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Histoire

Posté le 11 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les moutons noirs de Piron, ces soldats belges qui n'ont pas capitulé

Par Philippe Degouy

De la Belgique de 1940, on retient la défaite de l’armée belge, et la chute, honteuse, du fort d’Ében-Émael. Des clichés trop réducteurs. Car tous les soldats belges n’étaient pas ces moutons blancs, réduits à l’impuissance dans les camps de prisonniers en Allemagne. Des fortes têtes, des insoumis, quelques aventuriers, mais tous patriotes ont rejoint l’Angleterre, dès la capitulation. Pour poursuivre la lutte et en découdre avec l’occupant allemand. Rejoindre le dernier carré de liberté ne fut pas une mince affaire. Un chapitre retrace d’ailleurs les filières suivies par ces intrépides. Beaucoup ont connu les prisons espagnoles.

Auteur et journaliste connu pour ses articles dans les publications de Caraktère, éditeur provençal spécialisé dans l’histoire militaire, Hughes Wenkin publie aux éditions Weyrich Les moutons noirs de Piron. Un document historique qui retrace l’épopée de ces quelques centaines de soldats belges qui n’ont jamais capitulé et qui ont porté nos couleurs nationales, de la Normandie jusqu’au cœur du régime nazi.
Un superbe hommage que ce beau livre qui se distingue par son iconographie, souvent inédite, et les textes pointus mais accessibles. On suit avec plaisir l’épopée de ces têtes brûlées qui ont choisi le combat plutôt que le déshonneur.

L’aventure de la brigade Piron débute après le 28 mai 1940 et l’appel de Léopold III à déposer les armes et à se rendre à l’ennemi. La reddition ? Pas pour ces soldats désireux de rejoindre l’Angleterre, toujours combative. Va débuter ensuite une longue et difficile période, entre interrogatoires serrés pour détecter les espions et entraînement avec les faibles moyens mis à leur disposition. De longs mois de galère et d’attente qui provoqueront certains troubles parmi les volontaires : « donnez-nous un champ de bataille nom de Dieu ! » En juin 1944, le First Belgian Group, qui rassemble ces soldats belges, commandés par Jean-Baptiste Piron, ne participe pas au Jour J. Pour la petite histoire, certains Belges, frustrés, vont essayer de se cacher parmi les G.I. pour débarquer avec eux.  Peine perdue, ils seront repris.

PIRONMOUTONSFidèles et fiers

Début août 1944, enfin, voici que s’annonce le moment de débarquer sur les côtes françaises. Pour chasser le boche. Les Belges vont nettoyer toute la Côte Fleurie, Honfleur, Deauville, Trouville, avant de charger vers la Belgique. Atteinte le 3 septembre à Rongy. « Le rêve collectif de la poignée de héros, en tête depuis 1940, se réalise enfin : revenir en Belgique, la terre natale. ». Leuze, Ath, Enghien sont atteintes. Avant l’entrée triomphale à Bruxelles du First Belgian Group, désormais immortalisé sous le nom de brigade Piron. Un chapitre historique très bien illustré de  clichés de foule en liesse, sorte de folie collective. Mais une joie ternie par le comportement de la racaille, ces « Résistants » de la dernière heure, et des officiers de naphtaline qui ont tenté de se mêler aux honneurs. Des soldats ? Des officiers de salon qui sont restés planqués quatre ans.
Après la Libération de la Belgique, ce seront deux campagnes de Hollande épuisantes qui suivront, avec une guerre de position, et un séjour au cœur du Reich, comme troupe d’occupation. Les Belges seront accueillis avec soulagement par les civils allemands, victimes de vols, de viols et de pillage commis par les anciens prisonniers, désormais libérés.

Les moutons de Piron n’étaient pas des poltrons, n’étaient pas des minets. Des lions. Des héros qui n’ont pourtant pas eu la reconnaissance méritée à la fin de la guerre. Comme le souligne l’auteur, « les soldats belges d’Angleterre ont eu le tort d’appartenir aux visionnaires qui ont eu foi en la victoire sur le nazisme dès 1940. » Les officiers de naphtaline et ceux qui sont revenus de leurs stalags n’ont jamais pardonné à ces « déserteurs », « ces mercenaires à la solde de l’Angleterre » d’avoir eu le courage de résister à l'ennemi. Aujourd’hui, l’association des vétérans de la brigade Piron reste bien vivante, même s’il ne reste que 14 témoins de cette période de fer et de feu. Le livre de Hughes Wenkin salue également la mémoire de Piron, « ce général belge victorieux. Il n’y en eut pas tellement pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Un très bel album, patriotique et émouvant, que l’auteur dédie aux militaires belges. Ceux de Piron, mais pas seulement. « Nous leur devons depuis 1830 la persistance même de notre nation. » Un témoignage de respect renforcé encore par l’actualité, avec ces militaires présents en rue pour défendre notre Belgique menacée par l’islamisme.

