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Posté le 10 août 2017 par Philippe Degouy

Avec Pandora, «c’est la fête, arrêtez donc de tirer la gueule»

Troisième numéro, déjà, pour le mook Pandora (éd.Casterman). Depuis son premier numéro, dont la couverture annonçait déjà le ton décalé du choix rédactionnel, un singe embrassant à pleine gueule un robot, Pandora n’a cessé de suivre sa ligne de conduite, déranger nos habitudes de lectures trop sages. Un but atteint, au vu du succès populaire. Pour la petite parenthèse pratique, il faut rappeler que Pandora publie des récits complets.
Ce troisième numéro est renversant, au propre comme au figuré, avec deux couvertures et deux sens de lecture. Certaines nouvelles graphiques vont nécessiter réflexion et imagination pour déchiffrer le message de l’auteur. D’autres récits conserveront leur part d’ombre, laissant le lecteur dubitatif. Tant mieux, un peu de mystère n'est pas pour nous déplaire. Qui sait, d'autres lecteurs après nous trouveront la clé de lecture.
Pour la petite histoire, la présence de Corto Maltese en couverture rappelle que le titre du mook, Pandora, est un clin d’œil au personnage féminin, Pandora Groovesnore, créé par Hugo Pratt dans l’album La ballade de la mer salée.

D’accord, certains récits vont choquer le lecteur, cet animal lecteur qui sera malmené par les choix éditoriaux. C’est bien là le but avoué de Pandora. «Bousculer les routines de lecture, participer au décloisonnement des formes et des genres, permettre aux auteurs de retrouver leur inspiration : telle est notre ambition» explique Benoît Mouchard, rédacteur en chef.

PANDORA3Étonnant ce Résumé, un récit de Gilles Dal et Johan De Moor, sans personnages ni action. La peinture d’un même paysage qui évolue au fil des siècles, en égratignant au passage notre civilisation. Celle qui défigure la nature avec nos centres commerciaux, nos autoroutes etc. C’est très beau. Et fort à la fois. Avec Walking maiden, Lost Prince and Wandering King, Baptiste Gaubert nous offre une relecture façon Moebius du Petit Prince. En version muette.
D’autres auteurs, à qui carte blanche a été donnée pour publication dans Pandora, vont loin. Très loin. Quitte à franchir certaines limites. Comme Hugues Micol et son récit, Le retour. Celui d’un Polonais juif qui revient dans sa maison après la guerre. Il la trouve occupée par une famille qui a pris possession de son bien. L’auteur joue sur l’image d’Epinal du Juif riche comme Cresus pour bâtir une intrigue étonnante. Grinçante. Quant à Florence Dupré la Tour, son récit aborde le thème douloureux du viol et de l’inceste. Ses personnages ont des cubes impersonnels à la place de visages. Comme pour renforcer la perte de l’image du moi par la victime. Comme le précise Pandora, « Florence Dupré la Tour ne cherche pas à raconter de mignonnes petites histoires. »

L’ensemble du mook est issu du même tonneau. Le lecteur passe du rêve à l’interrogation, en passant par le doute ou la répulsion. C’est voulu et souhaité par la rédaction. «La bande dessinée est une forme qui doit être en mesure de bousculer ses conventions pour se renouveler et continuer de séduire une audience élargie, au-delà du cercle des amateurs et des lecteurs avertis» expliquait Benoît Mouchart dans l’introduction du premier tome.

Bienvenue en terre inconnue avec Pandora, le mook qui foule aux pieds nos tranquilles habitudes de lecture.

Philippe Degouy

Pandora. Revue de bande dessinée et fiction n°3. Éditions Casterman, 264 pages, 18 euros
Couverture : éditions Casterman

Note : Une rencontre sera organisée à la Fête de la BD de Bruxelles le 1er septembre de 12h30 à 13h15 au Studio Bozar. Avec comme invités Benoît Mouchart, Max de Radiguès et Hugo Piette.

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