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Bandes dessinées

Posté le 20 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Taxi Driver, le charme de l'homme invisible

     Par Philippe Degouy

Les idées folles sont souvent les plus séduisantes. Pour la préparation d’un nouveau film, avec un personnage féminin devenu chauffeur de taxi à New York, Benoit Cohen (Nos enfants chéris, Tu seras un homme, Qui m'aime me suive...) décide d'incarner le rôle dans la réalité. Pour ramener des souvenirs exploitables. Comme Robert De Niro, l'acteur mythique du film Taxi Driver.
Installé à New York, « la seule ville qui est plus belle en vrai que sur les cartes postales » disait Milos Forman, le Français compte montrer l’envers du décor du rêve américain, une licence de chauffeur de taxi en poche.
Avec le pare-brise de son taxi comme écran, il va faire défiler des dizaines de personnages. Ces anonymes au bras levé, dans l’attente d’être pris en charge. Des clients que l’on ne reverra sans doute plus jamais. Entre le muet qui se contente de payer son trajet, le bavard au débit de mitraillette, ou celui qui raconte sa vie au téléphone, sans se soucier de la présence du chauffeur, cet être invisible. « Peut-être est-ce cela le film ? Une succession de rencontres, de portraits de New-Yorkais, de lieux. »
Très vite, le Français se rend compte que le vrai personnage principal de son futur film, pour lequel il joue au taximan, n’est autre que New York.
« Tout est fiction ici, bigger than life. Chaque coin, chaque passant est un personnage. » Dans cette jungle urbaine, prendre un taxi est aussi facile et courant que commander une pizza.

Et voilà que débute pour Benoit Cohen une aventure en jaune, la couleur des taxis, racontée en détails dans Yellow Cab (éd. Flammarion). Une épopée qui débute dès les formalités pour acquérir cette fameuse licence. Avec ces tracasseries administratives qui n’ont rien à envier à celles de notre vieille Europe. De quoi débuter la lecture par quelques bons moments hilarants. Avec ces immigrés venus du monde entier pour palper les dollars et décrocher un volant de taxi driver.
Page après page, s’enchaîne le récit des rencontres, un bel échantillon des habitants de New York et des touristes débarqués du monde entier. Avec des moments de doute, de solitude.

YELLOCABBONRapidement, Benny from Brooklyn prend plaisir à exercer ce job, « une nouvelle vie, comme dans un jeu vidéo ». Courses de jour, mais aussi horaires de nuit. Pour côtoyer New York by night, et rencontrer une autre faune. Une expérience angoissante. Avec ces rues mal éclairées qui ne laissent pas voir le client qui s’engouffre dans le taxi. Tout peut arriver. Y compris le pire, « un chauffeur de taxi a trente fois plus de chance d’être tué à New York que n’importe quelle autre profession. »

Tous ces trajets, comme autant de scénarios, forment un ouvrage attachant, drôle. Que l’on savoure avec le tube de Lenny Kravitz, Mr Cab Driver ou Hands of time du groupe Groove Armada. 
Lors d’un prochain séjour dans la ville qui ne dort jamais, vous aurez peut-être Benny from Brooklyn comme guide. Un cinéaste tombé amoureux d'un métier ingrat, mais qui offre une vision différente de New York. À tel point que l'auteur a souhaité garder sa licence. Juste au cas où… La réalité a dépassé la fiction. Presque oubliée, la jeune femme de son film. C’est désormais son expérience qui passe à l’avant-plan, pour une peinture intime de l’Amérique.
« Ce que j’ai vécu pendant ces quelques mois a été tellement riche dans ma quête du rêve américain. La lutte des classes, le déracinement, la tolérance, l’injustice, la peur, la violence, la folie… bref, tout ce qui compose l’époustouflante vitalité de cette ville. »

Yellow Cab. Mon rêve américain. Récit de Benoit Cohen. Éditions Flammarion, 240 pages, 18 euros
Couverture : éditions Flammarion

Posté le 17 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Steve McQueen, «the king of cool», en pole position au Mans

Une BD indispensable. Si vous ne devez acheter qu’une nouveauté sur le sport automobile, ne cherchez plus, vous l’avez.  «Steve McQueen in Le Mans» (éd. Garbo Studio) rend un double hommage. À Steve McQueen, d’abord.  Un acteur apparu à l’artiste suisse Sandro Garbo dans un rêve. Au Mans ensuite, l’une des épreuves les plus mythiques du sport automobile qui réunit chaque année un plateau hors du commun. Plus qu’une BD, il s’agit plutôt d’un livre conçu et construit comme un beau livre.
L'ouvrage, à la couverture solide et imprimé sur du papier glacé, repose sur le film Le Mans, dans lequel Steve McQueen s’est impliqué à 100% pour dresser un portrait proche de la réalité.
Un film, sorti en 1971, devenu culte pour les amateurs. L'oeuvre était envisagée au départ comme un documentaire. Ce qui explique l'absence évidente de scénario et des dialogues réduits au minimum. Un film qu'il faut revoir en guise de bonus.

