Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 17 août 2017 par Philippe Degouy

Une jeunesse française entrée en Résistance

Juin 1940, l'armée française est défaite, vaincue par l'armée allemande. Plus moderne, plus mobile. La jeune Zoé Favre pense à son frère Martin, soldat français porté disparu comme beaucoup d’autres. Devant son domicile défilent des milliers de Français vaincus, en route pour les camps en Allemagne. Un spectacle affligeant qui va pousser la jeune femme à vouloir faire quelque chose, à trouver le moyen de résister à l’occupant allemand. «Il valait peut-être mieux mourir pour Dantzig qu’offrir un défilé aux Panzers sur les Champs-Elysées» pense-t-elle. Pendant que les politiques français se livrent à un bien triste spectacle, Zoé et quelques amis impriment et distribuent des tracts anti-Allemands. Mais Zoé va vite s’apercevoir que le danger est partout, même à son petit niveau. Son père est arrêté et son sort ne tient qu’à un fil. Brisé lors de sa participation à une manifestation d’étudiants nationalistes…

Pour ce troisième volet de la saga (sur les six déjà prévus) Une génération française (éd. Soleil), Thierry Gloris au scénario et la dessinatrice Anna-Luiza Koechler dressent le portrait d’une jeunesse qui a décidé de dire non. Non à la présence d’Allemands en France et non aux vœux du maréchal Pétain de lui faire confiance. «Nous nous sommes réveillés un matin et le pays n’existait plus. Une France qui n’était désormais plus la nôtre.» Si l'intrigue relève de la fiction, l’album rend hommage à ce qui est considéré aujourd’hui comme la première forme de résistance ouverte face à l’ennemi allemand : la manifestation d’étudiants et de lycéens qui s’est déroulée le 11 novembre 1940 devant le tombeau du Soldat inconnu. Une bravade payée au prix fort, avec de nombreuses arrestations. Un événement encouragé par les Gaullistes de Londres.

Unegénérationfrançaisetome3Les planches aux traits semi-réalistes d'Ana-Luiza Koehler brossent un portrait évocateur de cette époque, le début de ces quatre longues années d’occupation et de privations. Un portrait réaliste d’une France souillée. Et celui d’une large part de la population qui se retrouve en quelques semaines dirigée par les Allemands. Le scénario reproduit fidèlement ce sentiment qui va grandir peu à peu au sein des Français : celui de vouloir résister. En cette fin d’été de 1940, la question n’est pas de vouloir agir mais de trouver comment. Pour la jeune Zoé et ses amis étudiants, les mots seront les premières armes utilisées contre l’occupant. Aussi dangereuses pour eux que les autres, plus létales. La poignée de mains de Montoire ne restera pas sans suite au sein d’une jeunesse française éprise de liberté.
En parallèle au soulèvement étudiant qui germe au coeur des écoles et universités, les auteurs relatent également les dessous de ce coup d’Etat de juillet 1940. Quand la République est mise à mal au casino de Vichy. Avec le vote des parlementaires pour accorder les pleins pouvoirs à Philippe Pétain. «La France défaite se jette alors dans les bras d’un vieillard de 84 ans», avec un Laval, bouffi d’orgueil, à l’aise dans son rôle de Marc-Antoine.

Non, «la France ne méritait vraiment pas ça !» Mais son avenir se prépare déjà à Londres. Avec Charles de Gaulle et de nombreux Français réfugiés en Angleterre pour poursuivre la lutte. À Paris, occupé, «le bruit des bottes a remplacé les airs de jazz. Adieu musique, adieu, joie de vivre.» Mais les dettes se paieront.
S’ils dépeignent de tristes moments, les auteurs laissent néanmoins la place à de beaux moments de solidarité, avec des civils qui vont s’engager, s’aider.
Quant à la jeunesse, elle rêve déjà de rejoindre ces Français réunis autour de Charles de Gaulle. Une figure de résistance, condamnée à mort par contumace par les sicaires de Vichy. Ayez confiance! Oui, mais en qui?

Philippe Degouy

Une génération française 3/6. Ayez confiance! Scénario de Thierry Gloris, dessin d’Ana-Luiza Koechler. Éditions Soleil, 48 pages
Couverture : éditions Soleil

Réactions