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juin 2017

Posté le 27 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Balade aux Portes du Soleil, de Morzine aux Gets

Par Philippe Degouy

Que la montagne est belle chantait Jean Ferrat. Et pas seulement en hiver quand les skieurs se régalent de sports de glisse sur des pentes recouvertes d’un blanc manteau.
L’été offre lui aussi un visage majestueux à la montagne. Avec les odeurs de pin et de fleurs en prime. De ces odeurs qui restent longtemps dans le nez. En séjour à la montagne, il faut prendre plaisir à se lever tôt, pour préparer un sac à dos pour la journée avec un picnic à savourer en pleine nature. Et puis, partir, grimper sur ces chemins balisés, à vitesse régulière et profiter du paysage. De ce cadre alpin qui peut aboutir à un lac alpin. Marcher, se vider la tête, communier avec la nature.  En France, la randonnée est plus populaire que jamais. Comme le souligne un sondage BVA réalisé en 2016 et commenté dans Le Figaro du mercredi 28 juin.
Accompagnateur, spécialiste de la montagne et auteur de plusieurs ouvrages, Jean-Marc Lamory publie dans la collection Le P’tit Crapahut (éd. Glénat) une sélection de quelque 30 balades choisies autour des deux stations de Haute-Savoie, Morzine et Les Gets. Deux perles du domaine des Portes du Soleil. Parfaites pour des vacances familiales, avec des routes d’accès aisées.

LESGETS«Les montagnes offrent la variété d’un paysage où se mélangent glaciers étincelants, parfois austères et verdure de pâturages, ponctués d’une flore aussi variée qu’abondante. La montagne se livre dans toute sa tranquille beauté, à laquelle s’ajoute l’authenticité des hameaux et des chalets découverts au fil des balades.» L’auteur sait vendre son sujet, force est de le constater. Il faut dire que les lieux décrits sont magnifiques et propices à la découverte. «Les balades proposées dans le guide ont été choisies selon leur caractère, la variété, des points de vue et des sites traversés pour vous permettre la meilleure découverte de la région de Morzine-Les Gets» précise l’auteur.

Chaque itinéraire proposé est accompagné de sa distance, de son horaire, de sa difficulté. Sans oublier les petits plus de la balade. Une carte et des clichés permettent de se faire un idée de ce que l’on va découvrir.
Le guide débute par un chapitre pratique, à ne pas négliger. Si la montagne est belle, elle peut être dangereuse pour les inconscients. Ainsi, on ne part pas seul, on avertit de son départ, on communique la destination et on suit les prévisions météo. Et, dernier conseil avant de rejoindre ces prometteuses Portes du Soleil : ne pas oublier l’appareil photo et les jumelles.
Mont Chéry, Roc d’enfer, le Lavanchy, Saint-Jean-d’Aulps, le lac de Montriond (le plus grand lac de montagne de Haute-Savoie) n’attendent que vous. Et oui, que la montagne est belle…

Autour de Morzine-Les Gets. Collection Le P’tit Crapahut. Par Jean-Marc Lamory. Éditions Glénat, 81 pages, 10 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 26 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

24H01, le mook qui vous fait passer à l'heure belge

Par Philippe Degouy

Face au Pacte d’excellence qui suscite toujours la polémique parmi les acteurs du dossier de l'enseignement francophone, 24H01 prend le temps de se poser. Avec un gros dossier qui occupe la couverture du mook estival. Cette publication teintée de belgitude pose la question de la définition de l’école idéale. Comment la définir? Dans son édito, dont le titre, La brise de la désobéissance, donne le ton, Quentin Jardon la voit comme un endroit «où règnerait la curiosité. Là où les élèves auraient une place prépondérante.» La rédaction a donc donné la parole à trois familles de confessions différentes mais unies par le même souhait : ne pas inscrire les enfants à l’école primaire. Pour lui préférer un autre apprentissage de la vie : les promenades, l’imprévu, l’absence des murs. Un dossier sur l’école sur mesure qui se lit avec intérêt. Même si les pensées sont plutôt tournées vers la plage, le farniente. Qui sait, la rentrée pourrait être bien différente des précédentes : plus de pleurs à la grille de l’école, plus de stress de fin d’été. Vive l’école rebelle. Ouverte sur le monde. Comme le sommaire de ce numéro estival qui laisse bien peu de sujets sur le bord du chemin. Il s’aventure hors des sentiers battus, avec l’alternance entre sujets graves ou plus légers. Mais tous issus de reportages sur le terrain.
Terriblement d’actualité, la bataille de Mossoul est présentée dans toute son horreur. De quoi se faire une idée de la réalité de terrain, celle d'un front qui occupe quelques secondes à la télévision.