Les moutons noirs de Piron! La brigade Piron de la Normandie au cœur du Reich, par Hugues Wenkin, 248 pages, 34 euros
Couverture : éditions Weyrich

De Hughes Wenkin, également aux éditions Weyrich : Sortis de l’enfer. Les tanks ont 100 ans, Ében-Émael. L’autre vérité, Rommel. En pointe du Blitzkrieg de l’Ardenne à la Manche.

Posté le 3 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Un ticket pour l’enfer de Neuengamme

Par Philippe Degouy

Si, en ce début de XXIe siècle, nous pensons tout connaître de l’enfer concentrationnaire des années 40, certains travaux dévoilent pourtant de nouveaux pans méconnus de cette sinistre période. À l’instar du sujet de ce document rédigé par les historiens Pierre Vallaud et Mathilde Aycard. Avec Le dernier camp de la mort. La tragédie du Cap Arcona 3 mai 1945 (éd. Tallandier) ils invitent leurs lecteurs dans le nord de l’Allemagne, pour une croisière sans retour.
Mais avant, direction Neuengamme. Comme point de départ au récit.
Bergen-Belsen, Auschwitz, Dachau… autant de camps connus et mis en avant dans les livres d’histoire. Mais pas celui de Neuengamme. Et pourtant, l’endroit, initialement créé pour servir de réserve de main-d’œuvre corvéable au complexe militaro-industriel de la région d’Hambourg, a apporté son lot d'horreur et de victimes à l’univers concentrationnaire. Plus de 60.000 morts furent enregistrés sur une population totale de près de 100.000 prisonniers.
«Travail, brimade, tortures rythment la vie du camp, où un personnel féroce a droit de vie et de mort sur les détenus. La première impression à l’arrivée au camp? Tout est nu et plat, une immense terre sans horizon.» Un camp en fait semblable aux autres, avec ses clôtures de fil de fer barbelé, ses miradors, ses sauvages SS, son crématorium. Ses hôtes? Des communistes, beaucoup de soldats soviétiques, des résistants venus de toute l’Europe occupée. Des simples citoyens, dénoncés, ou des notables. Des célébrités aussi, comme le boxeur Johann Trollmann, champion de boxe d'Allemagne, envoyé au camp en 1942 et tué pour ses origines tziganes.
Les moins bien lotis travaillent à la fabrique de briques et tuiles, épuisés par le poids des matériaux, sans guère de nourriture. D'autres travaillent à la construction d'un blockhaus inutile et détruit  lors d'un raid aérien.

NEUENGAMMELe cauchemar au sein du camp va durer jusqu’au début de l’année 1945. Conscient de la défaite imminente, le régime nazi décide alors d’évacuer les camps, dont Neuengamme, et d’effacer les traces de leurs actes barbares. Ce sera le début des marches de la mort pour des déportés qui passeront d’un camp à l’autre. Pour ceux de Neuengamme, direction le nord de l'Allemagne. Vers la Baltique et l’embarquement à bord de navires devenus des camps flottants. Comme le Cap Arcona. Un mouroir sans comparaison avec l'image d'un navire conçu pour le plaisir de ses invités. «Sans eau ni nourriture, les hommes boivent la pluie qui suinte des parois. Le noir, la dysenterie, la puanteur, la surpopulation, l’asphyxie ou les cadavres viennent à bout des plus forts

Le 3 mai 1945, une attaque surprise d’avions britanniques s’abat sur les navires présents au large de la côte. Rapidement transformé en brasier, le Cap Arcona laisse peu de chance de survie à ses passagers involontaires. Quelque 7300 déportés vont périr dans ce qui est resté comme la plus grande tragédie maritime de la Seconde guerre mondiale. Parmi les morts, Roland Malraux, demi-frère d’André.
Quant au camp de Neuengamme, il ne sera jamais libéré. Les troupes britanniques le trouveront vidé de ses martyrs.

