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Posté le 22 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

L’adjudant des mots qui aimait tant son cassetin

Par Philippe Degouy

Derrière la faute, cherchez la femme. En rouge, la couleur préférée de Muriel Gilbert, l'auteure de ces Confessions d’une dompteuse de mots. Au bonheur des fautes. Un récit à la première personne qui permet de suivre (à la lettre) son parcours de correctrice au «Monde». L’auteure nous ouvre les portes d’un endroit mystérieux, bien peu connu du grand public : le cassetin. Le service de corrrection d'un journal.
Cet ouvrage se présente comme l’hommage dédié à ces oubliés de la presse, sans qui la prose d’un journaliste n’aurait pas la même saveur ni le même sérieux. Ah bon, ça fait des fautes un journaliste ? Ah non peut-être, comme on dit à Bruxelles. Ce qui veut dire en français de France « oui sûrement. » Une langue à la richesse presque infinie. Et complexe, en plus. Avec ses règles de grammaire à donner la migraine, ses exceptions, ses curiosités. Comme le squelette. Le seul mot masculin qui se termine par « ette ». Bon à savoir pour briller dans une soirée.
De nombreux exemples de difficultés sont disséminés au fil de l’ouvrage. Comment faire la différence entre tache et tâche ? Comment écrire le pluriel des noms composés, jongler avec la ponctuation et ses espaces ? Doit-on dire un ou une interview ? Autant de justificatifs de l’existence de ce métier, qui peut se comparer au rôle de chien d’avalanche dans une rédaction.

FAUTESUn correcteur transformé aujourd'hui en une sorte de chef-d’œuvre en péril. Pour des raisons économiques, seulement. Le duel entre les correcteurs et les logiciels de correction (aussi cons que peu efficaces) n’aura pas la peau de Muriel Gilbert. Le cerveau humain ne sera jamais mis en péril par des puces et des lignes de programmation quand il faudra de la réflexion. Mais comme le bibliothécaire-documentaliste, assassiné par l'Internet dans le rôle de Brutus, le correcteur va devenir de plus en plus rare au sein des rédactions.
Avec son humour, parfois caustique, toujours drôle, Muriel Gilbert réussit à présenter son métier comme une sacrée aventure. Parfois rock’n roll au moment du bouclage, quand il faut relire et corriger un dernier texte. Ingrat aussi, car le travail du correcteur est « comme celui de la femme de ménage : transparent. On ne le remarque que lorsqu’il est mal fait. Quand il n’y a plus de fautes dans un texte c’est normal. Quand il en reste, c’est de la faute du correcteur. »

Un chapitre revient sur cette fameuse réforme de l’orthographe, qui a fait couler tant d’encre. À ce propos, Muriel Gilbert insiste sur les besoins de connaissances suffisantes de l’orthographe. La simplifier, car jugée trop élitiste ? Quelle idée. Comment oublier, dit-elle, qu’ « une orthographe approximative est toujours un facteur de discrimination professionnelle, notamment à l’embauche. »
Pour reprendre l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, cité dans l'ouvrage, « l’orthographe, c’est comme la propreté, une question de respect de l’autre. »

Un livre à lire deux fois. Pour le plaisir de lecture, et pour noter toutes les règles et astuces distillées au fil des pages. Pour ne plus faire de fôtes. De fautes.

On notera aussi, en guise de bonus, le geste, appréciable, de l’auteur qui nous offre le contenu de sa boîte à outils (dicos, ouvrages de références, liste de sites). On dit merci à Muriel Gilbert, « médecin des mots mal fichus ».
Un document qui participe, à sa manière, à la Semaine de la langue française et de la Francophonie qui se déroulera du 18 au 26 mars.

Au bonheur des fautes. Confessions d’une dompteuse de mots, par Muriel Gilbert. La librairie Vuibert. 232 pages, 15,90 euros environ
Couverture : éditions La Librairie Vuibert

PS : si l'auteure trouve des fautes dans cette chronique, on dira qu'elles ont été faites par jeu. Un système de défense comme un autre non ? Merci de nous les retourner. Et de ne pas barrer l'écran de votre ordinateur d'un coup de feutre rouge rageur.

Posté le 22 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Quand le roi Lire se raconte, c'est du Bernard Pivot pur jus

Par Philippe Degouy

Une autobiographie ? Pas du tout. La mémoire n’en fait qu’à sa tête se présente comme un livre bien plus joyeux. Comme un coffre au trésor, rempli de rencontres marquantes, de lectures aimées, à partager.
Ce livre est un patchwork savoureux, présenté par Bernard Pivot dans un désordre apparent, composé de  (trop) courts chapitres, débutés par un extrait de livre lu par l’auteur. Ce n'est pas un dictionnaire non plus, les entrées se suivent sans réel fil conducteur. Nul besoin de lecture linéaire, on peut y piocher tel ou tel chapitre dans le désordre ou suivre l'ordre choisi. Qu'importe. « Plus je vieillis, plus mes lectures sont ponctuées d’arrêts commandés par ma mémoire. Elle aime déclencher sur moi des ricochets, le plus souvent littéraires. La mémoire n’en fait qu’à sa tête. C’est pourquoi, elle interrompt mes lectures pour des bagatelles, des sottises, des riens qui sont de nos vies des signes de ponctuation et d’adieu. »

