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Bandes dessinées

Posté le 17 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Une jeunesse française entrée en Résistance

Juin 1940, l'armée française est défaite, vaincue par l'armée allemande. Plus moderne, plus mobile. La jeune Zoé Favre pense à son frère Martin, soldat français porté disparu comme beaucoup d’autres. Devant son domicile défilent des milliers de Français vaincus, en route pour les camps en Allemagne. Un spectacle affligeant qui va pousser la jeune femme à vouloir faire quelque chose, à trouver le moyen de résister à l’occupant allemand. «Il valait peut-être mieux mourir pour Dantzig qu’offrir un défilé aux Panzers sur les Champs-Elysées» pense-t-elle. Pendant que les politiques français se livrent à un bien triste spectacle, Zoé et quelques amis impriment et distribuent des tracts anti-Allemands. Mais Zoé va vite s’apercevoir que le danger est partout, même à son petit niveau. Son père est arrêté et son sort ne tient qu’à un fil. Brisé lors de sa participation à une manifestation d’étudiants nationalistes…

Pour ce troisième volet de la saga (sur les six déjà prévus) Une génération française (éd. Soleil), Thierry Gloris au scénario et la dessinatrice Anna-Luiza Koechler dressent le portrait d’une jeunesse qui a décidé de dire non. Non à la présence d’Allemands en France et non aux vœux du maréchal Pétain de lui faire confiance. «Nous nous sommes réveillés un matin et le pays n’existait plus. Une France qui n’était désormais plus la nôtre.» Si l'intrigue relève de la fiction, l’album rend hommage à ce qui est considéré aujourd’hui comme la première forme de résistance ouverte face à l’ennemi allemand : la manifestation d’étudiants et de lycéens qui s’est déroulée le 11 novembre 1940 devant le tombeau du Soldat inconnu. Une bravade payée au prix fort, avec de nombreuses arrestations. Un événement encouragé par les Gaullistes de Londres.

Unegénérationfrançaisetome3Les planches aux traits semi-réalistes d'Ana-Luiza Koehler brossent un portrait évocateur de cette époque, le début de ces quatre longues années d’occupation et de privations. Un portrait réaliste d’une France souillée. Et celui d’une large part de la population qui se retrouve en quelques semaines dirigée par les Allemands. Le scénario reproduit fidèlement ce sentiment qui va grandir peu à peu au sein des Français : celui de vouloir résister. En cette fin d’été de 1940, la question n’est pas de vouloir agir mais de trouver comment. Pour la jeune Zoé et ses amis étudiants, les mots seront les premières armes utilisées contre l’occupant. Aussi dangereuses pour eux que les autres, plus létales. La poignée de mains de Montoire ne restera pas sans suite au sein d’une jeunesse française éprise de liberté.
En parallèle au soulèvement étudiant qui germe au coeur des écoles et universités, les auteurs relatent également les dessous de ce coup d’Etat de juillet 1940. Quand la République est mise à mal au casino de Vichy. Avec le vote des parlementaires pour accorder les pleins pouvoirs à Philippe Pétain. «La France défaite se jette alors dans les bras d’un vieillard de 84 ans», avec un Laval, bouffi d’orgueil, à l’aise dans son rôle de Marc-Antoine.

Non, «la France ne méritait vraiment pas ça !» Mais son avenir se prépare déjà à Londres. Avec Charles de Gaulle et de nombreux Français réfugiés en Angleterre pour poursuivre la lutte. À Paris, occupé, «le bruit des bottes a remplacé les airs de jazz. Adieu musique, adieu, joie de vivre.» Mais les dettes se paieront.
S’ils dépeignent de tristes moments, les auteurs laissent néanmoins la place à de beaux moments de solidarité, avec des civils qui vont s’engager, s’aider.
Quant à la jeunesse, elle rêve déjà de rejoindre ces Français réunis autour de Charles de Gaulle. Une figure de résistance, condamnée à mort par contumace par les sicaires de Vichy. Ayez confiance! Oui, mais en qui?

Philippe Degouy

Une génération française 3/6. Ayez confiance! Scénario de Thierry Gloris, dessin d’Ana-Luiza Koechler. Éditions Soleil, 48 pages
Couverture : éditions Soleil

Posté le 10 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec Pandora, «c’est la fête, arrêtez donc de tirer la gueule»