24h01DDes journalistes envoyés sur le terrain pour ramener également de jolies rencontres avec des individus différents. Originaux. Comme ce bibliothécaire des oubliés, Pierre Baugnée. « Un Robin des Bois qui veut mettre à la disposition de tous des livres d’auteurs belges tombés dans le domaine public.» Angelo Milazzo, inspecteur de police italien, est chargé quant à lui d’identifier les migrants morts de leur tentative pour rejoindre l’Europe. Sacré défi pour cet homme, car sur les 30.000 morts de ces 15 dernières années, plus de 60% n’ont jamais été identifiés.
 Plus proche de nous, le hameau de Guéronde, petit village du Hainaut occidental, est ramené à la vie en quelques pages. Lui qui fut sacrifié au développement de la carrière locale. «La vie qui animait Guéronde était unique et c’est ce capital qui a été réduit en poussière» explique un témoin interrogé par 24h01
Douze ans après le passage de l’ouragan Katrina, qu’est devenue la Nouvelle Orléans?  Travailler pour WikiLeaks. De quoi devenir fou? Autant de sujets extraits du sommaire et qui suscitent des réactions multiples. Des textes qui font toujours place à l’humain, aux souvenirs et à la réflexion. Tous illustrés de dessins et de photos qui ajoutent une couche de plus au ton décalé de la publication.

Ce mook, c’est simple. On peut le comparer à une tablette de chocolat. On le commence et on le savoure jusqu’à l’ours. Sans s'en rendre compte.
Et comme on n’a jamais assez d’infos, l’ouvrage est complété par un site internet 24h01.be et un blog (24H01.be/cultuur). De quoi se remplir la tête cet été avant de retrouver le prochain numéro prévu le 9 septembre.

24H01. N°8. Été 2017. La revue belge des grands reportages. Éditions 24h01, 14,50 euros

Posté le 24 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Danger atomique pour Buck Danny

Par Philippe Degouy

Rescapé d’un amerrissage mouvementé, Buck Danny aborde avec appréhension l’île du diable, un endroit hostile peuplé de populations indigènes cannibales. Sans le savoir, le pilote américain est tombé sur une île transformée en base secrète par les Japonais recherchés par toute l'armée américaine (lire épisode précédent). Recueilli par le professeur Lassiter, anthropologue britannique échoué sur l’île depuis de longs mois, Buck Danny tombe avec lui dans un piège tendu par les Japonais. Il découvre que ces fous furieux menacent San Francisco d’un bombardement nucléaire et bactériologique grâce à l’appui d’un contingent nazi. Avant leur capture, Lassiter a eu le temps de communiquer les coordonnées de l’île par radio. Les Américains ont-ils pu capter la communication? Le sort de la Californie en dépend, de même que celui de Buck Danny et de son compagnon d’infortune. Danny ignore que Tumbler et Tuckson sont sur ses traces, sur l’île. Le temps presse avant le lancement de l’opération de destruction massive préparée par l’ennemi.

Avec L’île du diable se termine le diptyque entamé avec Les fantômes du soleil levant. Deux albums de la série Classic dont le but est de s’intercaler dans les cycles de la série originale. Une bonne idée qui permet d’approfondir certaines intrigues. Pour le moment, rien n’est à jeter. Le lecteur se régale et savoure les allusions à la série historique. Et voici que reviennent en scène des  malfaisants de la pire espèce, comme Miss Lee et l’affreux Mo-Choung-Young. Des Japs plus retors que jamais. Et quand des nazis d’opérette s’ajoutent à la fête, nul doute que Buck Danny et ses ailiers ont de sérieux soucis à se faire.

BUCKDANNYNEWLe scénario de Frédéric Marniquet et Frédéric Zumbiehl, très bien construit, restitue à merveille l’univers mis en place par Hubinon et Charlier quelques décennies plus tôt. Quant au dessin de Jean-Michel Arroyo, plus réaliste que celui de ses aînés, il permet d’admirer des avions finement détaillés. Quel plaisir, notamment, de savourer dans des planches bien aérées ces mythiques Mustang. À noter la présence du bombardier lourd Nakajima G1 utilisé par les Japonais pour bombarder San Francisco. Un bombardier à long rayon d’action qui n’a jamais été construit, pas même en prototype.
L’unité 731 de l’armée japonaise et le général Shiro Ishii, bactériologue cinglé, qui tentent de faire parler Buck Danny ont par contre bel et bien existé, avec de nombreuses victimes à leur actif.