Pour paraphraser Michael Audiard, quand le roi Lire écrit, on le lit. Presque religieusement. À l’affût d’une anecdote savoureuse, d’un trait d’esprit, que l’on devine teinté d’un sourire ironique.
Pour peu, le lecteur pourrait se croire sur un plateau d’Apostrophes, dans le public, face à Bernard Pivot comme seul invité. On imagine bien la scène : l'auteur dans un bon fauteuil, avec une lumière douce. Qui se raconterait d'une voix douce, riante comme une bonne tablée lyonnaise. Avec des silences, comme pour mieux mettre l'accent ou créer du suspens. Comme Duras savait si bien le faire. L'auteure est d'ailleurs bien présente dans la mémoire de l'académicien.

PIVOTUn livre qui se savoure. Comme un verre de bon vin. En prenant soin de le respecter. On lit un chapitre, on y revient pour une phrase, un mot, une tournure.
Dans ce livre, on découvre d'étonnants souvenirs. Dont celui relatif à l'engagement de l'auteur au Figaro littéraire, non sur la base de ses connaissances, mais comme négociant en vin pour le compte du rédacteur en chef. Le vin, c’est une histoire de famille chez Bernard Pivot. Au point qu’il propose de l'ajouter au programme scolaire. Pourquoi pas, cela pourrait relancer la filière viticole. Remplacer l'histoire des rois de France par celle des millésimes.

Impossible, bien entendu, de passer au-dessus de son émission mythique du vendredi soir, Apostrophes. Un monument culturel. Une émission littéraire longtemps imaginée comme le moyen trouvé par les pros du marketing pour amener les lecteurs en librairie le samedi matin. Fausse route. « À la vérité, c’est par hasard qu’Apostrophes a été programmée à l’écran le vendredi. Aucun producteur ni animateur ne voulait s’y mettre. Pour ne pas risquer l’échec face au théâtre et au film des chaînes concurrentes. Il n’existe d’ailleurs aucune photo de la première d’Apostrophes. Pas un photographe d’agence ne s’était dérangé. »

L’importance du silence, façon Marguerite Duras, Lyon, l'hommage à Karen Blixen ou au regretté Jean-Pierre Melville, la haine qui existe entre écrivains. Les chapitres ne se ressemblent pas et surprennent. Souvent. On (re)découvre des auteurs moins connus du grand public, comme Michel Chrestien à qui rend hommage un Bernard Pivot, plutôt ému.
S'il ne dit pas tout sur lui, l'auteur nous gratifie d'un scoop. Monsieur l'académicien est généreux. Il concerne une rencontre filmée avec la poétesse Louise Labé. Un pur rôle pour Bernard Pivot. Forcé de cacher sa relation amoureuse avec l'intellectuelle. Bien joué.
Page après page, « Le petit Rimbaud », son surnom donné par Renée Massip, a de quoi raconter, au fil de ses décennies de littérature et de journalisme. Une dernière profession pour laquelle il partage avec Marguerite Duras le goût pour l’urgence de l’écriture, « le texte doit avoir en soi la force de la hâte avec laquelle il a été rédigé. » Au travers de certains chapitres, on devine aisément l'intérêt avoué pour les poètes de la chanson française. Dont Pierre Perret à qui l'on pense d'emblée quand Bernard Pivot relate ses émotions face à un décolleté prometteur. Ce moment furtif qui dévoile une jolie poitrine. Aimer les livres n'empêche pas d'être coquin.
 
D’une écriture drôle, ironique bien souvent, avec un talent d’autodérision, Bernard Pivot ne cède jamais à la tentation de dicter une règle ou un comportement. Pas réactionnaire pour un sou le journaliste-écrivain. « La langue française doit bouger, s’ouvrir, s’enrichir, vivre comme un grand corps musclé qui s’oxygène » dit-il, avec force et conviction. On lira avec autant de plaisir ce chapitre dédié au syndrome de Peter, non applicable à la jeunesse : « les débuts dans la vie requièrent de l’imprudence, de l’audace, de la folie. On est au bas de la hiérarchie et le principe de Peter ne s’applique pas encore. » Un syndrome de Peter qui lui a fait refuser le poste de présentateur du JT à la télévision française. La télévision a perdu une figure, les lettres ont gagné un ambassadeur.
Quant à parler de télévision, on pourrait croire l’amateur de livres opposé au petit écran. Pas du tout, Bernard Pivot la défend, du moins une certaine télévision. Celle qui crée du désir. De voyages, de lectures, de cinéma. N’en déplaise à Fabrice Luchini, cet autre amoureux des mots, pour qui « on ne peut rien faire comprendre à la télévision, rien faire passer. »

Un auteur qui n'a pas renoncé à obtenir la réponse à certaines de ses attentes. Dont l'espoir, notamment, d'obtenir un hypothétique retour d'une missive amoureuse envoyée à une lointaine cousine. « Cela fait soixante et un ans que j’attends sa réponse. Ce doit être "non", probablement. » L'autodérision, encore.
C'est certain, on ne résume pas une telle existence en quelque 230 pages. Nul doute que le roi Lire en a gardé sous le coude, pour utiliser une expression populaire qui ne devrait pas lui déplaire. Lui seul décidera d'une suite. Le chef d'orchestre n'a pas déposé sa baguette. Sa mémoire est encore alerte et tout n'a pas été dit. Son ouvrage ne s'achève donc pas sur le point final qui clôture habituellement sa dictée.

