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Posté le 20 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Et ce sont les rockers qui l’emportent

Par Philippe Degouy

Ne vous fiez pas au titre accrocheur, ces « Secrets du rock » (éd. La Librairie Vuibert) sont une véritable pépite, un juke-box de papier qui retrace toute l’histoire du rock. Depuis la naissance du mot jusqu’au drame du Bataclan.
Son auteur, Stéphane Koechlin, connaît la musique. Au propre comme au figuré. Son papa a fondé le magazine mythique Rock and Folk. C'est peu dire que son fils a baigné dans cet univers musical révolutionnaire.
Son ouvrage débute avec la naissance du mot rock'n roll, synonyme d’un mouvement d’indépendance d’une jeunesse américaine, libérée du carcan parental. Des jeunes qui rêvent de liberté, de héros, de belles bagnoles et de romances. Qui se souvient d’Alan Freed, l’homme qui donna ce nom à cette musique libératrice, mélange de country et de blues ?  « Le plus beau coup marketing et politique du XXe siècle, avec l’exploitation de la figure du Père Noël par Coca-Cola » souligne Stéphane Koechlin.

Le début d'une légende, décriée par les bégueules. La musique du diable. Emmenée par son roi, Elvis Presley (« on dirait un nom de science-fiction » aurait dit le guitariste Scotty Moore). Un chanteur blanc, né pauvre mais muni d’une voix à tomber. Comme Sam Phillips se plaisait à le répéter : « donnez-moi un chanteur blanc qui chante comme un Noir, et notre fortune est faite. »
Un roi devenu riche comme Cresus mais à la vie passée en accéléré. Une vie courte mais intense, le point commun avec bien d’autres rockers, adulés eux aussi : Gene Vincent, Eddie Cochran, Buddy Holly…
Quant à Jerry Lee Lewis, rescapé de cette folle hécatombe, il peut se vanter d’avoir détenu le titre de roi de la provoc. En privé, comme sur la scène. Avec ce fameux morceau Great Balls of Fire joué sur un piano en flammes en mars 1958. Difficile de faire mieux non? Comme une vague, le rock va rapidement submerger la musique, comme une terrible lame de fond, et dépasser les frontières américaines. « Le succès du rock tient à l’hédonisme qu’il nous fait partager. » En France, les Chats sauvages rivaliseront avec les Chaussettes noires. Eddy chantera avec Johnny, tandis que le Jimi Hendrix Experience donnera son premier concert en octobre 1966 à… Evreux, dans l’Eure. Jim Morrison, le poète gourou des Doors est endormi à jamais à Paris.

ROCKÀ défaut de secrets révélés, l’auteur multiplie les questions-réponses. Qui était cet Arthur Crudup à qui Elvis devait tant ? Pourquoi Elvis n’a-t-il jamais donné de concerts en Europe ? Qui était ce fameux colonel Parker qui le suivait comme son ombre ? Où a été donné le premier concert de rock ? Comment est mort Jim Morrison ? Autant de questions parmi d’autres qui permettent à l’auteur de rebondir sur l’histoire d’un genre qu’il affectionne. Qui lui a tant donné.

Un voyage musical qui se savoure, avec ces airs entêtants qui ravivent nombre de souvenirs. De ces concerts vécus ou regrettés : Monterey, Woodstock, Altamont, Wight... De ces premiers disques achetés, écoutés, encore et encore, au point d’être usés, griffés. Mais classés au rang de monuments historiques.
Le style de l’auteur, personnel, entraîne le lecteur au cœur de l’histoire. Celle du rock, mais aussi celle vécue par le narrateur. Qui n’hésite pas à donner son avis sur tel ou tel musicien ou album. Et voici que défilent les albums mythiques, Dark side of the Moon, Sergent Pepper’s, 13
Un Stéphane Koechlin habité par son sujet, qui distille des anecdotes personnelles. Et parfois des avis définitifs, ceux d'un connaisseur, mais qui peuvent faire débat. Comme en atteste son opinion sur les batteurs des années 80 : « je pourrais mettre le Danois Lars Ulrich aux côtés de Rick Allen, le redoutable Vulcain manchot. Tous les autres batteurs de cette époque me semblent être des fonctionnaires du bruit. »

Tout cela compose un chouette livre, rythmé par ses solos de guitare, de batterie. Un hommage émouvant aux musiciens, aux chanteurs, devenus, pour beaucoup d'entre eux, de véritables monuments. Il ne faudrait pas passer sous silence ces maîtres de l’artwork. Des artistes qui ont composé des pochettes de disques aussi belles que leurs contenus. Celles que les nostalgiques se disputent dans les brocantes.

Si, aujourd’hui, le rock’n roll a perdu quelque peu de sa superbe, avec la disparition de la majorité de ses saints, il est pourtant loin d’être agonisant. Dommage pour ses ennemis, qui étaient déjà penchés au-dessus de son berceau dans les années 50.
Comme le chantait le groupe Danny and the Juniors, « Rock’n Roll is Here to Stay. » Et comment. Même si, force est de constater que l’été de l’amour, dont on fête les 50 ans cette année, n’est plus qu’un lointain souvenir. Les fleurs, comme la jeunesse d'une époque, sont fanées.
Mais au final, ce sont les rockers qui l’emportent.