Un excellent épisode qui se termine en apothéose. Avec une longue séquence de combat aérien au-dessus de la baie de San Francisco entre trois P-51 Mustang pilotés par nos trois héros et une bombe volante Okha transformée en chasseur, avec Mo aux commandes.
Une scène bien peu réaliste, soit, mais la fiction de la BD autorise quelque liberté avec l’aéronautique. De quoi accompagner Buck pour un tonneau de victoire en l’honneur de cet album qui laisse un sentiment de grand plaisir au moment de le refermer. Les cinéphiles apprécieront également les allusions à Indiana Jones pour l’ambiance générale et à la série des Têtes Brûlées dont un épisode, La petite guerre, a pu inspirer les scénaristes pour le personnage de Lassiter. Bref, voilà un nouveau coup de cœur à glisser sur votre liste de lecture estivale.

Buck Danny reviendra dans le prochain épisode, Opération rideau de fer, nouveau cycle dédié à la guerre froide.

L’île du diable. Collection Buck Danny Classic. Dessin de Jean-Michel Arroyo, scénario de Frédéric Marniquet et Frédéric Zumbiehl. Couleur de Frédéric Bergèse. Éditions Dupuis, 48 pages
Couverture : éditions Dupuis

Posté le 23 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec Matra, Le Mans a connu sa période bleue (1972-1974)

     Par Philippe Degouy

L’épreuve 2017 des 24 Heures du Mans appartient désormais au passé. Pour les amateurs, il reste les bruits de moteurs en tête, les faits de course en mémoire et de belles lectures à savourer. Pour poursuivre le rêve. Publiée aux éditions Glénat, la BD 24 Heures du Mans 1972-1974 : les années Matra braque les projecteurs sur la période bleue du Mans, celle marquée par la domination de l’écurie Matra Simca. Victorieuse à trois reprises, en 1972, 1973 et 1974. Par la volonté d’un homme, alors jeune patron d’entreprise, Jean-Luc Lagardère.
Petit retour en arrière. Nous sommes en 1964. Soucieux de montrer que Matra, spécialisée dans le domaine de l’armement, est capable de se diversifier avec succès, Lagardère lance un défi au monde du sport automobile. Non seulement il compte investir dans une écurie de course, mais il souhaite aussi devenir champion, gagner le Mans, battre les grosses écuries que sont Porsche et Ferrari. Au Mans, c’est connu, rien n’est jamais gagné avant la ligne d’arrivée. À l’époque, qui aurait parié un franc sur Matra? Peu de gens sans soute. Mais, le travail et la volonté de toute une équipe peuvent faire des miracles.
La victoire de Matra lors de l’épreuve du Mans 1972, la première des trois engrangées, sera la plus symbolique sans doute. La première victoire française depuis celle de 1950 (remportée par les Rosier, père et fils, sur une Talbot Lago T 26GS).

LEMANS1972-1974Nostalgique à souhait, passionnant, l'album ramène son lecteur au cœur des années Pompidou, président moderne, grand amateur de belles voitures lui aussi. Sur un scénario très bien documenté de Denis Bernard, Christian Papazoglakis et Robert Paquet, anciens du studio Graton et bien connus des fidèles de la collection Plein Gaz, ont réalisé des planches de toute beauté, qui alternent les cadrages pour impliquer le lecteur dans le dynamisme de la course. Le dessin réaliste fait merveille. Les pilotes sont fidèlement représentés, tout comme les bolides, simplement splendides. Ferrari Daytona, Porsche 911, Matra Bagheera et 530 (une sacrée beauté) sans oublier les célèbres MS 670 et 680 ne peuvent que rappeler de bons moments aux lecteurs qui ont connu ces années d'exception. De sacrées voitures, de bons pilotes (Larrousse, Cevert, Beltoise, Jabouille, Jarier, Ickx…) et un patron français d’envergure. Qui, dans les moments de doute, se posait cette étrange question : «à ma place, que ferait John Wayne?» Une anecdote amusante rapportée par les auteurs.
Battre les plus grands sur la piste, un projet fou qui a motivé et fasciné les «Matraciens» pendant une décennie. Mais les contes de fée ne terminent pas toujours bien. Cette belle aventure prendra fin en novembre 1974. Avec l’annonce par Lagardère du retrait de Matra de la compétition. Pari gagné.

De ce défi adressé aux grandes écuries que sont Ferrari et Porsche, il reste les souvenirs de courses mythiques, l’ambiance d’une certaine France disparue et les exploits de pilotes de légende. Dont Henri Pescarolo et Jacky Ickx, les deux princes du Mans. Sans oublier la mémoire de défunts entrés au panthéon du sport automobile, comme Jo Bonnier, François Cevert ou Graham Hill, héros de cette bande dessinée qui se doit de figurer dans la bibliothèque de tout amateur de compétition automobile. Du travail parfait, nouvel exemple de la qualité de la collection Plein Gaz des éditions Glénat.
Coup de coeur spécial pour la couverture, qui laisse sans voix. Jugez-en.