La mémoire n’en fait qu’à sa tête, par Bernard Pivot. Éditions Albin Michel, 230 pages, 18 euros environ
Couverture : Éditions Albin Michel

 

Posté le 15 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Du sport et une alimentation saine, la juste combinaison

Par Philippe Degouy

Avec la belle saison qui nous revient, nombreux sont ceux qui vont reprendre le sport de façon plus intensive. Très bien, bonne idée pour avoir une vie saine. Mais avec quelle alimentation ? Spécialistes de la nutrition et athlètes de haut niveau, Tara Mardigan et Kate Weiler ouvrent leurs cuisines pour une centaine de recettes destinées plus spécialement aux sportifs (mais pas exclusivement). Des plats à consommer avant, pendant et après l’effort.
Le principe de leur livre, Sport Super Food (éd. De la Martinière), véritable coach nutrition, est d’adopter la juste alimentation pour améliorer les performances. « La meilleure cuisine, c’est celle qui est faite à la maison, avec de vrais produits » soulignent-elles d’emblée, comme une évidence. Le secret de bonnes performances ? La consommation de produits naturels, pour obtenir le plein d’énergie et de puissance.

Outre le frigo idéal et les aliments à toujours avoir dans les armoires, les auteures dressent l’assiette idéale selon les types de sports : d’endurance, de force. Contrairement à d’autres ouvrages, plus directifs, les deux sportives n’imposent rien, n’interdisent pas les petits écarts. Que du contraire. « Faites une cuisine simple et saine. Très vite, vos petits plaisirs deviendront occasionnels. Concentrez-vous sur les bons aliments et vous verrez que les moins bons ne vous tenterons plus. »

SPORTSUPERFOOFÀ travers leurs recettes, simples et rapides à préparer avant une séance de sport, elles expliquent comment remplacer tous les compléments artificiels par des substituts naturels. Ne leur parlez pas de ces compléments vitaminés ou barres énergétiques vantées par le marketing. Un pur poison, qui n’apporte rien de bénéfique. Que du contraire. « Désormais, passez un peu moins de temps sur l’étiquette-marketing et un peu plus de temps sur la composition, pour vérifier que les ingrédients vous conviendront. »

L’ouvrage, joyeux, offre une foule de petits trucs destinés aux sportifs, des recettes sans gluten, avec très peu de sel ou de sucre, deux poisons eux aussi. On y apprend notamment comment se confectionner des bonbons naturels avec de la gélatine bio, des glaçons aromatisés pour rendre plus désirable la consommation d’eau.
Des boissons, mais aussi des potages, des plats plus copieux et des desserts. Chaque recette est illustrée, expliquée en quelques lignes, avec son côté bénéfique. Quelques idées picorées dans les pages ? Que diriez-vous de quelques cupcakes à la betterave, de frites de panais ou de choux de Bruxelles à la bostonienne ? Avec comme dessert un smoothie crémeux Pina Colada ou chocolat-épices. Ajoutez,  pour le plaisir, une crème au chocolat reconstituante.

Bon, vous avez apprécié le livre et ses recettes ? Vous avez maintenant cinq minutes pour être en tenue, sur le terrain. Sport, c'est écrit en grand sur la couverture. Let's go.

Sport Super Food, par Tara Mardigan, Kate Weiler. Éditions de la Martinière, 176 pages, 20 euros
Couverture : éditions de la Martinière

Posté le 12 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le Far West par le petit bout de la lorgnette

     Par Philippe Degouy

Enfilez vos boots et une solide paire de jeans, la journaliste Christine Barrely nous invite au coeur de l’Ouest américain avec son Petit livre du Far West (éd. Du Chêne). Petit, mais uniquement à cause de son format poche. Car son contenu ne souffre d’aucune faiblesse. Il faut d’ailleurs saluer l’exploit de l’auteure : celui d'avoir réuni autant d’informations dans de cours chapitres d’une page. Son ouvrage se présente comme un abécédaire de la conquête de l’Ouest. De A comme Alaska à Z comme Zunis. Rien n’est oublié.
Gros coup de cœur pour l’iconographie. Pas de photos, mais des reproductions d'anciens chromos. Comme ceux présents dans les années 50, dans les emballages de chocolats. L’ensemble ajoute une sympathique note de nostalgie à l'ensemble.

FARWESTL’ouvrage accorde une large place, bien méritée, aux Amérindiens. Ces tribus qui ont subi de plein fouet la conquête de ces vastes territoires. Pour eux, la terre n’a jamais été une source de profit, mais une mère nourricière, vénérée. La perte de leurs terres sacrées sera terrible. Aujourd’hui encore, les Amérindiens sont à la pointe de la lutte pour la préservation de la nature.