Les secrets du rock, par Stéphane Koechlin. La Librairie Vuibert, 348 pages, 19,90 euros
Couverture : éditions La Librairie Vuibert

Posté le 20 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Portes ouvertes à Montretout, fief du clan Le Pen

Grand Reporter au Parisien, Olivier Beaumont est spécialiste des sujets politiques liés à la droite et l’extrême-droite. À l’aide de nombreux témoignages de proches du clan Le Pen, il a voulu retracer un destin familial sous un angle pour le moins original, l'histoire du domaine de Montretout. L’envers du décor d'une famille pas comme les autres, raconté dans L'enfer de Montretout, éd. Flammarion. «Ignorer cette maison, c'est ne pas comprendre le ressort psychologique de ses occupants» explique l'auteur, qui réussit à captiver son lecteur dès le perron. Le ton est drôle, souvent cynique avec cet air de ne pas y toucher. Un document rédigé comme un reportage intime au coeur de la demeure. Il ne s'agit pas d'une biographie, mais se tracent au fil des chapitres les grandes dates des personnages du clan. De Jean-Marie Le Pen à la petite dernière, Marion. La gardienne du temple.

Montretout. Un joli nom pour cette vaste demeure au passé coquin, située à Saint-Cloud, sur les hauteurs de Paris. Le théâtre d’une pièce familiale digne d’un vaudeville, avec portes qui claquent, acteurs qui quittent la scène en pleurs pour mieux revenir, mais par la petite porte.
Un récit qui débute en novembre 1976 avec un attentat perpétré contre Jean-Marie Le Pen. Une famille parisienne dont la vie bascule quand il faut évacuer la villa dévastée. Et s'installer à Montretout, belle demeure héritée par Jean-Marie Le Pen dans des conditions rocambolesques. «Pour Marine Le Pen et ses sœurs, déracinées, l’enfer a désormais un nom. Elles découvrent qu’il s’appelle Montretout
C’est là, dans cette villa cossue, que Jean-Marie Le Pen reçoit les cadres du parti. Car c’est le Front national qui se déplace et non le chef. Difficile alors pour la famille de concilier vie privée et vie politique dans cette grande demeure où chacun se bouscule pour être invité par le «patron».
De multiples réunions et rendez-vous professionnels qui provoquent la fuite de certains membres. Comme Pierrette, mère des trois filles du couple, partie sans un mot. Avant de revenir habiter une dépendance du parc bien des lustres plus tard. «Montretout est une maison faite pour recevoir, pas pour y vivre

MONTRETOUTL'enfer de Montretout?

Mais faut-il vraiment la qualifier d’enfer, comme le titre le laisse penser? Pour l’auteur, «résumer Montretout à ses heures sombres serait une grave erreur. Car, paradoxalement, on s’y est beaucoup amusé, on y a beaucoup bu, beaucoup chanté, beaucoup dansé.» Il faut lire, en effet, le récit rapporté par Olivier Beaumont de ces fêtes où plus de 500 invités sont rassemblés à Montretout. C’est savoureux au possible. Il faut imaginer Marine Le Pen au micro pour des chansons paillardes et Jean-Marie Le Pen, en vedette américaine, avec ses chants de la Légion. Le tout devant des invités plutôt originaux, eux aussi. Et pas toujours fréquentables.

Le récit, illustré par de nombreux témoignages, ne se montre pas avare en anecdotes. Rarement glorieuses. Comme ce mystérieux échange d’objets (très) personnels entre Jean-Marie Le Pen et son ex-femme, Pierrette. Une petite histoire particulièrement glauque, à découvrir dans le livre. Force est de constater que l'on peut, parfois, se croire plongé au cœur d’un mauvais roman d’espionnage. Avec ces visites secrètes de personnalités, entrées discrètement dans l'antre du «diable», et que l’on ne penserait jamais voir en ces lieux. Bernard Tapie, Bocassa, un proche de Giscard. Et d’autres noms plus surprenants encore, que le maître des lieux ne souhaite pas dévoiler avant la publication de ses mémoires.
Entre disputes familiales, climat tendu, départs et retours, réunions secrètes, prises de décision, «Montretout, c’est peut-être la seule chose qui n’a pas bougé, malgré les trahisons politiques, familiales et tous les chagrins

Aujourd’hui, «la maison s’est muée en belle endormie, avec ses fantômes qui, à la nuit tombée, ressurgissent par-delà chaque étage de la vieille demeure. La fête est finie. Montretout accompagne désormais Jean-Marie Le Pen dans son crépuscule
Un ouvrage qui livre entre les lignes la biographie d’un clan dominé par les femmes et qui permet de mieux connaître Marine Le Pen, candidate au poste de présidente de la République. Son portrait se révèle (d)éton(n)ant, à des lieues de ce qui est déjà paru dans les médias.

Philippe Degouy

«Dans l’enfer de Montretout», par Olivier Beaumont. Éditions Flammarion, 351 pages, 19 euros environ
Couverture : éditions Flammarion

Posté le 18 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Quand le roi Lire se raconte, sa mémoire n'en fait qu'à sa tête

Par Philippe Degouy

Une autobiographie ? Pas du tout. La mémoire n’en fait qu’à sa tête se présente comme un livre bien plus joyeux. Comme un coffre au trésor, rempli de rencontres marquantes, de lectures aimées, à partager.
Ce livre est un patchwork savoureux, présenté par Bernard Pivot dans un désordre apparent, composé de  (trop) courts chapitres, débutés par un extrait de livre lu par l’auteur. Ce n'est pas un dictionnaire non plus, les entrées se suivent sans réel fil conducteur. Nul besoin de lecture linéaire, on peut y piocher tel ou tel chapitre dans le désordre ou suivre l'ordre choisi. Qu'importe. « Plus je vieillis, plus mes lectures sont ponctuées d’arrêts commandés par ma mémoire. Elle aime déclencher sur moi des ricochets, le plus souvent littéraires. La mémoire n’en fait qu’à sa tête. C’est pourquoi, elle interrompt mes lectures pour des bagatelles, des sottises, des riens qui sont de nos vies des signes de ponctuation et d’adieu. »

Pour paraphraser Michael Audiard, quand le roi Lire écrit, on le lit. Presque religieusement. À l’affût d’une anecdote savoureuse, d’un trait d’esprit, que l’on devine teinté d’un sourire ironique.
Pour peu, le lecteur pourrait se croire sur un plateau d’Apostrophes, dans le public, face à Bernard Pivot comme seul invité. On imagine bien la scène : l'auteur dans un bon fauteuil, avec une lumière douce. Qui se raconterait d'une voix douce, riante comme une bonne tablée lyonnaise. Avec des silences, comme pour mieux mettre l'accent ou créer du suspens. Comme Duras savait si bien le faire. L'auteure est d'ailleurs bien présente dans la mémoire de l'académicien.