24 Heures du Mans. 1972-1974 : les années Matra. Scénario de Denis Bernard. Dessin de Christian Papazoglakis et Robert Paquet. Éditions Glénat, 48 pages, 14 euros environ
Couverture : éditions Glénat

Posté le 23 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Tendre Violette, la liberté chevillée au corps

Par Philippe Degouy

Un réel plaisir, celui de retrouver cette chère et Tendre Violette, près de quarante ans après la première rencontre dans le défunt mensuel « (A Suivre) ». C’était en avril 1979, dans le numéro 15 pour être précis, que les lecteurs découvraient cette fille sauvage, amoureuse de sa forêt et de sa liberté sans confort. Un personnage féminin qui permettait à ses créateurs, Jean-Claude Servais et Gérard Dewamme, de rendre hommage à la femme, et à son goût pour la liberté. Les bédéphiles qui étaient adolescents à cette époque ont certainement gardé en mémoire la sensualité qui émanait de cette fille de papier, l’une des premières dans le monde de la BD franco-belge à s’exhiber sans peur de la censure et de l'avis des autres.
Cette jeune fille se montrait fière de son corps et de ses amours contrariées. Une rebelle, qui aimait faire bisquer les bourgeois et ne voulait à aucun prix rejoindre la meute et entrer dans le rang. Jamais elle n'était plus heureuse que dans sa pauvre masure nichée au coeur des bois, à cueillir les champignons et se baigner nue dans l'eau pure des rivières.

SERVAISUne Tendre Violette qui nous revient aux éditions Dupuis. Avec une intégrale en noir et blanc de toute beauté. De quoi savourer le dessin superbe de Jean-Claude Servais, dont chaque planche témoigne d’un travail de précision étonnant. N’en déplaise aux amateurs de couleurs, le noir et blanc se justifie pleinement pour cette intégrale. Pour mieux savourer les traits précis et ces jeux d'ombre. Chaque planche est digne d'être épinglée. Gérard Dewamme au scénario retrace à merveille la vie de la campagne de la fin du XIXe, début XXe au cœur d’une région qui s’étend entre la Belgique, le Luxembourg et la France.
L'intégrale propose dix courts récits qui composent un univers où se mélangent sombres histoires propres aux petits villages, amours d'une Violette volage et rites sataniques orchestrés au cœur de ces forêts profondes, mystérieuses. Le lecteur savoure cette étrange atmosphère qui entoure cette marginale, un peu sorcière. Mais comme le dit Bourguignon, un amant de passage, « quand une sorcière est jolie, ça s’appelle une fée. »

Une intégrale qui débute par un beau texte de Gérard Dewamme, une forme d'hommage rendu à une vieille voisine qui aurait pu incarner notre Tendre Violette au crépuscule de sa vie : « Violette a toujours su qu’elle n’avait pas grand-chose à perdre, que les grands jours sont ceux de nouba et qu’une poire pour la soif pourrit vite quand on n’ose pas y toucher. »
Un dossier rédigé par Dominique Billion clôture ce très bel album, nostalgique à souhait, qui mérite le détour et donne envie de rejoindre la Gaume. Pour (re)découvrir cette superbe région qui a largement inspiré l’univers de Jean-Claude Servais. Pour tenter de croiser les pas de son personnage. Qui sait, nul ne peut dire qui se cache au coeur de ces forêts.

Tendre Violette. Intégrale en noir et blanc. Dessin de Jean-Claude Servais. Scénario de Gérard Dewamme. Éditions Dupuis, 160 pages, 35 euros
Couverture : éditions Dupuis.

Posté le 22 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ces séries TV qui se savourent, à l’écran et dans l’assiette

Par Philippe Degouy

Après Star Wars Cantina, son voyage gastronomique au cœur d’une galaxie très lointaine, Thibaud Villanova est revenu les pieds sur terre. Mais avec encore une petite faim. Avec Mathilde Bourge, fin gourmet elle aussi et passionnée de séries TV, il remet le couvert. Pour un hommage culinaire à la culture populaire de ce début de XXIe siècle : les séries TV.
Quelque 37 recettes inspirées par les shows les plus populaires sont présentées, expliquées et remises dans leur contexte télévisé.  L’ouvrage (éd. Hachette Heroes), joliment présenté, comme pour une joyeuse tablée, ne se prend pas au sérieux. Il brise cette idée fausse du geek nourri au menu soda-pizza-milkshake. Croire qu’il n’aime pas la bonne pitance serait faire affront au docteur Hannibal Lecteur. Lui qui cuisine la chair humaine mieux que personne. Son osso-buco de veau à la milanaise (présent dans le livre) mérite le détour même si les auteurs ont préféré remplacer la jambe humaine par du jarret de veau. C’est moins savoureux, certes, mais ça permet d’éviter quelques ennuis avec les pandores. Chaque recette du livre est expliquée avec son temps de préparation, de cuisson et le niveau de difficulté. Les plats sont mis en scène dans un décor tiré de la série concernée. De quoi mettre en appétit.

