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Bandes dessinées

Posté le 19 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Trafalgar, un désastre français

Cadix, 1805. Une partie de la flotte française s’est réfugiée dans les ports espagnols. L’amiral de Villeneuve, bon marin mais peu réputé pour ses coups d'audace, préfère rester à l'abri du port plutôt que de risquer d’affronter la flotte de son ennemi anglais, Nelson. La terreur des mers. Les marins et officiers français désespèrent quant à eux de retrouver un jour leur France. Il faut à l'amiral français la menace de sa destitution pour qu’il accepte de reprendre la mer pour rejoindre la Méditerranée.
Octobre 1805. Au large du cap de Trafalgar. La flotte franco-espagnole tombe sur une escadre britannique, moins nombreuse. Croyant l’affaire facile, de Villeneuve attaque, sûr de son succès et de sa puissance de feu. Pas de chance, c’est Nelson qui se trouve en face. Le diable des mers. Les Français se font étriller dans un combat naval qui restera à jamais comme l’une des pires batailles de l’histoire. Et l’un des affronts les plus mémorables pour la marine française.

TrafalgarSur le scénario solidement charpenté de Jean-Yves Delitte, par ailleurs pacha de la collection et dessinateur des couvertures, Denis Béchu a réalisé pour Trafalgar (éd. Glénat) des planches de toute beauté. Bien détaillées, elles rendent parfaitement les scènes de bataille. Son dessin est moins chirurgical que celui de Jean-Yves Delitte, qui n’est pas peintre officiel de la Marine pour rien, mais il se révèle aussi efficace et dynamique. On imagine sans peine le fracas des tirs, le bruit du bois qui se déchire sous la mitraille ainsi que les cris de douleur des blessés. Mutilés, éventrés par les échardes de bois ou les éclats des boulets.

Une bataille relatée par ses acteurs. Du simple marin à l’officier supérieur. Un procédé qui permet au lecteur de vivre la bataille de l’intérieur. Pour mieux s’imprégner de l’atmosphère, de la peur ressentie.

Si côté Anglais, c’est Le point de vue d’Horatio Nelson qui prédomine, côté français les auteurs ont pris pour témoins des marins d’un niveau moindre. Le jeune gabier Gabriel Kermadic, dit « la grenouille », Gros Louis et le capitaine Lucas. Trois victimes de mauvaises décisions. Comme le souligne  Gros louis, matelot rustre mais au raisonnement sans faille : « les Anglais n’ont pas fait la bêtise au nom d’une révolution, de décapiter leurs commandants, parce qu’ils avaient le sang bleu, pour les remplacer par des incapables. »

Un désastre maritime qui s’achève par le déshonneur, la libération par les Anglais de l’artisan de cette déroute, l’amiral de Villeneuve. Un officier débarqué de nuit, sur une petite plage de Bretagne. Le visage de la défaite, qui a coûté plus de 5.000 tués français et la perte de 23 navires. Un officier qui sera retrouvé mort peu de temps après. Assassiné ou suicidé ? La question divise encore. De leur côté, les Anglais pleurent la perte de leur héros, l’amiral Nelson, victime d’un tir français, plus chanceux que précis.

Comme tous les volumes de cette nouvelle collection, celui-ci bénéficie d’un dossier historique rédigé par Jean-Yves Delitte. De quoi mieux faire connaissance avec les navires impliqués, les officiers dans chaque camp ou les différentes hypothèses qui tournent autour du coup de feu qui a mortellement blessé l’amiral Nelson. Un bonus apprécié, qui ajoute une touche d’histoire bienvenue, accessible à tous.
Trafalgar? Un épisode bien fini, parfait exemple de ce qui attend les lecteurs avec cette nouvelle collection, dont plusieurs dizaines de tomes devraient prendre la mer.

Les grandes batailles. Trafalgar. Scénario de Jean-Yves Delitte, dessin de Denis Béchu. Éditions Glénat, 56 pages, 15 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 10 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Objectif Ter, d'où viens-tu Mandor?

Par Philippe Degouy

Année ? Indéterminée. Lieu ? Un endroit baptisé Ter. Une planète habitée, semi-désertique, qui semble avoir connu un passé développé. Jeune pilleur de tombes, Pip détrousse les morts pour vivre. Un soir de fouilles, il découvre la tombe d'un homme, qui se réveille subitement. Nu, sans biens, muet et porteur d’un tatouage sur le bras droit : « Main d’or ». Baptisé Mandor par Pip, l’étranger est ramené au village, chez Pip et sa sœur Yss. Incapable de communiquer, sans mémoire, mais pas inutile. Il sait réparer les objets pillés par Pip dans les tombes.
Quand Mandor réussit à réfaire fonctionner un projecteur d’hologrammes, sa renommée prend davantage d’ampleur au sein du village. Tous veulent voir cet étranger qui fait apparaître des images de la Seconde Guerre mondiale et des attaques du 11 septembre 2001 sur des buildings. Un passé méconnu pour ces citoyens captivés par les images. Mandor intrigue également les prêtres du Haut-Mesnil, le Bourdon et Beth, la reine du collège des femmes. Inquiets de sa ressemblance avec le prophète des livres sacrés. Et si cet inconnu était ce messager annoncé par les psaumes : « Alors surgira un homme des entrailles de Ter qui montrera à tous le chemin à accomplir. Il n’aura ni bien, ni vêtements, et son seul langage sera celui du silence. » Peu à peu, Mandor apprend à parler, à lire, à s’intégrer. Grâce à Pip et sa sœur Yss, pour qui il ressent bien davantage que de la gratitude.

