Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 18 juillet 2017 par Philippe Degouy

Quelques livres pour un été réussi

     Par Philippe Degouy

Les vacances, attendues, méritées, sont à nos portes. L’occasion pour beaucoup d'entre nous de s’attaquer, enfin, à cette pile de livres mis de côté faute de temps pendant l'année. C’est certain, vous n’aurez ni le temps, ni la volonté réelle de tout lire.
Nous vous proposons donc une petite sélection de nos coups de cœur du premier semestre. Ces livres lus et appréciés, conseillés sans retenue.
Préparez votre petit cabas estival, voici de quoi le remplir.

Pour l’info, le blog littéraire de L’Echo restera ouvert tout l’été. Avec de nombreuses nouveautés déjà sélectionnées. Vous ne manquerez pas d’idées de lecture, c’est certain.

Bonnes vacances. Rendez-vous aussi sur http://lechoblogs.typepad.com/lupourvous/ pour toutes nos chroniques de ce premier semestre. Au plaisir de vous lire aussi sur Twitter @Lupourvous

Les romans ont toujours la cote sur la plage ou à l’ombre d’un arbre, le verre de rosé pas trop loin de la main. Avec, comme d'habitude, les thrillers sur la plus haute marche du podium.
Gros coup de cœur pour Du feu de l’enfer (éd. Presses de la Cité), roman de Sire Cedric. L’auteur que l’on compare à Stephen King. Son ouvrage ne se laissera pas reposer avant la fin. Les amateurs de films d’horreur et de thrillers bien poisseux (par le sang versé) seront à la fête avec cet hommage au personnage de slasher (un tueur qui élimine les personnages un par un, ndla), cher au cinéma américain. Du feu de l’enfer atteint son but, magistralement : déstabiliser le lecteur dès les premières pages. Pour ne plus le lâcher jusqu’au dernier mot.
FEUDELENFERThanatopracteur, Manon Virgo vit en permanence avec la mort. Celle de ses clients, qu’il faut rendre présentables aux familles. Une existence sans vie sociale. Quand son frère Ariel vient lui demander de l’héberger pour une nuit, elle sait d’emblée que les ennuis vont suivre. De fait, les morts se suivent, plus horribles les uns que les autres. Une mystérieuse secte traque Ariel. Pour récupérer un objet dérobé.
Le livre refermé laisse la même impression que celle ressentie à la sortie de ce train fantôme présent dans chaque foire qui se respecte : le plaisir d’avoir tremblé. Avant de retrouver la sécurité du monde réel. La sécurité? Vraiment? Ne voyez-vous pas la menace qui vous entoure? «Ils» sont là. Partout. «Il existe sous la surface de notre société des cercles puissants, des hommes et des femmes qui ont ouvert les portes de l’enfer
Du feu de l’enfer. Thriller de Sire Cedric. Collection Sang d’encre. Éditions Presses de la Cité, 558 pages, 21,50 euros


Appelez Zach si vous manquez d’assurance

Avec Police d’assurance, Stéphane Denis propose un roman qui hésite entre genre policier et peinture sociale. Zacharie Lourne, le personnage principal, est flic des assurances. Après un excès de zèle, la voilà mutée au cœur de la France profonde. Sans se démonter, Zach accepte la sentence, avec philosophie, à défaut d'une épaule masculine sur qui se reposer. Sur place, elle se lance sur la trace d’un incendiaire de granges de ferme. Mais à défaut de pyromane, c’est un meurtrier qui va se mettre sur sa route. POLICEDrôle de dossier d’ailleurs, avec des bourgeois locaux, présents à la messe le dimanche matin mais aussi à la tête d’un réseau d’amazones rurales. Le genre à pratiquer la bête à deux dos pour quelques billets.
Une affaire qui roule, jusqu'au jour où un grain de sable grippe la mécanique du réseau de prostitution. Police d’assurance (éd. Grasset) est un roman qui livre un savoureux et truculent portrait de la vie de province, «là où le matin est comme le soir, une lueur triste». Plus que l’intrigue policière, la peinture de ce coin de France profonde se révèle particulièrement réussie, acerbe et drôle. On sent, chapitre après chapitre, l’hommage adressé à Simenon et à la filmographie de Claude Chabrol, le cinéaste qui a décrit cette bourgeoisie de province dans plusieurs classiques du cinéma.
Force est de constater que Stéphane Denis a pris un malin plaisir à rassembler cette belle brochette de personnages bas de plafond. «Et on dit qu’il ne se passe rien en province!»
Police d’assurance. Roman de Stéphane Denis. Éditions Grasset, 128 pages, 14 euros


