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Posté le 20 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Il s'en passe des choses en Belgique

Savez-vous ce qui est arrivé à un ami? Non? Lisez donc ce qui suit.
Bien avant l’arrivée des réseaux sociaux, terreau fertile pour certains cerveaux dérangés, des rumeurs plus folles les unes que les autres ont circulé de bouche à oreille. Pour mettre en garde, effrayer le brave citoyen qui n’en demandait pas tant pour être angoissé. Une histoire colportée, déformée. Et jamais prouvée. Ce que l’on appelle aujourd'hui une légende urbaine. Le sujet de cet essai étonnant et drôle publié aux éditions Avant-Propos par Aurore Van De Winkel, docteur en information et communication à l’UCL. Son livre, Les légendes urbaines de Belgique, recense la majorité des légendes urbaines qui ont circulé au sein de notre petit royaume. Un travail de recherche conséquent, bien illustré. Plaisant à lire. Comment définir une légende urbaine? «Elle raconte un événement inattendu qui se serait glissé dans le quotidien d’un citoyen lambda. Elle est présentée comme authentique. Pourtant, sa véracité ne résiste pas longtemps à une relecture critique. Des récits parfois belgicisés en les plaçant dans des lieux de passage quotidiens et connus du grand public
Au fil des pages du livre, certaines légendes font sourire, d’autres frémir. Elles sont toutes remises dans leur contexte historique et sociologique. L'écriture

Legendes-urbaines-de-BelgiqueComment ne pas s’esclaffer à la lecture de cette rumeur qui a longtemps circulé au sein de l’ULB dans les années 90. Celle d’un comptoir où les étudiantes pouvaient revendre leurs petites culottes usagées pour rejoindre la collection d’un pervers japonais. Une légende, bien entendu. Vous pouvez désormais laver votre lingerie.
Plus mémorable encore, celle qui s’était répandue dans les années 80, relative aux couloirs du métro bruxellois (stations Anneessens et Comte de Flandre). De jeunes hommes en parfaite santé étaient enlevés puis retrouvés avec une énorme cicatrice dans le bas du dos. Et des organes en moins. Les plus de 40 ans se souviennent certainement de cet épisode. Plus récemment, la presse a relayé certaines rumeurs, folles et infondées, relatives à des bananes infectées par la bactérie mangeuse de chair. Ou à propos d’un jeune Brésilien, jamais identifié, retrouvé mort après avoir mangé des bonbons Mentos avec du Coca-Cola. Parmi les autres sujets qui alimentent l'ouvrage, citons les crocodiles qui hantent les égouts, les toilettes publiques bruxelloises où disparaissent des jeunes femmes pour être menées sur un navire présent sur le canal…
Une autre légende urbaine, fameuse elle aussi, a marqué durablement le public. Elle concernait certains magasins de la Rue Neuve et de la Porte de Namur. Certaines femmes disparaissaient des cabines d’essayage pour être envoyées à l'autre bout du monde, en esclavage. À ce propos, qui se souvient de ce film étonnant des années 80, Mama Dracula? Une comédie d’horreur réalisée par Boris Szulzinger (1980) qui racontait l’histoire de jeunes filles, vierges de préférence, capturées dans une boutique pour être offertes à la comtesse Dracula. Une curiosité à revoir. Notamment pour le jeu des frères Wajnberg. Fermons la parenthèse.

«Si les légendes urbaines dépeignent la Belgique comme dangereuse, rappelons-nous que ces histoires racontées sont fausses et permettent simplement aux Belges de parler de leurs préoccupations et de rappeler leurs valeurs et de conjurer les peurs» explique l’auteure en guise de conclusion. Soit, mais avouez que vous n’aurez plus vraiment l’esprit tranquille au moment d’essayer ce  vêtement sympa déniché dans cette petite boutique obscure. Et pourquoi ce rideau de cabine d’essayage est-il donc si étroit? Oui, il s’en passe de drôles en Belgique.

Les légendes urbaines de Belgique. Par Aurore Van de Winkel. Éditions Avant-propos, 309 pages, 25 euros
Couverture : éditions Avant-propos

Posté le 18 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Playas, le Truman show du terrorisme

Par Philippe Degouy

Il suffit parfois de la promesse d'un sujet d'article ou de livre prometteur pour déplacer des montagnes, ou du moins pousser un auteur curieux à parcourir plus de 8000 kilomètres pour le découvrir et l’approfondir. Artiste et écrivain britannique, Jason Oddy publie Notes du désert. Son premier livre. Le récit d'un voyage au milieu de nulle part, dans l’un des coins les plus reculés des Etats-Unis : au cœur du Nouveau-Mexique.
Un Etat moins populaire que la Californie, soit, mais qui réserve bien des surprises à ses visiteurs. Terriens ou pas. Des espaces infinis, qui semblent capables d’héberger le monde entier, à donner le vertige. Véritable paradis pour tout misanthrope, qui n’aura pas l’occasion d’être plongé dans ce tourisme de masse si envahissant.
Seul au monde pourrait être la devise du Nouveau-Mexique. Des déserts immenses où rouillent les restes de voitures et d’anciennes mines abandonnées. Des vestiges de motels désaffectés, parfaits comme décors pour des thrillers de série B, voient passer les rares voitures. Un trop plein d’espace qui ne manque pas de charme pour qui cherche l'inspiration.

« L’idée de plonger au fond de ce qui était en train de secouer l’Amérique m’avait emmené jusqu’au Bootheel, un coin perdu dans le Sud-Ouest du Nouveau-Mexique. Quelques ranchs, quelques mines désaffectées. Et d’innombrables migrants traversant la frontières. » Parmi ces fantômes d’un passé révolu, la petite ville de Playas. Un trou perdu comme il en existe tant dans l’Amérique profonde. Une grand-rue, quelques boutiques, un restaurant local et des buissons transportés par les bourrasques. Le tout sous la chaleur écrasante de l’été. Un vrai décor de film à la Tarantino.
Jugé parfait également par le gouvernement américain pour servir de terrain d’entraînement « en vrai » aux forces de police du pays. Une ville, construite dans les années 70, rachetée clés sur porte pour 5 millions de dollars, habitants compris à la compagnie minière Phelps Dodge.
Une ville devenue terrain d’entraînement pour les soldats, les policiers destinés à la lutte contre le terrorisme. Un parc d’attractions pour forces de police où l’enfer se déchaîne chaque jour. De 9h à 5. Benvenidos a Playas, New Mexico. La ville de la terreur.