Quand il apprend que l’endroit se nomme Ter à cause de trois lettres présentes sur un flanc de montagne, Mandor souhaite les voir. Sur place, un glissement de terrain laisse apparaître d’autres lettres, des chiffres aussi. La surprise est totale pour Pip et Yss. L' histoire de Ter est remise en cause. Il est désormais certain que Ter n’est pas la nôtre….

Nous n’en dirons pas plus, de peur de briser l’effet de surprise de cette dernière planche. Qui donne envie de connaître la suite.

TERRéalisé par Rodolphe au scénario et Christophe Dubois au dessin, Ter se veut tout à la fois récit fantastique et de science-fiction. L’action, étalée en une trilogie, se situe dans le futur, mais relativement proche, au vu du matériel récolté par Yip et entreposé dans sa cave aux trésors. Une guitare Fender, des montres, un mixeur de cuisine, de vieilles horloges, jusqu’à cette reproduction de la fameuse fusée d’Hergé, clin d’oeil au maître de la bande dessinée belge.

On admire le dessin de Christophe Dubois, simplement superbe et envoûtant, avec des premières planches qui ne peuvent laisser le lecteur indifférent. Avec des statues géantes, d’inspiration aztèque version cosmique, abandonnées dans un décor lunaire dont se dégage une ambiance de plénitude agréable. Un récit raconté par Mandor, à la fois narrateur et acteur principal de ce premier tome, séduisant d’emblée son lecteur.

Au fil du récit, on se laisse envoûter par cette histoire très bien racontée par Rodolphe, un scénariste qui distille les éléments pour intriguer les lecteurs jusqu'à la fin. Les planches font rêver de cet ailleurs étrange. Avec cette planète à l’atmosphère respirable, au climat chaud et des villages perchés, semblables à ces cités rustiques du film La planète des singes. Les personnages, dominés par la présence de Mandor, sont bien amenés dans l’intrigue et laissent deviner que certains d'entre eux vont prendre davantage d’ampleur dans les deux prochains tomes.

Une saga née d’une rêverie issue du cerveau imaginative de Rodolphe. « Pour Ter, j’aime bien l’idée de ce personnage-narrateur (il raconte l’histoire à la première personne) qui surgit ainsi au tout début de l’histoire, sans nom, sans âge, sans passé et nu. Cette image-là a sans doute été l’une des toutes premières à l’origine du récit et peut-être son déclencheur » explique Rodolphe.
Une lecture qui fait penser à Stargate, à Dune mais aussi par certains aspects à Game of Thrones et Mad Max.

Si l’histoire trouve son aboutissement à la fin de la trilogie, les auteurs soulignent qu’ils laissent la porte ouverte pour d’éventuelles suites. Objectif Ter, si vous souhaitez partager notre plus gros coup de cœur BD de ce début d’année.
Ne manquez pas le carnet graphique qui clôture l’album, avec des esquisses somptueuses. Des personnages, des décors. De quoi s’attarder davantage sur les coulisses de cette intrigue prometteuse. Là-haut, personne ne vous entendra rêver.

Ter tome 1. L’étranger. Scénario de Rodolphe, dessin de Christophe Dubois. Éditions Daniel Maghen. 80 pages, 16 euros environ
Parution le 13 avril.
Un album qui s’accompagne d’une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée du 23 mai au 8 octobre 2017
Couverture : Daniel Maghen

 

Posté le 7 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Au Mont-Saint-Michel, l’habit ne fait pas le moine

Par Philippe Degouy

Printemps 1978, le supertanker Amoco Cadiz s’échoue sur les côtes françaises. Une terrible marée noire dévaste les plages de Bretagne. Conservateur en chef des monuments de France, Séraphin Canterel est envoyé au Mont-Saint-Michel pour évaluer d’éventuels dégâts. Le site doit être reconnu au Patrimoine mondial de l’Unesco et rénové. Une pollution serait un coup fatal à ces projets.
En survolant la plage en hélicoptère pour prendre des photos, Séraphin Canterel aperçoit le corps d’un moine, qui semble être mort noyé. Dans le même temps, son adjoint, le jeune Théodore Trélissac arrivé lui aussi au Mont l’informe d’un nouveau dossier à traiter. Un tableau volé pendant la guerre à une famille juive et réclamé par un parent. Un tableau d’Eugène Boudin, de grande valeur. En menant l’enquête, les deux fonctionnaires découvrent un trafic de faux tableaux. Un nouveau mort, un moine artiste peintre vient compliquer la tâche de Séraphin. Les morts seraient-ils liés à cette histoire de tableau volé ? Voilà une drôle d’affaire, d’autant que le noyé n’était pas un vrai moine et qu’il a été assassiné lui aussi…

SAINTMICHELParler de thriller pour qualifier Saint Michel priez pour eux!, BD éditée chez Delcourt serait fortement exagéré. Certes, l’album, adapté du roman de Jean-Pierre Alaux, se laisse lire avec plaisir, mais il se veut davantage comme un récit narratif sur le Mont-Saint-Michel. Les auteurs se plaisent à relater son histoire, avec de nombreuses anecdotes historico-littéraires. Trop?
Au cours de la lecture, le lecteur a parfois l’impression que l’affaire des faux tableaux et la mort des deux victimes passent au second plan. Pour preuve, une fin pliée en quelques planches, avec un album qui se referme sur une promenade sous la pluie normande, comme si rien ne s'était passé.

