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Bandes dessinées

Posté le 11 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Jutland, le chant du cygne des cuirassés

     Par Philippe Degouy

Prêts à appareiller avec les éditions Glénat ? Elles lancent une nouvelle série d’envergure, dédiée aux grandes batailles navales qui ont marqué l’histoire. À la tête de cette formidable armada, Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine, fait office de pacha. Parfaitement à l’aise sur l’eau, son élément, omniprésent dans son œuvre. Que l'on pense notamment à U-Boot, mais aussi à Black Crow, Le Belem, Black Crow raconte
Les grandes batailles navales racontent les affrontements vécus de l’intérieur. En suivant les acteurs du drame, du matelot au commandant. Le lecteur est ainsi plus à même de ressentir l’angoisse, le choc et l’horreur des combats.
Solide défi que celui d’orchestrer le récit de ces batailles qui ont modifié l’Histoire. Certaines sont restées en mémoire, comme Trafalgar, Midway ou Lépante. D’autres sont moins connues du grand public et bien présentes dans la saga proposée par Glénat.
À l’instar de la bataille de Jutland, livrée par les marines de Guillaume II et de George V. Petit rappel des faits avec cet album d'excellente facture.

JutlandPrintemps 1916. La flotte de haute mer allemande a préparé un plan qui semble imparable, du moins sur papier : surprendre la flotte britannique dans ses ports et pousser les navires attaqués à prendre la mer où ils seront coulés par les sous-marins. Mais le projet est éventé grâce aux services de renseignement. Les Britanniques ont quitté les ports et s’avancent pour surprendre l’escadre allemande. Le choc a lieu au large des côtes danoises du Jutland. Dans les chiffres, la flotte britannique est deux fois plus importante que celle de l’ennemi allemand. Mais ce dernier réussit pourtant à secouer son adversaire et à prendre un solide tribut en navires. De grosses unités britanniques sont envoyées par le fond. En cause, des cales chargées de cordite, un puissant explosif, mais aussi un commandement douteux, et des navires au blindage allégé.
Cette bataille prendra part sur un court laps de temps, de l’après-midi du 31 mai à l’aube du 1er juin, mais elle se révélera dantesque. Elle sera également la dernière bataille navale classique, celle où seront utilisés massivement des cuirassés. Pour une dernière fois, car se profile déjà l’ombre du futur roi des mers : le porte-avions. Quelques décennies plus tard, c’est lui qui dictera sa loi sur toutes les mers du monde.
Étrange paradoxe, la flotte allemande qui s’était retirée dans ses ports pour éviter de fortes pertes, sera obligée de se saborder à la fin du conflit. Quant au bilan, il reflète l’intensité de cette bataille : « sur les 249 navires de combat engagés, 25 ont été coulés. Plus de 8647 marins sur les 90.000 embarqués ont perdu la vie. Plus de 20.000 coups de canon ont été tirés, soit l’équivalent de 6 millions de kilos d’acier et d’explosif. »

Jutland, un album qui porte la marque de Jean-Yves Delitte. Nul besoin de le signer d’ailleurs, ses fans reconnaîtraient son dessin sans coup férir. Presque les yeux fermés. Ses planches nocturnes imprimées sur papier noir, ses personnages aux traits identiques que l'on retrouve de série en série, et cette façon particulière de dessiner les yeux. Autant de caractéristiques liées à son œuvre.  Comme pour tous les albums de l'artiste, le lecteur a droit à un trait précis, chirurgical si l’on osait un lieu commun. Il faut savourer ses planches avec des navires fidèlement reproduits. De même que cette façon de les replacer en situation, avec un cadrage cinématographique. On ne lit pas la bataille, on la vit. 
Si Jean-Yves Delitte réalisera tous les scénarios et les couvertures de la collection, il fera appel à de fidèles lieutenants pour se charger du dessin de certains albums. On retrouvera notamment Federico Nardo, Philippe Adamov, Roger Seiter, Christian Gine ou Denis Béchu (pour le tome dédié à Trafalgar, déjà sorti).
Précisons enfin que chaque tome est accompagné d’un bonus documentaire, qui replace la bataille dans son contexte historique, détaille les forces en présence et les navires engagés.

Trois premiers volumes de la collection sont déjà disponibles, Chesapeake, Trafalgar et Jutland. En octobre, deux autres titres rejoindront l’escadre, avant d'autres renforts déjà prévus pour 2018.