Chapitre après chapitre, on retrouve tous les ingrédients repris par la littérature et le cinéma. Le shérif, la diligence, le rodéo, les Texas Rangers… On y apprend aussi comment construire un tipi, ou l’histoire de cette pratique ignoble, le scalp pris sur l'ennemi.
Quant aux figures historiques, à l’histoire souvent romancée, elles n’ont pas été oubliées par un auteur qui mélange habilement les anecdotes au récit historique. Calamity Jane, baptisée ainsi pour son caractère bien affirmé, Billy the Kid, Davy Crockett, Buffalo Bill fréquentent, page après page, Sitting Bull, Crazy Horse ou Red Cloud. Des leaders indiens qui ont tenté de défendre un territoire réduit à peau de chagrin par l’arrivée de la « civilisation ».

Une conquête de l’Ouest réalisée dans le sang. Celui des colons, victimes des raids de certaines tribus, de maladies, mais aussi le sang des batailles. Comme Little Bighorn et la défaite du général Custer, celle livrée par les Texans face aux troupes mexicaines du général Santa Anna à Fort Alamo (qui était plus une mission qu’un fort) mais aussi ce terrible massacre de Wounded Knee et le massacre de plus de 300 indiens.

Le livre refermé, il laisse en mémoire des dizaines d'histoires, qui ravivent nos souvenirs d'enfance où chacun prenait tantôt le rôle d’un Indien, tantôt celui du cow-boy.
Ne vous fiez pas au petit format du livre, vous avez entre les mains une petite pépite historique. Go west young boy…

Le petit livre du Far West, par Christine Barrely. Éditions du Chêne, 177 pages, 15 euros environ
Couverture : éditions du Chêne

 

Posté le 9 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Quand se taire devient une obscénité

Prix Goncourt 2012 (avec Le sermon sur la chute de Rome), professeur de philosophie, Jérôme Ferrari publie chez Flammarion Il se passe quelque chose. Un essai dans lequel il laisse éclater son trop-plein de révolte, son besoin de s’indigner face à une société qui ne répond plus à ses attentes. Conscient que son statut d’écrivain ne lui donne pas la science infuse, ni l’autorité de détenir la vérité, il ne peut s’empêcher, pourtant, de s’épancher, de dénoncer.

«Avoir publié des romans ne me confère aucune autorité ou compétence pour juger du cours du monde ni ne constitue un antidote à la platitude des opinions» déclare-t-il d’emblée. Soit. Mais pourquoi sortir du silence et publier un ouvrage de révolte? «Pour la première fois depuis bien longtemps, je me sentais à nouveau concerné par des questions politiques. Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, nous vivons dans une ambiance détestable que la classe politique a contribué à rendre plus détestable encore. En favorisant les passions tristes comme la jalousie, le ressentiment, la haine et la peur. Il est des moments où se taire devient une faute. Et même plus qu’une faute : une obscénité

S’indigner, oui, encore et encore. Un devoir citoyen pour l’auteur que de lutter contre une forme de pensée unique qui empêche la réflexion.
Sous sa double casquette de philosophe et d’enseignant, c’est notre société malade qui est dépeinte en quelque 20 chroniques. Des textes courts mais denses, publiés dans La Croix, de janvier à juillet 2016.
Chronique après chronique, Jérôme Ferrari fait feu de tout bois sur ces politiques, qui donnent le bâton pour les battre. Sans vulgarité, avec des mots choisis avec soin, il bataille contre la médiocrité, l’égocentrisme.

FERRARIJEROMESi la colère, tout en retenue, domine les chroniques, l’ironie n’est jamais absente. L’auteur en joue avec un délice non dissimulé pour ridiculiser ses cibles. On reste hilare après cette chronique consacrée au patriotisme paysager célébré par Bruno Lemaire et Nicolas Sarkozy, à qui il emprunte cette formule tellement méprisante, «quand on est au bas de l’échelle sociale, Balzac, ça pulse»), pour mieux la dénoncer. Réactionnaire, soit, mais pas vieux con. Jérôme Ferrari prend souvent la défense des jeunes, ceux qui fréquentent ses cours et souvent pris pour une quantité négligeable. Ils sont pourtant les premiers, dit-il, à lutter, notamment contre la réforme de l’orthographe, ou à s’indigner pour plus de justice.
Nuit debout, la déchéance de nationalité, la crise du voile islamique, la colonisation (une chronique à lire en écho aux propos tenus par Emmanuel Macron, ndla)…  Autant de sujets chroniqués par un Jérôme Ferrari en grande forme. Qui force la réflexion. La discussion. Deux exercices intellectuels à ne pas pratiquer avec n’importe qui, dans un rappel à la pensée de Schopenhauer : «ne pas s’engager dans une controverse avec le premier venu, mais seulement avec ceux que l’on connaît. (...) Quant aux autres, qu’on les laisse dire ce qui leur passe par la tête, car c’est un droit de l’homme que d’être idiot

Un essai qui se termine par une dernière pique adressée à l’encontre des spécialistes de logorrhées aussi pénibles qu’inutiles. «Pouvoir me taire lorsque je n’ai rien à dire est un luxe auquel je ne peux me résoudre à renoncer
Un livre qui mériterait une nouvelle livraison de chroniques, au vu de tout ce qui s’est passé depuis le mot fin souhaité par Jérôme Ferrari. Un essai à suivre?