Le scénario de Eric Corbeyran est classique, bien construit , bien qu' un peu pauvre en scènes d’action pour retenir l’attention du lecteur. Le récit est lent, pour coller sans doute à la vie vécue hors de la précipitation de Paris.
Par contre, les personnages sont plutôt attachants, avec le jeune Théo, coureur de jupons et disciple de Séraphin Cantarel, conservateur en chef des monuments de France. Les auteurs ont pris un malin plaisir à façonner la personnalité de ce spécialiste des arts. Un épicurien qui ne recule pas devant une bonne omelette aux truffes ou un verre (ou deux) de Souley Sainte Croix de 1976 pour terminer une bonne journée de travail. Un fonctionnaire dont les traits font penser à Léon Zitrone, voire à Julien Guiomar, l'acteur de L’incorrigible. Cultivé, adepte des bons mots.
La lecture de l’album rappelle le classique Poulet au vinaigre, avec Jean Poiret et une intrigue policière qui bouleverse la vie paisible de ces provinces de France. Pas de poursuites en voiture, ni de fusillades. Une enquête qui se mène par l’esprit, sans armes. Comme le Maigret de Simenon.

L'album s’apprécie aussi pour son ambiance très seventies. Et pour son cadre magnifique, très bien reproduit par le dessin de Michel Suro. Le petit crachin normand, les petites rues étroites du Mont ou la majesté des lieux découverte depuis la plage, là où le pèlerin risque d’être surpris par la marée montante, rien ne manque pour mettre en valeur « la merveille de l’Occident ». Les vues aériennes qui débutent l'album sont superbes.

Saint-Michel priez pour eux ! Collection Séraphin Cantarel tome 2. Scénario de Eric Corbeyran, dessin de Michel Suro. Couleur de Cyril Saint-Blancat. Éditions Delcourt, 56 pages, 12,50 euros.

Posté le 5 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le pilote qui voulait tuer son avion

Comme sa concurrente, Buck Danny, la série Tanguy et Laverdure revisite son histoire avec une collection Classic d’excellente facture. Un patrimoine qui se respecte, se doit d’être bien entretenu. Pari réussi avec cette adaptation du roman de Jean-Michel Charlier L’avion qui tuait ses pilotes.

Second tome du diptyque, L’avion qui tuait ses pilotes (éd. Dargaud/Zéphyr) clôture le récit débuté avec Menace sur Mirage F1. Après la mort du pilote italien Cristobaldo Ruggieri, les autorités militaires françaises sont bien décidées à retrouver la trace du saboteur. Car oui, le prototype du Mirage F1 a connu un sabotage. Cet accident n’est pas le premier et les compétences des pilotes ne sont pas en cause. Tanguy et Laverdure sont chargés de traquer le coupable, qui ne peut être qu’un membre de l’ équipe rapprochée. Un mécanicien ? Un pilote étranger venu tester l’avion ? Plusieurs fausses pistes désorientent les enquêteurs mais un piège se tend. Le coupable ne devrait pas s’échapper.

TanguyetLaverdureL’ambiance, les traits des deux pilotes français, les appareils, tout se révèle fidèle aux années d’or de cette saga créée par Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo.
Mathieu Durand au dessin maîtrise parfaitement le sujet et suit le bon cap pour atteindre sa cible :  les fans de la première heure et les jeunes pousses, ces jeunes lecteurs attirés par l’aviation. Tout est prévu pour faire (re)naître une nostalgie de bon aloi. Y compris les nombreux textes et dialogues d’antan. C’est certain, on ne lit pas l’album en dix minutes. L’intrigue est classique, mais diablement efficace. Le lecteur doit se laisser prendre au jeu et suivre cette partie de Cluedo, en version armée de l’Air. Traits d’humour d’Ernest Laverdure, un peu plus sage qu’à son habitude, moments d’action pure et séquences aériennes, tout concourt à la réussite de ce volume. Le charme quelque peu désuet de la série fait le reste.
À noter enfin, la superbe couverture qui met bien en valeur la véritable vedette de cette aventure, le Mirage F1.

L’avion qui tuait ses pilotes. Collection Tanguy et Laverdure Classic. Texte de Jean-Michel Charlier. Dessin de Matthieu Durand. Adapté par Patrice Buendia du roman de Jean-Michel Charlier L’avion qui tuait ses pilotes. Éditions Dargaud/Zéphyr, 48 pages
Couverture : éditions Dargaud/Zéphyr

Posté le 4 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ciel d'orage sur la « petite Angleterre »

    Par Philippe Degouy

Automne 1941, Birmanie. À Moulmein, surnommée la « petite Angleterre », la tension se fait palpable. La colonie britannique n’est plus la bienvenue. Les signes ne trompent pas. Birman par sa mère et Britannique par son père, officier supérieur, Jon hésite entre les deux cultures. Quand arrive en ville le capitaine américain Archibald Dawkins, Jon voit un moyen d’échapper à ses soucis existentiels. L’Américain le fait voler avec lui et l’emmène au Blue Moon, un bouge où se produit la sublime Ruby, danseuse, chanteuse à la beauté envoûtante. Oncle Archie et Jon tombent sous le charme de la jolie Birmane. Mais les roses ont des épines. Ruby travaille en fait pour les services secrets japonais, bien décidés à déloger les Britanniques. Quand son avion est mitraillé par un navire de guerre japonais, plus de doute pour l’Américain, les Japs préparent quelque chose d’envergure.
Et le 7 décembre 1941….

