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Bandes dessinées

Posté le 20 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mai 1940, une population française trahie

Printemps 1940. La France affronte l'Allemagne dans une lutte inégale. Une armée française mal équipée. Commandée par des chefs qui ont une guerre de retard face à une armée allemande très mobile. Montée sur des chars plus modernes, puissants, et soutenus par une aviation qui domine les cieux. Côté français, le lieutenant Tanguy Brettin d’Arçonet, fils d’un colonel, héros de la Première guerre mondiale, refuse de céder au courant de défaitisme.
«Nous sommes le 12 mai 1940. Qu’avons-nous fait depuis l’entrée en guerre contre l’Allemagne le 3 septembre 1939 ? Nous avons sagement attendu derrière la grande œuvre du génie français, notre inexpugnable ligne Maginot. Tellement formidable que Hitler l’a contournée pour nous prendre à revers».
Brettin? Comme le dit un soldat, c'est un vrai pisse-froid, cynique. En rage contre les politicards et ces vieilles badernes qui n’ont pas donné à l’armée les moyens de vaincre les Boches. Volontaire, presque suicidaire pour sauver son honneur. En règle devant Dieu, comme il dit. Une sacrée personnalité, forgée par l’éducation sévère d’un père, héros de 1914-18, militariste et pétainiste de la première heure.
Ses hommes savent au moins une chose : avec lui, ils ne mourront pas de vieillesse dans leur lit. De fait, les multiples affrontements entre les chars français commandés par Brettin et ceux des Allemands laissent bien des tankistes français au tapis. Victimes d'une doctrine guerrière française digne de la guerre précédente.
Le dessin de Manuel Garcia, semi-réaliste, très nerveux, rend bien toute l’intensité des combats. Les corps criblés de balles, les civils bombardés par les Stuka ou les tankistes pris au piège d’un char en flammes. Rien n'est occulté. L'album se lit comme un reportage au coeur de l'horreur de cette campagne de France. Comme le dit Brettin, les héros n’existent pas. Il n’y a que des morts au combat.
On suit sa grande vadrouille, avec les Boches aux fesses, comme il dit, de Sedan à la côte. Jusqu'à Dunkerque, où subsiste un dernier îlot de résistance française. Pour permettre l’embarquement des restes du corps expéditionnaire britannique. Un dernier baroud d’honneur. Du 27 mai au 4 juin 1940, quelque 350.000 soldats seront évacués de Dunkerque. Au prix de 18.000 soldats français tués et 34.000 prisonniers.

GENERATIONBDAvec Populations trahies, deuxième tome de la série Une génération française (éd. Quadrants), Thierry Gloris au scénario et Manuel Garcia au dessin, mettent en scène un jeune officier français qui a refusé de baisser la tête devant l’Occupant. Un destin qui va en croiser d’autres dans ce nouveau portrait d’une période noire de l’histoire mondiale. Une série qui débute par un cycle de six albums. Prometteur si la qualité des prochains volumes est identique à celle de ce tome. Le lecteur suit avec intérêt ce patriote, qui préfère mourir que subir la loi du vainqueur teuton. Par chance, la faucheuse devra attendre son tour car ce jeune lieutenant survit à la campagne de France. La mort dans l’âme, les larmes aux yeux après le fameux discours radiophonique de Pétain : «c’est le cœur brisé que je vous dis qu’il faut cesser le combat
Pour le lieutenant Brettin, la défaite est désormais consommée, la lutte clandestine va commencer. Pour bouter l’ennemi hors de France.
Une génération française? Encore une excellente série qui se doit de figurer dans la bédéthèque. Réaliste et bien documentée.

Philippe Degouy

Une génération française tome 2. Populations trahies. Scénario de Thierry Gloris. Dessin de Manuel Garcia. Éditions Quadrants, 48 pages, 14,50 euros environ
Couverture : éditions Quadrants

Posté le 20 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Objectif Ter, d'où viens-tu Mandor?