NOTESDESERTSur le ton du candide de service, Jason Oddy observe et relate dans ses notes du désert cet étrange cérémonial qui se déroule dans les rues de ce coin paumé d’Amérique. Entraîné malgré lui dans la lutte contre le terrorisme qui a suivi les actes du 11 septembre. Revenue à la vie grâce à la terreur, Playas sert maintenant de vitrine à l’étranger. Les alliés de Washington peuvent ainsi louer la ville et ses hôtes pour quelque 10.000 dollars la journée. Décors réalistes, explosions et citoyens de Playas déguisés en terroristes orientaux compris.

« Dans ce coin reculé du Nouveau-Mexique, Playas, qui ne créait plus rien, s’était ainsi rendue parfaitement indispensable. Offerte au service de la sécurité des Etats-Unis. La ville réinventée. » Le Truman show du terrorisme en sorte.
Si le lecteur a quelques fois l’impression d’être dans une fiction, le récit relève pourtant de la réalité, avec un auteur qui sert de guide, véritable éponge qui absorbe tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend. Playas, une ville qui aurait pu se reconvertir dans quelque chose de plus lucratif mais qui s’est rassemblée avec enthousiasme sous l’ombre de la bannière étoilée. Avec cette impression de participer à sa manière au combat contre les forces du Mal. « Ce que l’on fait à Playas est d’essayer d’empêcher l’histoire de se répéter. »

À quelques heures de route de Playas, Roswell n’a rien à lui envier question originalité. Ici aussi, la ville a su se redresser. Sur un autre segment. Plus juteux pour le commerce : les aliens. Ceux qui auraient crashé une soucoupe en été 1947. Depuis, la ville se nourrit des complots, des propos d'experts, des touristes venus voir le site du « crash » et dépenser les dollars dans les boutiques et le musée international des ovnis.
Avec ce don d’observation, Jason Oddy dresse un portrait hilarant, en quelques touches d’humour britannique, de ce microcosme qui vit dans un autre monde. Il s’en passe des choses au Nouveau-Mexique, où l’on découvre avec l'auteur les traces d’anciens scientifiques nazis, « invités » par les Américains après la défaite de l’Allemagne en 1945. Il reste des vestiges de leur passage dans le désert de White Sands, avec cet étrange musée de missiles, dressés comme des totems.

Comment, après tout cela, en vouloir à l’auteur de voir des lapins géants et des cubes volants dans la nuit. Le désert peut détraquer toute notion de réalité pour un Britannique à la recherche d’un raccourci pour rejoindre l’Arizona. Un raccourci que jamais il ne trouva. Car la vérité est ailleurs, alors que résonnent dans le désert  les paroles du tube patriotique de Darryl Worley, Have you forgotten, devenu l'hymne de guerre de Playas :  « have you forgotten how it felt that day? To see your homeland under fire and her people blown away. Have you forgotten when those towers fell? »

Notes du désert. Par Jason Oddy. Éditions Grasset, 256 pages, 20,00 euros
Couverture : éditions Grasset

Posté le 18 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Quelques livres pour un été réussi

     Par Philippe Degouy

Les vacances, attendues, méritées, sont à nos portes. L’occasion pour beaucoup d'entre nous de s’attaquer, enfin, à cette pile de livres mis de côté faute de temps pendant l'année. C’est certain, vous n’aurez ni le temps, ni la volonté réelle de tout lire.
Nous vous proposons donc une petite sélection de nos coups de cœur du premier semestre. Ces livres lus et appréciés, conseillés sans retenue.
Préparez votre petit cabas estival, voici de quoi le remplir.

Pour l’info, le blog littéraire de L’Echo restera ouvert tout l’été. Avec de nombreuses nouveautés déjà sélectionnées. Vous ne manquerez pas d’idées de lecture, c’est certain.

Bonnes vacances. Rendez-vous aussi sur http://lechoblogs.typepad.com/lupourvous/ pour toutes nos chroniques de ce premier semestre. Au plaisir de vous lire aussi sur Twitter @Lupourvous

Les romans ont toujours la cote sur la plage ou à l’ombre d’un arbre, le verre de rosé pas trop loin de la main. Avec, comme d'habitude, les thrillers sur la plus haute marche du podium.
Gros coup de cœur pour Du feu de l’enfer (éd. Presses de la Cité), roman de Sire Cedric. L’auteur que l’on compare à Stephen King. Son ouvrage ne se laissera pas reposer avant la fin. Les amateurs de films d’horreur et de thrillers bien poisseux (par le sang versé) seront à la fête avec cet hommage au personnage de slasher (un tueur qui élimine les personnages un par un, ndla), cher au cinéma américain. Du feu de l’enfer atteint son but, magistralement : déstabiliser le lecteur dès les premières pages. Pour ne plus le lâcher jusqu’au dernier mot.
FEUDELENFERThanatopracteur, Manon Virgo vit en permanence avec la mort. Celle de ses clients, qu’il faut rendre présentables aux familles. Une existence sans vie sociale. Quand son frère Ariel vient lui demander de l’héberger pour une nuit, elle sait d’emblée que les ennuis vont suivre. De fait, les morts se suivent, plus horribles les uns que les autres. Une mystérieuse secte traque Ariel. Pour récupérer un objet dérobé.
Le livre refermé laisse la même impression que celle ressentie à la sortie de ce train fantôme présent dans chaque foire qui se respecte : le plaisir d’avoir tremblé. Avant de retrouver la sécurité du monde réel. La sécurité? Vraiment? Ne voyez-vous pas la menace qui vous entoure? «Ils» sont là. Partout. «Il existe sous la surface de notre société des cercles puissants, des hommes et des femmes qui ont ouvert les portes de l’enfer
Du feu de l’enfer. Thriller de Sire Cedric. Collection Sang d’encre. Éditions Presses de la Cité, 558 pages, 21,50 euros


Appelez Zach si vous manquez d’assurance

Avec Police d’assurance, Stéphane Denis propose un roman qui hésite entre genre policier et peinture sociale. Zacharie Lourne, le personnage principal, est flic des assurances. Après un excès de zèle, la voilà mutée au cœur de la France profonde. Sans se démonter, Zach accepte la sentence, avec philosophie, à défaut d'une épaule masculine sur qui se reposer. Sur place, elle se lance sur la trace d’un incendiaire de granges de ferme. Mais à défaut de pyromane, c’est un meurtrier qui va se mettre sur sa route. POLICEDrôle de dossier d’ailleurs, avec des bourgeois locaux, présents à la messe le dimanche matin mais aussi à la tête d’un réseau d’amazones rurales. Le genre à pratiquer la bête à deux dos pour quelques billets.
Une affaire qui roule, jusqu'au jour où un grain de sable grippe la mécanique du réseau de prostitution. Police d’assurance (éd. Grasset) est un roman qui livre un savoureux et truculent portrait de la vie de province, «là où le matin est comme le soir, une lueur triste». Plus que l’intrigue policière, la peinture de ce coin de France profonde se révèle particulièrement réussie, acerbe et drôle. On sent, chapitre après chapitre, l’hommage adressé à Simenon et à la filmographie de Claude Chabrol, le cinéaste qui a décrit cette bourgeoisie de province dans plusieurs classiques du cinéma.
Force est de constater que Stéphane Denis a pris un malin plaisir à rassembler cette belle brochette de personnages bas de plafond. «Et on dit qu’il ne se passe rien en province!»
Police d’assurance. Roman de Stéphane Denis. Éditions Grasset, 128 pages, 14 euros