Gastronogeek-series-cultes-le-livre-de-cuisine-qui-nous-manquait_width1024Vous voulez essayer la recette du Haggis de Glenfinnan? C’est très bon, mais c’est long  : plus de six heures de préparation et de cuisson. Laissez donc cette recette à Highlander. Il ne manque pas de temps lui. Si vous avez l’esprit taquin et que vous souhaitez jeter un froid parmi l’assemblée réunie autour de votre table, servez cette tourte mortelle du roi Joffrey, une tourte au pigeon et champignons. Et pour le show, digne de la série Game of Thrones, découpez-là à l’épée. Sans vous blesser.
Non, les végétariens ne sont pas oubliés. Ils peuvent apprécier ce   double meat veggie burger inspiré par la série Buffy contre les vampires.

Et après cela, vous prendrez bien un peu de dessert? Quelques  muffins au chocolat? Les mêmes que ceux préparés par Constance dans American Horror Story. Si vous avez un peu de respect pour vos invités, évitez de cracher dans la préparation comme il est prévu de le faire dans la recette originale. On n’est pas des sauvages. Vous préférez déguster le dessert favori de l’agent fédéral Fox « Spooky » Mulder? Un bon morceau de tarte à la patate douce garnie de crème fouettée.
Gotham, Smallville, Dexter, Once upon a time, Twin Peaks, Doctor Who… Elles ont inspiré une recette savoureuse à deux auteurs qui n’ont pas fini de nous faire saliver. Nul doute qu’ils nous préparent déjà une nouvelle préparation. Dans l’attente, savourez et regardez celle-ci. Mais ne touchez pas au foie de l’employé du recensement. Même avec un bon chianti. Il faut raison garder.

Gastronogeek. 37 recettes inspirées des séries cultes. Par Thibaud Villanova et Mathilde Bourge. Éditions Hachette Heroes, 96 pages, 15 euros
Couverture : éditions Hachette

Posté le 21 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Romy Schneider, l’écorchée vive aux 60 rôles

Par Philippe Degouy

Disparue le 29 mai 1982, Romy Schneider n’a jamais quitté la première place qu'elle occupe dans le coeur des cinéphiles.  Romancier et biographe de femmes d’exception (Dalida, Maria Callas ou Edith Piaf), David Lelait-Helo retrace aux éditions Télémaque son destin. Un portrait dressé sous le regard croisé de l’actrice et de la femme. Deux faces d’une personnalité complexe, à la voix qui n’a jamais perdu ce léger accent germanique.
Romy? C’est d’abord, pour le grand public, le visage au cinéma de Sissi. Un rôle populaire, une atteinte à sa fierté, qu’elle a toujours détesté, et qui lui collait à la peau malgré une filmographie d’exception. Comment oublier ces films devenus des classiques du cinéma français : La Piscine, La Banquière, Max et les ferrailleurs, Une Femme à sa fenêtre, Le Vieux fusil, L’Important c’est d’aimer, Garde à vue, Une Histoire simple
Autant de films, parmi d'autres, dans lesquels elle révèle son talent et quelques pans de sa personnalité, de ses faiblesses. «La période de solitude entre deux tournages me pèse de plus en plus. Chaque film m’insuffle une dose de vie intense dont j’ai besoin pour me sentir à l’aise» déclarait-elle. Un métier d'actrice vécu à 100% pour oublier les blessures de l'existence. Avec en point d'orgue la mort accidentelle de David, son fils adoré. Sans parler d'un passé familial tourmenté et d'une santé fragile.

RomyEntre les chapitres dédiés à la personnalité de Romy et les présentations de tournages, l’auteur donne la parole aux professionnels, ceux qui ont donné à Romy de très beaux rôles. Pour Robert Enrico, réalisateur du Vieux fusil, ce classique avec Philippe Noiret et Romy (qu'il faut revoir, encore et encore), «c’était quelqu’un que vous n’auriez pas remarqué au quotidien. Mais quand Romy sortait de la loge du maquillage, c’était une reine. Tout d’un coup, elle était le personnage. Sublime.» Les anecdotes de tournage de ce film de guerre sont révélateurs du jeu d'une écorchée vive. 
Claude Sautet a souvent dit de Romy Schneider qu’elle «lui évoquait Mozart». Pour Bertrand Tavernier, «elle s’apparentait davantage à Malher et plus encore à Verdi. Des opéras véristes italiens elle tenait toute la puissance dramatique et le lyrisme

Une biographie qui se lit avec beaucoup de nostalgie pour une actrice disparue bien trop tôt, trop fatiguée par le chagrin pour continuer. Une lecture qui bouleverse, qui laisse son lecteur dans l’incompréhension : pourquoi une femme belle et talentueuse pouvait être si malheureuse. «De Romy la star, il reste soixante films et des portraits sur papier glacé, mais de Rosemarie la femme, que reste-t-il?» s’interroge l’auteur.