Par Philippe Degouy

Année ? Indéterminée. Lieu ? Un endroit baptisé Ter. Une planète habitée, semi-désertique, qui semble avoir connu un passé développé. Jeune pilleur de tombes, Pip détrousse les morts pour vivre. Un soir de fouilles, il découvre la tombe d'un homme, qui se réveille subitement. Nu, sans biens, muet et porteur d’un tatouage sur le bras droit : « Main d’or ». Baptisé Mandor par Pip, l’étranger est ramené au village, chez Pip et sa sœur Yss. Incapable de communiquer, sans mémoire, mais pas inutile. Il sait réparer les objets pillés par Pip dans les tombes.
Quand Mandor réussit à réfaire fonctionner un projecteur d’hologrammes, sa renommée prend davantage d’ampleur au sein du village. Tous veulent voir cet étranger qui fait apparaître des images de la Seconde Guerre mondiale et des attaques du 11 septembre 2001 sur des buildings. Un passé méconnu pour ces citoyens captivés par les images. Mandor intrigue également les prêtres du Haut-Mesnil, le Bourdon et Beth, la reine du collège des femmes. Inquiets de sa ressemblance avec le prophète des livres sacrés. Et si cet inconnu était ce messager annoncé par les psaumes : « Alors surgira un homme des entrailles de Ter qui montrera à tous le chemin à accomplir. Il n’aura ni bien, ni vêtements, et son seul langage sera celui du silence. » Peu à peu, Mandor apprend à parler, à lire, à s’intégrer. Grâce à Pip et sa sœur Yss, pour qui il ressent bien davantage que de la gratitude.

Quand il apprend que l’endroit se nomme Ter à cause de trois lettres présentes sur un flanc de montagne, Mandor souhaite les voir. Sur place, un glissement de terrain laisse apparaître d’autres lettres, des chiffres aussi. La surprise est totale pour Pip et Yss. L' histoire de Ter est remise en cause. Il est désormais certain que Ter n’est pas la nôtre….

Nous n’en dirons pas plus, de peur de briser l’effet de surprise de cette dernière planche. Qui donne envie de connaître la suite.

TERRéalisé par Rodolphe au scénario et Christophe Dubois au dessin, Ter se veut tout à la fois récit fantastique et de science-fiction. L’action, étalée en une trilogie, se situe dans le futur, mais relativement proche, au vu du matériel récolté par Yip et entreposé dans sa cave aux trésors. Une guitare Fender, des montres, un mixeur de cuisine, de vieilles horloges, jusqu’à cette reproduction de la fameuse fusée d’Hergé, clin d’oeil au maître de la bande dessinée belge.

On admire le dessin de Christophe Dubois, simplement superbe et envoûtant, avec des premières planches qui ne peuvent laisser le lecteur indifférent. Avec des statues géantes, d’inspiration aztèque version cosmique, abandonnées dans un décor lunaire dont se dégage une ambiance de plénitude agréable. Un récit raconté par Mandor, à la fois narrateur et acteur principal de ce premier tome, séduisant d’emblée son lecteur.

Au fil du récit, on se laisse envoûter par cette histoire très bien racontée par Rodolphe, un scénariste qui distille les éléments pour intriguer les lecteurs jusqu'à la fin. Les planches font rêver de cet ailleurs étrange. Avec cette planète à l’atmosphère respirable, au climat chaud et des villages perchés, semblables à ces cités rustiques du film La planète des singes. Les personnages, dominés par la présence de Mandor, sont bien amenés dans l’intrigue et laissent deviner que certains d'entre eux vont prendre davantage d’ampleur dans les deux prochains tomes.

Une saga née d’une rêverie issue du cerveau imaginative de Rodolphe. « Pour Ter, j’aime bien l’idée de ce personnage-narrateur (il raconte l’histoire à la première personne) qui surgit ainsi au tout début de l’histoire, sans nom, sans âge, sans passé et nu. Cette image-là a sans doute été l’une des toutes premières à l’origine du récit et peut-être son déclencheur » explique Rodolphe.
Une lecture qui fait penser à Stargate, à Dune mais aussi par certains aspects à Game of Thrones et Mad Max.

Si l’histoire trouve son aboutissement à la fin de la trilogie, les auteurs soulignent qu’ils laissent la porte ouverte pour d’éventuelles suites. Objectif Ter, si vous souhaitez partager notre plus gros coup de cœur BD de ce début d’année.
Ne manquez pas le carnet graphique qui clôture l’album, avec des esquisses somptueuses. Des personnages, des décors. De quoi s’attarder davantage sur les coulisses de cette intrigue prometteuse. Là-haut, personne ne vous entendra rêver.

Ter tome 1. L’étranger. Scénario de Rodolphe, dessin de Christophe Dubois. Éditions Daniel Maghen. 80 pages, 16 euros environ
Parution le 13 avril.
Un album qui s’accompagne d’une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée du 23 mai au 8 octobre 2017
Couverture : Daniel Maghen

 

Posté le 19 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Georges Clemenceau, les colères du Tigre

Quand son père est arrêté, suspecté d’avoir participé à l’attentat contre Napoléon III, le jeune Georges Clemenceau se promet de ne jamais oublier ses paroles : «toute existence ne prend sens que si elle est, jusqu’au bout, révolte contre l’ordre des choses.» Révolté, Clemenceau le sera tout au long de sa vie. «La rébellion c’est l’action» disait-il.