Troisième numéro, déjà, pour le mook Pandora (éd.Casterman). Depuis son premier numéro, dont la couverture annonçait déjà le ton décalé du choix rédactionnel, un singe embrassant à pleine gueule un robot, Pandora n’a cessé de suivre sa ligne de conduite, déranger nos habitudes de lectures trop sages. Un but atteint, au vu du succès populaire. Pour la petite parenthèse pratique, il faut rappeler que Pandora publie des récits complets.
Ce troisième numéro est renversant, au propre comme au figuré, avec deux couvertures et deux sens de lecture. Certaines nouvelles graphiques vont nécessiter réflexion et imagination pour déchiffrer le message de l’auteur. D’autres récits conserveront leur part d’ombre, laissant le lecteur dubitatif. Tant mieux, un peu de mystère n'est pas pour nous déplaire. Qui sait, d'autres lecteurs après nous trouveront la clé de lecture.
Pour la petite histoire, la présence de Corto Maltese en couverture rappelle que le titre du mook, Pandora, est un clin d’œil au personnage féminin, Pandora Groovesnore, créé par Hugo Pratt dans l’album La ballade de la mer salée.

D’accord, certains récits vont choquer le lecteur, cet animal lecteur qui sera malmené par les choix éditoriaux. C’est bien là le but avoué de Pandora. «Bousculer les routines de lecture, participer au décloisonnement des formes et des genres, permettre aux auteurs de retrouver leur inspiration : telle est notre ambition» explique Benoît Mouchard, rédacteur en chef.

PANDORA3Étonnant ce Résumé, un récit de Gilles Dal et Johan De Moor, sans personnages ni action. La peinture d’un même paysage qui évolue au fil des siècles, en égratignant au passage notre civilisation. Celle qui défigure la nature avec nos centres commerciaux, nos autoroutes etc. C’est très beau. Et fort à la fois. Avec Walking maiden, Lost Prince and Wandering King, Baptiste Gaubert nous offre une relecture façon Moebius du Petit Prince. En version muette.
D’autres auteurs, à qui carte blanche a été donnée pour publication dans Pandora, vont loin. Très loin. Quitte à franchir certaines limites. Comme Hugues Micol et son récit, Le retour. Celui d’un Polonais juif qui revient dans sa maison après la guerre. Il la trouve occupée par une famille qui a pris possession de son bien. L’auteur joue sur l’image d’Epinal du Juif riche comme Cresus pour bâtir une intrigue étonnante. Grinçante. Quant à Florence Dupré la Tour, son récit aborde le thème douloureux du viol et de l’inceste. Ses personnages ont des cubes impersonnels à la place de visages. Comme pour renforcer la perte de l’image du moi par la victime. Comme le précise Pandora, « Florence Dupré la Tour ne cherche pas à raconter de mignonnes petites histoires. »

L’ensemble du mook est issu du même tonneau. Le lecteur passe du rêve à l’interrogation, en passant par le doute ou la répulsion. C’est voulu et souhaité par la rédaction. «La bande dessinée est une forme qui doit être en mesure de bousculer ses conventions pour se renouveler et continuer de séduire une audience élargie, au-delà du cercle des amateurs et des lecteurs avertis» expliquait Benoît Mouchart dans l’introduction du premier tome.

Bienvenue en terre inconnue avec Pandora, le mook qui foule aux pieds nos tranquilles habitudes de lecture.

Philippe Degouy

Pandora. Revue de bande dessinée et fiction n°3. Éditions Casterman, 264 pages, 18 euros
Couverture : éditions Casterman

Note : Une rencontre sera organisée à la Fête de la BD de Bruxelles le 1er septembre de 12h30 à 13h15 au Studio Bozar. Avec comme invités Benoît Mouchart, Max de Radiguès et Hugo Piette.

Posté le 10 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Georges Clemenceau, les colères du Tigre

Quand son père est arrêté, suspecté d’avoir participé à l’attentat contre Napoléon III, le jeune Georges Clemenceau se promet de ne jamais oublier ses paroles : «toute existence ne prend sens que si elle est, jusqu’au bout, révolte contre l’ordre des choses.» Révolté, Clemenceau le sera tout au long de sa vie. «La rébellion c’est l’action» disait-il.

Publiée chez Glénat, en partenariat avec Fayard, Clemenceau se présente comme une BD parfaitement documentée. Le scénario de Renaud Dély retrace davantage la face politique de Clemenceau. Ce fervent défenseur d’une République ferme, d’une République radicale. «Ma mission, disait-il, c’est de défendre la patrie à l’extérieur et de faire respecter l’ordre républicain à l’intérieur
Clemenceau, un amoureux de la liberté, dreyfussard (le titre du manifeste de Zola, J’accuse, est de lui), anticolonialiste, défenseur de la France, opposé à la peine de mort, anticlérical, briseur de grèves. «C’était un combattant, de la parole et de la plume, pour la liberté, la justice, la laïcité, anticolonialiste et patriote. Farouche démocrate, écoeuré par la médiocrité des politiques» explique l’historien Jean Garrigues. Le dessin de Stéphano Carloni, sombre et réaliste, permet au lecteur de s’immiscer au cœur des débats politiques, de suivre le parcours d’un «soldat de la démocratie». CLEMENCEAUUn tigre, prêt à sortir les griffes pour livrer ses combats. Et quand il a fallu faire la guerre en 14-18, il l’a faite. En galvanisant les troupes, il a gagné son surnom de Père la victoire.
Les nombreuses joutes oratoires présentes dans l’album, qui peuvent faire fuir le jeune lectorat, ne peuvent que rappeler celles présentes dans le film d’Henri Verneuil, Le Président, avec Jean Gabin. Un pur chef-d’œuvre, qu’il faut revoir pour se rendre compte de la médiocrité politique actuelle. Fermons la parenthèse.