Philippe Degouy

Il se passe quelque chose. Essai. Par Jérôme Ferrari, Flammarion, 154 pages
Couverture : éditions Flammarion

Posté le 1 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Bienvenue à Montretout, au coeur du clan Le Pen

Grand Reporter au Parisien, Olivier Beaumont est spécialiste des sujets politiques liés à la droite et l’extrême-droite. À l’aide de nombreux témoignages de proches du clan Le Pen, il a voulu retracer un destin familial sous un angle pour le moins original, l'histoire du domaine de Montretout. L’envers du décor d'une famille pas comme les autres, raconté dans L'enfer de Montretout, éd. Flammarion. «Ignorer cette maison, c'est ne pas comprendre le ressort psychologique de ses occupants» explique l'auteur, qui réussit à captiver son lecteur dès le perron. Le ton est drôle, souvent cynique avec cet air de ne pas y toucher. Un document rédigé comme un reportage intime au coeur de la demeure. Il ne s'agit pas d'une biographie, mais se tracent au fil des chapitres les grandes dates des personnages du clan. De Jean-Marie Le Pen à la petite dernière, Marion. La gardienne du temple.

Montretout. Un joli nom pour cette vaste demeure au passé coquin, située à Saint-Cloud, sur les hauteurs de Paris. Le théâtre d’une pièce familiale digne d’un vaudeville, avec portes qui claquent, acteurs qui quittent la scène en pleurs pour mieux revenir, mais par la petite porte.
Un récit qui débute en novembre 1976 avec un attentat perpétré contre Jean-Marie Le Pen. Une famille parisienne dont la vie bascule quand il faut évacuer la villa dévastée. Et s'installer à Montretout, belle demeure héritée par Jean-Marie Le Pen dans des conditions rocambolesques. «Pour Marine Le Pen et ses sœurs, déracinées, l’enfer a désormais un nom. Elles découvrent qu’il s’appelle Montretout
C’est là, dans cette villa cossue, que Jean-Marie Le Pen reçoit les cadres du parti. Car c’est le Front national qui se déplace et non le chef. Difficile alors pour la famille de concilier vie privée et vie politique dans cette grande demeure où chacun se bouscule pour être invité par le «patron».
De multiples réunions et rendez-vous professionnels qui provoquent la fuite de certains membres. Comme Pierrette, mère des trois filles du couple, partie sans un mot. Avant de revenir habiter une dépendance du parc bien des lustres plus tard. «Montretout est une maison faite pour recevoir, pas pour y vivre

MONTRETOUTL'enfer de Montretout?

Mais faut-il vraiment la qualifier d’enfer, comme le titre le laisse penser? Pour l’auteur, «résumer Montretout à ses heures sombres serait une grave erreur. Car, paradoxalement, on s’y est beaucoup amusé, on y a beaucoup bu, beaucoup chanté, beaucoup dansé.» Il faut lire, en effet, le récit rapporté par Olivier Beaumont de ces fêtes où plus de 500 invités sont rassemblés à Montretout. C’est savoureux au possible. Il faut imaginer Marine Le Pen au micro pour des chansons paillardes et Jean-Marie Le Pen, en vedette américaine, avec ses chants de la Légion. Le tout devant des invités plutôt originaux, eux aussi. Et pas toujours fréquentables.

Le récit, illustré par de nombreux témoignages, ne se montre pas avare en anecdotes. Rarement glorieuses. Comme ce mystérieux échange d’objets (très) personnels entre Jean-Marie Le Pen et son ex-femme, Pierrette. Une petite histoire particulièrement glauque, à découvrir dans le livre. Force est de constater que l'on peut, parfois, se croire plongé au cœur d’un mauvais roman d’espionnage. Avec ces visites secrètes de personnalités, entrées discrètement dans l'antre du «diable», et que l’on ne penserait jamais voir en ces lieux. Bernard Tapie, Bocassa, un proche de Giscard. Et d’autres noms plus surprenants encore, que le maître des lieux ne souhaite pas dévoiler avant la publication de ses mémoires.
Entre disputes familiales, climat tendu, départs et retours, réunions secrètes, prises de décision, «Montretout, c’est peut-être la seule chose qui n’a pas bougé, malgré les trahisons politiques, familiales et tous les chagrins

Aujourd’hui, «la maison s’est muée en belle endormie, avec ses fantômes qui, à la nuit tombée, ressurgissent par-delà chaque étage de la vieille demeure. La fête est finie. Montretout accompagne désormais Jean-Marie Le Pen dans son crépuscule
Un ouvrage qui livre entre les lignes la biographie d’un clan dominé par les femmes et qui permet de mieux connaître Marine Le Pen, candidate au poste de présidente de la République. Son portrait se révèle (d)éton(n)ant, à des lieues de ce qui est déjà paru dans les médias.

