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Posté le 17 août 2017 par Philippe Degouy

Mai 40 à Dunkerque, un gamin au coeur de la tourmente

«J’avais 10 ans en 1940 quand éclata la première grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, en France. Elle se termina par la victoire d’Hitler. À Dunkerque, où je vivais. Je rêvais, je voulais, je croyais que les Français allaient gagner. Mais j’ai connu le drame de la défaite et le défilé, dans ma rue, de milliers et de milliers de prisonniers français
Ainsi débute le récit de Jacques Duquesne, journaliste et auteur de nombreux ouvrages à succès. Avec Dunkerque 1940. Une tragédie française  (éd. Flammarion), il relate le résultat de ses longues années de recherche sur un sujet historique plutôt méconnu. Le rembarquement du corps expéditionnaire britannique au cours d’une opération restée dans les manuels sous son nom de code : Dynamo. Le dernier acte d’un drame de guerre qui a scellé le cours de la guerre et plongé Dunkerque dans la nuit pendant plus de cinq ans.
Le document, passionnant de bout en bout, apporte aussi le témoignage de l’auteur, gamin au moment des faits, plongé au cœur de la tourmente. Un jeune garçon qui, comme beaucoup d'autres gamins, n’aurait pas dû subir ces visions d’horreur. «Nous les gosses, avions accueilli avec bonheur, ou plutôt un certain plaisir, la déclaration de guerre. Nous pensions moins aux souffrances et aux morts qu’aux défilés de la victoire

DUNKERQUEMais les événements ont rapidement effacé ces impressions de bonheur. Jacques Duquesne relate ainsi ses visions de bombardement de sa ville, avec les incendies, les familles ensevelies, les colonnes de prisonniers… Le défilé des Allemands dans les rues. Si l’espoir est longtemps resté présent au sein de la population, «peu à peu, un mot dramatique était apparu aux habitants de Dunkerque : la défaite. Jusqu’à hanter les esprits
Au fil des chapitres, construits sur ses recherches historiques, l’auteur démonte également quelques idées reçues. Comme celle liée au coup d’arrêt allemand. Soudain, et longtemps attribué au respect de l’Allemagne pour l’Angleterre. En vérité, il s’agissait pour Hitler de jouer sur la notion de flatterie. De laisser un peu des plaisirs de la victoire à l’infanterie allemande. Jacques Duquesne voit juste quand il déclare qu’ «un dictateur doit toujours se méfier de ses généraux : leur gloire personnelle peut leur donner des idées.» Il était hors de question de laisser toute la gloire aux soldats montés sur blindés. Lesquels avaient, par ailleurs, un grand besoin de souffler et de réparer les véhicules, malmenés par de multiples engagements.

Dunkerque? Au mieux un délai

L'avis de Jacques Duquesne sur les généraux alliés n’est guère tendre. On suit ainsi tout le processus britannique qui a mené au départ précipité du territoire français. Un rembarquement décidé sans consultation préalable des alliés français. Du point de vue français, l’héroïsme, celui des défenseurs de Dunkerque, a côtoyé la lâcheté la plus crasse, celle des déserteurs qui se sont glissés parmi les troupes à évacuer. «Tout ce qui a pu être sauvé l’a été», rapporte le général Alexander. «Non, mon général, reste l’honneur» réplique le capitaine de frégate de La Pérouse. Un extrait de dialogue savoureux cité par un auteur qui dénonce des attitudes méprisables, reflets du comportement humain. Le chacun pour soi, la lâcheté et l'idiotie de certains généraux. Sans oublier le déclenchement prématuré, stupide, d'une guerre sans y être préparé. Hitler lui-même aurait préféré attendre quelques années de plus.
Oui, c’était étrange comme guerre. Le plus destructeur des conflits de l'histoire.

«Il n’y eut pas de miracle à Dunkerque, seulement des lâchetés et de l’héroïsme. Des hommes, quoi. Au total, 340.000 hommes furent embarqués pour l’Angleterre. Dont quelque 140.000 Français, aussitôt renvoyés en France
Ce qui est présenté dans les livres comme une victoire n’en est pas une souligne l'auteur.
«Ce fut, au mieux, un délai qui permit de se renforcer et de nouer de nouvelles alliances
Un livre poignant qui se présente comme le complément idéal au nouveau film de Christopher Nolan, Dunkerque.

Philippe Degouy

Dunkerque 1940. Une tragédie française. Par Jacques Duquesne. Éditions Flammarion, 312 pages
Couverture : éditions Flammarion

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