Jutland. Dessin et scénario de Jean-Yves Delitte. Collection Les batailles navales. Éditions Glénat, 56 pages, 14,95 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 10 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Requiem pour un shérif

Par Philippe Degouy

Dans une chronique précédente, nous avions déjà salué l’heureuse idée des éditions du Lombard : rééditer à prix très doux (9,9 euro par BD) Comanche, la série western du duo Greg et Hermann. Une collection mythique à (re)découvrir, avec de purs joyaux. Comme le diptyque Le doigt du diable et Les shériffs (réédité avec la faute d’orthographe d’origine, ndla), deux pièces maîtresses qui confirment notre enthousiasme. La réédition, plusieurs décennies après les originaux, démontre que ces deux BD n'ont pas pris une ride. Un modèle à suivre pour les jeunes pousses de la BD, avec un sens du cadrage exceptionnel, mis en scène par Hermann. Quant à Greg, il dévoile un scénario très cinématographique. On ne lit pas ces albums, on les voit se dérouler devant nous. Du solide, comme devait l'

Deux tomes, désormais présents au rayon nouveautés, articulés sur le thème du passé, impossible à effacer pour Dust et ses semblables. « Si on peut faire semblant de l’oublier soi-même, il y a toujours quelqu’un d’autre pour ramener les mauvais souvenirs. »

Au cours de sa fuite en avant, pour fuir une civilisation devenue trop envahissante au ranch 666, et retrouver ce contact avec le grand Ouest sauvage, Dust croise la route de Joseph Duncan. Un fermier à la tête d’un domaine géré avec sa fille Pat. D’emblée, Dust devine que le fermier cache un lourd passé, comme lui. Duncan, en effet, n’est autre que Jeb Dexter, un pistolero de renom, autrefois surnommé « le doigt du diable ». Quarante duels sans défaite.
Reconverti en paisible fermier depuis des années, l'ex-flingueur doit refaire face à ses vieux démons avec l’arrivée inattendue de Dan Wallach, tireur d’élite qui découvre lui aussi son identité. Duncan-Dexter n’a désormais plus le choix. Il lui faut reprendre les armes pour éliminer cette menace. De son côté, Dust croyait avoir trouvé un refuge paisible au sein de la ferme de Duncan. Mais d’anciens shérifs, dont Wallace, bousculent sa vie rangée de garçon de ferme. Ces anciens hommes de loi souhaitent délivrer une ville assiégée par une bande de criminels dirigée par la famille Ruhmann. D'abord opposé à ce qui ressemble à un dernier baroud d’honneur pour d’anciennes gloires, Dust finit par accepter en apprenant que Comanche figure parmi les assiégés : « Devant nous, il y avait Comanche en danger… Comanche qui m’avait déçu dix fois et pour qui je traverserais la Terre. » Pour les shérifs, derniers de leur race, ce combat sera leur dernier. Ils le sentent. Il n’y aura pas de retour pour ces hommes à l’étoile d’argent.

Deux volumes, des classiques du genre, qui plongent le lecteur au coeur des magnifiques décors du Montana, territoire sauvage et hostile. Oui, sauf pour cet ours de Red Dust, toujours prêt à aller plus loin, pour échapper aux barrières, y compris celles du 666, le ranch de Comanche.
Comanche-tome-8-sheriffsDes scénarios solidement mis en place, rédigés d’une écriture qui rend hommage au cinéma. Comanche-tome-7-doigt-diable Les cinéphiles ne manqueront d'ailleurs pas de comparer la fin des Shériffs à celle de La Horde sauvage, classique du cinéma de Sam Peckinpah. Là aussi, les anciens pistoleros se suicident en beauté pour sauver un ami. Comme une fin programmée, souhaitée, les armes à la main. Pour mettre fin à leurs cauchemars. Ceux dont on se réveille « couvert de sueur, les doigts cherchant le Colt. Pour tuer les fantômes. »

Deux albums dans lesquels la misanthropie d’Hermann est battue en brèche par quelques traits d’espoir en l’espèce humaine. Avec ces hommes de loi au passé trouble capables d’un ultime geste de rédemption. La dernière planche des Shériffs est à cet égard d’une extraordinaire beauté.

Le doigt du diable. Comanche tome 7.
Les shériffs, Comanche tome 8. Scénario de Greg, dessin et couleurs par Hermann. Éditions du Lombard, 48 pages, 9,9 euros
Couvertures : éditions du Lombard

Posté le 10 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Trafalgar, un désastre français

Cadix, 1805. Une partie de la flotte française s’est réfugiée dans les ports espagnols. L’amiral de Villeneuve, bon marin mais peu réputé pour ses coups d'audace, préfère rester à l'abri du port plutôt que de risquer d’affronter la flotte de son ennemi anglais, Nelson. La terreur des mers. Les marins et officiers français désespèrent quant à eux de retrouver un jour leur France. Il faut à l'amiral français la menace de sa destitution pour qu’il accepte de reprendre la mer pour rejoindre la Méditerranée.
Octobre 1805. Au large du cap de Trafalgar. La flotte franco-espagnole tombe sur une escadre britannique, moins nombreuse. Croyant l’affaire facile, de Villeneuve attaque, sûr de son succès et de sa puissance de feu. Pas de chance, c’est Nelson qui se trouve en face. Le diable des mers. Les Français se font étriller dans un combat naval qui restera à jamais comme l’une des pires batailles de l’histoire. Et l’un des affronts les plus mémorables pour la marine française.

TrafalgarSur le scénario solidement charpenté de Jean-Yves Delitte, par ailleurs pacha de la collection et dessinateur des couvertures, Denis Béchu a réalisé pour Trafalgar (éd. Glénat) des planches de toute beauté. Bien détaillées, elles rendent parfaitement les scènes de bataille. Son dessin est moins chirurgical que celui de Jean-Yves Delitte, qui n’est pas peintre officiel de la Marine pour rien, mais il se révèle aussi efficace et dynamique. On imagine sans peine le fracas des tirs, le bruit du bois qui se déchire sous la mitraille ainsi que les cris de douleur des blessés. Mutilés, éventrés par les échardes de bois ou les éclats des boulets.