Vanté et annoncé sur les réseaux sociaux, l'album est déjà devenu culte, presque épuisé en quelques semaines. Les premiers exemplaires se sont vendus en un clin d'oeil. Preuve de l’attachement du grand public pour cet acteur disparu bien trop tôt à 50 ans, et pour cette épreuve mythique du sport automobile. Pour Garbo Studio, il s’agit de la récompense d’une vaste entreprise qui a duré plus de trois ans, avec sept dessinateurs au travail. Pour reproduire au mieux tous les détails du spectacle, des coulisses, des bolides et des scènes les plus célèbres du film.

LEMANSMême si les fans connaissent le film par cœur, on se laisse envoûter par le dessin, quasiment chirurgical. Chaque planche est méticuleusement réalisée, avec une multiplication des plans pour rendre le côté dynamique de la course. En fixant les planches, on les voit presque s’animer. Pour un peu on pourrait même entendre le vacarme des bolides. Une épreuve reproduite en caméra embarquée, vue du ciel ou filmée au ras du sol. De quoi savourer au mieux les lignes des bolides, saisis en pleine accélération ou en plein dépassement. Coup de coeur pour le départ, une vaste scène reproduite sur deux planches.
Ces voitures, parlons-en. On retrouve cette Porsche 917 numéro 20 pilotée dans le film par Steve McQueen incarnant le pilote Michael Delaney. Son rival allemand pilote quant à lui une Ferrari 512.
Marqué par le terrible accident survenu en 1969 avec le pilote Piero Belgetti, décédé dans sa voiture en feu, Michael Delaney revient au Mans pour cette édition 1970. Pour tenter de vaincre son rival allemand Erich Stahler. Les deux hommes vont devoir livrer un duel sans merci sur une piste piégeuse, où la pluie et les voitures moins rapides seront autant d’obstacles à vaincre. L’occasion de savourer également la présence de Porsche 911, de Chevrolet Corvette ou de Matra et Ligier.
Pour une fois, les traits donnés à l’acteur américain sont ressemblants. Dans les traits, mais aussi les attitudes, le regard. Les auteurs ont d'ailleurs pu bénéficier des conseils de la famille de l'acteur.
Le tome deux est déjà annoncé pour 2018. Pour abaisser le drapeau à damiers sur ce superbe hommage à un acteur pilote, ou l’inverse. Comme il le soulignait lui-même : «Je ne sais pas si je suis un acteur qui pilote ou un pilote qui joue dans des films

Philippe Degouy

«Steve McQueen in Le Mans.» Tribute edition (version française). Adaptation de Sandro Garbo. Dessins et couleurs de Florian Afflerbach, Jared Barel, Julien Dejeu, Sandro Garbo, Thomasa Lebeltel, Guillaume Lopez et Pierre Ménard. Garbo Studio, 64 pages, 32 euros
L’album est disponible en quatre langues : français, anglais, allemand et italien
www.mcqueenlemans.com et www.youtube.com/watch?v=wvbYVt0_KLo&feature=youtu.be
Couverture : Studio Garbo

 

Posté le 13 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Steve McCurry, un Américain à Bruxelles

     Par Philippe Degouy

Bonne nouvelle pour les amateurs de photographie. Notre capitale accueille les clichés de Steve McCurry. L'artiste expose au Palais de la Bourse de Bruxelles jusqu'au 26 juin 2017. L'exposition, intitulée The world of Steve McCurry, propose plus de 200 clichés qui témoignent de sa passion pour les voyages et les rencontres entre les diverses cultures. L'exposition, la plus vaste à ce jour consacrée au photographe,  permet de retrouver ses clichés les plus connus. Steve McCurryDont celui de la jeune Afghane aux yeux si expressifs et qui illustre l'affiche de l'exposition. Une sélection de photographies qui conduit le visiteur à suivre Steve McCurry à sa suite, sur les chemins de l'Inde, de l'Asie à l'Afrique, en passant par l'Italie ou son Amérique natale. «J'ai commencé à voyager, avant de m'intéresser à la photographie» précise-t-il.

Une oeuvre multiculturelle opposée à la vision nihiliste des barbares qui ont attaqué New York et bien d'autres cibles innocentes de par le monde.

D'avantages d'informations sont disponibles via ce lien www.stevemccurryexpo.be

Steve McCurry et son 11 septembre

En complément idéal de l'exposition, il est recommandé de (re)lire l'excellent album publié en 2016 par les éditions Dupuis dans la collection  Magnum photos (Dupuis/Aire libre), «Steve McCurry, NY 11 septembre 2001». Un drame qui permet de retracer la carrière du photographe de guerre, marqué à jamais par le spectacle de cette journée terrible.
«Des explosions, j’en ai entendu beaucoup tout au long de ma vie, mais il y en a une qui m’obsède particulièrement… car je ne saurai jamais si je l’ai captée ou pas. Celle du 11 septembre 2001 à 8h46, au sud de Manhattan».