PIVOTUn livre qui se savoure. Comme un verre de bon vin. En prenant soin de le respecter. On lit un chapitre, on y revient pour une phrase, un mot, une tournure.
Dans ce livre, on découvre d'étonnants souvenirs. Dont celui relatif à l'engagement de l'auteur au Figaro littéraire, non sur la base de ses connaissances, mais comme négociant en vin pour le compte du rédacteur en chef. Le vin, c’est une histoire de famille chez Bernard Pivot. Au point qu’il propose de l'ajouter au programme scolaire. Pourquoi pas, cela pourrait relancer la filière viticole. Remplacer l'histoire des rois de France par celle des millésimes.

Impossible, bien entendu, de passer au-dessus de son émission mythique du vendredi soir, Apostrophes. Un monument culturel. Une émission littéraire longtemps imaginée comme le moyen trouvé par les pros du marketing pour amener les lecteurs en librairie le samedi matin. Fausse route. « À la vérité, c’est par hasard qu’Apostrophes a été programmée à l’écran le vendredi. Aucun producteur ni animateur ne voulait s’y mettre. Pour ne pas risquer l’échec face au théâtre et au film des chaînes concurrentes. Il n’existe d’ailleurs aucune photo de la première d’Apostrophes. Pas un photographe d’agence ne s’était dérangé. »

L’importance du silence, façon Marguerite Duras, Lyon, l'hommage à Karen Blixen ou au regretté Jean-Pierre Melville, la haine qui existe entre écrivains. Les chapitres ne se ressemblent pas et surprennent. Souvent. On (re)découvre des auteurs moins connus du grand public, comme Michel Chrestien à qui rend hommage un Bernard Pivot, plutôt ému.
S'il ne dit pas tout sur lui, l'auteur nous gratifie d'un scoop. Monsieur l'académicien est généreux. Il concerne une rencontre filmée avec la poétesse Louise Labé. Un pur rôle pour Bernard Pivot. Forcé de cacher sa relation amoureuse avec l'intellectuelle. Bien joué.
Page après page, « Le petit Rimbaud », son surnom donné par Renée Massip, a de quoi raconter, au fil de ses décennies de littérature et de journalisme. Une dernière profession pour laquelle il partage avec Marguerite Duras le goût pour l’urgence de l’écriture, « le texte doit avoir en soi la force de la hâte avec laquelle il a été rédigé. » Au travers de certains chapitres, on devine aisément l'intérêt avoué pour les poètes de la chanson française. Dont Pierre Perret à qui l'on pense d'emblée quand Bernard Pivot relate ses émotions face à un décolleté prometteur. Ce moment furtif qui dévoile une jolie poitrine. Aimer les livres n'empêche pas d'être coquin.
 
D’une écriture drôle, ironique bien souvent, avec un talent d’autodérision, Bernard Pivot ne cède jamais à la tentation de dicter une règle ou un comportement. Pas réactionnaire pour un sou le journaliste-écrivain. « La langue française doit bouger, s’ouvrir, s’enrichir, vivre comme un grand corps musclé qui s’oxygène » dit-il, avec force et conviction. On lira avec autant de plaisir ce chapitre dédié au syndrome de Peter, non applicable à la jeunesse : « les débuts dans la vie requièrent de l’imprudence, de l’audace, de la folie. On est au bas de la hiérarchie et le principe de Peter ne s’applique pas encore. » Un syndrome de Peter qui lui a fait refuser le poste de présentateur du JT à la télévision française. La télévision a perdu une figure, les lettres ont gagné un ambassadeur.
Quant à parler de télévision, on pourrait croire l’amateur de livres opposé au petit écran. Pas du tout, Bernard Pivot la défend, du moins une certaine télévision. Celle qui crée du désir. De voyages, de lectures, de cinéma. N’en déplaise à Fabrice Luchini, cet autre amoureux des mots, pour qui « on ne peut rien faire comprendre à la télévision, rien faire passer. »

Un auteur qui n'a pas renoncé à obtenir la réponse à certaines de ses attentes. Dont l'espoir, notamment, d'obtenir un hypothétique retour d'une missive amoureuse envoyée à une lointaine cousine. « Cela fait soixante et un ans que j’attends sa réponse. Ce doit être "non", probablement. » L'autodérision, encore.
C'est certain, on ne résume pas une telle existence en quelque 230 pages. Nul doute que le roi Lire en a gardé sous le coude, pour utiliser une expression populaire qui ne devrait pas lui déplaire. Lui seul décidera d'une suite. Le chef d'orchestre n'a pas déposé sa baguette. Sa mémoire est encore alerte et tout n'a pas été dit. Son ouvrage ne s'achève donc pas sur le point final qui clôture habituellement sa dictée.