Publiée chez Glénat, en partenariat avec Fayard, Clemenceau se présente comme une BD parfaitement documentée. Le scénario de Renaud Dély retrace davantage la face politique de Clemenceau. Ce fervent défenseur d’une République ferme, d’une République radicale. «Ma mission, disait-il, c’est de défendre la patrie à l’extérieur et de faire respecter l’ordre républicain à l’intérieur
Clemenceau, un amoureux de la liberté, dreyfussard (le titre du manifeste de Zola, J’accuse, est de lui), anticolonialiste, défenseur de la France, opposé à la peine de mort, anticlérical, briseur de grèves. «C’était un combattant, de la parole et de la plume, pour la liberté, la justice, la laïcité, anticolonialiste et patriote. Farouche démocrate, écoeuré par la médiocrité des politiques» explique l’historien Jean Garrigues. Le dessin de Stéphano Carloni, sombre et réaliste, permet au lecteur de s’immiscer au cœur des débats politiques, de suivre le parcours d’un «soldat de la démocratie». CLEMENCEAUUn tigre, prêt à sortir les griffes pour livrer ses combats. Et quand il a fallu faire la guerre en 14-18, il l’a faite. En galvanisant les troupes, il a gagné son surnom de Père la victoire.
Les nombreuses joutes oratoires présentes dans l’album, qui peuvent faire fuir le jeune lectorat, ne peuvent que rappeler celles présentes dans le film d’Henri Verneuil, Le Président, avec Jean Gabin. Un pur chef-d’œuvre, qu’il faut revoir pour se rendre compte de la médiocrité politique actuelle. Fermons la parenthèse.

Pour les auteurs, il était bien difficile de caser en un album une personnalité aussi riche que celle de Clemenceau. Mission réussie, même si le portrait présenté occulte sa vie d’homme (dont son amitié avec Monet) ou son influence dans la création de la police scientifique et des brigades régionales mobiles, mieux connues sous le surnom de brigades du Tigre. Le dossier historique de Jean Garrigues, présent en fin d’album, permet de combler les vides et d’en apprendre davantage sur le Tigre et son importance dans la vie politique française. Dans ce bonus, on découvre également le making of de la BD, ainsi qu'une riche bibliographie pour en savoir plus sur Clemenceau, modèle politique du général Charles de Gaulle.
Un politique fort en gueule qui a marqué l’histoire de France et qui, depuis le 24 novembre 1929, repose à jamais dans le petit cimetière de Mouchamps, au cœur de sa Vendée adorée.

Une BD qui fait honneur à la collection publiée par Glénat et Fayard, Ils ont fait l’Histoire. Des portraits biographiques en BD, qui permettent de comprendre comment et pourquoi les grands personnages ont façonné le monde. Parmi les titres déjà parus figurent Robespierre, Luther, Napoléon, Kennedy... Ou Clemenceau, ce meneur d'hommes qui a cumulé les surnoms élogieux : le tombeur de ministères, le Tigre, le Premier flic de France ou le Père la victoire.

Philippe Degouy

Clemenceau. Scénario de Renaud Dély, dessin de Stéphano Carloni. Collection : ils ont fait l’histoire. Éditions Glénat/Fayard, 48 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 12 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Wunderwaffen 11, mystère au cœur de WeWelsburg

Onzième tome déjà pour la série Wunderwaffen (éd. Soleil), série uchronique sur laquelle plane un climat fantastique qui a désormais pris l’ascendant sur le volet historique. Précisons d’emblée que si vous débutez la série par ce tome 11, mieux vaut stopper la lecture de cette chronique. Vous ne pourrez pas saisir tout le déroulé de cette saga dont l’intrigue ne cesse de s’épaissir d’épisode en épisode. La lecture des albums précédents s'avère indispensable.

Installé au QG de la SS au château de WeWelsburg, le Visiteur accepte d'aider l’Allemagne à remporter la victoire dans cette guerre qui n’en finit pas. Dans l’attente de son arme secrète, baptisée par les Allemands Thor, l’étranger venu de l’espace offre à Hitler la guérison de son visage défiguré par un lointain attentat. Mais que compte-t-il réclamer en échange? Les nazis l'ignorent encore. De leur côté, les Alliés commencent à développer, eux aussi, une arme miracle. Le Starjet, un avion capable d’affronter les appareils allemands. Grâce aux renseignements fournis par la Résistance française, ils récoltent quelques pièces du puzzle qui entoure le Visiteur. Wunderwaffen11Un raid aérien visant WeWelsburg et son hôte échoue. Rien ne semble pouvoir stopper le Visiteur aux pouvoirs extraordinaires. Rien? Mais pourquoi Hitler devient-il soudain transparent? Nous n'en dirons pas plus.

