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Posté le 21 août 2017 par Philippe Degouy

Alain Decaux raconte... dix destins d’exception

Disparu en mars 2016, l’historien Alain Decaux laisse le souvenir d’un homme passionné par l’histoire, celle du monde mais plus encore des grandes figures. Avec Histoires extraordinaires (éd. Perrin), il raconte le destin de dix personnages qui ont marqué l’histoire par leurs traits de génie. Pour engendrer le mal ou au contraire pour faire rêver. Dix destinées aussi diverses que celles de Dracula, Mandrin, Champollion, Louis II de Bavière, Lawrence d’Arabie, Mermoz, Pou-yi, Heydrich, Ben Gourion ou Haïlé Sélassié.
Comme pour les précédents ouvrages d’Alain Decaux, celui-ci se savoure avec délice. Pour le talent d’écriture de l’historien et son enthousiasme, communicatif. Le lecteur ne lit pas une biographie, il la vit, se sent plongé dans un univers parfaitement restitué par petites touches.
En quelques dizaines de pages, le portrait d'une personnalité est ainsi brossé sans rien omettre. Même si l’on ressent l’affinité de l’historien pour certains choix du livre, les portraits dressés ne glissent pas dans le panégyrique. Chaque médaille a son revers, il en va également pour les héros. Pour Mermoz, le vainqueur de l’Atlantique sud, dieu vivant pour toute une génération, Alain Decaux ne cache pas le côté sombre du pilote. «Le mot d’archange a été associé si souvent au nom de Mermoz qu’il finit par gêner l’historien. Mermoz n’était ni un ange ni un surhomme.» De même pour Lawrence d’Arabie, une énigme pour les historiens à propos de qui tout et n’importe quoi a été écrit. Un héros, un aventurier? Qui était-il? «Ceux qui ont consacré des années à étudier cette existence tourmentée reconnaissent qu’il ne le savent guère. Mais le savait-il lui-même

AlainDecauxAu réalisme d’un esprit cartésien à la Mermoz s’oppose le rêve éveillé d’un Champollion, le découvreur du secret des hiéroglyphes égyptiens. «L’histoire de Champollion est celle de la victoire de l’esprit, celle de la foi.» Un homme pour qui «l’enthousiasme seul était la seule vraie vie.» Doux rêveur lui aussi, il faut visiter les châteaux en Bavière de Louis II : «il faut se dire qu’ils sont des songes réalisés, des rêves qui ont pris une apparence de pierre.» Une folie douce à opposer à celle du nazi Reinhard Heydrich, meurtrière au plus haut point. «Le SS tel que l’imagine le peuple, un homme d’une seule coulée. Inaccessible à la pitié, tourmenté. Regagnant un matin son domicile, il aperçoit son reflet dans un grand miroir. Il sort un revolver. Par deux fois, il tire sur cette image. La sienne.» Un authentique salaud mort dans l’attentat du 27 mai 1942. Non sous les balles, mais des suites d’une septicémie.
Entre inconnu et folie se glisse un destin qui a fait couler beaucoup d’encre et qui ouvre la belle galerie du livre : celui de Dracula. Existe-t-il réellement un point commun entre le Vlad l’Empaleur du XVe siècle et le Dracula ressuscité 400 ans plus tard par un romancier inspiré? «On a retrouvé la tombe de Dracula. On l’a ouverte. Elle contenait des ossements de bovidés. Quant à Bram Stocker, il est mort d’épuisement. Comme les personnes dont un vampire a bu le sang

Tout cela forme une lecture savoureuse, qui laisse entendre la voix d’Alain Decaux à chaque page, ou peu s’en faut. L’ouvrage, qui se lit d’une traite, tente de répondre avec ces destins à cette question existentielle : comment devient-on, et reste-t-on un homme? De cette sorte d’homme dont parlait Napoléon quand il s’était écrié : «vous êtes un homme, monsieur Goethe.»

Philippe Degouy

Histoires extraordinaires. Alain Decaux raconte. Éditions Perrin, 395 pages
Couverture : éditions Perrin

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