La mémoire n’en fait qu’à sa tête, par Bernard Pivot. Éditions Albin Michel, 230 pages, 18 euros environ
Couverture : Éditions Albin Michel

 

Posté le 18 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Taxi Driver, le charme de l'homme invisible

     Par Philippe Degouy

Les idées folles sont souvent les plus séduisantes. Pour la préparation d’un nouveau film, avec un personnage féminin devenu chauffeur de taxi à New York, Benoit Cohen (Nos enfants chéris, Tu seras un homme, Qui m'aime me suive...) décide d'incarner le rôle dans la réalité. Pour ramener des souvenirs exploitables. Comme Robert De Niro, l'acteur mythique du film Taxi Driver.
Installé à New York, « la seule ville qui est plus belle en vrai que sur les cartes postales » disait Milos Forman, le Français compte montrer l’envers du décor du rêve américain, une licence de chauffeur de taxi en poche.
Avec le pare-brise de son taxi comme écran, il va faire défiler des dizaines de personnages. Ces anonymes au bras levé, dans l’attente d’être pris en charge. Des clients que l’on ne reverra sans doute plus jamais. Entre le muet qui se contente de payer son trajet, le bavard au débit de mitraillette, ou celui qui raconte sa vie au téléphone, sans se soucier de la présence du chauffeur, cet être invisible. « Peut-être est-ce cela le film ? Une succession de rencontres, de portraits de New-Yorkais, de lieux. »
Très vite, le Français se rend compte que le vrai personnage principal de son futur film, pour lequel il joue au taximan, n’est autre que New York.
« Tout est fiction ici, bigger than life. Chaque coin, chaque passant est un personnage. » Dans cette jungle urbaine, prendre un taxi est aussi facile et courant que commander une pizza.

Et voilà que débute pour Benoit Cohen une aventure en jaune, la couleur des taxis, racontée en détails dans Yellow Cab (éd. Flammarion). Une épopée qui débute dès les formalités pour acquérir cette fameuse licence. Avec ces tracasseries administratives qui n’ont rien à envier à celles de notre vieille Europe. De quoi débuter la lecture par quelques bons moments hilarants. Avec ces immigrés venus du monde entier pour palper les dollars et décrocher un volant de taxi driver.
Page après page, s’enchaîne le récit des rencontres, un bel échantillon des habitants de New York et des touristes débarqués du monde entier. Avec des moments de doute, de solitude.

YELLOCABBONRapidement, Benny from Brooklyn prend plaisir à exercer ce job, « une nouvelle vie, comme dans un jeu vidéo ». Courses de jour, mais aussi horaires de nuit. Pour côtoyer New York by night, et rencontrer une autre faune. Une expérience angoissante. Avec ces rues mal éclairées qui ne laissent pas voir le client qui s’engouffre dans le taxi. Tout peut arriver. Y compris le pire, « un chauffeur de taxi a trente fois plus de chance d’être tué à New York que n’importe quelle autre profession. »

Tous ces trajets, comme autant de scénarios, forment un ouvrage attachant, drôle. Que l’on savoure avec le tube de Lenny Kravitz, Mr Cab Driver ou Hands of time du groupe Groove Armada. 
Lors d’un prochain séjour dans la ville qui ne dort jamais, vous aurez peut-être Benny from Brooklyn comme guide. Un cinéaste tombé amoureux d'un métier ingrat, mais qui offre une vision différente de New York. À tel point que l'auteur a souhaité garder sa licence. Juste au cas où… La réalité a dépassé la fiction. Presque oubliée, la jeune femme de son film. C’est désormais son expérience qui passe à l’avant-plan, pour une peinture intime de l’Amérique.
« Ce que j’ai vécu pendant ces quelques mois a été tellement riche dans ma quête du rêve américain. La lutte des classes, le déracinement, la tolérance, l’injustice, la peur, la violence, la folie… bref, tout ce qui compose l’époustouflante vitalité de cette ville. »

Yellow Cab. Mon rêve américain. Récit de Benoit Cohen. Éditions Flammarion, 240 pages, 18 euros
Couverture : éditions Flammarion

Posté le 17 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Denis Safran, médecin de choc au milieu des flics

   Par Philippe Degouy

Souligner que Denis Safran fut le premier médecin à entrer au Bataclan avec les forces d'assaut après la tuerie de novembre 2015 serait bien trop réducteur. Car ce médecin a connu plusieurs existences. «Ma vie est un arbre, avec un tronc, mon métier de médecin, et des branches, comme autant de chemins de traverse
Chef d’un service d’anesthésie-réanimation, plus tard devenu un élément clé de l’organisation de l’hôpital Georges-Pompidou où il a notamment développé une culture policière, il a rejoint la BRI (Brigade de recherche et d’intervention), mieux connue sous son ancien nom, l’Antigang. Une nouvelle carrière entamée à un âge digne de profiter d’une retraite possible. Au sein de la BRI, il va y apporter un élément jusqu’alors absent : la présence d’un médecin lors de chaque missions. Lui, va gagner le pouvoir d'étancher sa soif d'action, ce besoin d'adrénaline pour vivre.
Son témoignage, «Médecin de combat» (éd. Grasset), répond longuement à cette question : mais pourquoi et comment un grand médecin dont les grands-parents ont été arrêtés par des policiers français en 1940 s’est retrouvé au cœur des missions de la BRI. Pour les soigner et partager leur vie dangereuse.