Playas, le Truman show du terrorisme

Notes du désert (éd. Grasset) n’est pas un roman, mais le lecteur pourrait le penser dès le début de sa lecture. Les faits racontés sont tellement énormes que l’on doute. Jason Oddy conduit ses lecteurs au Nouveau-Mexique, à Playas. Une ancienne ville minière rachetée par le gouvernement américain pour servir de terrain de jeu aux forces anti-terroristes. Avec des habitants qui jouent le rôle des bad guys. Avec plaisir. Une ville étrange mais pas plus que ses voisines, dont Roswell, devenue la capitale mondiale des ovnis depuis le crash supposé d’un objet volant en 1947.
NOTESDESERTL’auteur sert de guide, véritable éponge qui absorbe tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend. Playas, une ville qui s’est rassemblée avec enthousiasme sous l’ombre de la bannière étoilée. Avec cette impression de participer à sa manière au combat contre les forces du Mal.
Avec son don d’observation, Jason Oddy dresse un portrait hilarant, en quelques touches d’humour britannique, de ce microcosme qui vit dans un autre monde. Il s’en passe des choses au Nouveau-Mexique, où l’on découvre avec l'auteur les traces d’anciens scientifiques nazis, «invités» par les Américains après la défaite de l’Allemagne en 1945. Il reste des vestiges de leur passage dans le désert de White Sands, comme cet étrange musée de missiles, dressés comme des totems. Comment, après tout cela, en vouloir à l’auteur de voir des lapins géants et des cubes volants dans la nuit. Le désert peut détraquer toute notion de réalité pour un Britannique à la recherche d’un raccourci pour rejoindre l’Arizona. Une joyeuse découverte littéraire.
Notes du désert. Par Jason Oddy. Éditions Grasset, 256 pages, 20,00 euros

Roswell, un dossier non classé depuis 70 ans

En cet été 2017, on «fête» le cinquantième anniversaire du crash de Roswell. Que s’est-il passé dans cette prairie perdue dans l'Ouest américain en ce début de juillet 1947? Pour l’armée, ce n’était qu’un ballon-sonde. Pour les témoins, il s’agissait plutôt d’un engin venu d’ailleurs, avec des corps de créatures étranges. Rédigé par Gildas Bourdais, spécialiste des ovnis, Roswell la vérité se lit comme un roman. Un document qui étonne, interpelle. Il pousse à la réflexion et suscite bien des questions. ROSWELLQue s’est-il réellement passé à Roswell en juillet 1947? Aura-t-on un jour une réponse? Impossible à dire. Dans l’attente, «le débat sur ce qui s’est écrasé continue.»
Le cas Roswell est d'une grande importance pour le phénomène ovni. Si une preuve de ces débris retrouvés était ramenée à la surface par un témoin, elle marquerait la fin de cette politique du silence.
Roswell, la vérité. Par Gildas Bourdais. Éditions Presses du Châtelet, 272 pages, 20 euros environ


Au 36, on sert encore le poulet à l’ancienne

À quelques semaines de leur déménagement, les forces de police du 36, quai des Orfèvres dressent un bilan de leur action. Journaliste spécialisée dans les affaires criminelles, Patricia Tourancheau invite le lecteur à la suivre au cœur d’un mythe, sur les traces des grands flics et des grandes affaires criminelles. L’enlèvement du baron Empain, Landru, la mort de Mesrine, Action directe, Guy Georges …
36QuaiSon livre fait figure d’état des lieux avant changement de locataire(s). Nombreux sont les anciens patrons à témoigner de leur vécu au sein de ces murs. Et c'est loin d'être triste.
Au 36, si les poulets font leurs adieux à la Seine, ils ne quittent pas pour autant la scène…de crime. Allez, debout les morts, on change de cimetière, pour reprendre cette citation populaire. Entre deux affaires, le ton vire parfois à l’ambiance digne d’un San Antonio de Frédéric Dard. Avec ces pots de départ ou servis pour fêter la mise à l’ombre d’un beau crâne (un truand d'envergure, ndla). Bienheureux le fournisseur de pastis au 36.
On sourit, on rit, à l’évocation du passage régulier en les murs de Serge Gainsbourg, dont on connaissait la sympathie pour les flics. Il venait siroter quelques verres, pour se délecter de faits divers.
«Il s’engagea sous la voûte de la PJ. Il fut triste à l’idée que, dans si peu de temps, il ne viendrait plus ici chaque matin» (Georges Simenon, L’Amie de madame Maigret).
Le 36. Histoires de poulets, d’indics et de tueurs en série. Par Patricia Tourancheau. Éditions Le Seuil/Les Jours.fr, 395 pages, 22,50 euros


L’été, c’est aussi l’occasion de se gaver de bulles. Et nombreuses furent les BD publiées en six mois. Voici, pour terminer notre chronique, un petit florilège de coups de cœur. Là aussi, la qualité a été au rendez-vous. Avec de tout. Dans tous les genres. Du western à la science-fiction, en passant par le policier.