Avec Little England, Jean-Claude Van Rijckeghem au scénario et le dessinateur Thomas Du Caju inaugurent un cycle aux éditions Dupuis/Zéphyr. Une série d’espionnage qui revisite les débuts de la guerre du Pacifique sous un angle rarement abordé, côté britannique. Deux auteurs néerlandophones, à qui l'on doit notamment la série Betty et Dodge.

LITTLE ENGLANDCe premier tome met rapidement en place le cadre et les personnages principaux, de quoi séduire le lecteur avec cette saga historique bien charpentée. Les personnages sont traités en profondeur, attachants, et les nombreuses scènes d’action font de cette série une lecture bien dépaysante.
Qui suit les grandes lignes de la réalité historique. Celle qui mène à la fin de l’influence britannique dans la région. « Tous ces coins perdus, c’était mon petit monde à moi et je me demandais si tout ça existerait encore dans un an » soliloque Jon. Le jeune homme sait qu’il va devoir faire un choix pour assurer sa survie. On notera le clin d’œil adressé par les auteurs aux premiers albums de la série Buck Danny. Avec des Japonais caricaturaux, des Japs vicieux, racistes.
La romance débutée entre Jon et Ruby, la belle espionne, ajoute un peu d’érotisme au récit, avec un Thomas Du Caju particulièrement fier de sa femme de papier, souvent dévoilée. Nul doute que cette Ruby sera encore bien présente dans le prochain album. Il serait d’ailleurs dommage de se priver d’une telle pierre précieuse. Ce ne sont pas les lecteurs masculins qui diront le contraire.
De manière générale, les planches, au dessin réaliste, se révèlent dynamiques avec ce côté cinématographique poussé au maximum. C’est certain, le lecteur ne risque pas de s’ennuyer. Le scénario de Jean-Claude Van Rijckeghem permet à son dessinateur de glisser quelques très belles scènes aériennes. L’occasion de retrouver des appareils mythiques, comme le Zéro japonais, le P-40 américain ou le Bristol Beaufort britannique.

Une bande dessinée dont l’épilogue sera publié dans Cobra Royal, pour clôturer un premier cycle.  Le conflit dans le Pacifique effectue une percée remarquée dans la BD aéronautique. Avec Angel Wings, Les Têtes brûlées ou Buck Danny Classic. Notamment. Un théâtre d’opérations fort méconnu de ce côté de l’Atlantique.

Little England. T1 Ruby. Scénario de Jean-Claude Van Rijckeghem, dessin et couleur de Thomas Du Caju. Éditions Dupuis/Zéphyr, 48 pages
Couverture : éditions Zéphyr

Posté le 4 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«L’homme invisible», le visage de la peur

    par Philippe Degouy

De la noirceur d’une nuit d’hiver peut parfois surgir un drôle de personnage. Madame Hall peut en témoigner. Avec l’arrivée dans son auberge de ce voyageur solitaire, emmitouflé dans un long manteau, le visage entouré de bandelettes, d’épaisses lunettes sur les yeux. Un drôle de bonhomme que ce client. Un solitaire, impoli et peu désireux de nouer contact. « Madame Hall dit que c’est un faiseur d’expérience. Mais c’est surtout quelqu’un qui ne parle à personne. Un maniaque. Un phénomène de foire, un criminel peut-être. »
Dans le village, les rumeurs circulent rapidement. Qui est-il ? Pourquoi tant de discrétion ? Que fait-il comme expériences ?
« Je n’aimerais pas l’avoir sous mon toit. Et jamais à l’église le dimanche en plus » déclare un bon citoyen.
Rapidement, la curiosité laisse la place à la haine. Importuné, l’étranger contient difficilement sa colère face aux remarques et à la curiosité. Il la laisse soudain s’exprimer à l’encontre des citoyens de ce petit village qui ne demandait rien. « Vous ne comprenez pas qui je suis…ni ce que je suis » hurle-t-il, comme une bête fauve. Horrifiés, les habitants découvrent que les vêtements cachent un homme...invisible.  Traqué, malade et obligé de rester nu pour assurer sa survie grâce à son invisibilité, il se réfugie chez le médecin du village. Mis devant le fait accompli. Mais après tout, où un scientifique pourrait-il trouver meilleur réconfort que chez un confrère, même s'il n'est qu'un docteur de village ?

HOMMEINVISIBLEAvec L’homme invisible, Dobbs (alias Olivier Dobremel) au scénario et Chris Regnault au dessin s’attaquent à l’un des romans les plus noirs de l’œuvre de HG Wells. Avec un personnage central qui focalise les peurs, la méfiance. La peur de l’autre, de celui qui débarque sans crier gare et qui perturbe la routine du quotidien. Toute similitude avec une situation connue en Europe serait purement fortuite.