MEDECINAvec le journaliste Vincent Rémy, qui apporte en voix off certains éclairages personnels sur la vie du médecin, l’ouvrage plonge le lecteur au cœur d'un quotidien hors du commun. Celui d'un scientifique qui ne regrette nullement sa retraite comme médecin et qui prend désormais plaisir à profiter pleinement de son temps passé avec les policiers de la BRI. Entre entraînements au tir, descentes en rappel d’hélicoptère et descentes au petit matin chez un suspect à interpeller. Sans compter sa fonction de conseiller ministériel. Une vie bien remplie, qu’il adore. Le coup de téléphone pour une urgence, le pied pour ce sexagénaire. Une vie pépère sur sa péniche garée en bord de Seine? Une idée inimaginable.
Oui bon, mais alors, finalement, pourquoi cette passion pour la police? «Parce que la police française n’est plus celle de 1940. C’est une police républicaine. Au service des gens

De ses démêlés avec les gestionnaires d’un hôpital, les conflits d’intérêt entre médecins qui plombent le quotidien au détriment des patients, aux interventions de crise avec ses amis policiers, ses frères d’armes, rien n’est occulté. Ses drames familiaux non plus. L’ouvrage est rédigé sans langue de bois par un homme qui n’a pas peur de heurter, de pousser un coup de gueule. Quand on vit avec la mort en permanence, on y va franco.

Son témoignage relatif à ses interventions au Bataclan et à l’Hyper Casher glace d’effroi. Le récit clinique d’une situation digne d’une zone de guerre. Avec de nombreux blessés par balle, qu’il faut trier entre les cas urgents ou non, ceux qui vont vivre ou mourir. «Ce qui allait me frapper au Bataclan, c’est l’extrême jeunesse des victimes. Des gamins, ça c’est rude.» Pour l’Hyper Casher comme pour le Bataclan, le constat est identique. Avec la même détresse des victimes, les mêmes corps mutilés par des munitions de guerre.
«Putain, heureusement que tu es là !» Un cri du cœur lancé par ses collègues policiers, fréquemment entendu par Denis Safran en opération. Sans doute la meilleure conclusion à apporter à cet ouvrage sur lequel plane des airs de cornemuse écossaise. L’une des passions du médecin, avec l’amour de la mer et des bons cigares.
Un médecin de combat qui sait que «le jour où il ne se sentira plus apte à porter la lourde combinaison des flics de la BRI et à crapahuter à leurs côtés, le jour où il risquera de mettre le groupe en danger, il arrêtera, mais extrêmement frustré

«Médecin de combat. Du bloc opératoire aux unités d'élite de la police», par Denis Safran et Vincent Rémy. Éditions Grasset, 208 pages, 18 euros environ
Couverture : éditions Grasset

Posté le 11 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Paris, le soleil qui illuminait le cinéma d'Audiard

Par Philippe Degouy

« Ah non, vous n'allez pas encore nous déballer toutes vos cartes postales. Le couplet sur Paris, ça revient comme du chou : les petits bistrots pas chers, la place du Tertre et les grandes filles du samedi. Et dans cinq minutes, il y en a un qui va sortir un ticket de métro et des photos de la foire du Trône.* » Mais si Lino, mais si. On va parler de Paris. Et même du Paris d’Audiard (Parigramme éd.), très beau livre rédigé par le journaliste et écrivain Philippe Lombard. Un spécialiste du cinéma français, grand amateur des répliques cultes, de tout ce qui alimente la nostalgie du bon vieux cinéma de papa. Que nous aimons tous.
Des dialogues signés Audiard, savoureux dans la bouche d'un Jean Gabin ou d'un Bernard Blier (« l'acteur se vautrait dans les dialogues comme dans un lit de plumes »). Qui se boivent comme du petit lait. Comme dans L’Incorrigible, avec cet extrait d’un dialogue entre Belmondo et le regretté Julien Guiomar : «tu ne connaîtras jamais l’atroce volupté des grands chagrins d’amour. Tout le monde n’a pas la stature d’un tragédien… Contente-toi donc du bonheur, la consolation des médiocres. »

Un cinéma d’Audiard qui est d'abord celui des copains d’abord, avec qui on aime boire un coup : Bernard Blier, Lino Ventura, André Pousse, Jean Carmet, Maurice Biraud, Annie Girardot ou Mireille Darc.
Un monument du cinéma qui n'aurait sans doute pas le même charme sans son élément premier : Paname. « Le Paris d’Audiard, c’est celui des trottoirs où les concierges sortaient des chaises à la belle saison. C’est celui d’avant les désillusions sur la nature humaine, le Paname des bistrots du coin, des bougnats, des Halles. Un Paris idéal qui tient autant de la réalité que du rêve. » Un Paris de cinéma, enjolivé. Car qui peut imaginer un instant des truands lettrés, capables de manier si bien les mots ou d’expliquer la différence entre périphrase et métaphore.
L'ouvrage, véritable coffre aux trésors, présente la liste des lieux fréquentés par Michel Audiard. Du 14e aux Champs, en passant par les Halles, les bons restaurants, les troquets typiques. Il rappelle également le casting typique des films d'Audiard. Avec ces personnages truculents : les flics, les chauffeurs de taxi (André Pousse, hilarant dans Un idiot à Paris) , les filles de joie (Suzanne-beau-sourire, Madame Mado…), les truands au langage fleuri (Jo-les-grands-pieds, Quinquin, Jo-le-trembleur, Louis-le-Mexicain…). Soit une belle galerie de personnages à qui le dialoguiste a confié ses plus belles réparties.

AudiardParisL’ouvrage s’apprécie également pour son iconographie. Bien choisie, elle nous permet de retrouver des endroits aujourd’hui disparus, des lieux mythiques comme le Vélodrome d’Hiver, temple du cyclisme où a excellé André Pousse, second rôle fétiche de Michel Audiard. Mais aussi la Brasserie Lipp, Chez Conti, les petits bistrots où Michel Audiard récoltait de nombreuses anecdotes savoureuses, des traits d’esprit qui se retrouvaient ensuite dans ses films.
Parmi les trésors photographiques de l'ouvrage, il est à épingler ce cliché (page 33) où Jean Gabin fait face à deux jeunes stars montantes : Jean-Paul Belmondo et Alain Delon. Il faut voir le regard de Delon face au « Vieux » : un mélange de respect et de fierté de pouvoir partager un moment unique face au Dabe. Simplement extraordinaire.