Une bataille relatée par ses acteurs. Du simple marin à l’officier supérieur. Un procédé qui permet au lecteur de vivre la bataille de l’intérieur. Pour mieux s’imprégner de l’atmosphère, de la peur ressentie.

Si côté Anglais, c’est Le point de vue d’Horatio Nelson qui prédomine, côté français les auteurs ont pris pour témoins des marins d’un niveau moindre. Le jeune gabier Gabriel Kermadic, dit « la grenouille », Gros Louis et le capitaine Lucas. Trois victimes de mauvaises décisions. Comme le souligne  Gros louis, matelot rustre mais au raisonnement sans faille : « les Anglais n’ont pas fait la bêtise au nom d’une révolution, de décapiter leurs commandants, parce qu’ils avaient le sang bleu, pour les remplacer par des incapables. »

Un désastre maritime qui s’achève par le déshonneur, la libération par les Anglais de l’artisan de cette déroute, l’amiral de Villeneuve. Un officier débarqué de nuit, sur une petite plage de Bretagne. Le visage de la défaite, qui a coûté plus de 5.000 tués français et la perte de 23 navires. Un officier qui sera retrouvé mort peu de temps après. Assassiné ou suicidé ? La question divise encore. De leur côté, les Anglais pleurent la perte de leur héros, l’amiral Nelson, victime d’un tir français, plus chanceux que précis.

Comme tous les volumes de cette nouvelle collection, celui-ci bénéficie d’un dossier historique rédigé par Jean-Yves Delitte. De quoi mieux faire connaissance avec les navires impliqués, les officiers dans chaque camp ou les différentes hypothèses qui tournent autour du coup de feu qui a mortellement blessé l’amiral Nelson. Un bonus apprécié, qui ajoute une touche d’histoire bienvenue, accessible à tous.
Trafalgar? Un épisode bien fini, parfait exemple de ce qui attend les lecteurs avec cette nouvelle collection, dont plusieurs dizaines de tomes devraient prendre la mer.

Les grandes batailles. Trafalgar. Scénario de Jean-Yves Delitte, dessin de Denis Béchu. Éditions Glénat, 56 pages, 15 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 10 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Objectif Ter, d'où viens-tu Mandor?

Par Philippe Degouy

Année ? Indéterminée. Lieu ? Un endroit baptisé Ter. Une planète habitée, semi-désertique, qui semble avoir connu un passé développé. Jeune pilleur de tombes, Pip détrousse les morts pour vivre. Un soir de fouilles, il découvre la tombe d'un homme, qui se réveille subitement. Nu, sans biens, muet et porteur d’un tatouage sur le bras droit : « Main d’or ». Baptisé Mandor par Pip, l’étranger est ramené au village, chez Pip et sa sœur Yss. Incapable de communiquer, sans mémoire, mais pas inutile. Il sait réparer les objets pillés par Pip dans les tombes.
Quand Mandor réussit à réfaire fonctionner un projecteur d’hologrammes, sa renommée prend davantage d’ampleur au sein du village. Tous veulent voir cet étranger qui fait apparaître des images de la Seconde Guerre mondiale et des attaques du 11 septembre 2001 sur des buildings. Un passé méconnu pour ces citoyens captivés par les images. Mandor intrigue également les prêtres du Haut-Mesnil, le Bourdon et Beth, la reine du collège des femmes. Inquiets de sa ressemblance avec le prophète des livres sacrés. Et si cet inconnu était ce messager annoncé par les psaumes : « Alors surgira un homme des entrailles de Ter qui montrera à tous le chemin à accomplir. Il n’aura ni bien, ni vêtements, et son seul langage sera celui du silence. » Peu à peu, Mandor apprend à parler, à lire, à s’intégrer. Grâce à Pip et sa sœur Yss, pour qui il ressent bien davantage que de la gratitude.

Quand il apprend que l’endroit se nomme Ter à cause de trois lettres présentes sur un flanc de montagne, Mandor souhaite les voir. Sur place, un glissement de terrain laisse apparaître d’autres lettres, des chiffres aussi. La surprise est totale pour Pip et Yss. L' histoire de Ter est remise en cause. Il est désormais certain que Ter n’est pas la nôtre….

Nous n’en dirons pas plus, de peur de briser l’effet de surprise de cette dernière planche. Qui donne envie de connaître la suite.

TERRéalisé par Rodolphe au scénario et Christophe Dubois au dessin, Ter se veut tout à la fois récit fantastique et de science-fiction. L’action, étalée en une trilogie, se situe dans le futur, mais relativement proche, au vu du matériel récolté par Yip et entreposé dans sa cave aux trésors. Une guitare Fender, des montres, un mixeur de cuisine, de vieilles horloges, jusqu’à cette reproduction de la fameuse fusée d’Hergé, clin d’oeil au maître de la bande dessinée belge.