Pour les auteurs, il était bien difficile de caser en un album une personnalité aussi riche que celle de Clemenceau. Mission réussie, même si le portrait présenté occulte sa vie d’homme (dont son amitié avec Monet) ou son influence dans la création de la police scientifique et des brigades régionales mobiles, mieux connues sous le surnom de brigades du Tigre. Le dossier historique de Jean Garrigues, présent en fin d’album, permet de combler les vides et d’en apprendre davantage sur le Tigre et son importance dans la vie politique française. Dans ce bonus, on découvre également le making of de la BD, ainsi qu'une riche bibliographie pour en savoir plus sur Clemenceau, modèle politique du général Charles de Gaulle.
Un politique fort en gueule qui a marqué l’histoire de France et qui, depuis le 24 novembre 1929, repose à jamais dans le petit cimetière de Mouchamps, au cœur de sa Vendée adorée.

Une BD qui fait honneur à la collection publiée par Glénat et Fayard, Ils ont fait l’Histoire. Des portraits biographiques en BD, qui permettent de comprendre comment et pourquoi les grands personnages ont façonné le monde. Parmi les titres déjà parus figurent Robespierre, Luther, Napoléon, Kennedy... Ou Clemenceau, ce meneur d'hommes qui a cumulé les surnoms élogieux : le tombeur de ministères, le Tigre, le Premier flic de France ou le Père la victoire.

Philippe Degouy

Clemenceau. Scénario de Renaud Dély, dessin de Stéphano Carloni. Collection : ils ont fait l’histoire. Éditions Glénat/Fayard, 48 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 9 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Sommes-nous réellement des hommes docteur Moreau?

À moitié mort de soif, aux portes de la folie, le jeune Edward Prendick, seul rescapé d'un naufrage, est recueilli par un mystérieux navire rempli de cages pleines d'animaux. À bord, le docteur Montgomery remet Prendick sur pied avant de l’emmener avec lui sur l’île dirigée par le mystérieux docteur Moreau. Un endroit étrange, loin des routes maritimes. Mis à l’écart, le jeune Prendick découvre bien vite que le docteur Moreau se livre à des expériences médicales interdites. Abominables. Il pratique de sordides expériences d'hybridation. Les résultats de ses expériences, de mystérieuses créatures, mi-hommes, mi-animaux, survivent dans la jungle de l’île. Soumises au docteur Moreau, sorte de gourou qui domine ses sujets et veut en faire des hommes dépourvus d'animalité.
«Ne pas marcher à quatre pattes. C’est la Loi. Ne pas chasser les autres hommes. C’est la Loi. Ne pas laper pour boire. C’est la Loi. Ne sommes-nous pas des hommes?» Mais ces êtres difformes ont gardé en eux des pulsions sauvages qui ne tardent pas à prendre le dessus sur leur part d’humanité. Horrifié, Prendick se retrouve mêlé à un déferlement de sauvagerie qui ne le laissera pas intact. Sommes-nous réellement des hommes? Une question martelée par les «hommes-bêtes» de Moreau qui continue à le hanter, de retour en Angleterre.