Bien joué de la part des auteurs d’avoir donné aux citoyens des visages sombres, grimaçants de haine. Tous ont ce visage de la peur face à ce scientifique en cavale, qui semble marqué par une expérience qui a mal tourné. Et qui tente de s’isoler pour tenter de reprendre visage humain, bien visible. Une nouvelle intrigue basée sur la science, bien présente dans l’œuvre du romancier. Comme pour mieux dénoncer certains de ses aspects et de ses abus.
Ce nouveau récit rappelle le côté moderne de l’œuvre de Wells, auteur disparu voici plus de 100 ans. Avec un peu de dépoussiérage, ses histoires cadrent parfaitement avec notre époque. Comme le souligne le scénariste de la collection, Dobbs : « HG Wells questionne le rapport à la science et aux hommes (qui jouent souvent à devenir des dieux) et pose également cette fameuse interrogation qui nous concerne : et si…. »
Le thème de l’étranger, à l'allure différente, se révèle plus que d’actualité avec le problème des migrants qui font peur à certains. Si le personnage central, ce mystérieux homme invisible, est un être négatif, les villageois ne valent guère mieux. Avec des réactions hostiles, sans chercher à comprendre la douleur de cet inconnu.

Un premier tome qui se termine sur un rebondissement prometteur. Et qui trouvera son épilogue en juin prochain.  Une série qui a réussi le pari de faire aimer un auteur majeur de la science-fiction aux nouvelles générations. Avec de brillantes adaptations publiées dans des albums luxueux.

L’homme invisible. Scénario de Dobbs, dessin de Chris Regnault. Couleur : Andrea Meloni, Arancia Studio. Collection Herbert George Wells. Éditions Glénat, 56 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 3 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La guerre des mondes, ce classique de H.G. Wells revisité en version 2.0

Par Philippe Degouy

La capitale de l’empire britannique a été ravagée par ces Martiens. Les campagnes sont peuplées de cadavres, réduits en poussière, ceux des fuyards venus des villes et rattrapés par les tripodes, ces machines de guerre venues de l’espace. Où fuir, où retrouver les êtres chers disparus dans la panique générale ? Pour le narrateur, jeune journaliste qui assiste en témoin impuissant à l’invasion de son univers, autrefois paisible, les questions se bousculent. Il assiste à des scènes d’horreur sans nom. Quand des civils capturés par les aliens sont vidés de leur sang. Quand des militaires se suicident en voulant défendre l’Empire. Tout semble bien perdu pour l’Angleterre. « En fait, ce n’est pas une guerre. Ça n’a jamais été une guerre. Pas plus qu’il n’y a de guerre entre les hommes et les fourmis » déclare le narrateur. Pourtant, quelque chose est en train de tuer les Martiens, soudainement affaiblis. Des microbes terriens, contre lesquels les extraterrestres ne sont pas protégés, contrairement aux humains. L’invasion ralentit, puis stoppe. Faute d’aliens vivants. Le cauchemar est enfin terminé pour le narrateur et les survivants. « L’homme a payé au prix fort sa possession héréditaire du globe terrestre. » L’heure est à la reconstruction. La place des cadavres d’aliens sera dans les laboratoires et les musées. « Des êtres supérieurs, puissants et pourtant victimes des plus infimes créatures terrestres. Quelle ironie. » déclare le narrateur. 

GUERREDESMONDESSUITECe second volume du diptyque consacré au roman le plus puissant de Herbert George Wells, La guerre des mondes, se révèle excellent. Il confirme l’enthousiasme suscité par la lecture du premier tome. Dobbs, au scénario, et Vicente Cifuentes au dessin ont réussi à captiver leurs lecteurs malgré un écueil majeur : un récit archiconnu. Il fallait donc prendre un peu de liberté avec le récit pour donner envie de se replonger dans cette histoire de guerre des mondes. Le scénario de Dobbs reproduit à merveille l’atmosphère de guerre qui submerge la race humaine et si le narrateur semble quelque peu effacé, c’est sans doute pour permettre aux lecteurs de mieux s’identifier.
On saluera, par ailleurs, les allusions au film de Steven Spielberg avec Tom Cruise dans le rôle du témoin de cette invasion. Notamment avec ces tripodes pilotés par des aliens qui s’abreuvent de sang humain frais. Dobbs baigne dans le milieu du cinéma et du jeu vidéo et cela se ressent dans l’album. Très dynamique, avec priorité donnée à l’action pure et aux scènes violentes. Tout le contraire du roman de H.G. Wells, plus cérébral.
Quant au dessin de Vicente Cifuentes, il joue la carte du dynamisme et multiplie les scènes d’action dans une reconstitution surprenante du Londres du roman. La lutte du faible face au plus fort est parfaitement rendue dans des planches au découpage cinématographique.

Deux auteurs qui ont réussi le pari de rendre lisible pour la génération 2.0 un récit qui peut sembler quelque peu daté. Le narrateur de l'intrigue est jeune, curieux et courageux. L’image parfaite à laquelle peuvent s’identifier les jeunes. Un jeune homme qui traverse l’horreur, sans haine et sans comprendre les raisons de cette invasion barbare : « pourquoi nous avoir envahis de cette manière ? Nos mondes auraient pu s’entendre au lieu de s’affronter de la sorte ».