On admire le dessin de Christophe Dubois, simplement superbe et envoûtant, avec des premières planches qui ne peuvent laisser le lecteur indifférent. Avec des statues géantes, d’inspiration aztèque version cosmique, abandonnées dans un décor lunaire dont se dégage une ambiance de plénitude agréable. Un récit raconté par Mandor, à la fois narrateur et acteur principal de ce premier tome, séduisant d’emblée son lecteur.

Au fil du récit, on se laisse envoûter par cette histoire très bien racontée par Rodolphe, un scénariste qui distille les éléments pour intriguer les lecteurs jusqu'à la fin. Les planches font rêver de cet ailleurs étrange. Avec cette planète à l’atmosphère respirable, au climat chaud et des villages perchés, semblables à ces cités rustiques du film La planète des singes. Les personnages, dominés par la présence de Mandor, sont bien amenés dans l’intrigue et laissent deviner que certains d'entre eux vont prendre davantage d’ampleur dans les deux prochains tomes.

Une saga née d’une rêverie issue du cerveau imaginative de Rodolphe. « Pour Ter, j’aime bien l’idée de ce personnage-narrateur (il raconte l’histoire à la première personne) qui surgit ainsi au tout début de l’histoire, sans nom, sans âge, sans passé et nu. Cette image-là a sans doute été l’une des toutes premières à l’origine du récit et peut-être son déclencheur » explique Rodolphe.
Une lecture qui fait penser à Stargate, à Dune mais aussi par certains aspects à Game of Thrones et Mad Max.

Si l’histoire trouve son aboutissement à la fin de la trilogie, les auteurs soulignent qu’ils laissent la porte ouverte pour d’éventuelles suites. Objectif Ter, si vous souhaitez partager notre plus gros coup de cœur BD de ce début d’année.
Ne manquez pas le carnet graphique qui clôture l’album, avec des esquisses somptueuses. Des personnages, des décors. De quoi s’attarder davantage sur les coulisses de cette intrigue prometteuse. Là-haut, personne ne vous entendra rêver.

Ter tome 1. L’étranger. Scénario de Rodolphe, dessin de Christophe Dubois. Éditions Daniel Maghen. 80 pages, 16 euros environ
Parution le 13 avril.
Un album qui s’accompagne d’une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée du 23 mai au 8 octobre 2017
Couverture : Daniel Maghen

 

Posté le 6 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Nous, la Légion

Par Philippe Degouy

Présente chaque année sur les boulevards parisiens pour le défilé militaire du 14 juillet, la Légion étrangère véhicule une kyrielle d’images d’Epinal. Mais qu’en est-il exactement ? Qui sont ces hommes qui viennent du monde entier pour tenter d'intégrer ce corps d’élite né en 1831 ? Pourquoi viennent-ils se présenter, en France, pour revêtir l’uniforme et oublier un passé parfois douloureux ? Autant de réponses à trouver dans Legio Nostra (ed. du Lombard), très beau reportage construit sous la forme d’une BD documentaire.
Aux commandes, Hervé Loiselet (Les carnets secrets du Vatican, 20 ans de guerre, Blackline) au scénario et Benoît Blary (Virginia, Sigurd et Vigdis) au dessin, rendent un double hommage. À la Légion, mais aussi au documentaire, devenu culte, de Pierre Schoendoerffer, Section Anderson (1968). Une œuvre qui interrogeait des soldats américains partis au Vietnam. Comme elle, Legio Nostra s’intéresse davantage aux hommes qu’aux exploits guerriers. Qui sont ces légionnaires ? Et comment font-ils la guerre ?  Après une partie dédiée à l'histoire de la Légion, de nombreux chapitres suivent le quotidien du légionnaire, depuis son arrivée en France jusqu’à son engagement sur le terrain. Au Mali, en Afghanistan ou dans les rues de France pour sécuriser le public face à la menace islamiste.

Legio-nostraSur des textes de Hervé Loiselet, parfaitement documenté, Benoît Blary livre un dessin superbe, avec des aquarelles aux teintes chaudes, qui rappellent ce sable du désert, lié à l’histoire de la Légion. Leur album se lit comme un reportage vécu au sein de la Légion. Incarnation d'une société multiculturelle idéale. Tous les pays y sont représentés, ou peu s'en faut, avec des soldats venus de tous les coins du monde et devenus des frères d’armes soudés par l’action et l’amour de la France.
De l’action, l’histoire de la Légion n’en manque pas. Un passé historique écrit en lettres de sang. Les 36.000 légionnaires morts pour la France peuvent en témoigner. Autant de soldats qui ont suivi leur serment d’accomplissement de la mission reçue, même au prix du sacrifice ultime.

De nombreux témoignages, des anecdotes historiques, l’histoire des insignes, des chants permettent d’en apprendre beaucoup au sujet de la Légion. Vous découvrirez, notamment, l’histoire du képi blanc, ou le culte voué à la prothèse articulée du capitaine Danjou depuis Camerone. Ce symbole de l'amour de la France, payé au prix fort. Vous saurez aussi pourquoi il n’y a plus de boudin pour les Belges.
Une image de la Légion dépoussiérée de tous ses clichés ou idées fausses.