MOREAUAvec L’île du docteur Moreau, terrible huis-clos, se termine le cycle consacré par les éditions Glénat au romancier britannique Herbert George Wells. Un auteur dont les messages délivrés en filigrane dans son œuvre n’ont rien perdu de leur puissance en ce début du XXIe siècle. Une collection qui a dépoussiéré, modernisé les romans à destination de la génération 2.0.
Ce dernier tome, scénarisé par Dobbs (alias Olivier Dobremel) et mis en dessin par Fabrizio Fiorentino, se révèle dans la lignée des tomes précédents : fidèle au roman avec la priorité donnée à l’action. Les nombreux textes narratifs de Wells ont été (fortement) nettoyés, pour alléger l’intrigue. Trop, pour certains fidèles de l'oeuvre de Wells. Néanmoins, le résultat se lit avec plaisir et incite les plus curieux à redécouvrir le maître. Pour redécouvrir l'ambiance de ses romans, parfois absente de ce dernier opus. Notamment avec le dessin des «monstres», trop lisse pour effrayer le moindre lecteur. On sent la volonté, compréhensible, des auteurs de toucher un large public. Coup de cœur pour la planche finale qui laisse le lecteur désemparé face à la crise de folie de Prendick. Est-il encore un homme ou est-il devenu comme «eux»?
Côté scénario, Dobbs pousse son lecteur à réfléchir aux limites que la médecine ne peut dépasser. Il reprend les thèmes du roman, relatifs à l’identité et aux débats liés à l’expérimentation animale et le souci de certains humains de changer d’apparence. L’actualité et le succès de certaines pratiques de chirurgie esthétique démontrent que ce bon vieux docteur Moreau n’est pas mort sur son île comme l'indique le roman. Il est là, parmi nous.

Philippe Degouy

L’île du docteur Moreau. Scénario de Dobbs, dessin de Fabrizio Fiorentino. Collection HG Wells. Éditions Glénat, 56 pages
Couverture : éditions Glénat

Posté le 5 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Concorde contre Concordski, le duel de supersoniques

Si les deux premiers tomes de la série Gilles Durance pouvaient laisser imaginer une série d’espionnage plutôt parodique, Le vol du Concorde (éd. Paquet) emporte ses lecteurs au cœur de l’histoire. Plus de trace de comédie avec ce dossier qui a fait couler beaucoup d’encre : la course au vol supersonique menée par l’URSS et le couple franco-britannique. Une lutte pour être le premier qui prendra fin le 3 juin 1973 et la chute du Tupolev 144S Concordski au salon de l’Aéronautique du Bourget. Un drame aéronautique qui débute l’intrigue et laisse deviner que Gilles Durance et Roger Delphino ont une certaine part de responsabilité. Leur voyage à Moscou effectué cinq ans plus tôt en compagnie de Guy Perrin, ingénieur français impliqué dans le projet du Concorde, a sans doute contribué à écarter définitivement Tupolev de la course au titre. Engagés dans une filiale de Thomson-CSF à Moscou, Gilles et ses amis se sont laissés retourner par les Russes en utilisant la belle Tania Swarova, ingénieure et espionne pas insensible au charme de Roger. Par une habile manœuvre, le petit groupe français s’est fait passer pour des spécialistes en aéronautique déçus par le refus de Sud-Aviation, constructeur du Concorde, de prendre en compte leurs travaux. Avec de faux plans et du culot, les Français réussissent à persuader les Russes de repenser leur Concordski. Avec les conséquences tragiques que l’on connaît. Mais le clan français ne sortira pas indemne de cette aventure made in URSS.

ConcordeAvec un scénario fouillé, basé sur une solide documentation, Callixte (alias Damien Schmitz) revient sur l’un des dossiers d’espionnage les plus tragiques de l’histoire : la copie par Tupolev de certains éléments du Concorde. Grâce à des documents dérobés, Moscou a mis au point un avion aux grandes lignes semblables au jet franco-britannique. Mais contrairement au Concorde, le Concordski, mal conçu, ne connaîtra pas la même carrière prestigieuse.

L’intrigue, qui ne laisse aucun temps mort, reproduit à merveille l’atmosphère de ces années de guerre froide avec un climat bien plus sérieux que dans les deux premiers épisodes. Les amateurs de machines volantes seront à la fête avec les appareils reproduits par l’auteur, fidèle à la ligne claire de l’école franco-belge. Si les Concorde et Concordski ont le beau rôle, ils laissent néanmoins un peu de place à d’autres appareils, dont le Mig-21 ou le biplan Antonov An-6. De quoi distiller des scènes aériennes de toute beauté. Bien rendues, même si parfois réalisées à coup de grosses ficelles. Un peu d’érotisme saupoudre l’ensemble. De quoi réchauffer quelque peu l’atmosphère glaciale des nuits moscovites.
L’auteur profite également de son scénario pour dénoncer les méthodes des services de renseignements, pour lesquels le volet humain a moins d’importance que les résultats à atteindre. Le pauvre Gilles Durance en fera les frais.

Tout concourt à faire de cette aventure un bel hommage à ce «majestueux oiseau blanc qui restera à jamais gravé dans les mémoires des générations futures.» Un épisode à l’épilogue bien différent des précédents. Pas de happy end ici, mais la promesse d’un prochain épisode encore plus sombre à la lecture du rebondissement qui termine l’album. Dans Ailes de sang, Gilles Durance retrouvera ses vieux réflexes de militaire pour sauver ce qui lui est cher.