L’auteur aime partager son enthousiasme. Son livre est bourré de dialogues, de témoignages ou de petites histoires. Comme celle relative au conflit survenu entre Michel Audiard et François Truffaut, impitoyable critique du cinéma d'Audiard. Mais il ne fallait pas lui marcher sur les pompes, l’ami Audiard avait de la répartie. Après les attaques de Truffaut dans Les Cahiers du cinéma, Michel Audiard avait imaginé, raconte Philippe Lombard, acheter le magazine pour réaliser un numéro spécial Fernandel.

Si Paris est célébré dans presque tous les films de Michel Audiard, la comédie Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais elle cause  se veut plus résistante, comme un bras d’honneur adressé au béton, à l’urbanisation galopante de Paris.

Un Paris aimé, célébré, mais un Paris regretté. Car il est fini le cinéma d'Audiard. À ce propos, on peut reprendre en guise d'épilogue à cette chronique, les propos d’Annie Girardot, même s’ils sont sans doute excessifs : « aujourd’hui, tout est triste à Paris. On nous détruit nos petits faubourgs, on enlève les bistrots. Je me demande comment réagirait Michel Audiard s’il voyait ce qu’est devenu Paris. » Et oui, c'était toute une époque!

Le Paris de Michel Audiard. Toute une époque! Par Philippe Lombard. Éditions Parigramme, 129 pages, 14,90 euros
Couverture : éditions Parigramme

* extrait du film Un Taxi pour Tobrouk

Posté le 10 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ne vous laissez plus manipuler

Ancien chef du pool négociation au Raid, aujourd’hui consultant dans la gestion de crise, c’est peu dire que Christophe Caupenne a fréquenté de drôles d’individus. Du forcené au manipulateur le plus futé. Avec son Petit guide de contre-manipulation (éd. Mazarine) il livre un document et des conseils qui ne sont pas ceux d’un psychologue, théoriques. Mais ceux d’un homme de terrain, expert dans l’art de contrer les manipulateurs. « Pendant toutes mes années de policier, j’ai appris à aiguiser mon jugement, à décrypter le mensonge assumé, la tromperie diabolique ou la manipulation sournoise. Cet ouvrage n’a d’autre vertu que de vous éclairer sur quelques pratiques toxiques ou délétères, mais surtout sur les méthodes et principes pour les contrer. »
Une manipulation que l’on peut définir comme la capacité d'une personne à prendre l'ascendant sur une ou plusieurs autres dans le but de les contrôler.
Concrètement, le manipulateur, homme ou femme, va déceler vos faiblesses et faire levier pour vous déstabiliser. Aujourd’hui, le manipulateur n’est plus le politicien, totalement inaudible, mais un collègue, un voisin... N’importe qui dans votre entourage, familial, amical ou professionnel. Un individu qui va profiter d’un moment de faiblesse ou d’une personnalité trop confiante pour passer à l’action.

RAIDL’ouvrage, pratique et accessible, détaille et analyse les principaux types de manipulateurs : les machiavéliques, les narcissiques et les psychopathes (trop souvent confondus avec les serial killers). Pour chaque profil l’auteur associe des conseils de contre-manipulation, dans le but de rester maître de soi et de ses réactions. Mais si le guide dresse le casting des « personnes nuisibles », il cite également les victimes idéales : des candidats au changement de vie, des victimes de traumatisme d’enfance, de psychopathologies. De façon générale, les victimes sont des gens qui respectent les règles, là où les manipulateurs les bafouent.
Les profils dangereux connus, que faire pour éviter de se faire manipuler ? Là aussi, les conseils sont ceux d’un habitué de la négociation. Ils peuvent paraître simples, mais ils se révèlent efficaces. Savoir dire non, par exemple. Essayez, ce n’est pas si facile. Gardez en tête qu’un premier pas n’est jamais un engagement, évitez de céder aux exigences (d’un ami, d’un chef de bureau etc.) et de vous soumettre. ne jamais montrer ses faiblesses, au risque de voir quelqu'un s'y engouffrer.
De multiples encadrés résument régulièrement les conseils de l’ex-policier, dont la qualité première est l’empathie, omniprésente dans l'ouvrage.
Son sujet concerne tout le monde, chacun sera confronté un jour ou l’autre à un personnage néfaste. L’actualité est pleine d'exemples. Que l’on se souvienne seulement de Bernard Madoff par exemple. Un gars avec une bonne tête, intelligent et sympa. Et pourtant...

Enfin, si l’on peut comprendre aisément les dangers de la manipulation négative, force est de reconnaître que l’on pense rarement à se méfier de cette manipulation que l’auteur qualifie de positive. Celle qui flatte l'ego, le portefeuille. Méfiez-vous des services rendus, des cadeaux offerts. « Ce type de manipulateur veut enfermer sa victime, vous en l’occurrence, dans le principe de réciprocité. Un procédé de style mafieux qui vous obligera un jour ou l’autre à vous impliquer dans quelque chose qui pourrait ne pas vous plaire. »

Ce document, à l’écriture parfaitement accessible au plus grand nombre, peut se refermer sur ce dernier conseil de l’auteur : « ne changez rien à ce qui fait de vous un être social agréable et fiable. Il vous faut juste quitter le costume du pur naïf et à enfiler celui du prudent. Mais ne changez pas le fond de votre personnalité ! »

Petit guide de contre-manipulation, par Christophe Caupenne. Éditions Mazarine, 240 pages, 18 euros
Couverture : éditions Mazarine

Posté le 9 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le porte-avions US, quelque 90.000 tonnes de diplomatie