Quant à savoir si les jeunes lecteurs, séduits par cette adaptation en BD, vont se précipiter pour dévorer les romans, ceci est une autre histoire, comme dirait Kipling.
Un diptyque, d’excellente facture, qui s’achève sur une question existentielle : « quand le soleil aura rendu la Terre inhabitable, comme cela arrivera un jour, aurons-nous alors à conquérir Mars nous-mêmes ? »
Le mot de la fin sera consacré à l’éditeur, qui a eu l'heureuse idée d’offrir cette adaptation sous une couverture luxueuse. Un bel objet en guise de pied de nez aux livres dématérialisés.

La guerre des mondes tome 2. Scénario de Dobbs, dessin de Vicente Cifuentes. Éditions Glénat, 56 pages, 14,50 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 1 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Alerte au Virus en crowdfunding

Par Philippe Degouy

À l’aide d’un ancien manuel, un groupe de sorciers décide d'explorer d’autres mondes, avide de connaissances. Mais l’expédition ne se passe pas comme prévu. Ils se retrouvent dans un royaume interdit et libèrent par mégarde une entité maléfique. Celle-ci transforme ses victimes en zombies. De retour sur Terre, un sorcier infecté contamine tous les humains rencontrés. Devenus des zombies, eux aussi, ils dévastent tout. Des survivants, bien retranchés, tentent de repousser l’invasion. Mais pour combien de temps encore. Et que va devenir le livre magique s’il tombe entre les mains de ces zombies….
Voilà pour le résumé, volontairement réduit, pour ne rien dévoiler du scénario, de Virus. Une bande dessinée en noir et blanc, scénarisée et dessinée par Patrick Cornelis pour le label Pangolin Comics. Le résultat heureux d’une campagne de financement participatif (crowdfunding) organisée sur le site Sandawe. L'intrigue se referme sur une fin ouverte, de quoi donner lieu à de nouveaux rebondissements dans un prochain tome. Une BD au dessin digne d’un opéra rock, avec le thème du zombie revisité. On passe de l’horreur à la magie au fil de ce récit très cinématographique, qui distille les allusions aux classiques du genre. On sent d’ailleurs l’influence très nette du cinéma sur le travail de l'auteur. Parlez lui des classiques du genre et la conversation risque de s'éterniser.

Un premier volume qui a bénéficié d’un large support de la part d’un public enthousiaste,  amateur lui aussi de BD et de culture populaire. Le tome 2, Highborn, est déjà lancé en financement participatif, jusqu’en juillet prochain. Si tout se passe selon les plans, Pangolin Comics devrait donc ajouter un nouveau titre à son catalogue pour le prochain automne.

Pour en savoir plus sur ce thème revisité du zombie, et le mode de financement, nous avons rencontré l’auteur, Patrick Cornelis. Graphiste pour « L'Echo » et « De Tijd » dans « le civil », passionné de dessin, de BD et de films d’horreur. Ce premier volume est  un essai que l'auteur souhaite transformer. Pour en faire un métier.
Il nous raconte en quelques lignes le parcours suivi pour la naissance de son oeuvre et les difficultés rencontrées. De quoi inspirer d’autres jeunes artistes ? Certainement, car « Qui ose gagne », comme diraient les SAS britanniques.

Pourquoi avoir choisi le crowdfunding plutôt que les canaux plus traditionnels de l’édition ?

Pour la simple raison que les canaux classiques sont saturés, avec plus de dix volumes publiés chaque semaine. Par ailleurs, quand on sait qu’un éditeur doit débourser quelque 40.000 euros pour le lancement d’une BD, on peut comprendre qu’il préfère miser sur des valeurs confirmées. Qui apporteront des dividendes aux capitaux investis.

Quelles furent les difficultés majeures de ce financement participatif ?

Sans doute tout le travail annexe, réalisé autour de l’album. Entretenir un blog et lancer la procédure de crowdfunding ont pris énormément de temps. Pour alimenter le blog, préparer des opérations de marketing, répondre aux questions des lecteurs, des particuliers ou de la presse. (rires) Ensuite, il a fallu trouver un distributeur. Heureusement, j’en ai découvert un avec Pinceel distribution, mais la difficulté est restée sans solution quant à la distribution en librairie.

Tu as choisi le thème de la BD d’horreur, avec un sujet porteur, axé sur les zombies. Quels sont tes auteurs ou cinéastes préférés, ceux qui ont nourri ton inspiration ?

VIRUSJ’aime le genre horrifique depuis toujours. Il me nourrit, m’inspire. L’horreur, mais aussi la science-fiction et le genre fantasy. Et bien entendu les nombreux films avec des zombies. Avec George H Romero en maître de cérémonie. J’aime aussi la série Walking Dead.
Mais Virus n’est nullement une copie ou un remake de ces œuvres. Certes, il y a des zombies, des affreux, mais ils suivent des règles bien différentes que dans les séries existantes. Sans compter la touche magique qui marque l’album de son empreinte.

Et si c’était à refaire ?