Playas, le Truman show du terrorisme

Notes du désert (éd. Grasset) n’est pas un roman, mais le lecteur pourrait le penser dès le début de sa lecture. Les faits racontés sont tellement énormes que l’on doute. Jason Oddy conduit ses lecteurs au Nouveau-Mexique, à Playas. Une ancienne ville minière rachetée par le gouvernement américain pour servir de terrain de jeu aux forces anti-terroristes. Avec des habitants qui jouent le rôle des bad guys. Avec plaisir. Une ville étrange mais pas plus que ses voisines, dont Roswell, devenue la capitale mondiale des ovnis depuis le crash supposé d’un objet volant en 1947.
NOTESDESERTL’auteur sert de guide, véritable éponge qui absorbe tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend. Playas, une ville qui s’est rassemblée avec enthousiasme sous l’ombre de la bannière étoilée. Avec cette impression de participer à sa manière au combat contre les forces du Mal.
Avec son don d’observation, Jason Oddy dresse un portrait hilarant, en quelques touches d’humour britannique, de ce microcosme qui vit dans un autre monde. Il s’en passe des choses au Nouveau-Mexique, où l’on découvre avec l'auteur les traces d’anciens scientifiques nazis, «invités» par les Américains après la défaite de l’Allemagne en 1945. Il reste des vestiges de leur passage dans le désert de White Sands, comme cet étrange musée de missiles, dressés comme des totems. Comment, après tout cela, en vouloir à l’auteur de voir des lapins géants et des cubes volants dans la nuit. Le désert peut détraquer toute notion de réalité pour un Britannique à la recherche d’un raccourci pour rejoindre l’Arizona. Une joyeuse découverte littéraire.
Notes du désert. Par Jason Oddy. Éditions Grasset, 256 pages, 20,00 euros

Roswell, un dossier non classé depuis 70 ans

En cet été 2017, on «fête» le cinquantième anniversaire du crash de Roswell. Que s’est-il passé dans cette prairie perdue dans l'Ouest américain en ce début de juillet 1947? Pour l’armée, ce n’était qu’un ballon-sonde. Pour les témoins, il s’agissait plutôt d’un engin venu d’ailleurs, avec des corps de créatures étranges. Rédigé par Gildas Bourdais, spécialiste des ovnis, Roswell la vérité se lit comme un roman. Un document qui étonne, interpelle. Il pousse à la réflexion et suscite bien des questions. ROSWELLQue s’est-il réellement passé à Roswell en juillet 1947? Aura-t-on un jour une réponse? Impossible à dire. Dans l’attente, «le débat sur ce qui s’est écrasé continue.»
Le cas Roswell est d'une grande importance pour le phénomène ovni. Si une preuve de ces débris retrouvés était ramenée à la surface par un témoin, elle marquerait la fin de cette politique du silence.
Roswell, la vérité. Par Gildas Bourdais. Éditions Presses du Châtelet, 272 pages, 20 euros environ


Au 36, on sert encore le poulet à l’ancienne

À quelques semaines de leur déménagement, les forces de police du 36, quai des Orfèvres dressent un bilan de leur action. Journaliste spécialisée dans les affaires criminelles, Patricia Tourancheau invite le lecteur à la suivre au cœur d’un mythe, sur les traces des grands flics et des grandes affaires criminelles. L’enlèvement du baron Empain, Landru, la mort de Mesrine, Action directe, Guy Georges …
36QuaiSon livre fait figure d’état des lieux avant changement de locataire(s). Nombreux sont les anciens patrons à témoigner de leur vécu au sein de ces murs. Et c'est loin d'être triste.
Au 36, si les poulets font leurs adieux à la Seine, ils ne quittent pas pour autant la scène…de crime. Allez, debout les morts, on change de cimetière, pour reprendre cette citation populaire. Entre deux affaires, le ton vire parfois à l’ambiance digne d’un San Antonio de Frédéric Dard. Avec ces pots de départ ou servis pour fêter la mise à l’ombre d’un beau crâne (un truand d'envergure, ndla). Bienheureux le fournisseur de pastis au 36.
On sourit, on rit, à l’évocation du passage régulier en les murs de Serge Gainsbourg, dont on connaissait la sympathie pour les flics. Il venait siroter quelques verres, pour se délecter de faits divers.
«Il s’engagea sous la voûte de la PJ. Il fut triste à l’idée que, dans si peu de temps, il ne viendrait plus ici chaque matin» (Georges Simenon, L’Amie de madame Maigret).
Le 36. Histoires de poulets, d’indics et de tueurs en série. Par Patricia Tourancheau. Éditions Le Seuil/Les Jours.fr, 395 pages, 22,50 euros


L’été, c’est aussi l’occasion de se gaver de bulles. Et nombreuses furent les BD publiées en six mois. Voici, pour terminer notre chronique, un petit florilège de coups de cœur. Là aussi, la qualité a été au rendez-vous. Avec de tout. Dans tous les genres. Du western à la science-fiction, en passant par le policier.

Objectif Ter, d’où viens-tu Mandor?

Année? Indéterminée. Lieu? Un endroit baptisé Ter. Une planète habitée, semi-désertique, qui semble avoir connu un passé développé. Jeune pilleur de tombes, Pip détrousse les morts pour vivre. Un soir de fouilles, il découvre la tombe d'un homme, qui se réveille subitement. Nu, sans biens, muet et porteur d’un tatouage sur le bras droit : «Main d’or». Quand l’inconnu, désormais baptisé Mandor par Pip, réussit à refaire fonctionner un projecteur d’hologrammes, sa renommée prend davantage d’ampleur au sein du village. TERMandor intrigue également les prêtres du Haut-Mesnil, inquiets de sa ressemblance avec le prophète des livres sacrés. Réalisé par Rodolphe au scénario et Christophe Dubois au dessin, Ter se veut tout à la fois récit fantastique et de science-fiction. L’action, étalée en une trilogie, se situe dans le futur, mais relativement proche. Objectif Ter, si vous souhaitez partager notre plus gros coup de cœur BD de ce début d’année. Là-haut, personne ne vous entendra rêver.
Ter tome 1. L’étranger. Scénario de Rodolphe, dessin de Christophe Dubois. Éditions Daniel Maghen. 80 pages, 16 euros environ