Philippe Degouy

Le vol du Concorde. Scénario et dessin de Callixte (alias Damien Schmitz) . Éditions Paquet, 48 pages
Couverture : éditions Paquet

Posté le 3 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mirage contre Vampire, Tanguy et Laverdure mis en péril

Les années 70. Dans la France du président Pompidou, un terroriste, qui se fait appeler le Vampire, menace de s’en prendre aux intérêts français. Il réclame une colossale rançon pour ne pas mettre son plan à exécution : bombarder la France avec des armes atomiques. Pour souligner le sérieux de la menace, des avions à décollage vertical, volés aux Britanniques, sont utilisés par le Vampire pour mener des attaques préventives. Tanguy et Laverdure sont chargés de stopper ce criminel et de trouver les terrains utilisés par ces appareils capables de frapper n’importe où en France. Une mission qui semble impossible pour les deux hommes, soutenus personnellement par le président français.
Les grandes lignes du scénario des deux albums, Les vampires attaquent la nuit (1971) et La Terreur vient du ciel (1971), repris dans ce tome 7 de l’intégrale Tanguy et Laverdure (éd. Dargaud) récemment publié.
Tanguy-et-LaverdureDeux bandes dessinées particulières, quasiment dépourvues des éléments comiques habituels. L'hilarant Ernest Laverdure est nettement effacé derrière un Michel Tanguy, plus sérieux que d'habitude, qui n’hésite pas à mettre sa vie dans la balance pour sauver la France et mettre le gang du Vampire hors d’état de nuire.
Le dessin de Jijé n'a pas à rougir non plus, simplement superbe. Crépusculaire, pour coller au plus près du scénario. On reste sans voix devant la précision des traits et la beauté des planches. Dignes d'être encadrées.
Un diptyque qui se referme avec le sentiment d’avoir eu entre les mains un scénario écrit voici peu. Et pourtant daté des années 70. Étrangement d’actualité avec la menace terroriste actuelle. Lors de la publication des albums, Jean-Michel Charlier assurait avec force que cette attaque avec des avions était plausible, moyennant néanmoins d’importants fonds. Depuis les attaques de New York et Washington en 2001, plus rien n’est désormais impossible pour des terroristes organisés.

Les deux tomes, sans doute les plus sombres de la saga, bénéficient de plusieurs dossiers d’archives rédigés par Gilles Ratier et Patrick Gaumer. Ils reviennent sur la genèse de ce scénario digne d’une superproduction, fruit du talent de conteur de Jean-Michel Charlier, surnommé l’Alexandre Dumas de la BD : «je me définis comme un conteur. Je pense être aussi dans la continuité des grands feuilletonistes du temps passé.» Un conteur brillant, certes, mais aussi soucieux de la crédibilité de ses aventures. Un auteur avant-gardiste comme en témoigne la présence de ce Harrier, chasseur britannique à décollage vertical, une véritable révolution pour l’époque. Sans doute le personnage principal de ces deux BD.
Les archives reviennent également sur ce conflit qui a empoisonné les relations entre Pilote et le journal de gauche Le Monde. Une bataille des mots qui avait laissé des traces.

Pour être complet, il faut souligner la présence dans ce volume de la première partie du roman de Jean-Michel Charlier, L’avion qui tuait ses pilotes. Une petite curiosité qui permet au connaisseur de repérer les emprunts de Charlier à ses autres BD. Un roman adapté en 2016 sous forme de deux BD, Menace sur Mirage F1 et L’avion qui tuait ses pilotes, parues chez Dargaud/Zephyr.
Une chronique dont le mot fin revient à la couverture choisie par l'éditeur. De toute beauté, dynamique avec ces Mirage III en patrouille.

 Philippe Degouy

L’intégrale Tanguy et Laverdure tome 7. La nuit du vampire. Par Jean-Michel Charlier et Jijé. Éditions Dargaud, 217 pages
Couverture : éditions Dargaud. www.dargaud.com

Posté le 1 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Des Bleus et des VIP

