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Posté le 11 août 2017 par Philippe Degouy

On peut vivre sans frère, pas sans ami

Quand la réalité des flics de terrain rejoint la fiction dans un roman policier, cela donne Le dernier saut. Une œuvre écrite à quatre mains. Celles du romancier à succès Franck Hériot (La Femme que j’aimais, La Vengeance du djinn, Le Diable d’abord…) et de l’ancien patron du RAID, Jean-Louis Fiamenghi. Publié aux éditions Mareuil, le thriller plonge son lecteur au cœur du dispositif policier mis en place depuis la montée en puissance du terrorisme islamiste en France.

Décembre 2015. Max d’Orcino, alias Skyfall, est à la tête du RAID, formation de policiers d’élite. Renseigné par un indic, le groupe d’intervention est appelé à taper un trio de djihadistes impliqués dans une vague d’attentats perpétrés en plein Paris. Peu avant le départ en opération, Skyfall reçoit la photo du chef des terroristes. Un choc. Une cible dont il n’imaginait pas l’implication : Walid. Un homme avec qui le policier français a partagé ce que peuvent partager des frères d’armes. Deux hommes qui se doivent la vie depuis un stage de formation en Tunisie en 1985. Pour tenter d’éviter le pire, Skyfall prend la tête de l’opération. Pour tenter un assaut sans casse. En route vers l’objectif, défilent les souvenirs de formation en Tunisie trente ans plus tôt avec la cible encore du bon côté de la ligne. Pour Skyfall, cet assaut d'une planque ennemie sera le dernier saut que les deux hommes feront ensemble. Il le ressent. Il faudra ruser pour ramener à la raison Walid, rendu fou par sa haine de l’Occident... Inutile de dévoiler davantage l’intrigue, solidement ficelée.

Celle d'un thriller intelligent, qui remise au placard cette image (fausse) de superflic à la Belmondo. Et qui jette un regard dans le rétroviseur, pour se souvenir, une dernière fois, du banditisme à l’ère des beaux crânes des dernières décennies. À l’époque de l’Antigang de papa, le flagrant délit était la règle. «Les flics ne se contentaient pas d’enquêter, ils mettaient les mains dans le cambouis quand il fallait affronter des voyous équipés comme des forteresses volantes. Aujourd’hui, quand c’est un peu chaud, on fait appel au RAID. Ce n’est pas plus mal. Ça évite les quiproquos. L’ennemi sait à quoi s’en tenir
On devine dans ces propos de Skyfall une certaine forme de nostalgie exprimée en filigrane par Jean-Louis Fiamenghi. Ses années de jeune flic n’étaient pas roses, certes, mais loin de ressembler au quotidien des flics d’aujourd’hui, confrontés à des fanatiques religieux, sans peur de la mort et impossible à calmer : «les grandes heures des négociateurs semblaient bel et bien révolues face à la détermination des fous d’Allah, de ces suppôts de l’Etat islamique. Leur violence extrême menait la danse. Les barbares étaient de retour dans Paris. » Plus de seigneur du crime comme Mesrine avec qui sabrer le champagne au moment de l'arrestation.

DERNIERSAUTToute ressemblance avec des événements réels n’est pas une coïncidence. Les auteurs se sont largement inspirés des récentes attaques qui ont secoué la France, ainsi que de l’expérience de policier de Jean-Louis Fiamenghi. Si l’ouvrage n’est pas indispensable pour apprécier Le dernier saut, on ne peut qu’encourager la lecture des Mémoires de Jean-Louis Fiamenghi, Dans le secret de l’action (2016, Mareuil éditions).
L’auteur distille quantité de souvenirs personnels dans l’ouvrage de fiction. Dont ce gigot de sept heures dont il est question dans les premières pages. Un clin d'oeil à la recette de gigot donnée par Mesrine lui-même à l’auteur. Quant à Max d’Orcino, on devine bien que le personnage est façonné à partir de la personnalité et de la carrière bien remplie de Jean-Louis Fiamenghi.
Un roman qui laisse un peu de place aux bons sentiments, avec une histoire d’amour avortée entre Max et Farah. Sœur de Walid et farouche ennemie de ces milieux terroristes : «pas un, pas un seul n’est récupérable. Ils sont tous pourris jusqu’à la moelle. Tous sans exception
Ce roman, Le dernier saut, faut reconnaître, c’est du brutal. C’est plutôt un roman d’hommes, pour paraphraser Michel Audiard. Une plongée au cœur de la menace islamiste et des forces d’élite entraînées à la neutraliser.
Avec un super flic comme équipier d'écriture, Franck Hériot a développé une intrigue qui mise sur l’action, mais avec le souci de la crédibilité. Les descriptions des attentats sont d’un réalisme effroyable. Elles rappellent ces visions d’horreur qui restent ancrées dans nos mémoires.

Un roman qui rend également un hommage appuyé, nostalgique, à un endroit mythique, qui a vu défiler les plus grands criminels : le 36.
De l’action, des personnages bien taillés et une intrigue rattrapée, voire dépassée par la réalité, tout concourt à faire du Dernier Saut un roman qui ne se repose qu’à son épilogue. Que l’on devine tragique : «avec ces enfoirés de kamikazes en face, on peut être sûr qu’il y aura de la casse
Une lecture qui rappelle un vieux tube de Serge Reggiani, Les loups sont entrés dans Paris. Les paroles sont étonnantes d'actualité.

Philippe Degouy

Le dernier saut. Par Jean-Louis Fiamenghi et Franck Hériot. Mareuil éditions, 241 pages, 17 euros
Couverture : Mareuil éditions

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