Cette biographie, fort complète et qui évite le côté people, apporte de nombreuses réponses et laisse certains éléments pudiquement cachés.
Ce document dresse un joli portrait d'une star, ce terme si galvaudé aujourd'hui,  préfacé par Alain Delon, son plus fidèle soutien, son meilleur ami. «Elle était la vie, elle fut la mienne. A-t-elle un jour cessé d'être près de moi? Non. Je sais qu'elle m'attend...»

Romy. Par David Lelait-Helo. Préface d’Alain Delon. Nouvelle édition revue et augmentée. Éditions Télémaque. 288 pages, 18 euros
Couverture : éditions Télémaque

Posté le 19 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La victoire en pleurant, l’horreur de la campagne d’Italie

Par Philippe Degouy

Non, la Libération ne fut pas une marche triomphale. Et certainement pas en Italie, où elle a laissé de terribles cicatrices, pas encore refermées aujourd’hui. Il reste, au sein de nombreuses familles italiennes, ces souvenirs de libérateurs du Corps expéditionnaire français devenus de véritables bêtes fauves. Ces troupes coloniales françaises, marocaines notamment, qui ont déferlé au printemps 1944 sur de nombreux villages comme une immense vague de violence : Esperia, Lenola, Campodimele, Vallecorsa, Pico, Pontecorvo, Castro dei Volsci… Vols, viols de masse, saccages… rien ne fut épargné aux victimes de cette folie. Des faits baptisés sur un néologisme : marocchinate.
« Depuis que j’ai entendu parler des marocchinate, je me demande comment j’ai pu ignorer si longtemps ces événements » explique Eliane Patriarca dans son document Amère libération (éd. Arthaud). Pour l’auteure, la découverte, presque par hasard, de ce sujet historique, bien peu présent dans les livres d'histoire, a provoqué un électrochoc. Et l’envie de se rendre sur place. Comme une sorte de quête initiatique sur la terre de ses ancêtres.

AmereliberationDe Naples à Rome, avec un acharnement sur la région de la Ciociara, les troupes coloniales françaises, dont beaucoup de Marocains, ont laissé un sillon sanglant. Des troupes de montagne efficaces, de la chair à canon sacrifiable pour déloger les Allemands.
Ces razzias commises sur les petits villages italiens étaient pour ces goumiers une façon d’asservir le vaincu, de se rembourser les pertes subies. « Le pillage du vaincu est une pratique coutumière des tribus marocaines du Rif et de l’Atlas, le viol des femmes fait partie intégrante du butin de guerre » précise l’historienne Julie le Gac, interrogée dans le livre.
Chapitre après chapitre, les récits se succèdent, identiques d’un village à l’autre. Brutaux, à donner l’envie de vomir. « Comme une nuée de criquets, ils firent irruption dans les maisons, vandalisèrent, saccagèrent et commirent des violences sur les femmes, les hommes, les jeunes. Jusqu’au prêtre. » Quelque 12.000 hommes transformés en fauves sans pitié. À Esperia, « sur 2500 habitants, 700 femmes ont été violées. » Les témoins se souviennent encore de « leurs rires, des robes longues si étranges, de leur puanteur aussi, des anneaux portés au nez et à l’oreille. »

Un drame sans coupables

Comme un retour aux sources, l’auteure revient sur la terre de ses parents, de sa famille italienne. Soulagée de les savoir épargnés par ces souvenirs de guerre,  mais choquée par les témoignages récoltés de village en village. « Les habitants de Lenola disaient qu’ils avaient souffert davantage en trois jours avec les libérateurs qu’en neuf mois d’occupation allemande. » De fait, le bilan fait état d’une fourchette basse de quelque 3000 à 5000 viols commis durant la campagne d’Italie.  Des actes vus et relatés par les Américains. Horrifiés par ces crimes, beaucoup d’entre eux ont exprimé l’envie de tirer sur les goumiers plutôt que sur les Allemands.