Série dérivée de la saga historique, «Les Tuniques Bleues présentent» propose dix albums pour autant de thèmes sélectionnés. Chaque tome propose la réédition de deux histoires, accompagnées d’un dossier historique. Dernier en date, Des personnages réels 2 propose de (re)découvrir L’oreille de Lincoln (44) et Colorado Story (57). Deux épisodes qui se savourent avec plaisir. Certainement pas les plus connus de la série mais pas mauvais du tout. Drôles, bien racontés. Le lecteur ne peut être déçu. L'a-t-il déjà été avec un album? Nous n'avons pas eu d'écho.
Sur base du siège de la ville sudiste de Vicksburg survenu en 1863, Lambil et Cauvin  mettent en scène dans L'oreille de Lincoln un général Grant plus cinglé que jamais, ivre comme pas deux et dont le commandement est mis en danger par la présence d'un espion, l'oreille de Lincoln. Pour éviter davantage de pertes du fait de son remplacement, Blutch et Chesterfield font tout pour servir de rempart à Grant. Un demi-fou vaut mieux qu'un cinglé complet. À noter que l'espion, sosie presque fidèle du président, a réellement existé. L'oreille de Lincoln n'était autre qu'Allan Pinkerton, fondateur de l'agence du même nom. Sous couvert d'un scénario truffé de situations hilarantes, les auteurs poursuivent leur travail de sape, une dénonciation de la guerre et des terribles boucheries vécues lors de cette terrible guerre civile. Même si Grant balaie les critiques d'un revers de la main, «on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs.» L'album débute d'ailleurs par d'effroyables charges nordistes qui se cassent les dents sur les défenses confédérées. Tant de morts pour rien. Blutch et Chesterfield ne cessent quant à eux de se chamailler, avec un Blutch plus vindicatif que jamais quand il déclare, d'un oeil noir adressé à son sergent : «ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers. Quand on voit ceux qui restent

TUNIQUESBLEUESDans Colorado story, Blutch et Chesterfield sont chargés d’intégrer la bande de maraudeurs du capitaine Miller. Un renégat qui harcèle les troupes nordistes. Pour le mettre hors d’état de nuire, ils sont chargés de le priver du nerf de la guerre : l’argent. Bien entendu, tout n’ira pas comme sur des roulettes pour Blutch et le sergent. Pour cet épisode, les auteurs ont inventé le physique du capitaine Miller, personnage réel mais pour lequel on ne dispose pas de portrait.

Ces deux histoires sont accompagnées d’un dossier historique, en guise de making of. Bien documenté, riche en anecdotes, il rappelle que sous le volet humoristique qui caractérise la série se cache une importante recherche documentaire.
Une collection qui s’approche de son épilogue avec ces deux derniers épisodes : Les Femmes dans l’armée et Leurs Voyages. Comme dirait le capitaine Stark, «chargez!» Vers le libraire le plus proche.

Par Philippe Degouy

Les Tuniques Bleues présentent : des personnages réels (2). Scénario de Raoul Cauvin, dessin de Willy Lambil. Éditions Dupuis, 112 pages.
Couverture : éditions Dupuis

Posté le 20 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mai 1940, une population française trahie

Printemps 1940. La France affronte l'Allemagne dans une lutte inégale. Une armée française mal équipée. Commandée par des chefs qui ont une guerre de retard face à une armée allemande très mobile. Montée sur des chars plus modernes, puissants, et soutenus par une aviation qui domine les cieux. Côté français, le lieutenant Tanguy Brettin d’Arçonet, fils d’un colonel, héros de la Première guerre mondiale, refuse de céder au courant de défaitisme.
«Nous sommes le 12 mai 1940. Qu’avons-nous fait depuis l’entrée en guerre contre l’Allemagne le 3 septembre 1939 ? Nous avons sagement attendu derrière la grande œuvre du génie français, notre inexpugnable ligne Maginot. Tellement formidable que Hitler l’a contournée pour nous prendre à revers».
Brettin? Comme le dit un soldat, c'est un vrai pisse-froid, cynique. En rage contre les politicards et ces vieilles badernes qui n’ont pas donné à l’armée les moyens de vaincre les Boches. Volontaire, presque suicidaire pour sauver son honneur. En règle devant Dieu, comme il dit. Une sacrée personnalité, forgée par l’éducation sévère d’un père, héros de 1914-18, militariste et pétainiste de la première heure.
Ses hommes savent au moins une chose : avec lui, ils ne mourront pas de vieillesse dans leur lit. De fait, les multiples affrontements entre les chars français commandés par Brettin et ceux des Allemands laissent bien des tankistes français au tapis. Victimes d'une doctrine guerrière française digne de la guerre précédente.
Le dessin de Manuel Garcia, semi-réaliste, très nerveux, rend bien toute l’intensité des combats. Les corps criblés de balles, les civils bombardés par les Stuka ou les tankistes pris au piège d’un char en flammes. Rien n'est occulté. L'album se lit comme un reportage au coeur de l'horreur de cette campagne de France. Comme le dit Brettin, les héros n’existent pas. Il n’y a que des morts au combat.
On suit sa grande vadrouille, avec les Boches aux fesses, comme il dit, de Sedan à la côte. Jusqu'à Dunkerque, où subsiste un dernier îlot de résistance française. Pour permettre l’embarquement des restes du corps expéditionnaire britannique. Un dernier baroud d’honneur. Du 27 mai au 4 juin 1940, quelque 350.000 soldats seront évacués de Dunkerque. Au prix de 18.000 soldats français tués et 34.000 prisonniers.