Un onzième tome, dont l'atmosphère générale rappelle le jeu vidéo Wolfenstein, qui s’achève sur un rebondissement. Richard D. Nolane au scénario, en artiste confirmé, sait jouer avec les nerfs de ses lecteurs. Il va leur falloir attendre pour découvrir une suite que l’on devine prometteuse. Quant à la fin, est-elle déjà programmée? Attention à l’album de trop diront certains. D’autres séries, c'est vrai, sont parties en vrille pour cette raison. Wait and see, comme on dit chez nos amis britanniques.
Après quelques épisodes plus faibles, L’ombre de Wewelsburg reprend de l’altitude. À ce stade de la publication, il est bien difficile de deviner l’épilogue prévu par les auteurs. Quel lien semble lier Murnau et le Visiteur? Une question qui va prendre de l'importance très prochainement, à n'en pas douter. Dans l’attente de l'explication, les lecteurs peuvent apprécier quelques belles scènes aériennes dessinées par Maza. Coup de projecteur également pour la couverture articulée autour du visage du Visiteur, qui ne respire pas la joie de vivre, lui non plus.

Philippe Degouy

Wunderwaffen tome 11. L’ombre de WeWelsburg. Scénario de Richard D. Nolane, dessin de Maza. Éditions Soleil. 48 pages, 14,50 euros
Couverture : éditions Soleil

Posté le 8 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Des champions réunis en peloton pour saluer le Tour de France

Par Philippe Degouy

Le Tour de France 2017 vient de prendre son élan pour le plus grand bonheur des amateurs de cyclisme. Parmi les ouvrages thématiques récemment publiés, la bande dessinée Le Tour de France tome 2. Petits et grands champions (éd. Dupuis) mérite une attention particulière. Un bon complément à l'événement sportif. Thomas Liera au dessin et Didier Ocula pour les textes, rendent hommage aux plus grands champions qui ont marqué l’histoire du Tour. Du moins une sélection, tant ils furent nombreux à avoir laissé une empreinte indélébile.
Herman Van Springel, Walter Godefroot, Georges Vandenberghe, Jacques Anquetil, Federico Bahamontes… Autant de noms rassemblés sur la ligne de départ. Très bien croqués par Thomas Liera. Tous savaient faire parler la classe sur le bitume.
Les auteurs ont réussi l’exploit de résumer en deux planches les exploits des champions sélectionnés parmi les éditions mythiques de la Grande Boucle. Le lecteur revit notamment le duel de 1971 entre Luis Ocana et Eddy Merckx, alias «le cannibale». Et prend plaisir à retrouver de sacrées personnalités. Comme Bernard Hinault, alias maître blaireau : «le troupeau c’est pas pour lui. Ceux qui ne suivent pas dans les montées n’ont qu’à prendre l’escalier. Un carnassier prêt à déchirer le bitume.» Et qui avait bien souvent la chaussette légère, au détriment de ses adversaires lancés à ses trousses.

TOURDEFRANCEDe multiples anecdotes émaillent le récit, de ces histoires qui pimentent une légende. Drôles et savoureuses. Comme celle relative à Jean Robic dans l’édition de 1953. Cette année-là, il roule au plomb, avec des bidons lestés pour mieux l'alourdir dans les descentes. Un champion qui avait gagné le Tour de France de 1947 sans jamais avoir porté le maillot jaune. Qui se souvient qu'en 1950, le départ du Tour avait été lancé par une autre star, du cinéma : Orson Welles. Toute une époque rappelée par cette BD qui se lit, se relit avec les souvenirs associés.

Des champions devenus immortels, qui laissent néanmoins une petite place dans l’album à la nouvelle génération : Peter Sagan, Thomas Voeckler ou Bradley Wiggins, premier Britannique à remporter le Tour. À signaler, pour la petite parenthèse, l’absence du champion américain Lance Armstrong, pudiquement passé sous silence par les auteurs. Sans doute a-t-il trop salé la soupe pour pouvoir figurer dans cette sélection de grands champions.

Un album au dessin réaliste, nerveux, à l’image de son sujet. Les visages, parfois déformés par l'effort, sont bien rendus. Thomas Liera n’omet pas de saluer ce qui fait aussi le succès de la compétition : les multiples paysages de cette belle France. Les décors sont aussi soignés que les coureurs. Tout concourt à faire de cette BD un gros coup de coeur estival. Qui se lit le nez dans le guidon, avec l'assurance de retrouver un nouveau tome à savourer pour l’édition 2018.
Et comme tout finit en chanson en France, pourquoi ne pas embrayer sur le classique des Frères Jacques, «Bon Dieu, où est ce peloton».