Les marocchinate, un sujet toujours tabou, qui est resté occulté en France. Comme un fait à oublier, sans intérêt. Parfois, dit l'auteure,« il suffit d’une frontière pour arrêter l’Histoire. Jamais la France n’a reconnu officiellement les exactions du CEF, jamais personne n’a assumé la responsabilité de ces violences de masse commises au sein de l’armée française.» Une théorie avance la vengeance orchestrée par la France pour faire payer l’Italie après la déclaration de guerre de Mussolini à la France en juin 1940. Une théorie qui peut expliquer cette barbarie, mais pas l’excuser. Des écrits parlent d'une carte blanche donnée par le maréchal Juin à ses troupes. Mais aucune preuve n'a été apportée.

Plus que la haine des soldats français, c’est la sidération qui ressort de tous les témoignages rassemblés par Eliane Patriarca. « Ce qui advint à l’époque, on ne l’avait jamais vu, ce qu’ils firent aux femmes… comme des bêtes. » Ces viols de masse ont touché plus de la moitié de l’Italie, de la Sicile jusqu’à la Toscane. Commis lors de la lente remontée des troupes alliées.

Le livre refermé, il reste ce silence qui entoure le drame. Le lecteur reste choqué, surpris par ces témoignages d’un passé rarement évoqué. Comme le souligne l’auteure, il s’agit pourtant d’un crime contre l’humanité. Une action en justice contre la France pourrait d'ailleurs être lancée. Tous les éléments sont disponibles dans les archives.
« À jamais, les victimes des marocchinate restent liées à mon histoire, à la terre entre mer et montagnes dont je viens. »
Oui, on peut parler d’une Amère libération de l’Italie, pour reprendre le titre de ce document qui soulève un coin du tapis de l’histoire. Celui sous lequel sont (encore) cachés de nombreuses horreurs.
Un dossier terrible. Au point que certains témoins ont déclaré avoir presque regretté les Allemands, généralement plus « corrects » que les libérateurs. Un souvenir douloureux mais nécessaire, de l’avis des témoins : « il faut raconter pour que les jeunes sachent ce qu’est la guerre. »

Amère libération, par Eliane Patriarca. Éditions Arthaud, 224 pages, 19,9 euros
Couverture : éditions Arthaud

Posté le 18 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Au coeur des cockpits des avions de combat

Par Philippe Degouy

Cockpits au combat. Voilà un titre d’ouvrage (publié aux éditions E-T-A-I) qui suscite d’emblée la curiosité pour tout fana d’aviation. Pour l’angle choisi par les auteurs. Original.  Donald Nijboer, spécialiste aéronautique reconnu, invite à pénétrer le bureau de travail des chevaliers du ciel, si cette expression a encore un sens à une époque où les combats aériens se livrent à distance, à coups de missiles. Donald Nijboer propose d’abord une histoire de la notion de cockpit avant d’étudier l’ergonomie de ceux d’avions célèbres. Et notamment l’évolution, lente, de l’importance comprise d’une verrière dégagée. Dans les airs, voir l’ennemi le premier permet bien souvent de tirer le premier et survivre. Ses textes sont accompagnés de clichés en grand format pris par Dan Patterson et de photos historiques.
Comme le précise l’ouvrage, «le cockpit d’un combattant n’est conçu ni pour le confort ni pour le plaisir. Longtemps, les concepteurs d’avions de combat n’ont pas réfléchi, assez, à l’interface pilote-avion. Aujourd’hui, le cockpit d’un chasseur moderne est une merveille de technologie informatique. Le pilote n’a pas (plus) la décision finale

Cockpits-au-combatBien entendu, comme il a fallu aux auteurs se livrer au difficile exercice du choix d’appareils, des lecteurs vont regretter certaines absences. Aucun hélicoptère n’est présent. Dans le chapitre consacré à l’aviation moderne, mis à part le Hawker Harrier et le Mig 29, les choix sont essentiellement américains. Force est de constater que les appareils made in USA sont aussi très populaires, magnifiés par le cinéma. B-52, A-10, F-117, F-22 ou F-16 se partagent la vedette. Avec en apothéose un long chapitre consacré au F-35 dont la présentation est nettement moins négative que le portrait dressé dans la presse européenne.