GENERATIONBDAvec Populations trahies, deuxième tome de la série Une génération française (éd. Quadrants), Thierry Gloris au scénario et Manuel Garcia au dessin, mettent en scène un jeune officier français qui a refusé de baisser la tête devant l’Occupant. Un destin qui va en croiser d’autres dans ce nouveau portrait d’une période noire de l’histoire mondiale. Une série qui débute par un cycle de six albums. Prometteur si la qualité des prochains volumes est identique à celle de ce tome. Le lecteur suit avec intérêt ce patriote, qui préfère mourir que subir la loi du vainqueur teuton. Par chance, la faucheuse devra attendre son tour car ce jeune lieutenant survit à la campagne de France. La mort dans l’âme, les larmes aux yeux après le fameux discours radiophonique de Pétain : «c’est le cœur brisé que je vous dis qu’il faut cesser le combat
Pour le lieutenant Brettin, la défaite est désormais consommée, la lutte clandestine va commencer. Pour bouter l’ennemi hors de France.
Une génération française? Encore une excellente série qui se doit de figurer dans la bédéthèque. Réaliste et bien documentée.

Philippe Degouy

Une génération française tome 2. Populations trahies. Scénario de Thierry Gloris. Dessin de Manuel Garcia. Éditions Quadrants, 48 pages, 14,50 euros environ
Couverture : éditions Quadrants

Posté le 20 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Objectif Ter, d'où viens-tu Mandor?

Par Philippe Degouy

Année ? Indéterminée. Lieu ? Un endroit baptisé Ter. Une planète habitée, semi-désertique, qui semble avoir connu un passé développé. Jeune pilleur de tombes, Pip détrousse les morts pour vivre. Un soir de fouilles, il découvre la tombe d'un homme, qui se réveille subitement. Nu, sans biens, muet et porteur d’un tatouage sur le bras droit : « Main d’or ». Baptisé Mandor par Pip, l’étranger est ramené au village, chez Pip et sa sœur Yss. Incapable de communiquer, sans mémoire, mais pas inutile. Il sait réparer les objets pillés par Pip dans les tombes.
Quand Mandor réussit à réfaire fonctionner un projecteur d’hologrammes, sa renommée prend davantage d’ampleur au sein du village. Tous veulent voir cet étranger qui fait apparaître des images de la Seconde Guerre mondiale et des attaques du 11 septembre 2001 sur des buildings. Un passé méconnu pour ces citoyens captivés par les images. Mandor intrigue également les prêtres du Haut-Mesnil, le Bourdon et Beth, la reine du collège des femmes. Inquiets de sa ressemblance avec le prophète des livres sacrés. Et si cet inconnu était ce messager annoncé par les psaumes : « Alors surgira un homme des entrailles de Ter qui montrera à tous le chemin à accomplir. Il n’aura ni bien, ni vêtements, et son seul langage sera celui du silence. » Peu à peu, Mandor apprend à parler, à lire, à s’intégrer. Grâce à Pip et sa sœur Yss, pour qui il ressent bien davantage que de la gratitude.

Quand il apprend que l’endroit se nomme Ter à cause de trois lettres présentes sur un flanc de montagne, Mandor souhaite les voir. Sur place, un glissement de terrain laisse apparaître d’autres lettres, des chiffres aussi. La surprise est totale pour Pip et Yss. L' histoire de Ter est remise en cause. Il est désormais certain que Ter n’est pas la nôtre….

Nous n’en dirons pas plus, de peur de briser l’effet de surprise de cette dernière planche. Qui donne envie de connaître la suite.

TERRéalisé par Rodolphe au scénario et Christophe Dubois au dessin, Ter se veut tout à la fois récit fantastique et de science-fiction. L’action, étalée en une trilogie, se situe dans le futur, mais relativement proche, au vu du matériel récolté par Yip et entreposé dans sa cave aux trésors. Une guitare Fender, des montres, un mixeur de cuisine, de vieilles horloges, jusqu’à cette reproduction de la fameuse fusée d’Hergé, clin d’oeil au maître de la bande dessinée belge.

On admire le dessin de Christophe Dubois, simplement superbe et envoûtant, avec des premières planches qui ne peuvent laisser le lecteur indifférent. Avec des statues géantes, d’inspiration aztèque version cosmique, abandonnées dans un décor lunaire dont se dégage une ambiance de plénitude agréable. Un récit raconté par Mandor, à la fois narrateur et acteur principal de ce premier tome, séduisant d’emblée son lecteur.

