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Posté le 8 août 2017 par Philippe Degouy

Ces collabos qui ont trahi la France

La collaboration. Un sujet sulfureux, qui a déjà été traité dans de nombreux ouvrages. Certainement, mais pas de la façon choisie par Jean-Paul Lefebvre-Filleau, ancien officier de gendarmerie surnommé le détective de l’histoire. Son angle d’attaque se veut original. Avec Ces Français qui ont collaboré avec le IIIe Reich (éd. du Rocher), il retrace l’histoire de la collaboration par celle d’individualités. L’auteur a enquêté et sélectionné quelque 80 collabos représentatifs du phénomène. Il les présente dans de courtes biographies classées par classes. Les politiques, les intellectuels, les militaires ou les repris de justice, tous mis au service des Allemands pour différentes raisons. Comme le précise l’historien et avocat Gilles Perrault, auteur de la préface, la façon de travailler de l’auteur est semblable à celle qui consiste à «passer de la mosaïque à la fresque

Ces quatre ans d’occupation ont profondément marqué la société française. Certes, l’occupation des années 40 ne fut pas la première dans l’histoire du pays, mais bien celle qui a donné lieu au spectacle le plus méprisable. Par son ampleur et le collaborationnisme exercé à tous les échelons de la société.
Un drame qui prend racine le 24 octobre 1940 avec la poignée de mains scandaleuse entre le maréchal Philippe Pétain, chef de l’Etat et le chancelier Adolf Hitler. Les propos du maréchal ont marqué les esprits : «une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J’en ai accepté le principe. Cette collaboration doit être sincère.» Dès la fin du discours, historique, une certaine partie de la population se met au service de l’occupant allemand. De l’officier supérieur au voyou de bas étage, en passant par le journaliste, l’homme d’affaires ou le politique.
Au long de ses chapitres, l’ouvrage répond à cette question qui se pose d’emblée au lecteur : comment des hommes au passé militaire ou intellectuel de premier plan ont-ils pu devenir des collabos mis au service des Allemands ? «Sans doute la poignée de mains de Montoire a influencé plus d’un Français. Pour beaucoup d’autres, Pétain a bien joué face à Hitler, pour préserver une partie de la France libre.

COLLABORATIONLes portraits sélectionnés par l’auteur sont édifiants, étonnants par la diversité des profils de collabos. Comment ne pas ressentir de dégoût à la lecture de la biographie des chefs de la Milice, dont Raoul Dagostini. Un bourreau connu pour sa cruauté, dénoncée, c’est dire, par les Allemands. Il sera fusillé, avec sa maîtresse, par un groupe de Résistants en septembre 44.
Moins sadique mais aussi dangereux et coupable de trahison, l’amiral Jean de Laborde rejoint dans l'ouvrage d’autres compagnons d’infamie. Comme Céline, René Bousquet, Joseph Darnand, Pierre-Antoine Cousteau (frère de Jacques-Yves, le commandant Cousteau, entré en Résistance) ou le ferrailleur Joseph Joanovici (sujet d’un téléfilm et d’une BD), coupable d'enrichissement du fait de ses liens avec l'ennemi.
Dès l’été 1944, beaucoup de collabos ont tenté de fuir ou sont devenus des résistants de la 25e heure. Avant de se faire arrêter.

Tout ce beau monde s’est retrouvé sur le banc des accusés puis dans les geôles de la République, tous milieux confondus. Une vie entre quatre murs qui fut loin d’être agréable : «parfois, des gardiens passaient à tabac certains détenus la nuit. Chaque cellule mesurait environ 8 à 10 m2, où s’entassaient cinq personnes, qui n’avaient en commun que leur misère et la faim.» Une vie en prison, dure mais souvent préférable au sort des collabos restés en liberté, qui subirent souvent une justice expéditive. «Les chiffres officiels parlent de 9673 collabos exécutés, mais d’aucuns estiment le nombre réel entre 30.000 et 40.000 victimes.»
Comme le rappelle l’auteur, si le grand public a estimé les sanctions trop légères, la vérité historique se doit d’être rappelée : «les cours de Justice furent saisies de 140.000 dossiers et jugèrent 57.000 cas dont 6753 condamnations à mort (pour 779 exécutés) et 2777 peines de travaux forcés à perpétuité
Un ouvrage qui aurait pu porter le titre d’un autre ouvrage de l’auteur : Pas de pitié pour les bouffons. Ce témoignage historique  se lit avec grand intérêt. Pour mieux comprendre cette passion qui anime la société française depuis plus de 70 ans.
«Le temps passe. Le plus souvent, il assoupit les passions et conduit à des jugements plus consensuels. Rien de tel avec la collaboration. Mieux elle est connue et plus elle soulève le cœur» explique Gilles Perrault.

Philippe Degouy

Ces Français qui ont collaboré avec le IIIe Reich. Par Jean-Paul Lefebvre-Filleau. Préface de Gilles Perrault. Éditions du Rocher, 541 pages, 2 euros
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