Philippe Degouy

«Dans l’enfer de Montretout», par Olivier Beaumont. Éditions Flammarion, 351 pages, 19 euros environ
Couverture : éditions Flammarion

Posté le 28 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Travailler, mais en mode «allegro ma non troppo»

    Par Philippe Degouy

Un collègue qui fait un burn-out. Un autre, décédé, victime d’une crise cardiaque, ou d’un AVC survenu après une période de stress intense. On a tous de tels exemples à raconter, de drames provoqués par un environnement professionnel nocif.
À l’aide de nombreux témoignages de témoins et d'avis d’experts du Credir, une start-up associative qui accompagne des victimes de problèmes professionnels, Jean-Denis Budin apporte une approche pratique d’un problème encore tabou au sein de notre société où le dépassement de soi est valorisé : l’abus de travail. «L’être humain est trop souvent sacrifié sur l’autel de la rentabilité» dit-il. Il faut désormais travailler sans compter, pour rester dans la course des rats et prouver sa juste place en entreprise. Une suractivité qui n’est pourtant pas sans risques. «Oui, au XXIe siècle, il est encore possible de mourir au travail dans nos pays développés, dotés de législations avancées sur les risques industriels et psychosociaux.» Bien entendu, ses propos ne visent pas les métiers où le risque d’accident est permanent et connu. Mais bien tous les autres, y compris ces postes sédentaires d’employés. Une pénibilité au travail encore aggravée par la technologie et ses outils qui rendent difficile la coupure entre travail et vie privée. Tablette, GSM, télétravail etc…

TRAVAILAvec «Ne vous tuez plus au travail» (éd. Alisio), Jean-Denis Budin ne prend pas de gants pour rappeler, avec raison, que la notion de surhomme chère à Nietzsche n’a pas lieu d’être. Dépasser la plage nominale d’utilisation du corps ne peut que conduire à la surchauffe et son cortège de conséquences : AVC, trouble de la libido, burn-out, sommeil perturbé, alimentation négligée…
D’où la nécessité d’équilibrer les deux plateaux de la balance professionnelle, entre travail et santé. Pour créer un être bien.
Aimer son travail, oui d'accord, mais dans la joie et sans abuser. Allegro ma non troppo.
L’objectif de l’ouvrage tend à rompre cette spirale du surplus de travail. L’auteur et son équipe du Credir jouent sur la prévention. Tant du côté de l’employeur que de celui du travailleur. Avec en ligne de mire ce syndrome des 3S. Trois indicateurs de bonne santé à tenir à l’œil : la suractivité, le stress prolongé et le sommeil insuffisant.

Être conscient de la zone de danger à ne pas dépasser, soit une période supérieure à 80 heures par semaine. Savoir changer drastiquement l’organisation et se ménager des temps de détente hebdomadaires. Autant d'attitudes à mettre en pratique. Une lutte contre la suractivité qui passe aussi par des phases de repos suffisantes, des activités sportives ou culturelles et des vacances à prendre obligatoirement, au moins deux fois par an, et d’une période de minimum deux semaines. Pour alléger l’organe le plus important et le plus fragile de notre corps : le cerveau. La première victime du surtravail.

Au fil des nombreux chapitres, illustrés de cas vécus et de conseils, chacun y trouvera certainement une partie de son expérience personnelle, avec des erreurs à corriger. Comme le manque de sommeil, fléau de notre époque. Nous avons tous tendance à diminuer notre temps passé à dormir pour avoir l’impression de vivre au maximum. Une action néfaste, à l’origine de possibles pathologies à ne pas négliger : tendances dépressives, problèmes cardiovasculaires, troubles de l’alimentation, pensée confuse…

L'ouvrage se referme sur une liste de recommandations à suivre et sur un coup de gueule de l'auteur. «Non, dit-il, la mort au travail n’est pas une fatalité

Devenez cet être bien dans sa tête et son corps, le souhait de Jean-Denis Budin.

«Ne vous tuez plus au travail», par Jean-Denis Budin. Éditions Alisio, 296 pages
Couverture : éditions Alisio

Posté le 28 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Créez «votre maison sur l’Internet» avec un blog

       Par Philippe Degouy

Méprisé par certains, le blog reste pourtant un outil indispensable pour se faire connaître sur la Toile.
Spécialiste du blogging et du marketing, Stéphane Briot partage une part de son expertise dans son ouvrage, Bien utiliser son blog (éd. Eyrolles). Comme il le précise d’emblée, «le blog est comme le bon vin. Un assemblage de méthodes qui se peaufine et se bonifie avec le temps pour donner le meilleur des nectars