L’ouvrage des deux historiens s’attache à humaniser ce drame, avec le destin de quelques déportés dont l’histoire et les noms sont relatés au fil des chapitres. Suivis à Neuengamme puis jusqu’à leur sort funeste, à bord du Cap Arcona. Cet ancien paquebot, fierté de l’Allemagne d’avant-guerre, qui reliait le pays au Brésil. Aujourd’hui, il ne reste rien de cette épave au lourd passé, démantelée en 1949.
Et dire que ce navire était l’un des transatlantiques les plus beaux de la flotte, l’un des plus rapides d’avant-guerre, baptisé pour lui éviter le même drame en mer que le Titanic. Ironie du sort, le Cap Arcona avait joué le rôle du Titanic dans un film de propagande nazi. Avant de finir aussi tragiquement. Sinon davantage, avec ses passagers qui avaient juste quitté un enfer pour un autre.

Cet ouvrage, inédit et parfaitement documenté, laisse son lecteur abasourdi par les faits relatés. Choqué.
De cette lecture, il reste aussi ces mots attribués à Kurt Schumacher, héros allemand de 14-18, envoyé à Neuengamme pour avoir dit la vérité : «le nazisme est un appel au salaud qui dort dans l’homme

«Le dernier camp de la mort. La tragédie du Cap Arcona 3 mai 1945», par Pierre Vallaud et Mathilde Aycard. Éditions Tallandier, 304 pages, 20,90 euros environ
Couverture : éditions Tallandier

Posté le 1 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mourir pour Keating, le fort Alamo afghan

    Par Philippe Degouy

À la lecture des parutions des éditions Nimrod consacrées à la guerre en Afghanistan, nous découvrons notre immense méconnaissance de ce conflit, absent des médias. Il faut lire les ouvrages rédigés par des vétérans pour découvrir cette guerre menée dans ce pays sauvage, théâtre de combats d’une violence inouïe. À l’instar de cette bataille livrée par quelque 50 soldats américains pour la survie de l’avant-poste de Keating, au Nouristan. Un poste rejoint par des soldats de la Black Night Company chargés de le démanteler. Un poste trop isolé pour être défendu.
La Violence de l’action (éd. Nimrod), est un document rédigé par le sergent-chef Clinton Romesha, acteur du drame. Impossible à reposer dès la lecture entamée.
L'auteur nous donne rendez-vous dans l’un des endroits les plus paumés sur Terre. Situé au cœur de vallées encaissées, à des lieues de toute trace de civilisation. Probablement le pire endroit trouvé par l’armée américaine pour établir un avant-poste afin de fixer les talibans.
«Dès qu’ils posaient le pied sur le sol en descendant de l’hélicoptère, vous pouviez lire l’effroi sur le visage des nouveaux au cours de ces quelques instants qu’il leur fallait pour prendre la mesure du merdier dans lequel nous nous retrouvions. (…) Ce poste, c’était un putain de coupe-gorge

Rédigé à la première personne, le livre nous conduit directement en enfer. Et ce dès les premières pages. Keating, le fort Alamo afghan, «le symbole de la capacité de l’armée à mettre toutes les chances de son côté pour que les choses puissent tourner à la catastrophe
De fait, tout ce qui pouvait échouer a échoué. La loi de Murphy version GI.

Comment défendre, en effet, un avant-poste situé au fond d’une vallée avec un ennemi le surplombant de tous les côtés. Si les Américains avaient déjà connu de fréquents assauts de la part de l'ennemi, rien ne fut pourtant comparable à celui lancé le 3 octobre 2009 à 5h58 du matin par quelque 300 talibans bien décidés à exterminer la petite garnison de 50 soldats américains. Plus de 14 heures de combats incessants seront livrées.
Un assaut de grande ampleur résumé en un extrait : «Koppes eut l’impression que quelqu’un avait pris le contrôle du ciel, ouvert un grand trou dedans et qu’il s’en servait pour déverser directement sur sa tête toutes les bombes et les munitions susceptibles d’exister dans l’est de l’Afghanistan
De fait, de toutes les hauteurs surplombant cet avant-poste, les talibans firent feu avec toutes les armes possibles, sans laisser aux Américains la possibilité de répliquer efficacement sans perdre des hommes. Pour aider une garnison, de plus en plus dégarnie par les pertes, des avions, des hélicos et des drones sont appelés à la rescousse. Y compris un bombardier B-1, celui qui eut le dernier mot.
Durant la bataille, les Américains sont seuls, abandonnés par les soldats afghans de l’ANA, de véritables couards restés planqués durant toute la bataille.

