. Comme dans ces réunions de famille où chacun règle ses comptes, au point de transformer rapidement une soirée en enfer. Olivier Maulin immerge ses lecteurs dans des retrouvailles transformées en arènes. Les voici transformés en témoins. Piégés eux aussi dans ce décor hivernal.
Un huis-clos tragique, articulé autour de ce centre de vacances, dénommé « Le bûcher des sorcières ». Immense, hostile, déserté, froid et isolé. Difficile de ne pas le comparer à l’hôtel Overloop du roman Shining de Stephen King.
Olivier Maulin connaît ses classiques et sait, lui aussi, surprendre, dérouter. Faire monter la tension jusqu’à la dernière goutte, avec des fausses pistes.
On savoure son talent pour ciseler des personnages fragiles, des losers à la fois drôles et pathétiques. Comme Laurent Campanelli, dont on perçoit très rapidement les fêlures. Incapable de se faire respecter de ses propres enfants. De briller en société, de ne pas jalouser ses propres amis. Si la comparaison peut sembler osée, après lecture de ce roman formidable, on repense à un épisode de la série Game of Thrones, Les noces pourpres. Les initiés sauront pourquoi.

Après ce roman, un coup de cœur qui se lit en une soirée, il vous sera bien difficile de regarder Facebook avec le même œil bienveillant. Avec, gravée en tête, cette citation célèbre, attribuée à Voltaire, « mon Dieu, délivrez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge. » Levons nos verres à ces retrouvailles. Éphémères hélas.

Les retrouvailles. Roman. Olivier Maulin, éditions du Rocher, 188 pages, 19,90 euros
Couverture : éditions du Rocher

Posté le 12 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La vie est un jeu qui fait mal

Par Philippe Degouy

« Il est des livres autour desquels on tourne durant des années, tant on répugne à se jeter dans l’océan des mots. Ce livre, je l’ai souvent amorcé, effleuré, guetté au loin dans la brume » (Christophe Bourseiller)

Certains livres dépassent le cadre littéraire pour offrir un beau cadeau aux lecteurs : une rencontre et des émotions. Tel est le cas avec Christophe Bourseiller, auteur de ces Mémoires d’un inclassable (éd. Albin Michel). Une biographie? Non, plutôt un puzzle à assembler chapitre après chapitre. Si son nom peut faire naître un point d’interrogation, son visage et le timbre de sa voix  devraient rappeler aux quadras un film devenu culte : Un éléphant ça trompe énormément. Il jouait dans cette comédie devenue culte le rôle de Lucien, étudiant intello amoureux des seins de Marthe. « Surtout le gauche » précisait-il. Simple clin d’œil pour situer l'homme, car réduire l’auteur à ce petit rôle populaire serait bien trop réducteur.
Comme le chat (qu’il déteste voir empaillé), Christophe Bourseiller a eu neuf vies, et sans doute autant à venir. Auteur de nombreux ouvrages, spécialiste des extrêmes en politique, homme de radio et de télévision, acteur… il aime répondre à ceux qui lui demandent ce qu’il fait dans la vie : « beaucoup. »

ChristopheBourseillerUn électron libre, qui a de qui tenir avec une famille décomposée, recomposée, libre comme le vent. Spéciale mais large d’esprit. « Qui peut se targuer d’être normal dans la tribu foutraque qui peuple mon enfance ? Ce ne sont que beaux parleurs, hurluberlus, libertins et transgresseurs » précise-t-il, comme pour excuser sa vie en forme de montagnes russes, rythmée par des rencontres et des instants décisifs avec de sacrés personnages :
Aragon, Jean Genet, Yves Robert, Jean Carmet, Danièle Delorme, Jean Rochefort, Bernadette Lafont, Fabrice Luchini. Pour ne citer que quelques monuments culturels.
Des rencontres et des belles, programmées ou non. Qu’importe, elles aboutissent à un constat : « l’humanité me rend perplexe. » Les causes de cette forme de mélancolie qui submerge parfois Christophe Bourseiller, familiales notamment, ne manquent pas. Avec trop peu d’amour côté masculin, mais une tendresse infinie offert par une mère artiste et une grand-mère protectrice. Aussi originale qu'une grand-mère peut être.

Le portrait se construit, chapitre après chapitre. Et réserve des anecdotes drôles ou beaucoup moins. Avec des anecdotes de tournage, savoureuses, des souvenirs d'enfance, liés au monde du théâtre. Une époque bénie pour Christophe Bourseiller, gamin précoce plongé dans le monde des arts et de la politique avant d'avoir l'âge de raison.

Alors? Réellement inclassable? Oui, et même fier de l’être. « Je me suis rendu indéchiffrable, inacceptable et inclassable. Mon crime ? J’ai balloté au gré des vents, j’ai humé les parfums de traverse. »

Son livre est bourré d’humour, et laisse entendre sa voix à chaque page. Il se referme sur une dernière note d’amour. Pour ses chers disparus. Sa famille mais aussi ses rencontres d’une vie, parties elles aussi. L'artiste est désormais seul sur la scène de la vie. Seul, ou presque. Le Pierrot lunaire hésite, observe son parcours, soucieux de l’image laissée aux yeux des autres. « Ai-je choisi le bon sentier ? J’en suis toujours à me le demander. »
Le lecteur, lui, ne se pose pas de questions. La lecture, agréable, colorée, alterne entre comédie et drame. Elle réserve aussi de très belles phrases. À l’instar de celle-ci, conclusion parfaite à ce parcours chahuté : « la vie est un jeu qui fait mal ».

Christophe Bourseiller. Mémoires d’un inclassable. Éditions Albin Michel. 224 pages, 17.00 euros environ
Couverture : éditions Albin Michel

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