«Où sont les porte-avions?» À chaque crise internationale majeure, la question est posée par le président américain en fonction. La présence du porte-avions, fer de lance de la diplomatie, suffit bien souvent à calmer le jeu. Feu Kadhafi avait eu à l’apprendre à ses dépens dans les années 80 quand il avait lancé ses appareils à l’attaque de F-14 Tomcat américains. AU moment où un groupe aéronaval américain fait route vers la Corée, il n'est pas inutile de refaire le point sur cette arme avec la relecture du hors-série n°8 du magazine Raids Aviation (éd. Histoire et Collections). Il dresse un portrait complet de l’aéronavale américaine où cohabitent présent et futur du porte-avions. Une flotte de porte-avions qui n’a plus le lustre d’antan. La faute aux budgets sans cesse rabotés et à la montée en puissance des armes anti-navires supersoniques. Développées notamment par la Chine.
Un numéro rédigé par le journaliste Antoine Monteil qui présente les différentes facettes de l’usage des porte-avions américains.
« En guise de comparaison avec le jeu d’échecs, souligne l’auteur, le porte-avions avait jusqu’à la fin de la Guerre froide le statut de Reine, la pièce la plus puissante de l’échiquier. Aujourd’hui, le porte-avions ne serait plus qu’un Roi, dont la perte signifie le statut d’échec et mat.» Un navire qui est devenu une partie de l'équation plutôt que sa réponse.

AeronavaleSi la technologie militaire développée par ses adversaires réduit l’usage offensif du porte-avions, il doit également faire face aux choix audacieux effectués par les autorités militaires. Comme l’achat du F-35C, chasseur furtif, au coût astronomique, qui pompe les budgets de la Marine. Un F-35 à qui est consacré un chapitre entier. Un «rookie», loin d'avoir prouvé quelque chose, et qui suscite de nombreuses inquiétudes. «L’une des inconnues qui planent sur le programme F-35C est la bonne tenue du revêtement de l’avion face à la corrosion et à l’usure très rapides sur un pont d’envol. Sa furtivité est conditionnée par un état de surface impeccable

«America rules the waves»

Oui mais pour combien de temps encore? se demande l’auteur.
«Les vingt années à venir pour l’aviation embarquée américaine promettent d’être compliquées». Certains avions retirés du service actif n’ont jamais été remplacés et leur absence risque de s’avérer problématique. Comme l’A6-Intruder à long rayon d’action ou l’excellent EA-6 Prowler, appareil destiné à la guerre électronique. L’usage de drones embarqués pourra les remplacer en partie mais qu’en sera-t-il du rôle joué par le F-35? Incapable de se défendre en combat aérien. Ou de celui joué par le F-18 Super Hornet, un peu juste au niveau des performances?
Autant de questions qui restent sans réponses à ce jour. Ce qui est certain, c’est que le porte-avions nucléaire a terminé sa croissance. Il sera difficile de faire plus grand, plus puissant que les derniers PA lancés.

Comme pour les précédents, ce hors-série propose une iconographie de toute beauté. Riche et variée. De quoi retrouver, non sans nostalgie, des avions dont le succès a dépassé l’usage purement militaire. À l’instar du F-14 Tomcat, star de cinéma dans «Top Gun» ou «Nimitz, retour vers l’enfer». Tout comme l'A-6 Intruder, ce bombardier vedette du film «Le Vol de l'Intruder». Les photos, présentes par dizaines,  permettent également de retrouver les décorations colorées qui font défaut sur les chasseurs actuels où le gris domine. Un numéro réussi qui devrait captiver son public.

Philippe Degouy

«Raids Aviation. Hors-série n°8. L’aéronavale américaine embarquée». Éditions Histoire et Collections, 84 pages
Couverture : Histoire et Collections

Posté le 7 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Du sport et une alimentation saine, la juste combinaison

Par Philippe Degouy

Avec la belle saison qui nous revient, nombreux sont ceux qui vont reprendre le sport de façon plus intensive. Très bien, bonne idée pour avoir une vie saine. Mais avec quelle alimentation ? Spécialistes de la nutrition et athlètes de haut niveau, Tara Mardigan et Kate Weiler ouvrent leurs cuisines pour une centaine de recettes destinées plus spécialement aux sportifs (mais pas exclusivement). Des plats à consommer avant, pendant et après l’effort.
Le principe de leur livre, Sport Super Food (éd. De la Martinière), véritable coach nutrition, est d’adopter la juste alimentation pour améliorer les performances. « La meilleure cuisine, c’est celle qui est faite à la maison, avec de vrais produits » soulignent-elles d’emblée, comme une évidence. Le secret de bonnes performances ? La consommation de produits naturels, pour obtenir le plein d’énergie et de puissance.

Outre le frigo idéal et les aliments à toujours avoir dans les armoires, les auteures dressent l’assiette idéale selon les types de sports : d’endurance, de force. Contrairement à d’autres ouvrages, plus directifs, les deux sportives n’imposent rien, n’interdisent pas les petits écarts. Que du contraire. « Faites une cuisine simple et saine. Très vite, vos petits plaisirs deviendront occasionnels. Concentrez-vous sur les bons aliments et vous verrez que les moins bons ne vous tenterons plus. »

SPORTSUPERFOOFÀ travers leurs recettes, simples et rapides à préparer avant une séance de sport, elles expliquent comment remplacer tous les compléments artificiels par des substituts naturels. Ne leur parlez pas de ces compléments vitaminés ou barres énergétiques vantées par le marketing. Un pur poison, qui n’apporte rien de bénéfique. Que du contraire. « Désormais, passez un peu moins de temps sur l’étiquette-marketing et un peu plus de temps sur la composition, pour vérifier que les ingrédients vous conviendront. »