Le Tour de France tome 2. Petits et grands champions. Dessins de Thomas Liera et textes de Didier Ocula. Éditions Dupuis, 48 pages, 14,95 euros
Couverture : éditions Dupuis.

Posté le 3 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les Malouines, cette guerre menée au bout du monde pour quelques îles

Par Philippe Degouy

Mai 1982. Les îles Malouines, situées à quelque 1000 kilomètres de l’Argentine.  Une guerre, soudaine, brutale, se déclenche entre le Royaume-Uni et l’Argentine, désireuse de récupérer ces îlots sous gestion britannique depuis trop longtemps à ses yeux. Des îles sans ressources naturelles, livrées à un climat hostile. Perdues en plein Atlantique. 
Cette guerre, terrible, sans pitié, est presque oubliée aujourd’hui. Méconnue des plus jeunes, certainement. Remplacée dans nos mémoires par d’autres conflits. Plus récents, plus cruels encore. Et pourtant, celle-là n’a pas été tendre. Livrée par deux adversaires aux forces disproportionnées. Le David argentin contre le Goliath britannique, puissance militaire de premier plan, bien équipée. Tout le contraire de l’Argentine.  
Et pourtant, les jeunes pilotes argentins, fiers de se battre pour récupérer une part du territoire national, vont tout donner, se battre avec courage. Pour espérer remporter la victoire malgré un équilibre des forces en défaveur pour leur camp. C’est leur histoire qui prend place dans cette intégrale Malouines, publiée aux éditions Paquet.
Trois récits résument toute l’horreur de ce théâtre d’opération, bien loin des caméras et de l’Europe :  Skyhawk, Pucara, Super-Etendard.
MalouinesUne guerre relatée depuis le camp argentin, avec des jeunes pilotes lancés à l’assaut d’un adversaire plus entraîné et sans pitié. Des destins individuels qui ajoutent de nouveaux témoignages à la notion de guerre, cette «grande mise en scène abstraite, stimulée par des centaines, des milliers de petites guerres individuelles.» En filigrane se dessine aussi une critique de la junte militaire argentine.  Sans oublier ce tabou toujours d'actualité :  le porte-aéronefs Invincible, à bord duquel se trouvait le prince Andrew, endommagé par un raid argentin. Une attaque toujours niée aujourd'hui par les Britanniques.
Sur la base du scénario très bien documenté de Nestor Barron, qui laisse la part belle aux scènes aériennes, Wather Taborda (décédé en janvier dernier) livre des planches au dessin nerveux comme le sont ces jeunes Argentins prêts à en découdre avec les Britanniques. Les appareils des deux camps sont bien rendus, acteurs d’un drame qui se joue sous nos yeux. De quoi rappeler à notre bon souvenir des avions désormais parqués dans les musées : l’Avro Vulcan, le Harrier, le Douglas A-4 Skyhawk, le Super-Etendard ou le Pucara, bien fragile en cas de duel aérien.
 
En guise de bonus à cette intégrale, les auteurs ont ajouté au récit un carnet photographique relatif au commandant Carballo, chef d’escadrille à la 5e brigade aérienne. Ses mémoires ont largement inspiré le scénario de Nestor Barron. Ses souvenirs apportent cette touche d’authenticité au récit. Avec les états d’âme d’un officier qui doit mener au combat des jeunes patriotes en sachant que la défaite et la mort se cachent au milieu des nuages.
Une BD qui mérite une (re)lecture. Pour le travail de recherche accompli par les auteurs, dont on devine un léger penchant pour l’adversaire le plus faible.  Mais aussi pour une redécouverte de ce conflit inédit. Les Argentins n’imaginaient pas que le Royaume-Uni allait réagir par la force, avec l’envoi d’une flotte de guerre pour défendre ces quelques bouts de terre lointaine. C’était oublier un peu vite que Miss Thatcher n’avait pas gagné son surnom de Dame de fer pour rien.
 