ZombiePour être honnête, j’ai très envie de publier des romans graphiques sans devoir passer par le crowdfunding. Un procédé qui prend beaucoup de temps, au détriment de la création. Mais pour le moment, je n’ai pas le choix. J’en ai besoin pour me lancer. À refaire ? Oui, sans aucun doute. Réaliser une bande dessinée n’est pas une mince affaire, mais maintenant que j’ai goûté à ce plaisir, je sais que c’est ce que je veux faire. À temps plein, si possible. La BD ? Plus qu’une passion, un virus (rires).

Une dernière question pour terminer. Quels conseils donner à un jeune auteur qui souhaiterait prendre le même chemin ?

À un jeune auteur débutant, je lui dirai de suivre son cœur, ses envies. D’oser montrer son travail au public. Lui seul sera honnête avec lui. Pas la famille ou les amis, qui n’oseront pas mettre le doigt sur les faiblesses. Des inconnus n’auront pas cette pudeur et permettront de faire mieux, de corriger le travail. Grâce aux critiques.
Réaliser un album en crowdfunding permet de réaliser des modifications en chemin. Histoire d’arriver à un produit fini satisfaisant. En bref, suivez vos rêves et tout sera possible.

Un mot de la fin optimiste avant de se payer une bonne pinte de sang frais avec un Virus disponible sur support papier ou en numérique. À chacun ses habitudes de lecture.

Virus. Infection primaire. Scénario et dessin de Patrick Cornelis. Éditions Pangolin comics, 96 pages, 17,50 euros. Un album disponible en néerlandais, en français et en anglais.
Couverture : éditions Pangolin comics

Posté le 1 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Steve McCurry, un Américain à Bruxelles

     Par Philippe Degouy

Bonne nouvelle pour les amateurs de photographie. Notre capitale accueille les clichés de Steve McCurry. L'artiste expose au Palais de la Bourse de Bruxelles jusqu'au 26 juin 2017. L'exposition, intitulée The world of Steve McCurry, propose plus de 200 clichés qui témoignent de sa passion pour les voyages et les rencontres entre les diverses cultures. L'exposition, la plus vaste à ce jour consacrée au photographe,  permet de retrouver ses clichés les plus connus. Steve McCurryDont celui de la jeune Afghane aux yeux si expressifs et qui illustre l'affiche de l'exposition. Une sélection de photographies qui conduit le visiteur à suivre Steve McCurry à sa suite, sur les chemins de l'Inde, de l'Asie à l'Afrique, en passant par l'Italie ou son Amérique natale. «J'ai commencé à voyager, avant de m'intéresser à la photographie» précise-t-il.

Une oeuvre multiculturelle opposée à la vision nihiliste des barbares qui ont attaqué New York et bien d'autres cibles innocentes de par le monde.

D'avantages d'informations sont disponibles via ce lien www.stevemccurryexpo.be

Steve McCurry et son 11 septembre

En complément idéal de l'exposition, il est recommandé de (re)lire l'excellent album publié en 2016 par les éditions Dupuis dans la collection  Magnum photos (Dupuis/Aire libre), «Steve McCurry, NY 11 septembre 2001». Un drame qui permet de retracer la carrière du photographe de guerre, marqué à jamais par le spectacle de cette journée terrible.
«Des explosions, j’en ai entendu beaucoup tout au long de ma vie, mais il y en a une qui m’obsède particulièrement… car je ne saurai jamais si je l’ai captée ou pas. Celle du 11 septembre 2001 à 8h46, au sud de Manhattan».

À peine rentré d’un voyage au Tibet, encore dans les brumes du décalage horaire, le photographe se retrouve subitement en première ligne, à New York, alors que la ville est attaquée au matin du 11 septembre 2001 par deux avions de ligne lancés contre les tours du WTC. La journée s'annonçait belle pourtant. Avant le choc.
Face à ce qui se joue devant ses yeux, à quelques blocs de son immeuble, le photographe, comme dans un état second, se souvient de ses précédents reportages où il a risqué sa vie et vu la mort. De près, de très près. Au Pakistan ou en Afghanistan.
«Ce jour-là, j’étais conscient que j’allais devoir dépasser mes limites en flux tendu. Dans ce métier, il y a deux manières de voir les choses. Soit on occulte les sales moments, soit on évalue les menaces potentielles, pour éviter d’aller trop loin, comme j’essaie souvent de le faire».
Pour McCurry, une chose compte désormais. Aller au plus près du site ravagé par les flammes, pour prendre des photos. Braver les barrages de police, défier la mort et tout photographier. Pour témoigner. Pour laisser une trace. Soit la même démarche que pour les autres conflits couverts : Koweit, Irak, Afghanistan. Et dont les images reviennent devant ses yeux. Comme des flashes.
Toujours atteindre le cœur du sujet. Pour suivre le conseil de Robert Capa : «si ta photo n’est pas assez bonne, c’est que tu n’es pas assez près».