L’ouvrage, d'une lecture accessible, constitue une clé, un mode d’emploi.
De la création du blog à son référencement, chaque étape est expliquée en détails, articulée autour de l’expérience de l’auteur. Plusieurs questions doivent être envisagées avant de lancer dans le grand bain : pourquoi créer un blog? Quel sera mon public? De quels moyens je dispose?
Si l’on doit définir la qualité première de l’auteur, c’est son choix des mots. L’habitude du bloggeur confirmé pour convaincre et guider, sans user d’un langage abscons. «Votre blog, c’est un lien entre vous et votre société, entre elle et vos lecteurs, vos clients. C’est une trace, une empreinte que vous allez laisser sur l'Internet

BlogSi le particulier peut s’inspirer du contenu du manuel pour la création d'un blog personnel, Stéphane Briot s’adresse avant tout aux PME et aux micro-entrepreneurs. Ceux-ci trouveront un exposé axé sur le côté pratique de la création du blog. Comment se faire connaître, attirer de nouveaux clients, etc. L’auteur s’attache à distiller conseils et avis éclairés sur le blogging, avec de longs chapitres consacrés à la visibilité et au référencement, phases capitales de l’opération. «Votre blog, c’est un peu votre maison sur Internet, c’est là que vous allez recevoir vos invités
Chapitre après chapitre, le lecteur est guidé par un auteur qui relate ses premières erreurs, et pose les premiers jalons. Ses multiples conseils sont à méditer.
«Le plus compliqué, ce n’est pas d’ouvrir un blog, mais de durer. Ne perdez jamais l’aspect qualitatif de votre blog, c’est ce que vous allez écrire qui fera la différence.» Du bon sens, soit, mais pas inutile à rappeler.
L’importance des réseaux de veille, les moyens de rentabiliser le blog, ou le maintien du lien avec le public, rien n’est oublié.
L’ouvrage se referme sur une partie importante de la vie d’un blog : le référencement. Un chapitre rédigé par un autre spécialiste, Laurent Bourrely.

«Le blogging reste et restera une aventure humaine. Je ne vous dit pas que ce sera facile, mais que cela en vaudra la peine», explique Stéphane Briot en guise de conclusion à un ouvrage qui a réussi pleinement sa mission première : inciter à la création d’un blog. Quelque 200 millions de blogs sont déjà recensés dans le monde. Il ne manque que le vôtre.

«Bien utiliser son blog. Création, visibilité, influence et performance», par Stéphane Briot. Éditions Eyrolles, 208 pages, 20 euros

Rendez-vous également sur le blog de l'auteur : http://stephanebriot.xyz

Couverture : éditions Eyrolles

Posté le 21 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Denis Safran, médecin de choc au milieu des flics

   Par Philippe Degouy

Souligner que Denis Safran fut le premier médecin à entrer au Bataclan avec les forces d'assaut après la tuerie de novembre 2015 serait bien trop réducteur. Car ce médecin a connu plusieurs existences. «Ma vie est un arbre, avec un tronc, mon métier de médecin, et des branches, comme autant de chemins de traverse
Chef d’un service d’anesthésie-réanimation, plus tard devenu un élément clé de l’organisation de l’hôpital Georges-Pompidou où il a notamment développé une culture policière, il a rejoint la BRI (Brigade de recherche et d’intervention), mieux connue sous son ancien nom, l’Antigang. Une nouvelle carrière entamée à un âge digne de profiter d’une retraite possible. Au sein de la BRI, il va y apporter un élément jusqu’alors absent : la présence d’un médecin lors de chaque missions. Lui, va gagner le pouvoir d'étancher sa soif d'action, ce besoin d'adrénaline pour vivre.
Son témoignage, «Médecin de combat» (éd. Grasset), répond longuement à cette question : mais pourquoi et comment un grand médecin dont les grands-parents ont été arrêtés par des policiers français en 1940 s’est retrouvé au cœur des missions de la BRI. Pour les soigner et partager leur vie dangereuse.

MEDECINAvec le journaliste Vincent Rémy, qui apporte en voix off certains éclairages personnels sur la vie du médecin, l’ouvrage plonge le lecteur au cœur d'un quotidien hors du commun. Celui d'un scientifique qui ne regrette nullement sa retraite comme médecin et qui prend désormais plaisir à profiter pleinement de son temps passé avec les policiers de la BRI. Entre entraînements au tir, descentes en rappel d’hélicoptère et descentes au petit matin chez un suspect à interpeller. Sans compter sa fonction de conseiller ministériel. Une vie bien remplie, qu’il adore. Le coup de téléphone pour une urgence, le pied pour ce sexagénaire. Une vie pépère sur sa péniche garée en bord de Seine? Une idée inimaginable.
Oui bon, mais alors, finalement, pourquoi cette passion pour la police? «Parce que la police française n’est plus celle de 1940. C’est une police républicaine. Au service des gens

De ses démêlés avec les gestionnaires d’un hôpital, les conflits d’intérêt entre médecins qui plombent le quotidien au détriment des patients, aux interventions de crise avec ses amis policiers, ses frères d’armes, rien n’est occulté. Ses drames familiaux non plus. L’ouvrage est rédigé sans langue de bois par un homme qui n’a pas peur de heurter, de pousser un coup de gueule. Quand on vit avec la mort en permanence, on y va franco.