Un très bel album sur lequel plane l’ombre du mythe, la célèbre bataille de Camerone, ce Fort Alamo à la française dont on célèbre l’histoire tragique chaque 30 avril. En 1863, 62 légionnaires ont ainsi défié 2.000 soldats mexicains pour la réussite d'une mission capitale.

Au fil de la lecture, chacun suit avec grand intérêt le chemin parcouru par ces étrangers devenus eux aussi fils de France, non par le sang reçu, mais par le sang versé. Un album qui se veut aussi un clin d’œil personnel adressé par Hervé Loiselet à un grand-oncle, Marcel Vambewer, engagé volontaire à la Légion.

« Oublions, avec nos peines, la mort qui nous oublie si peu,
Nous la Légion
. »

Legio Nostra. La Légion étrangère d’hier et d’aujourd’hui. Scénario de Hervé Loiselet, dessin de Benoît Blary. Éditions du Lombard, 120 pages, 18 euros
Couverture : éditions Le Lombard

Posté le 5 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

C’est beau l’amour quand il rime avec humour

Par Philippe Degouy

« Il y a des jours où Cupidon s’en fout » chantait Georges Brassens. L’amour, toujours. L’amour, impossible sans humour réplique Antoine Chereau. Avec son nouvel album  Du moment qu’on s’aime (éd. Pixel Fever), il revisite en quelque 85 planches de bande dessinée ce sentiment amoureux qui régit le monde. Un amour à multiples visages analysé, décortiqué, pour mieux le moquer. L’amour homme- femme, homo, lesbien. Mais aussi l’amour du quatrième âge, l’amour filial, celui des familles recomposées.
Rien n’est oublié par un auteur dont l’humour emprunte aussi bien à Pierre Desproges qu’à Sacha Guitry, spécialiste des rapports homme-femme et auteur de citations restées cultes. Comme celle qui ouvre l'album : « Le mariage, c’est résoudre à deux les problèmes qu’on n’aurait pas eu tout seul. »
Un sujet traité par Antoine Chereau avec des planches minimalistes ou un peu plus complexes, qui servent toutes d’écho à son humour ravageur, emprunté à celui de Reiser, bête et méchant, de Wolinski ou du dessinateur Claude Serres, plus dépouillé mais terriblement cynique. Avec Chereau, toute la puissance humoristique se retrouve concentrée dans les dialogues ou les monologues exprimés contre le conjoint. Le dessin n'est qu'un support, un contenant. Comment résister au rire devant cette femme représentée devant une vaisselle monstre et à qui son mari déclare, benoîtement : « laisse, tu feras ça tout à l’heure, j’ai envie de toi. » Autre pépite, cette planche avec un couple au lit. Avec madame plongée en pleine crise existentielle : « les hommes ne pensent qu’à ça ! Pas un mot d’amour. Le cul ! Le cul ! Le cul ! D’ailleurs, tous les ouvrages sur le sujet convergent. C’est le mot, répond le mari d’un sourire carnassier. »

CHEREAUTrès souvent, on repense aux caricatures d'Albert Dubout, avec ses grosses femmes accompagnées d’un petit monsieur qui n’a que l’humour à offrir aux attaques de sa maîtresse femme. « C’est horrible, les enfants vont partir, et nous allons rester seuls. – Pars avec eux » dit le mari, d’un sourire vachard. Un amour qui peut se révéler cruel, pourri par le quotidien et le temps qui passe. Situation parfaitement résumée par ce dessin d’un couple en barque sur un étang : « c’est fou comme cette balade en barque ressemble à notre vie ! Tu rames et je m’emmerde » déclare madame.

On sourit, parfois, on rit, le plus souvent. Car le comique est drôle. Hilarant souvent. Oui, d’accord, mais le rire se fait parfois grimace. Car le comique de situation repose, on le sent, sur la vie quotidienne. L’auteur a largement puisé dans le catalogue des comportements amoureux. Les relations parents-ado n’ont rien à envier quant à la portée comique. À l’instar de cette cette confrontation, le mot est choisi, entre un jeune et ses parents : « bien sûr qu’on t’aime ! Tu crois qu’on aurait sacrifié notre vie pour toi si on ne t’aimait pas ? »

Un album qui peut se refermer sur le souvenir de la planche qui ouvre les hostilités. Avec des invités, hilares, réunis autour d’un orateur lors d’un mariage entre deux jeunes tourtereaux fraîchement tombés du nid familial : « Je lève mon verre aux jeunes mariés qui pensent encore qu’ils vont s’aimer pour toujours. »
Un album truculent, qui célèbre une thématique sans fin, l'amour, qui se lit sans faim. Cela décape, certes, mais ne dit-on pas : « qui aime bien châtie bien » ?

Du moment qu’on s’aime. Dessin et texte d’Antoine Chereau. Éditions Pixel Fever. 88 pages, 23 euros
Couverture : éditions Pixel Fever

 

Posté le 27 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Lagaffe, 60 gags pour 60 ans de rire

Par Philippe Degouy

Comme dans chaque société, quand on organise une fête, un anniversaire ou un départ, la note est envoyée au service comptabilité. Pour les 60 ans de Gaston Lagaffe, les éditions Dupuis ont mis les petits plats dans les grands. Et pour le discours, parole a été donnée, une fois n’est pas coutume, à monsieur Joseph Boulier, alias « le compteur », directeur financier.
Pas rancunier pour un sou (le comble pour un comptable), monsieur Boulier a oublié, le temps de la fête, les multiples dégâts occasionnés par les expériences de Gaston, petit chimiste raté, ses idées de bricolage farfelues et ses autres recettes de cuisine concoctées sur du matériel inadapté.