Steve McQueen en pole position au Mans

Steve McQueen in Le Mans (éd. Garbo Studio) rend un double hommage. À Steve McQueen, d’abord. Un acteur apparu à l’artiste suisse Sandro Garbo dans un rêve. Au Mans ensuite, l’une des épreuves les plus mythiques du sport automobile qui réunit chaque année un plateau hors du commun. Plus qu’une BD, il s’agit plutôt d’un livre conçu et construit comme un beau livre.
L'ouvrage, à la couverture solide et imprimé sur du papier glacé, repose sur le film Le Mans, dans lequel Steve McQueen s’est impliqué à 100% pour dresser un portrait proche de la réalité. L'album est devenu culte, épuisé en quelques semaines.
LEMANSMCQUEENPour les auteurs, il s’agit de la récompense d’une vaste entreprise qui a duré plus de trois ans, avec sept dessinateurs au travail. Pour reproduire au mieux tous les détails du spectacle, des coulisses, des bolides et des scènes les plus célèbres du film. Même si les fans connaissent le film par cœur, on se laisse envoûter par le dessin. Chaque planche est méticuleusement réalisée, avec une multiplication des plans pour rendre le côté dynamique de la course. Si vous ne devez acheter qu’une BD sur l’automobile cette année, ne cherchez plus, vous l’avez.
«Steve McQueen in Le Mans.» Tribute edition (version française). Adaptation de Sandro Garbo. Dessins et couleurs de Florian Afflerbach, Jared Barel, Julien Dejeu, Sandro Garbo, Thomasa Lebeltel, Guillaume Lopez et Pierre Ménard. Garbo Studio, 64 pages, 32 euros

Gaston Lagaffe fête 60 ans de gaffes. M’enfin !

En marge de l’exposition Gaston Lagaffe tenue au Centre Pompidou, le très beau catalogue mérite de rejoindre votre bédéthèque. Un bel objet à la couverture jaune, joyeux de la première à la dernière page. Avec des planches en couleur, des reproductions de documents, des photos de Franquin. Autant de trésors qui permettent de raviver les souvenirs aux plus anciens et d'amener une nouvelle génération de lecteurs à découvrir le talent d’André Franquin.
Un beau livre qui se savoure. Il ravive une douce nostalgie pour ces années d'or. GASTON60Avec des reproductions de planches commentées par le maître. À la lecture de ses commentaires ou de ses anecdotes, on entend presque sa voix souriante, empreinte d’amour paternel pour ce fils de papier pour lequel il éprouve un tendre amour.
Les planches sont classées par thèmes. Pour révéler les pans de l’œuvre de Franquin. Son goût pour la nature et les animaux, avec les bestioles de Lagaffe, aussi cinglées que lui, son antimilitarisme et son allergie à l’autorité. Un must.
«Gaston au-delà de Lagaffe. Une visite guidée dans l’univers de Gaston commentée par Franquin». Éditions Dupuis/Bibliothèque Centre Pompidou, 210 pages, 30 euros

Posté le 17 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Silence, on souffre!

Le patient couché sur son lit de douleur à l’hôpital peut-il imaginer que le personnel médical qui s’occupe de lui souffre également? D'une autre souffrance. Plus pernicieuse. Plus psychologique. Ce que l’on nomme harcèlement. Certes, l’hôpital est un endroit dur, violent, avec ses peines, la mort omniprésente. Les étudiants peuvent l’accepter, mais pas cette maltraitance décidée par un supérieur. Et si courante. comme le démontre ce document.

Rédigé par le docteur Valérie Auslander, Omerta à l’hôpital (éd. Michalon) propose les témoignages de 130 étudiants issus du monde médical. Le résultat, édifiant, d’un appel à témoins lancé en 2015 par l'auteur. Tous ont raconté, anonymement, ces moments pénibles qui ont poussé certains à changer d’orientation, provoqué des maladies nerveuses ou poussé au suicide. Terrible, ce récit d'une étudiante qui avoue avoir pensé à «se foutre en l’air sur l’autoroute», pour se libérer de cette maltraitance présente jour après jour à l'hôpital.

Des petites mains sans importance?

«Dans le fonctionnement actuel d’un hôpital, les étudiants en médecine ne sont pas des êtres humains. Ils sont des petites mains payées au rabais, permettant de faire tourner les CHU. Des petites mains de l’ombre, jamais remerciées, rarement encouragées, toujours méprisées, qui se disent qu’il faut en passer par là. Les staffs s’enchaînent, les semaines à 90 heures de boulot, les gardes aux urgences… » explique Charlotte Bailly, interne en pédiatrie, dans une introduction qui donne le ton du livre.
Tous les étudiants interrogés témoignent que les mots des chefs de stage, ou de service, sont plus blessants que les coups : «le monde paramédical est un monde qui n’est pas tendre et quand on a la moindre faiblesse, il y a toujours quelqu’un pour appuyer là où ça fait mal
OMERTAAides-soignants, kinés, ambulanciers, étudiants en médecine, sages-femmes… tous sont touchés par ce phénomène, loin d’être neuf au sein de la profession mais en forte augmentation, explique l’auteur. «Je crois que plus on entreprend ces études avec du cœur et moins on est susceptible de réussir souligne un intervenant, qui ajoute que «la pénurie d’infirmières n’est malheureusement pas une conséquence de la difficulté des études mais bien liée à la maltraitance des étudiants

Quelle est l’origine de ces violences subies? Qui sont les agresseurs? Les victimes ont-elles toujours le même profil? Pourquoi cette loi du silence? Autant de questions posées par ce livre noir qui inquiète quant à l’avenir des soins de santé. En effet, ces victimes, une fois diplômées, n’auront-elles pas tendance à reproduire ces maltraitances sur d’autres? Patients faibles ou étudiants.

Page après page se découvrent des témoignages poignants, douloureux à lire et qui furent sans doute très difficiles à coucher sur papier pour les victimes. Des récits complétés par les avis et commentaires d’experts, de chercheurs, de cadres et maîtres de conférence. Choqués, eux aussi par l'ampleur du phénomène. Comme le déclare Bénédicte Lombart, docteur en philosophie pratique, «il faut lire ces récits pour (enfin) regarder en face le tragique du quotidien de nombreux étudiants du secteur médical. Tous prisonniers d’un système capable du meilleur comme du pire
Pour le professeur Didier Sicard, «on assiste à une sélection non pas des étudiants les plus doués, mais des moins sensibles, des plus clivés, de ceux qui supportent des profanations de leurs personnalités. »

Le livre refermé, subsiste une question, fondamentale. Peut-on accepter que de jeunes étudiants qui se destinent à la médecine, pour soigner leur prochain, puissent venir travailler la peur au ventre, des idées de suicide en tête («14% des étudiants ont déjà eu des idées suicidaires»)? La réponse est clairement négative. Ce livre noir des maltraitances faites aux étudiants en santé donne souvent la nausée. Et l’envie folle de gifler ces chefs de service qui prennent plaisir à humilier des jeunes, garçons ou filles, qui ne peuvent réagir, sous peine de rater un stage.
C'est une évidence, «après la publication de cette étude, nous ne pourrons plus dire que’ nous ne savions pas’» explique Gilles Lazimi, maître de conférence. Et si le document concerne les hôpitaux français, il est probable, sinon certain, que la situation est identique en Belgique comme ailleurs.