À côté des vedettes, les auteurs ont également sélectionné des appareils méconnus et originaux comme l’Arado Ar 234 Blitz ou le Northrop P-61 Black Widow. Chaque appareil est décliné vu du cockpit, avec ses défauts et ses qualités et l’avis de pilotes. De quoi briser des idées reçues parfois ou apporter un éclairage nouveau. Comme pour le F-14, le plus connu du grand public depuis sa participation dans le film Top Gun avec Tom Cruise en pilote de la Navy. «Il y a une chose qui fait peur dans le cockpit du F-14 : la position du pilote est devant la roulette de nez.» Lors du roulage sur le pont du porte-avions, cela peut provoquer des sueurs froides au pilote, obligé de flirter avec le bord du navire.
Si le F-35, avion de dernière génération, laisse deviner un pilotage compliqué, il n’en est rien selon les pilotes interrogés. «À bord, c’est même la simplicité du cockpit qui domine. La charge de travail est moindre, net avantage pour le pilote lors des opérations

Un beau livre découpé en quatre grands chapitres : la Première guerre mondiale, l’entre-deux-guerres, la Seconde guerre mondiale et un dernier chapitre qui évoque la période de la guerre froide à nos jours. Si les amateurs d’aviation militaire sont à la fête avec de nombreux témoignages de pilotes et des clichés souvent inédits, les maquettistes ne sont pas en reste. Ils trouveront avec cet album une source d’information de grande valeur. De fait, les vues de cockpits sont rarement aussi détaillées que celles présentes ici.
«Du cockpit simple de Blériot jusqu’au cockpit en verre du F-35, l’espace dans lequel le pilote évolue et combat s’est retrouvé complètement bouleversé.» Aujourd’hui, ce sont les casques qui évoluent de concert, pour remplacer le HUD. Notamment. Des casques devenus de véritables merveilles de technologie. À l’instar de celui du F-35. Du sur mesure, sans doute le casque le plus complexe jamais conçu. Et à l’image du F-35 : horriblement coûteux.

Un ouvrage à (s’)offrir et à savourer. Pour sa qualité, mais aussi pour les nombreuses anecdotes méconnues relatives à des chasseurs mythiques qui ont marqué le monde de l’aviation. Un bel ouvrage qui mérite sans conteste son tonneau de victoire.

Cockpits au combat. Textes de Donald Nijboer. Photographies de Dan Patterson. Éditions E-T-A-I, 225 pages
Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 17 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Eva, un guide au coeur de la nuit noire

Par Philippe Degouy

Dans un Reich en pleine déroute, avec Hitler retrouvé suicidé dans son bunker berlinois, quelques fanatiques de la SS, parmi les plus fidèles disciples, se préparent à frapper New York. En un seul raid, le Silbervogel, nouveau bombardier à long rayon d'action,  larguera une bombe nucléaire sur la ville. De quoi imprimer une marque dans l’histoire de l’humanité. Une « marque d’effroi ». Plongés dans ce crépuscule de l’horreur, Werner et Hanna réagissent différemment. Si Werner se montre horrifié par le projet fou, Hanna reste fidèle au Reich, comme empoisonnée par le venin nazi. Pendant ce temps, Américains et Russes tentent de mettre la main sur les scientifiques allemands. Une nouvelle guerre se prépare dans l'ombre de la rivalité Est-Ouest.

DENTDOURSEva (éd. Dupuis), cinquième tome de la saga Dent d’ours reste dans la lignée des premiers épisodes. D’excellente facture, sans aucun essoufflement. Que du contraire même. Les multiples flashbacks permettent d’épaissir et d’humaniser les personnages. De mieux comprendre leurs attitudes face au drame qui entraîne l’Allemagne dans la nuit. Il est nettement conseillé d’avoir lu les tomes précédents pour apprécier à sa juste valeur le travail accompli par Yann, scénariste de cette saga, et le chemin parcouru par les héros. Des héros? Non, pas vraiment. Comme le disait Samuel Fuller, « la seule gloire à la guerre est de survivre. »

Le dessin d’Alain Henriet est quant à lui admirable, avec cette ambiance, parfaitement reproduite, de cauchemar qui plane sur une Europe martyrisée par cette guerre totale. Ses planches se savourent, pour le travail de finition poussé au maximum. Mention spéciale pour les avions, nombreux, qui rappellent que Dent d’Ours est aussi une série aéronautique. On y croise des raretés comme le FW Ta-183, le Do 335 Pfeil ou l’Arado 232, mais aussi des personnages réels, qui viennent renforcer une intrigue solide : Adolf Galland ou Otto Skorzeny.

Un cahier de croquis complète la BD, en guise de bonus. Comme pour le Reich décrit dans l’album, on devine l'arrivée de l’épilogue de cette excellente série. Dans le prochain épisode. Il reste néanmoins une question que le lecteur ne manquera pas de se poser au moment de refermer cet album. Les auteurs suivront-ils la vérité historique dans le dernier tome? Ou pas? Là réside tout le suspens qui devrait finir la saga en apothéose.

Dent d’ours. Tome 5 Eva. Scénario de Yann, dessin d’Alain Henriet. Éditions Dupuis, 48 pages.
Couverture : éditions Dupuis

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