À peine rentré d’un voyage au Tibet, encore dans les brumes du décalage horaire, le photographe se retrouve subitement en première ligne, à New York, alors que la ville est attaquée au matin du 11 septembre 2001 par deux avions de ligne lancés contre les tours du WTC. La journée s'annonçait belle pourtant. Avant le choc.
Face à ce qui se joue devant ses yeux, à quelques blocs de son immeuble, le photographe, comme dans un état second, se souvient de ses précédents reportages où il a risqué sa vie et vu la mort. De près, de très près. Au Pakistan ou en Afghanistan.
«Ce jour-là, j’étais conscient que j’allais devoir dépasser mes limites en flux tendu. Dans ce métier, il y a deux manières de voir les choses. Soit on occulte les sales moments, soit on évalue les menaces potentielles, pour éviter d’aller trop loin, comme j’essaie souvent de le faire».
Pour McCurry, une chose compte désormais. Aller au plus près du site ravagé par les flammes, pour prendre des photos. Braver les barrages de police, défier la mort et tout photographier. Pour témoigner. Pour laisser une trace. Soit la même démarche que pour les autres conflits couverts : Koweit, Irak, Afghanistan. Et dont les images reviennent devant ses yeux. Comme des flashes.
Toujours atteindre le cœur du sujet. Pour suivre le conseil de Robert Capa : «si ta photo n’est pas assez bonne, c’est que tu n’es pas assez près».

McCurryL'album, émouvant et beau, flirte avec les genres. Entre BD et livre de photographies. La partie biographique est complétée d’un portrait retracé avec les photos emblématiques de l'artiste, rassemblées dans un portfolio et d’un making of en guise d’entretien. Il dévoile ses peurs, sa manière de travailler, de penser face au sujet. Notamment.
Comment oublier son portrait d’une jeune réfugiée afghane aux yeux magnifiques et qui avait fait la Une du magazine «National Geographic»?
Sur la base du scénario de Jean-David Morvan, le dessinateur coréen Yung Gi Kim a réalisé un travail éblouissant, avec des planches détaillées qui arrivent à reproduire toute l’horreur de cette journée maudite. Avec ces visages marqués et cette ambiance de guerre qui régnait alors sur Manhattan. Un jour semblable à la fin du monde.
Le mélange de cases dessinées et de clichés pris le 11 septembre par le photographe se révèle particulièrement réussi.
Un très bel album qui apporte sa pierre à l’édifice de la mémoire. Un hommage rendu aux victimes, aux forces de l’ordre et aux pompiers. Tous ceux qui ont payé un lourd tribut à la barbarie.
Comme l’ouvrage le montre si bien, il y a désormais dans l’œuvre de McCurry un avant et un après 11 septembre 2001. Avec ce traumatisme, profond, de voir deux pays aimés, l’Afghanistan et les Etats-Unis, se faire atteindre presque en même temps par la terreur.

Depuis le drame, Steve McCurry, comme chaque New Yorkais, ne peut s’empêcher de chercher des yeux les tours qui faisaient partie du quotidien. Comme un repère rassurant dans la ville. «Un espoir à jamais déçu».

 

«McCurry, NY 11 septembre 2001». Photographies de Steve McCurry. Dessin de Yung Gi Kim, scénario de Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël. Collection Magnum photos. Éditions Dupuis/Aire libre, 136 pages, 24 euros environ

Couverture : éditions Dupuis/Aire libre et Steve McCurry

Posté le 8 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

De l'or pour les braves

      De Philippe Degouy

1872, dans les Rocheuses. Depuis la fin de la guerre civile, cette terrible boucherie, le colonel sudiste Marion Michael Morrison a tenté de concrétiser son idée d’une communauté utopique, Icaria. Mais le projet a échoué. Car la civilisation, jugée corrompue et barbare, détestée, a presque atteint les limites du territoire. Du fait de l’arrivée du chemin de fer. L’ancien soldat confédéré qui pensait vivre en paix, loin de tout, doit repartir, vers un ailleurs, plus préservé. Pour financer sa nouvelle expédition, il s’allie avec une bande de hors-la-loi conduits par Jones. Quelle étrange expédition que ce ramassis de vétérans sudistes, auxquels s'ajoutent encore une jeune Communarde et une poignée de soldats français, survivants de l’expédition au Mexique menée par la France. Une horde sauvage qui n'a d'autre projet que l’attaque d’un train nordiste à bord duquel se trouvent plus de 350.000 dollars. Une jolie somme qui doit permettre au colonel et à ses «associés» de repartir du bon pied. Le plan du colonel pour dérober le trésor semble parfait. Mais dès le début, les choses tournent mal et le sang coule. Si l’or est bien volé, les fuyards ont les Apaches, l’armée et de nombreux policiers aux trousses… Le projet du colonel Morrison de fonder une nouvelle colonie semble quelque peu…utopique.

Un scénario, fortement résumé, qui recèle bien des rebondissements. Solidement construit par Roger Seiter (Fog, Le policier qui rit, lefranc…). Classique, certes, mais efficace. Le lecteur ne s’ennuie pas un instant dans une intrigue qui n’est pas sans rappeler la série Blueberry, et notamment le cycle du trésor des confédérés, dont L’homme qui valait 500.000 dollars et Balade pour un cercueil. Un hommage sympathique.