Silence on souffre? Non, on en parle. Pour briser l'omerta à l'hôpital.

Philippe Degouy

Omerta à l’hôpital, par le docteur Valérie Auslander. Éditions Michalon, 320 pages, 21 euros
Couverture : éditions Michalon

Posté le 17 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Game of Thrones», la saga qui remplit les cimetières

Non, décidément, l’intérêt pour la série ne montre pas encore de faiblesse auprès de ses fans. En témoignent les nombreux ouvrages récemment publiés, en parallèle avec la septième saison qui débute. «Game of Thrones. In memoriam» (publié chez Pygmalion) mérite une lecture estivale. Il propose un petit récapitulatif des (nombreux) personnages disparus. Ce qui constitue l'une des particularités de la saga réside dans le fait que les personnages principaux ne sont pas épargnés par la colère de la Camarde. Et force est de constater que cette dernière ne reste pas oisive. «Tous les hommes doivent mourir» dit un personnage. Certes, mais dans cette lutte pour le trône de fer, on y meurt plus vite qu’ailleurs. Et de façon plutôt… brutale. C’est à qui trouvera la mort la plus spectaculaire. La palme revient sans aucun doute à Viserys Targaryen, qui se voyait déjà roi, brûlé par une couronne d’or fondu. Suivent Oberyn Martell, énucléé par Gregor Clegane, alias «la Montagne» ou bien Kraznys, maître esclavagiste et misogyne, condamné à mort par Daenerys et carbonisé par le souffle de Drogon.

Gameofthrones«Dans cet ouvrage, nous commémorons ceux qui se sont perdus dans ce paysage perfide. Ce monde de Game of Thrones où règnent la tromperie, la vengeance, la guerre et de mystérieuses forces».
Ce guide des disparus, dont le dernier chapitre n’est pas encore rédigé, peut se lire comme un petit résumé de la saga, avec une fiche illustrée des personnages. Avec leur rôle et le récit de leur fin tragique. Un beau petit livre bien présenté et à ranger dans la bibliothèque de tous les fans du «Trône de fer».
Un petit conseil pour terminer? Ne vous attachez pas trop à un personnage, il risque bien de ne voir arriver l’hiver. Car nul n’est à l’abri de la faucheuse dans «Game of Thrones».

«Nous serons bientôt tous réunis. Je le promets» (Robb Stark, roi du Nord). D’accord, mais pas trop vite.

Philippe Degouy

«Game of Thrones. In memoriam.» Collectif. Éditions Pygmalion, 112 pages. 11,90 euros.
Couverture : éditions Pygmalion

Posté le 16 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

40 ans après sa disparition, Elvis reste le roi du rock'n roll

Disparu le 16 août 1977, le souvenir d'Elvis Presley est toujours bien vivant. Ses disques se vendent toujours très bien, les fans défilent à Graceland par milliers. Le roi du rock alimente toujours la passion de ses fans grâce aux rééditions d’albums. De très beaux livres se chargent de raviver les souvenirs et remplir la bibliothèque des fans.

À l’occasion du 40e anniversaire de sa mort, nous vous présentons une petite sélection de livres lus et commentés. Pas des nouveautés, mais des pépites. De beaux livres qui apportent un éclairage intéressant sur le chanteur, le mythe, son héritage.
Partons ensemble sur la route d'Elvis.

«I was the one!» aimait-il chanter. De fait.

Philippe Degouy

Elvis, «le king en devenir»

1956, un jeune chanteur de rock de 21 ans débute sa carrière. Son nom? Elvis Presley. Pour mieux le faire connaître au grand public, sa maison de disques, RCA Victor, demande au photographe Alfred Wertheimer de réaliser une séance de photos et d'immortaliser les débuts de cet artiste timide et mal dégrossi venu du Sud profond. Avec Elvis, «j'étais un journaliste avec un appareil photo en guise de plume
ELVISBONEntre les deux hommes, le courant passe rapidement, si bien qu'Elvis laisse le photographe le suivre au cours de ses déplacements, ses répétitions ou ses moments plus intimes au sein de sa famille. Des photos spontanées et encore libres du carcan médiatique qui allait étouffer l'idole des jeunes quelques années plus tard. Un Elvis encore heureux, accessible. Pour très peu de temps encore. Parmi les clichés présentés, retenons celui, superbe, où Elvis fixe un mur recouvert de photos d'artistes reconnus avec une moue qui semble dire: «moi aussi, je serai un jour sur ce mur
Elvis. Le King en devenir. 225 pages. Photographies d'Alfred Wertheimer. Editions Luc Pire/La Renaissance du livre

Ouvrez le livre aux trésors d’Elvis

Outre son érudition, bien loin des ouvrages purement «people», ce magnifique coffret rend hommage à Elvis de bien belle manière. Basé sur des sources de premier plan, Robert Gordon revient sur la carrière du king en y apportant quantité d'anecdotes. ELVIS2BONOutre le texte, très bien documenté, l'éditeur et l'auteur ont eu la bonne idée de glisser des reproductions de documents personnels qui permettent aux lecteurs de se rapprocher d'Elvis. Des photos de promo, des affiches de films, des lettres manuscrites, le ticket du premier concert important d'Elvis. Mais aussi des tickets pour le fameux '68 Comeback show ou pour le concert en mondiovision à Hawaii. En bonus, le coffret offre aussi un cd d'interviews. Une véritable pièce de collection, simplement magnifique.
Elvis Presley, le livre des trésors. Par Robert Gordon. 49,90 euros. K&B éditions.

Elvis, les fans et l’ethnologue

Qui aurait eu avant Gabriel Segré l'envie de consacrer aux fans d'Elvis une thèse universitaire, puis un livre? Ethnologue et maître de conférence, Gabriel Segré a ainsi suivi durant des mois ces fervents admirateurs d'Elvis Presley. Pour découvrir le pourquoi et le comment de cette admiration sans limite frôlant quelques fois le mouvement sectaire.
ELVIS4BONPour beaucoup d'entre eux, Elvis est réellement devenu une sorte de phare qui les aide à surmonter une vie d'obstacles et d'événements malheureux. Sans moquerie, souvent avec étonnement, le scientifique a cherché à comprendre, au fil des témoignages de témoins, comment un jeune blanc, pauvre au possible, a pu devenir une sorte de dieu personnifié.
Au nom du king. Elvis, les fans et l'ethnologue. Par Gabriel Segré. Editions aux lieux d'être.