Au fil du récit, on se laisse envoûter par cette histoire très bien racontée par Rodolphe, un scénariste qui distille les éléments pour intriguer les lecteurs jusqu'à la fin. Les planches font rêver de cet ailleurs étrange. Avec cette planète à l’atmosphère respirable, au climat chaud et des villages perchés, semblables à ces cités rustiques du film La planète des singes. Les personnages, dominés par la présence de Mandor, sont bien amenés dans l’intrigue et laissent deviner que certains d'entre eux vont prendre davantage d’ampleur dans les deux prochains tomes.

Une saga née d’une rêverie issue du cerveau imaginative de Rodolphe. « Pour Ter, j’aime bien l’idée de ce personnage-narrateur (il raconte l’histoire à la première personne) qui surgit ainsi au tout début de l’histoire, sans nom, sans âge, sans passé et nu. Cette image-là a sans doute été l’une des toutes premières à l’origine du récit et peut-être son déclencheur » explique Rodolphe.
Une lecture qui fait penser à Stargate, à Dune mais aussi par certains aspects à Game of Thrones et Mad Max.

Si l’histoire trouve son aboutissement à la fin de la trilogie, les auteurs soulignent qu’ils laissent la porte ouverte pour d’éventuelles suites. Objectif Ter, si vous souhaitez partager notre plus gros coup de cœur BD de ce début d’année.
Ne manquez pas le carnet graphique qui clôture l’album, avec des esquisses somptueuses. Des personnages, des décors. De quoi s’attarder davantage sur les coulisses de cette intrigue prometteuse. Là-haut, personne ne vous entendra rêver.

Ter tome 1. L’étranger. Scénario de Rodolphe, dessin de Christophe Dubois. Éditions Daniel Maghen. 80 pages, 16 euros environ
Parution le 13 avril.
Un album qui s’accompagne d’une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée du 23 mai au 8 octobre 2017
Couverture : Daniel Maghen

 

Posté le 12 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Wunderwaffen 11, mystère au cœur de WeWelsburg

Onzième tome déjà pour la série Wunderwaffen (éd. Soleil), série uchronique sur laquelle plane un climat fantastique qui a désormais pris l’ascendant sur le volet historique. Précisons d’emblée que si vous débutez la série par ce tome 11, mieux vaut stopper la lecture de cette chronique. Vous ne pourrez pas saisir tout le déroulé de cette saga dont l’intrigue ne cesse de s’épaissir d’épisode en épisode. La lecture des albums précédents s'avère indispensable.

Installé au QG de la SS au château de WeWelsburg, le Visiteur accepte d'aider l’Allemagne à remporter la victoire dans cette guerre qui n’en finit pas. Dans l’attente de son arme secrète, baptisée par les Allemands Thor, l’étranger venu de l’espace offre à Hitler la guérison de son visage défiguré par un lointain attentat. Mais que compte-t-il réclamer en échange? Les nazis l'ignorent encore. De leur côté, les Alliés commencent à développer, eux aussi, une arme miracle. Le Starjet, un avion capable d’affronter les appareils allemands. Grâce aux renseignements fournis par la Résistance française, ils récoltent quelques pièces du puzzle qui entoure le Visiteur. Wunderwaffen11Un raid aérien visant WeWelsburg et son hôte échoue. Rien ne semble pouvoir stopper le Visiteur aux pouvoirs extraordinaires. Rien? Mais pourquoi Hitler devient-il soudain transparent? Nous n'en dirons pas plus.

Un onzième tome, dont l'atmosphère générale rappelle le jeu vidéo Wolfenstein, qui s’achève sur un rebondissement. Richard D. Nolane au scénario, en artiste confirmé, sait jouer avec les nerfs de ses lecteurs. Il va leur falloir attendre pour découvrir une suite que l’on devine prometteuse. Quant à la fin, est-elle déjà programmée? Attention à l’album de trop diront certains. D’autres séries, c'est vrai, sont parties en vrille pour cette raison. Wait and see, comme on dit chez nos amis britanniques.
Après quelques épisodes plus faibles, L’ombre de Wewelsburg reprend de l’altitude. À ce stade de la publication, il est bien difficile de deviner l’épilogue prévu par les auteurs. Quel lien semble lier Murnau et le Visiteur? Une question qui va prendre de l'importance très prochainement, à n'en pas douter. Dans l’attente de l'explication, les lecteurs peuvent apprécier quelques belles scènes aériennes dessinées par Maza. Coup de projecteur également pour la couverture articulée autour du visage du Visiteur, qui ne respire pas la joie de vivre, lui non plus.

Philippe Degouy

Wunderwaffen tome 11. L’ombre de WeWelsburg. Scénario de Richard D. Nolane, dessin de Maza. Éditions Soleil. 48 pages, 14,50 euros
Couverture : éditions Soleil

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