MORRISONLe dessin de Daniel Brecht réussit quant à lui à reproduire la magie de ces grands espaces de l’Ouest américain pour en faire le théâtre idéal à cette intrigue digne d’une chevauchée fantastique. On ressent sans problème la chaleur et la poussière de ces paysages et de ces villes de l’Ouest proches d’être rattrapées par la civilisation.
Le découpage des planches se veut dynamique, comme dans un bon vieux western de papa. Quant à parler de cinéma, le cinéphile s’amusera à dénicher les allusions laissées par les auteurs à des films ou des acteurs. L’attaque du train par les anciens soldats sudistes, par exemple. Clin d'oeil à celle du film Rio Lobo (Howard Hawks, 1970). Et cette équipée de soldats sudistes en quête d’une vie meilleure, on en retrouve une autre version dans le film Les géants de l’Ouest (Andrew V.McLaglen, 1969) Deux films avec un John Wayne au sommet de sa forme. Quant au personnage principal, cet officier sudiste désabusé par la civilisation, il porte le vrai nom de John Wayne : Marion Michael Morrison. Non, décidément, le genre western n’a pas fini de faire parler de lui. Enterré un peu trop vite.

Voilà un album qui mérite, lui aussi, de rejoindre votre bédéthèque, à l’ouest sur le rayon. Il laisse son lecteur impatient de découvrir l’épilogue de cette chasse au trésor. Nul doute que cet or réservera bien des surprises et qu’il fera parler la poudre.
À noter encore, que l’album débute par un cahier historique qui résume, fort bien d’ailleurs, la guerre civile américaine, relativement méconnue de ce côté de l’Atlantique, et l’expédition française au Mexique (1861-1867). Un cahier à lire avant de découvrir la BD. Pour mieux comprendre la présence de soldats français dans l’histoire.
Pour la bande son, pourquoi ne pas puiser dans le répertoire d’Hugo Montenegro (bien présent dans le film Django Unchained), avec également quelques morceaux repris dans les morceaux fétiches de Ennio Morricone, dont le superbe Ecstasy of Gold. Mais avec la version de Metallica. Une tuerie, elle aussi.

L’or de Morrison. tome 1/2. Scénario de Roger Seiter, dessin de Daniel Brecht. Éditions du Long Bec, 64 pages, 16,50 euros
Couverture : éditions du Long Bec
www.editions-du-long-bec.com

Posté le 28 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

L'histoire de l'aviation racontée par les cockpits de Jean-Luc Beghin

Quel adulte amateur de BD et d'aviation a bien pu oublier ces posters de cockpits publiés voici quelques décennies dans le magazine Spirou? Majoritairement réalisés en noir et blanc, et souvent épinglés dans les chambres des ados d’antan. L’œuvre d’un homme : Jean-Luc Beghin. L’artiste belge se rappelle à notre mémoire avec la publication, aux éditions Paquet, d'un ouvrage nostalgique. Une biographie illustrée construite comme un coffre aux trésors. Avec le récit de rencontres, de vols au sein d’appareils mythiques ou de trouvailles d’objets aéronautiques.

Cet artbook revient sur une carrière de dessinateur encore loin d'être achevée. Installé en Californie depuis 1976, Jean-Luc Beghin poursuit sa passion. Il reste tant à voir, à reproduire dans ce monde de l’aviation où le rêve est permanent.
Avec les nombreux cockpits reproduits au fil des pages, c’est toute l’histoire de l’aviation qui défile également sous nos yeux. Retracée par un artiste qui se souvient du petit garçon de cinq ans qu’il était lors de la Libération, en 1944. «Ma culture aéronautique s’est faite aux sons des Merlin, des Pratt & Whitney, des Wright et des Allison.» Des sons, mais aussi des images. Comme ces escadrilles de chasseurs et de bombardiers alliés qui survolaient la Belgique. Ou ces avions de métal ou de toile exposés après la guerre dans les grandes villes comme Liège ou Anvers.

Oui, sans conteste, ce livre peut se comparer à un magasin de jouets. Chapitre après chapitre, le lecteur savoure cette lecture, et découvre des pièces d’archive de grande valeur historique. Comme ce cliché du roi Baudouin, admiratif devant un poster de YF-16 dessiné par l’auteur (ce F-16 que la Belgique entend remplacer). Ou cette lettre de la NASA rédigée et signée par Wernher von Braun, père de la conquête spatiale américaine (et, hélas, des sinistres fusées V2), en guise de félicitations pour le poster de la cabine Apollo.

COCKPIT2Une biographie illustrée de nombreux clichés personnels et de reproductions de cockpits. Elle se lit les yeux grands ouverts, non sans une certaine jalousie. Pour ces rencontres avec des pilotes, des astronautes… Ceux qui ont marqué l'Histoire. Des moments de légende relatés par l’auteur avec de nombreuses anecdotes à la clé. Souvent drôles. Comme ce poster réalisé en pleine guerre froide avec les codes Otan reproduits dans le cockpit du chasseur. Des codes, présents par erreur, qui durent être rapidement changés.
À noter la reproduction du poster du cockpit du F-104, celui que l’on surnommait «la grand-mère qui se plaint» (à cause du bruit du moteur), en couleur, avec un Gaston ajouté par Franquin. Un petit trésor pour celui qui le possède encore.