Elvis par les Presley

Cet album, axé sur une très belle iconographie, donne la parole aux proches d'Elvis: son ex-femme, sa fille, sa tante...et jusqu'à la cuisinière. Illustré de très nombreux documents personnels, l'album dresse le portrait de l'homme qui se cachait derrière la star. ELVIS5BONUn homme très entouré, mais souffrant terriblement de solitude. Un homme déchiré par la perte de sa mère et n'ayant jamais accepté réellement son statut de dieu vivant.
Elvis par les Presley. Editions Michel Lafon

Ensemble, sur la route d’Elvis

C'est le parcours extraordinaire d'un petit Blanc né dans un quartier pauvre et noir de Tupelo (Mississippi) en 1935 que raconte ici Patrick Mahé. Ancien rédacteur en chef de Paris Match , il nous fait partager avec passion La route d'Elvis de Tupelo à Memphis, Mississippi, en passant par Las Vegas ou l'Allemagne. Une passion pour Elvis qui aurait pu lui faire prononcer aussi l'hommage rendu par John Lennon: «Personne ne m'a jamais vraiment touché jusqu'à ce que j'entende ElvisELVIS6BONL'auteur consacre plusieurs chapitres, fort complets et amusants, à l'influence d'Elvis sur des chanteurs comme Johnny Hallyday ou Dick Rivers, dont le nom de scène a d'ailleurs été emprunté à un personnage joué par Elvis dans Loving You , Deke Rivers... Une anecdote parmi tant d'autres racontées dans ce livre qui fera le bonheur de tous les fans du King.
Sur la route d'Elvis. Par Patrick Mahé. Editions Grasset. 323 pages.

Ladies and gentlemen, «Elvis has left the building». Forever young.

 

Posté le 10 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Alain Delon ou la solitude du samouraï

      Par Philippe Degouy

« Je connais bien la mélancolie d’Alain Delon. J’ai grandi avec ses films. Ils évoquent une façon d’être, de se tenir. » Ces mots, ceux de Stéphane Guibourgé, résument parfaitement son ouvrage, qui ressemble à une biographie mais qui n’en est pas une. Pas vraiment. L’auteur raconte le parcours de la star, certes, mais rédigé dans l’ombre du succès. En mettant à jour les faiblesses et la personnalité tourmentée d’un enfant blessé, qui a traîné sa mélancolie comme un boulet attaché à sa cheville. C’est touchant, et rassurant, de découvrir une star dépeinte comme un homme fragile qui nous ressemble. Dépouillé de ses signes extérieurs de réussite, cette simple carapace qui aide à mieux se supporter et à avancer. Oui, Stéphane Guibourgé connaît bien cette mélancolie né d’une enfance brisée. Car il a connu un parcours de jeunesse semblable, ou peu s'en faut. Un auteur qui se déclare blessé par la vie, comme Alain Delon. « J’ai depuis l’adolescence la réputation d’être un type arrogant, distant, ingérable. Je suis juste timide, sauvage même, et longtemps j’ai eu peur. »

Le cinéma d’Alain Delon ? Une course en avant, pour tenter de semer son passé. Ce sont aussi des rencontres marquantes, avec des pères de substitution, comme Luchino Visconti, René Clément, Jean-Pierre Melville.

AlaindelonCe livre n’est pas une hagiographie, même si l’auteur ne peut réfréner une certaine tendresse pour ce double, ce frère d’armes. Comme lui, il a choisi une certaine solitude pour éviter la trahison, la violence intérieure née d’une enfance difficile.
Alain Delon, sans faire partie de ses proches, il peut pourtant le cerner, le démasquer. « Je crois que Delon, depuis l’origine, est un homme qui a peur et qui ne le sait pas. Cette façon de ne pas s’accepter. De ne pas montrer, de ne pas exprimer sa tristesse, sa faiblesse. » Un sentiment de résistance face aux autres qui est sans doute à l’origine de cette façon de parler de lui à la troisième personne. Celui qui s’exprime devant les caméras, en entretien n’est pas Alain Delon, c’est un autre, un masque. L'armure du samouraï.
« Il faut se méfier des enfants bafoués. Ils n’avancent souvent que mus par la force tirée de l’humiliation par un inextinguible besoin de vengeance. » Retracer le parcours d’Alain Delon, pour l'auteur, c’est se raconter aussi, pour exorciser ses propres douleurs.

Une mélancolie d'Alain Delon qui se nourrit de ses souvenirs d’enfance, de cet enfant balloté par la vie. Blessé par une mère qui signe ses papiers d’engagement à l’armée, sans tenter de le retenir comme une mère aimante le ferait pour un gamin sur le départ en Indochine. Un enfant devenu adulte, et qui voit partir ses repères, ses idoles, ses amis. « Le cinéma de Delon est un monde en voie de disparition. Visconti, Gabin, Ventura, Audiard, Melville, Ronet, Bronson… » Tous partis. Comme ses femmes. Il n’a pas pu (voulu) les retenir. Et pourtant, il a connu les plus belles d'entre elles : Mireille, Nathalie, Romy et les autres. En y pensant, on revoit défiler les grands films d’une filmographie marquante. Qui ne sera jamais plus égalée : La piscine, Notre histoire, Adieu l’ami, Plein soleil, Rocco et ses frères, Le guépard, Le samouraï

Cette biographie, rédigée sous un angle inhabituel, qui n’oublie rien de la carrière de l’acteur, racontée par la bande, se veut également comme le portrait d’une époque disparue. Et là, pour le coup, la mélancolie est pour nous.
Aujourd’hui, Alain Delon aime la solitude, la compagnie de ses chiens. Ils lui permettent de vivre démasqué. D’être enfin Alain Delon. « Les chiens sont ce viatique vers l’apaisement des hommes durs. Ils savent adoucir puis éclairer une âme obscure. » Et les chiens ont cet énorme avantage sur l’homme, ils ignorent la trahison.
Un ouvrage, à l’écriture parfois rude mais toujours touchante, qui se lit avec grand plaisir, pour revivre, par flashes, une carrière qui a réservé aux cinéphiles d’intenses moments de cinéma. Un bel hommage à cette personnalité, plus sensible que l’on pense. Rendue humaine sous la plume de Stéphane Guibourgé. « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. »