Malouines. Le ciel appartient aux faucons. Scénario de Nestor Barron. Dessin de Walther Taborda. Couleur de Wes Hartman. Intégrale. Collection Cockpit. Éditions Paquet, 153 pages
Couverture : éditions Paquet

 

Posté le 2 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Marshal Bass, contre les loups il faut un chien

À l’Ouest, toujours du nouveau, si l’on peut se permettre de paraphraser l'écrivain Erich Maria Remarque. Le western en BD poursuit sa renaissance après de trop nombreuses années de vaches maigres. On ne compte plus les albums et séries récemment publiés. Avec Marshal Bass, publié aux éditions Delcourt, Darko Macan au scénario et Igor Kordey au dessin, bousculent les codes habituels du genre. Leur héros est un marshal afro-américain, père de famille nombreuse au passé plutôt louche. Un choix de personnage pour le moins original.

Modeste fermier au passé que l’on devine plutôt mouvementé, l'ancien esclave River Bass est engagé par le colonel Terrence B. Helena comme marshal adjoint. Sa mission? Infiltrer un gang d’anciens esclaves noirs pour le mettre hors d’état de nuire. Des salopards qui se sont mis au service de Milord, un homme blanc qui mène des attaques de banque pour créer, selon ses propres mots, un royaume nègre. Un chef de bande pour qui il y a «deux sortes de nègres. Ceux qui suivent les ordres et ceux qui préfèrent penser par eux-mêmes.» Malheur à ces derniers, ils représentent un risque pour lui. Nul ne peut être plus intelligent que le maître. Bass se fait passer pour Bill Derby, un truand refroidi par le colonel Helena, et intègre la bande sans difficulté. Mais le plan déraille par sa négligence. Son insigne de marshall est retrouvé et il lui faudra improviser pour rester en vie tout en neutralisant Milord et ses mignons.

MarshallBassT1Le dessin d’Igor Kordey est superbe, avec mention spéciale pour ses décors de l’Ouest aux teintes chaudes. Des décors crépusculaires en parfaite adéquation avec le scénario, plutôt sombre. Les membres du gang de noirs n'ont plus rien à perdre. Leur sort est déjà scellé dans une Amérique où il ne fait pas bon d'être de couleur.
On peut comparer le dessin de Kordey à celui du dessinateur de la série western mythique Mac Coy, Antonio Hernandez Palacios. Mais aussi et surtout à l’artiste croate qui l’a inspiré, Andrija Maurovic, auteur de BD décédé en 1981, bien connu en Yougoslavie.

L'album est truffé de références cinématographiques. Aux westerns spaghetti de Sergio Leone, dès la première planche, mais aussi au cinéma de Tarantino. On ne peut s’empêcher d’y voir un clin d’œil au chef-d’œuvre Django Unchained. L’humour est cynique à souhait, avec un ton qui risque de choquer les adeptes du politiquement correct. Les auteurs utilisent des termes retirés du langage courant mais qui ajoutent à l’authenticité du récit.
Le second volume du diptyque, Meurtres en famille, est déjà annoncé pour le second semestre. Une lecture, conseillée, qui peut s’accompagner d’une playlist composée notamment du tube des Animals, The House of the Rising Sun, Bury Them Deep du groupe texan Ghoultown ou du très beau I got a Name de Jim Croce.

Marshal Bass. Tome 1. Black and White. Scénario de Darko Macan. Dessin de Igor Kordey. Éditions Delcourt, 56 pages, 14,95 euros
Couverture : éditions Delcourt

Posté le 24 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Danger atomique pour Buck Danny

Par Philippe Degouy

Rescapé d’un amerrissage mouvementé, Buck Danny aborde avec appréhension l’île du diable, un endroit hostile peuplé de populations indigènes cannibales. Sans le savoir, le pilote américain est tombé sur une île transformée en base secrète par les Japonais recherchés par toute l'armée américaine (lire épisode précédent). Recueilli par le professeur Lassiter, anthropologue britannique échoué sur l’île depuis de longs mois, Buck Danny tombe avec lui dans un piège tendu par les Japonais. Il découvre que ces fous furieux menacent San Francisco d’un bombardement nucléaire et bactériologique grâce à l’appui d’un contingent nazi. Avant leur capture, Lassiter a eu le temps de communiquer les coordonnées de l’île par radio. Les Américains ont-ils pu capter la communication? Le sort de la Californie en dépend, de même que celui de Buck Danny et de son compagnon d’infortune. Danny ignore que Tumbler et Tuckson sont sur ses traces, sur l’île. Le temps presse avant le lancement de l’opération de destruction massive préparée par l’ennemi.

Avec L’île du diable se termine le diptyque entamé avec Les fantômes du soleil levant. Deux albums de la série Classic dont le but est de s’intercaler dans les cycles de la série originale. Une bonne idée qui permet d’approfondir certaines intrigues. Pour le moment, rien n’est à jeter. Le lecteur se régale et savoure les allusions à la série historique. Et voici que reviennent en scène des  malfaisants de la pire espèce, comme Miss Lee et l’affreux Mo-Choung-Young. Des Japs plus retors que jamais. Et quand des nazis d’opérette s’ajoutent à la fête, nul doute que Buck Danny et ses ailiers ont de sérieux soucis à se faire.