Comme l’a si bien dit monsieur Boulier lors de son discours, la rédaction de Spirou a vécu 60 ans au rythme du plus grand gaffeur de l’univers, ou peu s’en faut. Et puisque le sieur Gaston Lagaffe a fait tomber le gâteau d’anniversaire, comme en témoigne la couverture, Dupuis vous offre à la place 60 gags choisis avec soin parmi la crème de la crème. Un stock de quelque 900 planches.
On imagine sans peine le cruel dilemme des auteurs quant aux choix effectués. Tant de gags sont devenus cultes. Il n’y a que Gaston, en effet, pour transformer des escaliers en piste de ski, une salle de réception en billard géant ou imaginer un kart à partir d'un patin à roulettes.

LagaffeAnnivUne sélection qui permet de retrouver les principaux personnages de la saga, martyrisés, épuisés par les gaffes de Lagaffe. Mais beaux joueurs, ils sont venus à la fête, sans se faire prier : Fantasio, Lebrac, Prunelle, l’agent Longtarin, fraîchement sorti de psychiatrie, Jules-de-chez-Smith-en-face, mademoiselle Jeanne, Bertrand Labévue ou monsieur De Mesmaeker, désormais incapable de signer le moindre dossier.
Sans oublier toute la ménagerie de Lagaffe : son chat, sa mouette rieuse, sa souris blanche et ses poissons rouges. Les voisins, Ducran et LaPoigne, ont été invités. Après tout, ils ont subi eux aussi les gaffes de Gaston.
Parmi les gags repris dans l'album figure cette pépite où Gaston invente le banc solaire portatif, pour profiter de l’été en plein hiver. Un gag hilarant (de la Baltique) avec un Gaston qui dérange un pharmacien en pleine nuit froide et pluvieuse pour obtenir une crème contre les coups de soleil. Du comique de situation du plus bel effet.
Après le nid du Marsupilami, il faut reconnaître également la beauté de celui imaginé par Gaston dans la salle de documentation, douillet à souhait. Comme toutes les planches du maître Franquin, celle-ci laisse de nouveaux détails à découvrir, à chaque relecture.
Pour la petite histoire, cet album anniversaire bénéficie d’une restauration des couleurs réalisée par Frédéric Jannin, auteur également de la couverture.

Un dernier mot monsieur Boulier ? « Bon anniversaire Gaston Lagaffe, et puisse Hermès, dieu du commerce, faire en sorte que cette compilation se vende une nouvelle fois comme des petits pains. »
Bon, d’accord pour vous fêter Gaston, mais et ce courrier en retard  ? M’enfin !

Gaston. L’anniv’ de Lagaffe. Par Franquin et Jidéhem. Éditions Dupuis, 56 pages
Couverture : éditions Dupuis

Posté le 25 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Commando Sabre, avec les bons voeux de l’Oncle Ho

     Par Philippe Degouy

Peu nombreuses sont les bandes dessinées consacrées à la guerre du Vietnam. Avec Misty Mission, Michel Koeniguer, scénariste et dessinateur, retrace le conflit dans une saga d’un réalisme ahurissant. Publiée dans la collection Cockpit des éditions Paquet, Misty Mission 2 se situe à la fin de l’année 1967. Le lecteur retrouve les deux personnages principaux présentés dans le premier tome, entraînés dans un bourbier qui déshumanise ces gamins envoyés dans l’enfer vert. Nick Beaulieu, fils d’un riche entrepreneur sudiste, qui a décidé de laver l’honneur de sa famille en prenant part à cette guerre contre le communisme. Pilote, il a rejoint le Commando sabre, des avions de chasse F-100F chargés de missions spéciales (Misty Missions) au-dessus de la piste Hô-Chi-Minh. Un foutu job, risqué, où la chance de se faire descendre par les batteries ennemies est énorme. Ami d’enfance de Nick, Josh Latour est chargé quant à lui de missions de reconnaissance dans une jungle aussi hostile que l’ennemi qu’il traque. Arrêté quelques mois auparavant par la police de son bled sudiste, il n’a pas eu le choix. C’était l’envoi au Vietnam ou un séjour au pénitencier local.

MISTYMISSION2Engagés l’un et l’autre contre un ennemi impitoyable, ils constatent que quelque chose se prépare côté vietcong. D’importants mouvements de troupes ont lieu sur la piste Hô-Chi-Minh. Informés, les autorités militaires américaines minimisent les rapports. La fête du Têt n’est pas loin et une trêve aura lieu. Pas de raison de s’en faire. Quand l’enfer se déchaîne sur Saigon, Hué et d’autres sites majeurs, la surprise est totale. Sauf pour Nick et Josh, qui se croisent par hasard sur une base aérienne. Marqués par les combats, ils ne se reconnaissent plus, comme deux êtres vidés.
Comme l’explique Nick à son copilote : « tu sais quoi ? Je crois bien que je viens de perdre une partie de mon existence…Quelque chose qui ne reviendra jamais. » Bienvenue à la guerre.