La mélancolie d’Alain Delon, par Stéphane Guibourgé. Éditions Pierre Guillaume de Roux, 198 pages, 22 euros
Couverture : éditions PGR

Posté le 7 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Du sport et une alimentation saine, la juste combinaison

Par Philippe Degouy

Avec la belle saison qui nous revient, nombreux sont ceux qui vont reprendre le sport de façon plus intensive. Très bien, bonne idée pour avoir une vie saine. Mais avec quelle alimentation ? Spécialistes de la nutrition et athlètes de haut niveau, Tara Mardigan et Kate Weiler ouvrent leurs cuisines pour une centaine de recettes destinées plus spécialement aux sportifs (mais pas exclusivement). Des plats à consommer avant, pendant et après l’effort.
Le principe de leur livre, Sport Super Food (éd. De la Martinière), véritable coach nutrition, est d’adopter la juste alimentation pour améliorer les performances. « La meilleure cuisine, c’est celle qui est faite à la maison, avec de vrais produits » soulignent-elles d’emblée, comme une évidence. Le secret de bonnes performances ? La consommation de produits naturels, pour obtenir le plein d’énergie et de puissance.

Outre le frigo idéal et les aliments à toujours avoir dans les armoires, les auteures dressent l’assiette idéale selon les types de sports : d’endurance, de force. Contrairement à d’autres ouvrages, plus directifs, les deux sportives n’imposent rien, n’interdisent pas les petits écarts. Que du contraire. « Faites une cuisine simple et saine. Très vite, vos petits plaisirs deviendront occasionnels. Concentrez-vous sur les bons aliments et vous verrez que les moins bons ne vous tenterons plus. »

SPORTSUPERFOOFÀ travers leurs recettes, simples et rapides à préparer avant une séance de sport, elles expliquent comment remplacer tous les compléments artificiels par des substituts naturels. Ne leur parlez pas de ces compléments vitaminés ou barres énergétiques vantées par le marketing. Un pur poison, qui n’apporte rien de bénéfique. Que du contraire. « Désormais, passez un peu moins de temps sur l’étiquette-marketing et un peu plus de temps sur la composition, pour vérifier que les ingrédients vous conviendront. »

L’ouvrage, joyeux, offre une foule de petits trucs destinés aux sportifs, des recettes sans gluten, avec très peu de sel ou de sucre, deux poisons eux aussi. On y apprend notamment comment se confectionner des bonbons naturels avec de la gélatine bio, des glaçons aromatisés pour rendre plus désirable la consommation d’eau.
Des boissons, mais aussi des potages, des plats plus copieux et des desserts. Chaque recette est illustrée, expliquée en quelques lignes, avec son côté bénéfique. Quelques idées picorées dans les pages ? Que diriez-vous de quelques cupcakes à la betterave, de frites de panais ou de choux de Bruxelles à la bostonienne ? Avec comme dessert un smoothie crémeux Pina Colada ou chocolat-épices. Ajoutez,  pour le plaisir, une crème au chocolat reconstituante.

Bon, vous avez apprécié le livre et ses recettes ? Vous avez maintenant cinq minutes pour être en tenue, sur le terrain. Sport, c'est écrit en grand sur la couverture. Let's go.

Sport Super Food, par Tara Mardigan, Kate Weiler. Éditions de la Martinière, 176 pages, 20 euros
Couverture : éditions de la Martinière

Posté le 5 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Repenser la guerre pour la gagner, sans pitié

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la notion de guerre totale semblait mise de côté, quasi éteinte. Faux espoirs, elle s’est juste métamorphosée, mutée. Pour ressurgir partout dans le monde, sous des formes différentes. Avec l’usage de termes plus modérés comme des opérations de police ou intervention. Aujourd’hui on parle de «light footprint operations», opérations à faible intensité et qui misent essentiellement sur l’usage des forces spéciales et des drones face à ces conflits que l'on nomme asymétriques pour le combat mené sur des champs non conventionnels.
La suprématie de l’Occident qui prévalait à l’issue du conflit Est-Ouest est désormais remise en question par des groupements terroristes autant que par des Etats. La guerre du XXIe siècle est marquée par des situations de crise dans lesquelles les acteurs non-étatiques disposent de moyens de niveau étatique. La guerre qui avait disparu entre Etats «reprend sous une forme nouvelle, moins bien canalisée, permanente, éparpillée et en extension

Comment l’Occident doit-il agir, réagir face à ces nouvelles menaces? Pas moins dangereuses que les guerres d'antan. Tel est le sujet principal du document publié par les éditions du Rocher, «La guerre par ceux qui la font». Un ouvrage rédigé par un large panel d’officiers supérieurs. Français, italiens ou allemands. Leurs études ne sont pas celles de bureaucrates mais de soldats qui ont connu l’engagement en opex (opérations extérieures).

Une modification de la conduite de la guerre qui remet également en cause le modèle basé sur la haute technologie, cher aux Américains. Celui qui promet zéro mort ami mais qui se révèle désormais inadapté, inefficace face à des adversaires qui ont appris à se situer en dessous du seuil d’utilité de nos systèmes d’armes. Pourquoi larguer des bombes perfectionnées, très coûteuses, sur des cibles qui ne méritent pas plus que quelques balles.

Pour l'état-major réuni à l'occasion de ce livre dirigé par le général Benoît Durieux, il est temps de repenser la notion de guerre pour comprendre notre monde en mutation et saisir notre chance de retrouver notre rang. Le premier.
Bien documenté, avec de fréquents recours à l’histoire, le document ne se veut pas comme un manuel de guerre pratique mais comme une source d’étude, comme un outil qui rappelle les propos de Carl von Clausewitz : «la réflexion sur la guerre la plus efficace n’est pas celle qui propose des recettes pour le succès, mais celle qui vise à la comprendre et à entrer dans sa logique interne

GuerreDes chapitres débattent de sujets qui se révèlent pleinement d’actualité. À l’instar de celui qui pose la question de savoir si la lutte contre-insurrectionnelle est vouée à l’échec. Les exemples tragiques des récents conflits afghan et irakien semblent montrer que la contre-guérilla marque le pas. De nouveaux adversaires obligent les armées occidentales à repenser les tactiques de combat. «Notre ennemi  s’inscrit dans une logique de guerre d’usure alors que nous pensons encore pouvoir mener des guerres rapides.» Dans ce cadre s’inscrivent la lutte contre Daech et les talibans, lesquels ont épuisé les troupes occidentales dans les montagnes d’Afghanistan pendant plus de 10 ans.
Sujet original et peu connu, les enjeux d’une guerre possible en Arctique, où le réchauffement climatique rend plus disponible les nombreuses ressources naturelles, sont largement détaillés. Un endroit du globe à tenir à l’œil dans un avenir plus ou moins proche.