Entre deux escales, l'auteur nous ouvre les portes de son atelier. Pour dévoiler ses petits secrets de fabrication. Sa technique? «Montrer le cockpit avec le moins de déformation possible, un 180° de gauche à droite, et de bas en haut, sans déformations. Un processus resté identique aujourd’hui, avec néanmoins un regret avoué : la tendance aux cockpits équipés en ‘tout digital’, beaucoup moins amusants à dessiner qu’une ‘boutique d’horloger’ d’un ancêtre.» Ce qui a inspiré l'artiste pour son travail de précision, ce sont les superbes gravures de Jacobus Harrewijn, illustrateur du XVIIe siècle.

Ce beau livre, c’est un inventaire à la Prévert. Avec ses reproductions de cockpits d’avions de la Première guerre mondiale, de ceux des chasseurs à hélice, des jets, de celui d’une cabine Apollo, des cabines de liners... Il se referme sur cet étrange Gossamer Albatross. Sorte de vélo des airs dont le cockpit n’a pas dû être facile à reproduire.
Blériot XI, Spitfire, T-38, F-16, Boeing 747, Airbus A320, Boeing 777…, tous composent une formidable escadrille. Avec des absents, comme le F-4U Corsair ou les P-38, F-86 et autres classiques. Mais l’artiste n’a pas dit son dernier mot. Le moment n’est pas venu pour lui de sortir le train pour un dernier poser. D'autres avions sont en gestation, comme les Hurricane, Stearman et P-38 Lightning. Mais comme le souligne l'artiste, ces illustrations de cockpit sont un travail de moine. Il faut un certain temps de réalisation.
Si la période des fêtes n’est plus qu’un lointain souvenir, rien n'empêche de se faire plaisir. Ce beau livre est parfait pour un «kiss landing» au cœur de votre bibliothèque aéronautique.

Philippe Degouy

«Cockpits», par Jean-Luc Beghin. Collection Cockpit. Éditions Paquet, 210 pages
Couverture : éditions Paquet

www.jeanlucbeghin.com

Posté le 28 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Gaston, toujours aussi gaffeur, fête ses 60 ans ...M'enfin!

    Par Philippe Degouy

En marge de l’exposition Gaston Lagaffe qui se tient au Centre Pompidou (1), le très beau catalogue mérite de rejoindre votre bédéthèque. Un bel objet à la couverture jaune, joyeux de la première à la dernière page. Avec des planches en couleur, des reproductions de documents, des photos de Franquin. Autant de trésors qui permettent de raviver les souvenirs aux plus anciens et d'amener une nouvelle génération de lecteurs à découvrir le talent d’André Franquin. Plus moderne que jamais. Un artiste soucieux d'écologie, sensible aux animaux, omniprésents dans son oeuvre, et à l'humour potache. Parfait pour se faire aimer des jeunes.

Qui mieux que son géniteur, pouvait raconter la vie de Gaston Lagaffe, ce personnage farfelu, ce poète rebelle? «Je dessine Gaston uniquement pour le plaisir de dessiner et faire rire les autres. La bande dessinée, ce n’est jamais qu’un enfant qui dessine pour d’autres enfants» déclarait Franquin à propos de son personnage d’employé de bureau sans emploi. Un anti-héros qui a pourtant su trouver sa place, en poussant un peu dans les cases.
«À cette époque, (nous sommes en 1957, ndla), on ne faisait pas de héros con.» Et ce con va devenir peu à peu une star auprès des lecteurs de Spirou. Immense, au point de générer une saga, célébrée à Paris. Excusez du peu.
L'héritage Gaston Lagaffe? C’est la somme de quelque 900 gags parus dans Spirou et qui ont mis à mal nos zygomatiques. On s’en voudrait de parler de Franquin sans citer la complicité d’Yvan Delporte, rédac chef du magazine Spirou et grand déconneur lui aussi. Une figure dont l’ombre plane sur cet ouvrage qui fête les 60 ans d’un garçon de bureau frappé du syndrome de Peter Pan.

Gaston-lagaffe-730x932C'est un fait. Ce beau livre se savoure. Il ravive une douce nostalgie pour ces années d'or. Avec des reproductions de planches commentées par le maître. À la lecture de ses commentaires ou de ses anecdotes, on entend presque sa voix souriante, empreinte d’amour paternel pour ce fils de papier pour lequel il éprouve un tendre amour. Car ce gamin, c’est un peu lui. Cet adulte qui se préfère en enfant. Et ses gaffes, ses révoltes sont les siennes.

Même si chacun d'entre nous a sans doute lu les albums, ces planches isolées et rassemblées dans le livre permettent de (re)découvrir des détails passés inaperçus jusqu’alors. Comme cette vignette d’une boutique de nettoyage à sec, baptisée Sec-shop. En lisant vite, on découvre le jeu de mots coquin de Franquin qui a réussi, dans un joyeux bras d’honneur, à contourner la censure de l'époque.
Les planches sont classées par thèmes. Pour révéler les pans de l’œuvre de Franquin. Son goût pour la nature et les animaux, avec les bestioles de Lagaffe, aussi cinglées que lui, son antimilitarisme et son allergie à l’autorité. Dont les cibles préférées seront Fantasio, le pauvre agent Longtarin et Léon Prunelle. On n’oublie pas non plus les gags relatifs aux recettes de cuisine inventées par un Gaston jamais en manque d’imagination. Sans parler de ses expériences de chimie amusante qui ont fait le bonheur des pompiers, alertés à de multiples reprises pour un début d'incendie chez Dupuis.
On se risque sur le bizarre avec sa fameuse morue aux fraises avec mayonnaise Chantilly aux câpres et flambée au pastis?