Voilà pour le résumé de ce deuxième tome qui confirme notre enthousiasme exprimé l’an dernier pour le premier. Aux commandes du scénario et du dessin, Michel Koeniguer plonge ses lecteurs en plein cœur des combats. Il n’y a pas de héros dans son scénario. Chacun vit au rythme des missions et des patrouilles. Il flotte comme une odeur de peur et de sueur mélangée. La mort survient sans prévenir. Les hommes se shootent aux médicaments, pour rester éveillés, de peur de vivre les cauchemars.
L’odeur de napalm s’imprègne dans les uniformes, les visions de copains ensanglantés marquent les esprits.
Une scène résume toute l’horreur des combats de jungle, celle où Josh achève à coup de pelle de tranchée un vietcong blessé qui vient de poignarder un Américain.

L'enfer sur terre comme au ciel

Comme dans le premier épisode, les amateurs d’aviation ne seront pas déçus. L’auteur a quasiment fait décoller tout l’arsenal aérien américain. Outre le F-100 F Super Sabre utilisé par Nick et ses pilotes, on retrouve le fameux F-4, le vénérable A-1 Skyraider, les hélicos CH-53, Huey et Cobra. Tous mis en valeur dans des planches de toute beauté, d’une précision magnifique. Un résultat bluffant. Il ne manque que le bruit et l’odeur de kérosène. Uniformes, armes et véhicules terrestres ne sont pas en reste. Michel Koeniguer a reposé son travail sur une documentation imposante. Avec comme dans le premier tome des allusions cinématographiques et historiques. Il en va ainsi de cette case qui rend hommage au cliché de Larry Burrows publié en avril 1965 dans Life avec ce copilote d’hélicoptère mortellement touché par un tir venu du sol. Un cliché dramatique qui a fait le tour des rédactions à l’époque.
Dans les premières pages, l’auteur, qui situe l’action lors du retour en permission de Nick et Josh dans le « Monde » (l’Amérique pour les GI, ndla), consacre une parenthèse à l’autre drame vécu par les vétérans de retour du front : le mépris des planqués pour ces soldats partis au bout du monde pour combattre dans une guerre impopulaire.

Certes, l’album est parfaitement compréhensible sans avoir lu le premier tome, mais ce dernier mérite la lecture également. Nous l’avions chroniqué également lors de sa sortie http://blogs.lecho.be/lupourvous/2016/02/commando-sabre-fly-misty-for-me.html
Pour la petite histoire, Michel Koeniguer est aussi l’auteur de la trilogie Bomb Road, publiée aux éditions Paquet également. Conseillée également.

Misty Mission 2 ? Le dramatique tableau dressé par Michel Koeniguer de cette guerre du Vietnam qui a laissé des cicatrices jamais refermées. Un conflit qui peut être considéré comme la première guerre « rock'n roll ». Nombreux sont les tubes de cette époque qui ont rythmé la vie des GI sur place. Une musique omniprésente, y compris dans les hélicos.
En guise de bande son pour accompagner votre lecture, voici quelques titres emblématiques. Le Paint it black des Stones, mais aussi The Box Tops et The Letter, We gotta get out of this place des Animals, Fortunate Son du CCR, Machine Gun de Jimi Hendrix ou I feel like I’m fixing to die rag de Country Joe MacDonald and the Fish, sans oublier Edwinn Starr et son War? What is it good for?

 

Misty Mission 2. En enfer comme au paradis. Dessin et scénario de Michel Koeniguer. Éditions Paquet, 48 pages
Couverture : éditions Paquet

Posté le 7 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Au Mont-Saint-Michel, l’habit ne fait pas le moine

Par Philippe Degouy

Printemps 1978, le supertanker Amoco Cadiz s’échoue sur les côtes françaises. Une terrible marée noire dévaste les plages de Bretagne. Conservateur en chef des monuments de France, Séraphin Canterel est envoyé au Mont-Saint-Michel pour évaluer d’éventuels dégâts. Le site doit être reconnu au Patrimoine mondial de l’Unesco et rénové. Une pollution serait un coup fatal à ces projets.
En survolant la plage en hélicoptère pour prendre des photos, Séraphin Canterel aperçoit le corps d’un moine, qui semble être mort noyé. Dans le même temps, son adjoint, le jeune Théodore Trélissac arrivé lui aussi au Mont l’informe d’un nouveau dossier à traiter. Un tableau volé pendant la guerre à une famille juive et réclamé par un parent. Un tableau d’Eugène Boudin, de grande valeur. En menant l’enquête, les deux fonctionnaires découvrent un trafic de faux tableaux. Un nouveau mort, un moine artiste peintre vient compliquer la tâche de Séraphin. Les morts seraient-ils liés à cette histoire de tableau volé ? Voilà une drôle d’affaire, d’autant que le noyé n’était pas un vrai moine et qu’il a été assassiné lui aussi…

SAINTMICHELParler de thriller pour qualifier Saint Michel priez pour eux!, BD éditée chez Delcourt serait fortement exagéré. Certes, l’album, adapté du roman de Jean-Pierre Alaux, se laisse lire avec plaisir, mais il se veut davantage comme un récit narratif sur le Mont-Saint-Michel. Les auteurs se plaisent à relater son histoire, avec de nombreuses anecdotes historico-littéraires. Trop?
Au cours de la lecture, le lecteur a parfois l’impression que l’affaire des faux tableaux et la mort des deux victimes passent au second plan. Pour preuve, une fin pliée en quelques planches, avec un album qui se referme sur une promenade sous la pluie normande, comme si rien ne s'était passé.