Comment résoudre les nouveaux types de conflits?

Quelles réponses apporter pour lutter contre un adversaire qui n’est pas décidé à suivre les règles et les conventions, difficilement prévisible, audacieux et fanatique? Pour les auteurs, «une modification du cadre normatif et juridique des conflits armés s’impose pour s’adapter aux situations dans lesquelles il n’existe aucune autorité nationale légitime. Cela peut aller jusqu’à admettre que face à un ennemi qui méprise les règles, il n’y a certainement pas de meilleure tactique pour s’en défendre que de les transgresser aussi.»

La conclusion à apporter à un ouvrage qui se lit avec intérêt et qui évite le piège de trop nombreux termes militaires, parfaitement abscons pour le lecteur lambda.
Une leçon d’histoire militaire bienvenue dans le contexte actuel.

Philippe Degouy

«La guerre par ceux qui la font. Stratégie et incertitude». Sous la direction du général Benoît Durieux. Éditions du Rocher, 367 pages, 22 euros
Couverture : éditions du Rocher

Posté le 3 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le mystère de Roswell subsiste depuis 70 ans

Par Philippe Degouy

Dans l’histoire de l’ufologie (l’étude des ovnis, ndla), un dossier, jamais détrôné, déchaîne toujours les passions : celui de Roswell et le crash d’un objet volant. Un événement controversé qui fait toujours couler l’encre depuis son origine, en juillet 1947.
À l’occasion des 70 ans du phénomène ovni et du début de cette affaire, Gildas Bourdais, ufologue français, publie aux éditions du Châtelet Roswell, la vérité. Sa vérité sur un crash survenu non loin de la petite ville de Roswell, Nouveau Mexique. Un crash d'une soucoupe volante? Ou celui d'un simple ballon sonde qui aurait échappé à l’armée américaine? Depuis sept décennies, le débat fait rage. Entre partisans de la thèse officielle et ceux qui défendent l’idée du crash d’un vaisseau spatial. Depuis, tout et n’importe quoi a été publié à ce sujet.

Avec son document, fruit d’une vingtaine d’années de recherche, Gildas Bourdais, partisan de la thèse extraterrestre, résume ce dossier passionnant et passionné, avec de nombreux témoignages, ceux de témoins qui ont (enfin) bravé le secret militaire pour parler. Une dernière fois sans doute, l'âge aidant.
Pour ceux qui ne connaissent pas le sujet, reprenons depuis le début. Nous sommes début juillet 1947. Après un terrible orage, le fermier Mac Brazel découvre son champ recouvert de milliers de débris métalliques. Un métal étrange, à mémoire de forme et indestructible. Intrigué, il apporte certains éléments au shérif de Roswell, qui appelle la base aérienne de Roswell. Celle rendue célèbre par son escadrille de bombardiers atomiques, qui a bombardé le Japon en août 1945.
Peu de temps après, un communiqué confié à la presse annonce le crash d’une soucoupe volante à Roswell. Une information démentie peu après. Le major Marcel, qui a vu les débris de l'objet écrasé, est sommé de suivre la thèse officielle : la soucoupe ne serait qu’un ballon sonde écrasé. Plus tard, la thèse sera modifiée : il s’agissait en juillet 1947 d’un train de ballons chargé de suivre les essais nucléaires soviétiques. Quant aux corps retrouvés, il ne s'agissait que de simples mannequins utilisés pour tester les parachutes. Faut-il être vraiment idiot pour confondre un cadavre avec un mannequin de bois rigide.

Une explication, d'emblée fort douteuse, acceptée par la presse. Soit, mais qui ne tient pas la route. L’auteur rapporte toutes les imprécisions et impossibilités liées. Dont la première : un pilote habitué à voir ces ballons, régulièrement lancés, aurait-il pu confondre des débris d'un ballon avec ceux d’un aéronef inconnu (a priori pas forcément extraterrestre)? Admettons, dit l’auteur, que l’objet était bien un ballon (qui normalement n’explose pas). Pourquoi a-t-il fallu un tel déploiement en hommes et en matériel durant plus d’une journée? Pourquoi les témoins ont-ils été menacés, leurs maisons fouillées à la recherche de débris récoltés? Pour des restes d’un simple ballon? Du matériel rarement récupéré d’habitude.

L’ouvrage, illustré de nombreux témoignages et d'un cahier photographique, retrace tout le dossier et ne manque pas de souligner les contradictions de la thèse officielle. Comme celles de certains témoins.
Beaucoup de bruit pour rien, pourrait-on dire depuis plus de 70 ans. Dans l'hypothèse que c’est bien un ballon qui s'est crashé. Toutes les possibilités ont été avancées, avant d’être écartées une par une: une fusée expérimentale, un crash d’avion. Rien ne résiste à l’étude. Quant au crash d’un ovni, mis à part les témoignages récoltés, rien ne vient vraiment étayer cette possibilité.

ROSWELLPar ailleurs, Gildas Bourdais ne manque pas de revenir sur ce film étrange présenté en 1995, celui d’une prétendue autopsie d’un alien retrouvé à Roswell. Un faux? Probablement, disent les professionnels, mais avec des effets spéciaux d’une excellente facture. Un film trop bien réalisé, très coûteux. Juste pour le plaisir de discréditer le dossier?
L’auteur avance quant à lui une théorie plus audacieuse : et si le film n’avait d’autre but que celui de préparer le public à l’arrivée d’aliens? Un vrai film présenté comme un faux. L'origine réelle du film n'est toujours pas connue.

Le cas Roswell est d'une grande importance pour le phénomène ovni. Si une preuve de ces débris retrouvés était ramenée à la surface par un témoin, elle marquerait la fin de cette politique du silence.
Ce livre étonnant, qui se lit d’une traite, est bouleversant. Il pousse à la réflexion, et suscite bien des questions. Que s’est-il réellement passé à Roswell en juillet 1947? Aura-t-on un jour une réponse? Impossible à dire. Dans l’attente, « le débat sur ce qui s’est écrasé à Roswell continue. »
Quant à l’armée américaine, qui jure la main sur le cœur qu’elle n’a jamais rien eu à cacher, elle reste obstinément fidèle à sa conclusion (improbable) : « ce que les aviateurs de Roswell ont découvert dans ce champ est un train de ballons . » Point final.
Peut-on imaginer pire affront infligé aux témoins, dont des pilotes d’élite sélectionnés pour leurs qualités pour la plus terrible des missions de guerre dans le Pacifique?
Oui, la vérité est ailleurs. Plus à Roswell. Tous les éléments récoltés ont été récupérés par l'armée.

Roswell, la vérité. Par Gildas Bourdais. Éditions Presses du Châtelet, 272 pages, 20 euros environ
Couverture : éditions du Châtelet

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