Bon, on a bien rigolé au fil de cette lecture, mais... et ce courrier en retard Gaston?
Rogntudjuuu!

«Gaston au-delà de Lagaffe. Une visite guidée dans l’univers de Gaston commentée par Franquin». Éditions Dupuis/Bibliothèque Centre Pompidou, 210 pages, 30 euros
Couverture : éditions Dupuis

(1) Gaston au-delà de Lagaffe. Bibliothèque publique d’information. Du 7 décembre 2016 au 10 avril 2017. Entrée libre. http://www.bpi.fr

Posté le 20 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La 4 CV, la voiture qui ne devait pas naître

   Par Philippe Degouy

1939, au Salon de l’automobile de Berlin. Les ingénieurs de Renault sont séduits par la petite KDF Wagen allemande, présentée comme la voiture du peuple. De retour en France, la délégation française fait face au refus sévère du patron, Louis Renault. Il ne croit pas du tout en l’avenir d’une petite voiture pour les classes populaires. Il mise davantage sur sa Juvaquatre. La guerre éclate et l’usine Renault est désormais soumise aux ordres des Allemands. Toute la production est tournée vers l’effort de guerre. Mais dans les coulisses, la résistance s’organise au sein de Renault pour produire cette fameuse voiture populaire. Les quatre ingénieurs, réunis dans un petit groupe clandestin, misent sur l’après-guerre et la nécessité d’avoir une voiture de crise, leur 4 CV.
Le 4 janvier 1943, la première 4 CV, un prototype construit en secret, effectue ses premiers essais nocturnes. Prometteurs.
La guerre terminée, avec l’usine nationalisée et un nouveau patron, le ciel s’éclaire pour la 4CV. Enfin acceptée et produite en masse. Lors du premier Salon de l’automobile en octobre 1946, le succès populaire est immédiat. La 4 CV, surnommée la motte de beurre, sera vendue plus d’un million d’exemplaires jusqu’au début des années 60.

4CVPubliée dans collection Plein gaz des éditions Glénat, La naissance de la 4CV rend hommage à cette voiture populaire, restée, aujourd’hui encore, l’une des favorites d’après-guerre avec sa bonne bouille. Une petite quatre places qui a sans doute traversé l’histoire de nombreuses familles françaises.
Sur un dessin de Bruno Bazile, au style très ligne claire, Dugomier retrace l’histoire de cette légende en même temps que l'atmosphère de ces terribles années 40 dans un scénario articulé autour du personnage fictif de Wirtz. Un ingénieur français qui sert de guide à cette histoire digne d’un roman, avec cette voiture conçue dans les caves d’une usine dirigée par les Allemands et truffée de mouchards.
De nombreuses anecdotes relatives à la marque sont intégrées dans le scénario, même si certaines peuvent relever de la rumeur. Peu importe, le lecteur se laisse entraîner par ce récit digne d’une comédie des années 60, avec des Allemands ridiculisés par de bons Français patriotes, qui travaillent à l’avenir de la France d’après-guerre, persuadés de la victoire alliée.
Nostalgique à souhait, l’album représente un heureux intermède dans l’excellente collection Plein gaz, entre deux albums de courses automobiles.

«La naissance de la 4CV», dessin de Bruno Bazile, scénario de Dugomier. Collection Plein gaz. Éditions Glénat. 48 pages, 13,90 euros environ
Couverture : éditions Glénat

Posté le 9 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Projet Bleiberg», quand le passé forge le futur

   Par Philippe Degouy

De nos jours, aux Etats-Unis. Jeremy Corbin, trader à succès, reste marqué par un accident dans lequel un enfant a été tué par sa faute. Un matin, deux militaires lui apprennent que son père, pilote dans l’Air force et porté disparu depuis des lustres, est mort.
1924, au cœur de la prison bavaroise de Landsberg, le prisonnier Adolf Hitler reçoit la visite de deux civils envoyés par un puissant consortium. Celui-ci se montre disposé à le porter au pouvoir, à condition qu’il lance des recherches médicales. Si Hitler souhaite redonner un nouvel élan à l’Allemagne, ses nouveaux maîtres entendent viser le monde entier.
1938, au cœur du château du Reichsführer SS Heinrich Himmler, le scientifique Vicktor Bleiberg vient offrir ses connaissances à Himmler pour lui permettre de créer un surhomme.
Retour à notre époque. Jeremy Corbin reçoit de sa mère un mystérieux médaillon qui cache un numéro de coffre et une clé à motif nazi. Peu après, sa mère est assassinée. Débute alors une chasse à l’homme dont il est devenu le gibier, bien involontaire. Face à ses puissants ennemis, le jeune trader est aidé par son propre patron à la banque, un agent de la CIA infiltré, par un agent du Mossad et par Jacky, un agent féminin de la CIA pour qui le combat n’a aucun secret.
Une chasse à l’homme qui dépasse le jeune homme. Bousculé dans ses certitudes familiales et traqué par un ennemi puissant, relié au nazisme…
La suite de l’histoire vous appartient.