Le scénario de Eric Corbeyran est classique, bien construit , bien qu' un peu pauvre en scènes d’action pour retenir l’attention du lecteur. Le récit est lent, pour coller sans doute à la vie vécue hors de la précipitation de Paris.
Par contre, les personnages sont plutôt attachants, avec le jeune Théo, coureur de jupons et disciple de Séraphin Cantarel, conservateur en chef des monuments de France. Les auteurs ont pris un malin plaisir à façonner la personnalité de ce spécialiste des arts. Un épicurien qui ne recule pas devant une bonne omelette aux truffes ou un verre (ou deux) de Souley Sainte Croix de 1976 pour terminer une bonne journée de travail. Un fonctionnaire dont les traits font penser à Léon Zitrone, voire à Julien Guiomar, l'acteur de L’incorrigible. Cultivé, adepte des bons mots.
La lecture de l’album rappelle le classique Poulet au vinaigre, avec Jean Poiret et une intrigue policière qui bouleverse la vie paisible de ces provinces de France. Pas de poursuites en voiture, ni de fusillades. Une enquête qui se mène par l’esprit, sans armes. Comme le Maigret de Simenon.

L'album s’apprécie aussi pour son ambiance très seventies. Et pour son cadre magnifique, très bien reproduit par le dessin de Michel Suro. Le petit crachin normand, les petites rues étroites du Mont ou la majesté des lieux découverte depuis la plage, là où le pèlerin risque d’être surpris par la marée montante, rien ne manque pour mettre en valeur « la merveille de l’Occident ». Les vues aériennes qui débutent l'album sont superbes.

Saint-Michel priez pour eux ! Collection Séraphin Cantarel tome 2. Scénario de Eric Corbeyran, dessin de Michel Suro. Couleur de Cyril Saint-Blancat. Éditions Delcourt, 56 pages, 12,50 euros.

Posté le 5 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le pilote qui voulait tuer son avion

Comme sa concurrente, Buck Danny, la série Tanguy et Laverdure revisite son histoire avec une collection Classic d’excellente facture. Un patrimoine qui se respecte, se doit d’être bien entretenu. Pari réussi avec cette adaptation du roman de Jean-Michel Charlier L’avion qui tuait ses pilotes.

Second tome du diptyque, L’avion qui tuait ses pilotes (éd. Dargaud/Zéphyr) clôture le récit débuté avec Menace sur Mirage F1. Après la mort du pilote italien Cristobaldo Ruggieri, les autorités militaires françaises sont bien décidées à retrouver la trace du saboteur. Car oui, le prototype du Mirage F1 a connu un sabotage. Cet accident n’est pas le premier et les compétences des pilotes ne sont pas en cause. Tanguy et Laverdure sont chargés de traquer le coupable, qui ne peut être qu’un membre de l’ équipe rapprochée. Un mécanicien ? Un pilote étranger venu tester l’avion ? Plusieurs fausses pistes désorientent les enquêteurs mais un piège se tend. Le coupable ne devrait pas s’échapper.

TanguyetLaverdureL’ambiance, les traits des deux pilotes français, les appareils, tout se révèle fidèle aux années d’or de cette saga créée par Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo.
Mathieu Durand au dessin maîtrise parfaitement le sujet et suit le bon cap pour atteindre sa cible :  les fans de la première heure et les jeunes pousses, ces jeunes lecteurs attirés par l’aviation. Tout est prévu pour faire (re)naître une nostalgie de bon aloi. Y compris les nombreux textes et dialogues d’antan. C’est certain, on ne lit pas l’album en dix minutes. L’intrigue est classique, mais diablement efficace. Le lecteur doit se laisser prendre au jeu et suivre cette partie de Cluedo, en version armée de l’Air. Traits d’humour d’Ernest Laverdure, un peu plus sage qu’à son habitude, moments d’action pure et séquences aériennes, tout concourt à la réussite de ce volume. Le charme quelque peu désuet de la série fait le reste.
À noter enfin, la superbe couverture qui met bien en valeur la véritable vedette de cette aventure, le Mirage F1.

L’avion qui tuait ses pilotes. Collection Tanguy et Laverdure Classic. Texte de Jean-Michel Charlier. Dessin de Matthieu Durand. Adapté par Patrice Buendia du roman de Jean-Michel Charlier L’avion qui tuait ses pilotes. Éditions Dargaud/Zéphyr, 48 pages
Couverture : éditions Dargaud/Zéphyr

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