L’ouvrage, joyeux, offre une foule de petits trucs destinés aux sportifs, des recettes sans gluten, avec très peu de sel ou de sucre, deux poisons eux aussi. On y apprend notamment comment se confectionner des bonbons naturels avec de la gélatine bio, des glaçons aromatisés pour rendre plus désirable la consommation d’eau.
Des boissons, mais aussi des potages, des plats plus copieux et des desserts. Chaque recette est illustrée, expliquée en quelques lignes, avec son côté bénéfique. Quelques idées picorées dans les pages ? Que diriez-vous de quelques cupcakes à la betterave, de frites de panais ou de choux de Bruxelles à la bostonienne ? Avec comme dessert un smoothie crémeux Pina Colada ou chocolat-épices. Ajoutez,  pour le plaisir, une crème au chocolat reconstituante.

Bon, vous avez apprécié le livre et ses recettes ? Vous avez maintenant cinq minutes pour être en tenue, sur le terrain. Sport, c'est écrit en grand sur la couverture. Let's go.

Sport Super Food, par Tara Mardigan, Kate Weiler. Éditions de la Martinière, 176 pages, 20 euros
Couverture : éditions de la Martinière

Posté le 3 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Repenser la guerre pour la gagner, sans pitié

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la notion de guerre totale semblait mise de côté, quasi éteinte. Faux espoirs, elle s’est juste métamorphosée, mutée. Pour ressurgir partout dans le monde, sous des formes différentes. Avec l’usage de termes plus modérés comme des opérations de police ou intervention. Aujourd’hui on parle de «light footprint operations», opérations à faible intensité et qui misent essentiellement sur l’usage des forces spéciales et des drones face à ces conflits que l'on nomme asymétriques pour le combat mené sur des champs non conventionnels.
La suprématie de l’Occident qui prévalait à l’issue du conflit Est-Ouest est désormais remise en question par des groupements terroristes autant que par des Etats. La guerre du XXIe siècle est marquée par des situations de crise dans lesquelles les acteurs non-étatiques disposent de moyens de niveau étatique. La guerre qui avait disparu entre Etats «reprend sous une forme nouvelle, moins bien canalisée, permanente, éparpillée et en extension

Comment l’Occident doit-il agir, réagir face à ces nouvelles menaces, pas moins dangereuses que les guerres d'antan? Tel est le sujet principal du document publié par les éditions du Rocher, «La guerre par ceux qui la font». Un ouvrage rédigé par un large panel d’officiers supérieurs. Français, italiens ou allemands. Leurs études ne sont pas celles de bureaucrates mais de soldats qui ont connu l’engagement en opex (opérations extérieures).

Une modification de la conduite de la guerre qui remet également en cause le modèle basé sur la haute technologie, cher aux Américains. Celui qui promet zéro mort ami mais qui se révèle désormais inadapté, inefficace face à des adversaires qui ont appris à se situer en dessous du seuil d’utilité de nos systèmes d’armes. Pourquoi larguer des bombes perfectionnées, très coûteuses, sur des cibles qui ne méritent pas plus que quelques balles.

Pour l'état-major réuni à l'occasion de ce livre dirigé par le général Benoît Durieux, il est temps de repenser la notion de guerre pour comprendre notre monde en mutation et saisir notre chance de retrouver notre rang. Le premier.
Bien documenté, avec de fréquents recours à l’histoire, le document ne se veut pas comme un manuel de guerre pratique mais comme une source d’étude, comme un outil qui rappelle les propos de Carl von Clausewitz : «la réflexion sur la guerre la plus efficace n’est pas celle qui propose des recettes pour le succès, mais celle qui vise à la comprendre et à entrer dans sa logique interne

GuerreDes chapitres débattent de sujets qui se révèlent pleinement d’actualité. À l’instar de celui qui pose la question de savoir si la lutte contre-insurrectionnelle est vouée à l’échec. Les exemples tragiques des récents conflits afghan et irakien semblent montrer que la contre-guérilla marque le pas. De nouveaux adversaires obligent les armées occidentales à repenser les tactiques de combat. «Notre ennemi  s’inscrit dans une logique de guerre d’usure alors que nous pensons encore pouvoir mener des guerres rapides.» Dans ce cadre s’inscrivent la lutte contre Daech et les talibans, lesquels ont épuisé les troupes occidentales dans les montagnes d’Afghanistan pendant plus de 10 ans.
Sujet original et peu connu, les enjeux d’une guerre possible en Arctique, où le réchauffement climatique rend plus disponible les nombreuses ressources naturelles, sont largement détaillés. Un endroit du globe à tenir à l’œil dans un avenir plus ou moins proche.

Comment résoudre les nouveaux types de conflits?

Quelles réponses apporter pour lutter contre un adversaire qui n’est pas décidé à suivre les règles et les conventions, difficilement prévisible, audacieux et fanatique? Pour les auteurs, «une modification du cadre normatif et juridique des conflits armés s’impose pour s’adapter aux situations dans lesquelles il n’existe aucune autorité nationale légitime. Cela peut aller jusqu’à admettre que face à un ennemi qui méprise les règles, il n’y a certainement pas de meilleure tactique pour s’en défendre que de les transgresser aussi.»

La conclusion à apporter à un ouvrage qui se lit avec intérêt et qui évite le piège de trop nombreux termes militaires, parfaitement abscons pour le lecteur lambda.
Une leçon d’histoire militaire bienvenue dans le contexte actuel.

Philippe Degouy

«La guerre par ceux qui la font. Stratégie et incertitude». Sous la direction du général Benoît Durieux. Éditions du Rocher, 367 pages, 22 euros
Couverture : éditions du Rocher

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