Son témoignage relatif à ses interventions au Bataclan et à l’Hyper Casher glace d’effroi. Le récit clinique d’une situation digne d’une zone de guerre. Avec de nombreux blessés par balle, qu’il faut trier entre les cas urgents ou non, ceux qui vont vivre ou mourir. «Ce qui allait me frapper au Bataclan, c’est l’extrême jeunesse des victimes. Des gamins, ça c’est rude.» Pour l’Hyper Casher comme pour le Bataclan, le constat est identique. Avec la même détresse des victimes, les mêmes corps mutilés par des munitions de guerre.
«Putain, heureusement que tu es là !» Un cri du cœur lancé par ses collègues policiers, fréquemment entendu par Denis Safran en opération. Sans doute la meilleure conclusion à apporter à cet ouvrage sur lequel plane des airs de cornemuse écossaise. L’une des passions du médecin, avec l’amour de la mer et des bons cigares.
Un médecin de combat qui sait que «le jour où il ne se sentira plus apte à porter la lourde combinaison des flics de la BRI et à crapahuter à leurs côtés, le jour où il risquera de mettre le groupe en danger, il arrêtera, mais extrêmement frustré

«Médecin de combat. Du bloc opératoire aux unités d'élite de la police», par Denis Safran et Vincent Rémy. Éditions Grasset, 208 pages, 18 euros environ
Couverture : éditions Grasset

Posté le 21 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avec «Not Dead Yet», Phil Collins joue son meilleur solo

Par Philippe Degouy

Titrée non sans ironie «Not Dead Yet» (pas encore mort), l'autobiographie (publiée chez Michel Lafon) de Phil Collins nous invite à découvrir le portrait attachant et intime de l’un des meilleurs batteurs au monde. L'ouvrage se lit avec plaisir et raconte, sans rien enjoliver, un parcours qui fut loin d’être un long fleuve tranquille. Le succès peut faire tourner la tête et entraîner un homme vers le fond. Cette expérience dramatique, Phil Collins peut en témoigner. Avec une vie privée pour le moins chaotique, la maladie et des soucis d’alcool qui ont failli nous priver d’un batteur de génie.
«Avant de penser à demain (aux futures tournées), il faut se souvenir d’hier. Comment en suis-je arrivé là, et pourquoi? Ce livre raconte ma vérité. Sur ce qui s’est passé, ce qui ne s’est pas passé. Je m’appelle Phil Collins et je suis batteur. Je sais que je ne suis pas indestructible. Voici mon histoire

Dès les premières pages, le lecteur est pris par le récit, par le ton amical employé par l’auteur. Qui se raconte simplement, comme il le ferait avec un ami. On le suit depuis ses débuts de batteur, encore enfant. On assiste à ses rencontres majeures pour sa carrière. On découvre sa passion pour le jeu de Ringo Starr et de Charlie Watts. Ses débuts comme chanteur au sein de Genesis, pour succèder à Peter Gabriel. 
Une autobiographie ponctuée de nombreux clichés, dont le plus beau sans doute : celui qui ouvre le livre. On y voit Phil Collins, photographié de dos, bras écartés, baguettes en main, face à son public plongé dans la pénombre.

PhilcollinsUn récit où l’humour n’est pas absent. Comme lors de ses rencontres avec la famille royale britannique, dignes de sketches à la mister Bean. Notamment, raconte-t-il, lors de ce concert intimiste donné pour l’anniversaire du prince Charles et durant lequel il ne joue que des chansons relativement tristes et liées à la séparation. Sans savoir que le couple Charles et Diana est déjà un échec et prêt à se briser. Drôle aussi son explication de texte pour le tube «In the Air tonight», succès international en quatre accords. Une chanson décortiquée, analysée par des «spécialistes» au même titre que le tube des Eagles «Hotel California». Beaucoup de bruit pour une «production à 99,9% spontanée. Les paroles me sont venues de nulle part.» D’autres chansons composent la bande son de cette biographie. «Against all Odds», «No Jacket Required», «Mamma», «Another Day in Paradise» ou «You’ll be in my Heart». Notamment.

De cette lecture ressort le côté humain de la star. Jamais l’artiste ne cherche à se mettre en avant malgré ses décennies de carrière et plus de 250 millions d’albums vendus. De quoi assurer une aisance financière, mais pas de protéger des excès ou des drames. «J’ai dû attendre 55 ans pour devenir alcoolique. Soudain, j’ai eu trop de temps pour moi

Une biographie qui pourrait se résumer au titre de la campagne 2016 pour promouvoir la réédition des albums : «Take a look at me now». Aujourd’hui, l’artiste est encore fragile, après ses multiples ennuis de santé, mais pas «encore mort». La Camarde a déjà fauché beaucoup trop d'artistes l'an dernier, elle attendra.

 «Je fais partie de ceux qui ont de la chance (…) J’ai traversé la fièvre des sixties, les hallucinations des seventies, la gloire des eighties et le déchirement des nineties

«Phil Collins. Not Dead Yet. Autobiographie». Éditions Michel Lafon, 400 pages, 23,70 euros
Couverture : éditions Michel Lafon

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