BleibergLe projet Bleiberg (éd. Dargaud) est construit comme un puzzle imaginé à cheval sur plusieurs époques, de quoi créer les lignes d'un redoutable thriller. Efficace, complexe, qui ne laisse pas souffler son lecteur.
Une mini-série en trois volumes basée sur l’adaptation de l'oeuvre du romancier David Khara. Au scénario, Serge Le Tendre (Les vestiges de l’aube, La quête de l’oiseau du temps … ) s’en sort très bien pour prendre le lecteur dans ses filets, dès les premières planches. 
Quant au dessin de Frédéric Peynet (Les vestiges de l’aube, Prométhée …), réaliste à souhait, il réserve de très belles scènes d’action qui devraient ravir la génération 2.0, avide de jeux vidéo. Cela bouge beaucoup dans ce jeu de piste mené à un rythme d’enfer. Et renforcé davantage par les multiples retours en arrière, qui nous replongent en plein cœur d’une période que chacun préfèrerait oublier. Ces années 40 dominées par l’ordre noir (très à la mode dans la BD actuelle, ndla).
Là aussi, l’intrigue réserve bien des surprises aux lecteurs. Comme avec ce fameux projet de surhomme sur lequel travaille le professeur Viktor Bleiberg. Un pan du scénario que l’on devine relié au trader Jeremy Corbin, de près ou de loin. Et qui est ce consortium qui semble traverser les époques, sans perdre de son influence? Nul doute que si ce premier volume révèle déjà pas mal d’éléments, les auteurs nous réservent encore bien des surprises, comme en témoignent les premières planches, prometteuses, du tome deux, offertes en bonus.
Un deuxième tome déjà annoncé pour le second semestre 2017.
Voilà une lecture qui donne l’envie furieuse de dénicher le roman de David Khara (Le projet Bleiberg, disponible aux éditions 10/18 en format poche). 
Le point final à cette chronique sera consacré à la couverture, pour le moins réussie.

«Le projet Bleiberg tome 1. Les fantômes du passé», scénario de Serge Le Tendre, d’après le roman de David Khara. Dessin et couleur de Frédéric Peynet. Éditions Dargaud, 64 pages
www.dargaud.com

Couverture : éditions Dargaud

Posté le 8 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Luftballons», mortel jeu d’espions

   Par Philippe Degouy

Décidément, le genre uchronique rencontre un succès éditorial qui ne semble pas s’éteindre de sitôt. En témoigne cette nouvelle saga, Luftballons, lancée par les éditions Delcourt. Vous avez aimé «USA über alles» du duo Pécau et Maza? Vous aimerez aussi cette nouvelle série uchronique relative à la guerre froide et dont le nom fait référence à nos souvenirs musicaux des années 80. «99 Luftballons», chanson du groupe Nena, vous dit quelque chose? Un tube contre la guerre qui avait cartonné à l’époque. Pour la petite parenthèse, les auteurs ont également distillé d'autres allusions musicales au fil de ce premier tome. On retrouve ainsi David Bowie ou Frankie Goes to Hollywood. La préhistoire pour les lecteurs de la génération 2.0. Peut-être, mais d’agréables souvenirs pour les autres.
Jean-Pierre Pécau au scénario et Maza au dessin nous ramènent au début des années 80, en plein cœur de la guerre froide et de la crise des missiles en Europe. Une ère de haute tension avec deux blocs qui se faisaient face, le doigt sur la détente.
Une possibilité de Troisième guerre mondiale possible parfaitement mise en scène dans ce premier tome, Able Archer.
Le scénario en quelques lignes? 1983, au-dessus de la Baltique . Le capitaine de l’aviation est-allemande Léna Strauss et son ailier sont engagés par des F-14 Tomcat américains plutôt agressifs. Un jeu de bras de fer entre pilotes, pourtant habituel, qui finit mal avec le crash d’un Mig-21 est-allemand. De retour à la base, Léna Strauss, choquée, tente de savoir pourquoi elle s’est retrouvée face à des chasseurs américains très éloignés de leur habituelle zone d’opérations. Pour en savoir plus, elle contacte son protecteur, Markus Wolf, l’espion le plus discret et efficace du bloc de l’Est. De l’autre côté du Mur, la sœur jumelle de Lenna, Romi, elle aussi aux ordres de Markus, est aux prises avec de mystérieux tueurs qui exécutent l’officier américain qu'elle était chargée de séduire pour Moscou. Tout cela a-t-il quelque chose à voir avec les gigantesques manœuvres de l’Otan, baptisées Able Archer? Qui semble s’amuser à exciter les Russes et leur faire croire que l’Ouest prépare un assaut d'envergure sur l'Union soviétique? Et que vient faire à Berlin le terroriste Carlos? Beaucoup de questions pour Markus Wolf, dont le flair de vieux chien de chasse lui dicte d'agir avec prudence…

LUFTBALLONSUn scénario de fiction, certes, mais articulé autour de personnages historiques. Comme Erich Mielke, le redoutable chef de la Stasi, la police politique de l'ex-RDA. Un meurtrier sans pitié, tout dévoué à ses maîtres de Moscou. On retrouve aussi Carlos, le terroriste, Markus Wolf, le célèbre maître espion, ou, moins connu du grand public, Oleg Penkovsky. Un officiel russe accusé d’avoir vendu des secrets aux Américains et exécuté en 1963. Par des moyens que l’on espère plus rapides que le sort réservé à son personnage de papier dans l'album. Une scène choquante qui oblige à réserver la lecture de cet album à un public adolescent et adulte.