McCurryL'album, émouvant et beau, flirte avec les genres. Entre BD et livre de photographies. La partie biographique est complétée d’un portrait retracé avec les photos emblématiques de l'artiste, rassemblées dans un portfolio et d’un making of en guise d’entretien. Il dévoile ses peurs, sa manière de travailler, de penser face au sujet. Notamment.
Comment oublier son portrait d’une jeune réfugiée afghane aux yeux magnifiques et qui avait fait la Une du magazine «National Geographic»?
Sur la base du scénario de Jean-David Morvan, le dessinateur coréen Yung Gi Kim a réalisé un travail éblouissant, avec des planches détaillées qui arrivent à reproduire toute l’horreur de cette journée maudite. Avec ces visages marqués et cette ambiance de guerre qui régnait alors sur Manhattan. Un jour semblable à la fin du monde.
Le mélange de cases dessinées et de clichés pris le 11 septembre par le photographe se révèle particulièrement réussi.
Un très bel album qui apporte sa pierre à l’édifice de la mémoire. Un hommage rendu aux victimes, aux forces de l’ordre et aux pompiers. Tous ceux qui ont payé un lourd tribut à la barbarie.
Comme l’ouvrage le montre si bien, il y a désormais dans l’œuvre de McCurry un avant et un après 11 septembre 2001. Avec ce traumatisme, profond, de voir deux pays aimés, l’Afghanistan et les Etats-Unis, se faire atteindre presque en même temps par la terreur.

Depuis le drame, Steve McCurry, comme chaque New Yorkais, ne peut s’empêcher de chercher des yeux les tours qui faisaient partie du quotidien. Comme un repère rassurant dans la ville. «Un espoir à jamais déçu».

 

«McCurry, NY 11 septembre 2001». Photographies de Steve McCurry. Dessin de Yung Gi Kim, scénario de Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël. Collection Magnum photos. Éditions Dupuis/Aire libre, 136 pages, 24 euros environ

Couverture : éditions Dupuis/Aire libre et Steve McCurry

Posté le 1 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

« Je suis Vlad Dracul, Je suis l’enfer! » Ultime rempart face aux Turcs

Par Philippe Degouy

15e siècle. Capturé à l'adolescence par les troupes turques, le jeune Albanais Iskander est devenu un janissaire, un membre des forces d’élite de Mehmet II dit le Conquérant. Durant sa formation, il fait la connaissance de Vlad III Basarab, prince de la dynastie des Draculea, pris en otage comme lui. Les deux hommes deviennent amis et désertent pour rejoindre Constantinople, assiégée par l’ennemi ottoman. Iskander et Vlad, en guerriers accomplis, vont livrer une bataille sans pitié face à l’ennemi turc. La légende de Vlad l’empaleur, celui que l'on nommera plus tard Dracula, est née. Malheur aux ennemis qui l’affronteront. Son nom s’écrira désormais en lettres de sang. Ce liquide pris à ses victimes, qu’il savoure avec délice, encore chaud. « Je suis Vlad le Dracul, troisième du nom. Je suis l’enfer! Rapportez ceci à votre sultan maudit! »
Malgré la présence de ce guerrier hors-pair, Constantinople, rempart de la chrétienté contre l'islam conquérant, doit espérer l’arrivée de l’armée papale pour espérer survivre. Mais seul un miracle pourrait l’amener sous les murailles. Iskander, qui rumine sa vengeance contre les Turcs, responsables de la mort de sa famille, a un plan. Machiavélique.

JourJOKVoilà pour le petit résumé des Ombres de Constantinople, nouvel épisode de la série Jour J qui nous ramène au siège de Constantinople en 1453. Avec Dracula lui-même, comme allié improbable.
Vlad l’empaleur est présenté par les auteurs comme un dément, assoiffé de sang. Au propre comme au figuré. C’est son évolution, depuis l’adolescence jusqu'à l'âge adulte, qui est surtout développée dans l’album. Iskander n’est qu’une sorte de faire-valoir pour le monstre. Un second rôle qui sert à amener Vlad dans l’intrigue.
Yama au dessin reproduit très bien la fureur des scènes de bataille. Les têtes volent, les gorges sont tranchées et les pals bien graissés. Faut reconnaître, cette bande dessinée, c’est du brutal. Certaines scènes, d'empalement notamment, risquent d'impressionner les plus fragiles, même si elles ne font que réfléter la réalité d'une époque qui faisait peu de cas de la pitié.

Mention doit être faite également pour la reconstitution de Constantinople, fidèlement reproduite, martyrisée sous les coups de l’ennemi ottoman.
L’album scénarisé par Fred Duval et Jean-Pierre Pécau reconstitue parfaitement cet épisode de l’Histoire avec cette touche d’uchronie qui fait le succès de la série Jour J. L'uchronie, cette façon de revoir l'histoire en changeant un élément du passé. Et si...

La reconstitution du siège de Constantinople est très bien reproduite, dans une fresque épique pleine de bruit et de fureur. Outre les scènes de bataille, les auteurs insistent également sur les intrigues, les alliances contre nature signées entre les différents pans de l'Eglise pour tenter de contrer l’offensive turque. Un aspect religieux qui peut dérouter ceux qui ne connaissent pas vraiment l'histoire des religions. Mais cela ne nuit pas à la lecture d'un épisode dont l'épilogue sera conté dans un prochain tome, Le concile pourpre.

Le mot de la fin sera dédié à la couverture. Elle donne le ton du récit. Rouge, comme le breuvage favori de Vlad III. Une couverture crépusculaire de toute beauté, qui rappelle l'ambiance des classiques de la Hammer Film Productions.

Jour J tome 27. Les ombres de Constantinople. Scénario de Fred Duval et Jean-Pierre Pécau. Dessin de Yama. Éditions Delcourt, 64 pages
Couverture : éditions Delcourt

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