Objectif Ter, d’où viens-tu Mandor?

Année? Indéterminée. Lieu? Un endroit baptisé Ter. Une planète habitée, semi-désertique, qui semble avoir connu un passé développé. Jeune pilleur de tombes, Pip détrousse les morts pour vivre. Un soir de fouilles, il découvre la tombe d'un homme, qui se réveille subitement. Nu, sans biens, muet et porteur d’un tatouage sur le bras droit : «Main d’or». Quand l’inconnu, désormais baptisé Mandor par Pip, réussit à refaire fonctionner un projecteur d’hologrammes, sa renommée prend davantage d’ampleur au sein du village. TERMandor intrigue également les prêtres du Haut-Mesnil, inquiets de sa ressemblance avec le prophète des livres sacrés. Réalisé par Rodolphe au scénario et Christophe Dubois au dessin, Ter se veut tout à la fois récit fantastique et de science-fiction. L’action, étalée en une trilogie, se situe dans le futur, mais relativement proche. Objectif Ter, si vous souhaitez partager notre plus gros coup de cœur BD de ce début d’année. Là-haut, personne ne vous entendra rêver.
Ter tome 1. L’étranger. Scénario de Rodolphe, dessin de Christophe Dubois. Éditions Daniel Maghen. 80 pages, 16 euros environ


Steve McQueen en pole position au Mans

Steve McQueen in Le Mans (éd. Garbo Studio) rend un double hommage. À Steve McQueen, d’abord. Un acteur apparu à l’artiste suisse Sandro Garbo dans un rêve. Au Mans ensuite, l’une des épreuves les plus mythiques du sport automobile qui réunit chaque année un plateau hors du commun. Plus qu’une BD, il s’agit plutôt d’un livre conçu et construit comme un beau livre.
L'ouvrage, à la couverture solide et imprimé sur du papier glacé, repose sur le film Le Mans, dans lequel Steve McQueen s’est impliqué à 100% pour dresser un portrait proche de la réalité. L'album est devenu culte, épuisé en quelques semaines.
LEMANSMCQUEENPour les auteurs, il s’agit de la récompense d’une vaste entreprise qui a duré plus de trois ans, avec sept dessinateurs au travail. Pour reproduire au mieux tous les détails du spectacle, des coulisses, des bolides et des scènes les plus célèbres du film. Même si les fans connaissent le film par cœur, on se laisse envoûter par le dessin. Chaque planche est méticuleusement réalisée, avec une multiplication des plans pour rendre le côté dynamique de la course. Si vous ne devez acheter qu’une BD sur l’automobile cette année, ne cherchez plus, vous l’avez.
«Steve McQueen in Le Mans.» Tribute edition (version française). Adaptation de Sandro Garbo. Dessins et couleurs de Florian Afflerbach, Jared Barel, Julien Dejeu, Sandro Garbo, Thomasa Lebeltel, Guillaume Lopez et Pierre Ménard. Garbo Studio, 64 pages, 32 euros

Gaston Lagaffe fête 60 ans de gaffes. M’enfin !

En marge de l’exposition Gaston Lagaffe tenue au Centre Pompidou, le très beau catalogue mérite de rejoindre votre bédéthèque. Un bel objet à la couverture jaune, joyeux de la première à la dernière page. Avec des planches en couleur, des reproductions de documents, des photos de Franquin. Autant de trésors qui permettent de raviver les souvenirs aux plus anciens et d'amener une nouvelle génération de lecteurs à découvrir le talent d’André Franquin.
Un beau livre qui se savoure. Il ravive une douce nostalgie pour ces années d'or. GASTON60Avec des reproductions de planches commentées par le maître. À la lecture de ses commentaires ou de ses anecdotes, on entend presque sa voix souriante, empreinte d’amour paternel pour ce fils de papier pour lequel il éprouve un tendre amour.
Les planches sont classées par thèmes. Pour révéler les pans de l’œuvre de Franquin. Son goût pour la nature et les animaux, avec les bestioles de Lagaffe, aussi cinglées que lui, son antimilitarisme et son allergie à l’autorité. Un must.
«Gaston au-delà de Lagaffe. Une visite guidée dans l’univers de Gaston commentée par Franquin». Éditions Dupuis/Bibliothèque Centre Pompidou, 210 pages, 30 euros

Réactions