L’intrigue imaginée par Jean-Pierre Pécau nécessite une attention soutenue, par sa complexité liée à ce monde de l’espionnage pour le moins opaque. Ce premier volume réserve son lot de scènes d’action mais sert essentiellement à mettre en place les acteurs de ce théâtre d’espionnage où la vie d’un homme n’a guère d’importance sur l’échiquier.
De son côté, Maza retrace parfaitement ces années 80 avec de nombreux détails datés et livre à l’amateur d’aviation des scènes aériennes mémorables, même si les appareils ne sont pas finement dessinés. On est dans le dessin semi-réaliste, ce qui n’empêche pas de savourer la présence d’appareils mythiques comme le Mig 21 Fishbed, le F-14 Tomcat à la livrée de l’escadrille des Grim Reapers, le Saab Viggen ou le F-16 Viper, à la peine en duel face au Mig -21.

Coup de cœur enfin pour la couverture, superbe avec ces deux appareils mythiques, un F-14 de la VF-101 et un Mig-21 de l’armée de l’air est-allemande, lancés dans un duel aérien. Son auteur, Manchu, a un talent fou.
Une série prévue en mini-cycles de 2 ou 3 albums. Un volume est prévu par semestre. La suite de ce tome 1 devrait apporter pas mal de réponses aux énigmes posées dans ce prologue qui constitue un bon moment de lecture.

«Luftballons. Tome 1 Able Archer 83». Scénario de Jean-Pierre Pécau, dessin de Maza. Éditions Delcourt, 56 pages, 14,95 euros
Couverture : éditions Delcourt

Posté le 6 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Furie rebelle pour Comanche

Ambiance électrique à Greenstone Falls, Wyoming. Des rebelles cheyennes mènent attaques et pillages contre les colons. Des pillards qui risquent de déclencher une nouvelle guerre. À la tête de ce climat de violence, Feu-Solitaire. Sa cible réelle n’est autre que le ranch de Comanche, le 6-6-6. Par pur esprit de vengeance pour avoir été humilié autrefois par la jeune femme(*). Pour Red Dust, devenu l'adjoint du shérif Wallace, la situation n’est pas aisée. Entre la protection de Comanche et celle d’un invité de marque à surveiller : le photographe Dan Morgan. Un journaliste qui ne rêve que de gloire et d’argent en suivant de près la rébellion cheyenne, peu importe le prix humain à payer. Employé du ranch de Comanche, Tache-de-lune, frère de Feu-Solitaire, hésite quant à lui entre sa neutralité et l'envie de suivre ses liens du sang en rejoignant Feu-Solitaire...

Ce Furie rebelle constitue un exemple de plus de ce Nouveau western qui voit l’abandon du côté dichotomique de la Conquête de l’Ouest. L’Indien n’est plus l’ennemi implacable. La vérité historique est en effet plus nuancée. «Un Cheyenne a manqué de très peu notre extermination, mais c’est à un autre Cheyenne que nous devons d’être là pour en parler» déclare Red Dust. Un épisode dans lequel les auteurs de Comanche penchent nettement en faveur de la nation amérindienne, victime de cette civilisation galopante.
FURIEREBELLEUne fois de plus le dessin d’Hermann donne à savourer des scènes d’anthologie, avec des fondus enchaînés, un dessin en 3D qui absorbe le lecteur pour l’emmener au cœur de l’action. Coup de cœur enfin pour les scènes nocturnes, de toute beauté. Comme avec cette dernière case qui illustre le retour des Cheyennes vers leur réserve, représentés en portraits chinois. Comme pour montrer le crépuscule d’un peuple écrasé par le nombre. Une triste fin accompagnée du commentaire pessimiste du scénariste, Greg : «dans la nuit, les tambours du triomphe se turent. La dernière révolte était morte, et même Dan Morgan renoncerait à la chanter

Un dessin superbe, un scénario humaniste, de l'action, tout concourt à faire de cette affaire d’honneur entre frères un épisode d’excellente facture. Publié au Lombard dans le cadre de la réédition à prix doux de la série Comanche qui mérite une (re)découverte.
Les cinéphiles s’amuseront à retrouver les allusions à des westerns célèbres. Comme cette case où Red Dust reprend un soldat de cavalerie qui parle durement à Cheval-Debout : «du calme sergent, vous parlez à un général allié.» Un clin d’œil des auteurs à une scène du film Chisum, avec John Wayne dans le rôle principal.

Comanche et Red Dust reviendront dans un prochain épisode : Le doigt du diable

Philippe Degouy

«Furie rebelle». Dessin d’Hermann, scénario de Greg. Éditions Le Lombard, 48 pages, 9,90 euros

* Lire Les guerriers du désespoir
Couverture : éditions du Lombard

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