BUCKDANNYNEWLe scénario de Frédéric Marniquet et Frédéric Zumbiehl, très bien construit, restitue à merveille l’univers mis en place par Hubinon et Charlier quelques décennies plus tôt. Quant au dessin de Jean-Michel Arroyo, plus réaliste que celui de ses aînés, il permet d’admirer des avions finement détaillés. Quel plaisir, notamment, de savourer dans des planches bien aérées ces mythiques Mustang. À noter la présence du bombardier lourd Nakajima G1 utilisé par les Japonais pour bombarder San Francisco. Un bombardier à long rayon d’action qui n’a jamais été construit, pas même en prototype.
L’unité 731 de l’armée japonaise et le général Shiro Ishii, bactériologue cinglé, qui tentent de faire parler Buck Danny ont par contre bel et bien existé, avec de nombreuses victimes à leur actif.

Un excellent épisode qui se termine en apothéose. Avec une longue séquence de combat aérien au-dessus de la baie de San Francisco entre trois P-51 Mustang pilotés par nos trois héros et une bombe volante Okha transformée en chasseur, avec Mo aux commandes.
Une scène bien peu réaliste, soit, mais la fiction de la BD autorise quelque liberté avec l’aéronautique. De quoi accompagner Buck pour un tonneau de victoire en l’honneur de cet album qui laisse un sentiment de grand plaisir au moment de le refermer. Les cinéphiles apprécieront également les allusions à Indiana Jones pour l’ambiance générale et à la série des Têtes Brûlées dont un épisode, La petite guerre, a pu inspirer les scénaristes pour le personnage de Lassiter. Bref, voilà un nouveau coup de cœur à glisser sur votre liste de lecture estivale.

Buck Danny reviendra dans le prochain épisode, Opération rideau de fer, nouveau cycle dédié à la guerre froide.

L’île du diable. Collection Buck Danny Classic. Dessin de Jean-Michel Arroyo, scénario de Frédéric Marniquet et Frédéric Zumbiehl. Couleur de Frédéric Bergèse. Éditions Dupuis, 48 pages
Couverture : éditions Dupuis

Posté le 23 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec Matra, Le Mans a connu sa période bleue (1972-1974)

     Par Philippe Degouy

L’épreuve 2017 des 24 Heures du Mans appartient désormais au passé. Pour les amateurs, il reste les bruits de moteurs en tête, les faits de course en mémoire et de belles lectures à savourer. Pour poursuivre le rêve. Publiée aux éditions Glénat, la BD 24 Heures du Mans 1972-1974 : les années Matra braque les projecteurs sur la période bleue du Mans, celle marquée par la domination de l’écurie Matra Simca. Victorieuse à trois reprises, en 1972, 1973 et 1974. Par la volonté d’un homme, alors jeune patron d’entreprise, Jean-Luc Lagardère.
Petit retour en arrière. Nous sommes en 1964. Soucieux de montrer que Matra, spécialisée dans le domaine de l’armement, est capable de se diversifier avec succès, Lagardère lance un défi au monde du sport automobile. Non seulement il compte investir dans une écurie de course, mais il souhaite aussi devenir champion, gagner le Mans, battre les grosses écuries que sont Porsche et Ferrari. Au Mans, c’est connu, rien n’est jamais gagné avant la ligne d’arrivée. À l’époque, qui aurait parié un franc sur Matra? Peu de gens sans soute. Mais, le travail et la volonté de toute une équipe peuvent faire des miracles.
La victoire de Matra lors de l’épreuve du Mans 1972, la première des trois engrangées, sera la plus symbolique sans doute. La première victoire française depuis celle de 1950 (remportée par les Rosier, père et fils, sur une Talbot Lago T 26GS).

LEMANS1972-1974Nostalgique à souhait, passionnant, l'album ramène son lecteur au cœur des années Pompidou, président moderne, grand amateur de belles voitures lui aussi. Sur un scénario très bien documenté de Denis Bernard, Christian Papazoglakis et Robert Paquet, anciens du studio Graton et bien connus des fidèles de la collection Plein Gaz, ont réalisé des planches de toute beauté, qui alternent les cadrages pour impliquer le lecteur dans le dynamisme de la course. Le dessin réaliste fait merveille. Les pilotes sont fidèlement représentés, tout comme les bolides, simplement splendides. Ferrari Daytona, Porsche 911, Matra Bagheera et 530 (une sacrée beauté) sans oublier les célèbres MS 670 et 680 ne peuvent que rappeler de bons moments aux lecteurs qui ont connu ces années d'exception. De sacrées voitures, de bons pilotes (Larrousse, Cevert, Beltoise, Jabouille, Jarier, Ickx…) et un patron français d’envergure. Qui, dans les moments de doute, se posait cette étrange question : «à ma place, que ferait John Wayne?» Une anecdote amusante rapportée par les auteurs.
Battre les plus grands sur la piste, un projet fou qui a motivé et fasciné les «Matraciens» pendant une décennie. Mais les contes de fée ne terminent pas toujours bien. Cette belle aventure prendra fin en novembre 1974. Avec l’annonce par Lagardère du retrait de Matra de la compétition. Pari gagné.

De ce défi adressé aux grandes écuries que sont Ferrari et Porsche, il reste les souvenirs de courses mythiques, l’ambiance d’une certaine France disparue et les exploits de pilotes de légende. Dont Henri Pescarolo et Jacky Ickx, les deux princes du Mans. Sans oublier la mémoire de défunts entrés au panthéon du sport automobile, comme Jo Bonnier, François Cevert ou Graham Hill, héros de cette bande dessinée qui se doit de figurer dans la bibliothèque de tout amateur de compétition automobile. Du travail parfait, nouvel exemple de la qualité de la collection Plein Gaz des éditions Glénat.
Coup de coeur spécial pour la couverture, qui laisse sans voix. Jugez-en.

24 Heures du Mans. 1972-1974 : les années Matra. Scénario de Denis Bernard. Dessin de Christian Papazoglakis et Robert Paquet. Éditions Glénat, 48 pages, 14 euros environ
Couverture : éditions Glénat

Posté le 17 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Eva, un guide au coeur de la nuit noire

Par Philippe Degouy

Dans un Reich en pleine déroute, avec Hitler retrouvé suicidé dans son bunker berlinois, quelques fanatiques de la SS, parmi les plus fidèles disciples, se préparent à frapper New York. En un seul raid, le Silbervogel, nouveau bombardier à long rayon d'action,  larguera une bombe nucléaire sur la ville. De quoi imprimer une marque dans l’histoire de l’humanité. Une « marque d’effroi ». Plongés dans ce crépuscule de l’horreur, Werner et Hanna réagissent différemment. Si Werner se montre horrifié par le projet fou, Hanna reste fidèle au Reich, comme empoisonnée par le venin nazi. Pendant ce temps, Américains et Russes tentent de mettre la main sur les scientifiques allemands. Une nouvelle guerre se prépare dans l'ombre de la rivalité Est-Ouest.

DENTDOURSEva (éd. Dupuis), cinquième tome de la saga Dent d’ours reste dans la lignée des premiers épisodes. D’excellente facture, sans aucun essoufflement. Que du contraire même. Les multiples flashbacks permettent d’épaissir et d’humaniser les personnages. De mieux comprendre leurs attitudes face au drame qui entraîne l’Allemagne dans la nuit. Il est nettement conseillé d’avoir lu les tomes précédents pour apprécier à sa juste valeur le travail accompli par Yann, scénariste de cette saga, et le chemin parcouru par les héros. Des héros? Non, pas vraiment. Comme le disait Samuel Fuller, « la seule gloire à la guerre est de survivre. »

Le dessin d’Alain Henriet est quant à lui admirable, avec cette ambiance, parfaitement reproduite, de cauchemar qui plane sur une Europe martyrisée par cette guerre totale. Ses planches se savourent, pour le travail de finition poussé au maximum. Mention spéciale pour les avions, nombreux, qui rappellent que Dent d’Ours est aussi une série aéronautique. On y croise des raretés comme le FW Ta-183, le Do 335 Pfeil ou l’Arado 232, mais aussi des personnages réels, qui viennent renforcer une intrigue solide : Adolf Galland ou Otto Skorzeny.

Un cahier de croquis complète la BD, en guise de bonus. Comme pour le Reich décrit dans l’album, on devine l'arrivée de l’épilogue de cette excellente série. Dans le prochain épisode. Il reste néanmoins une question que le lecteur ne manquera pas de se poser au moment de refermer cet album. Les auteurs suivront-ils la vérité historique dans le dernier tome? Ou pas? Là réside tout le suspens qui devrait finir la saga en apothéose.

Dent d’ours. Tome 5 Eva. Scénario de Yann, dessin d’Alain Henriet. Éditions Dupuis, 48 pages.
Couverture : éditions Dupuis

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