KEATINGL’ouvrage réussit aisément à immerger son lecteur au cœur de l’action. L'écriture est vive, rapide comme la progression des hommes sur le terrain. On ressent sans peine la tension, la douleur des survivants à chaque perte d'un frère d'armes. On peut entendre le bruit et la fureur des combats. Il ne manque que les odeurs. Celle de la peur, de la sueur et de la poudre. «L’hélicoptère d’attaque était presque au-dessus de nous lorsqu’il fit tonner son canon. La puissance destructrice des obus fut encore amplifiée par le grondement du canon qui donnait l’impression qu’une sorte de tronçonneuse géante débitait l’air. Le déluge de plusieurs centaines de douilles incandescentes qui nous tomba dessus depuis le ciel fut tout aussi impressionnant. Putain, songea Jones, c’est de la pure folie

Ce témoignage, le plus fidèle possible aux faits historiques, salué par la presse américaine, peut se lire comme le moyen trouvé par l’auteur pour évacuer cette horreur présente au fond de lui. «J’ai eu la conviction que le fait de raconter cette histoire –notre histoire- était l’unique moyen de rendre hommage à ce que nous avions accompli. Le seul moyen pour moi de faire revenir chez eux les camarades qui n’avaient pas survécu à la bataille pour Keating.» Ce qu'il reste de Keating, les souvenirs d’amis perdus, et une médaille, la célèbre Medal of Honor, reçue des mains du président Obama. La belle affaire pour Clinton Romesha.

«L’armée estimerait plus tard que les hommes de la compagnie Black Night avaient tué entre cent et cent cinquante insurgés. Pour 27 Américains blessés et 8 tués. (...) Telle fut la note du boucher pour la défense de l’avant-poste de combat de Keating.» Ce qui accentue davantage le côté dramatique de la lecture réside dans la présence de nombreux clichés du site, pris avant et après les combats. Sans oublier ceux de soldats américains, souriants devant l’objectif, et morts dans l’assaut taliban. Des soldats sacrifiés pour quoi? Un coin de vallée en Afghanistan. Sans aucun intérêt stratégique.
Un récit poignant qui rappelle quelque peu la célèbre bataille des Thermopyles et le film Le merdier, film de guerre de Ted Post avec Burt Lancaster.
Pour la bande son à choisir pour le générique, certains titres viennent naturellement à l’esprit. Comme ce tube des Animals, We gotta get out of this place, American Soldier de Toby Keith, ou ce morceau, If I die in a combat zone de John Hagarty.
Un dernier mot encore pour saluer la très belle traduction effectuée par Franck Mirmont. Il réussit à reproduire ce climat infernal.

«La violence de l’action. La bataille pour l’avant-poste de Keating», par Clinton Romesha. Éditions Nimrod, 385 pages, 21 euros environ
Couverture : éditions Nimrod

Posté le 1 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Lire de Gaulle, c'est suivre la voie vers l'avenir

La France va mal. Les Français doutent et attendent un homme providentiel pour les sortir de la tempête. Une figure de légende qui est toujours arrivée à point nommé dans l'histoire pour sauver la France des mauvais jours.

Le dernier en date? Un grand homme. Au propre comme au figuré : Charles de Gaulle. Un nom prédestiné pour occuper le poste de chef de la France.  Dans «Le fil de l’épée» Charles de Gaulle écrit notamment ceci : «les plus habiles des marins ne quittent point le port si personne ne règle la manœuvre (…) L’énergie du chef affermit les subordonnés comme la bouée de sauvetage rassure les passagers du navire
DegaulleRédigé par le député français Henri Guaino, «De Gaulle au présent» (publié aux éditions du Cherche-Midi) constitue un hommage à la grandeur, à l’optimisme et au dépassement de soi. 
Après une belle introduction biographique, l’auteur donne la parole au général avec une sélection de citations classées par thèmes. Un livre chroniqué l'an passé mais qui reste plus que d'actualité en cette veille d'élection présidentielle. Oui, le grand homme manque encore. C'est pourquoi, il faut relire ce document, un bel hommage à une certaine image de la France.

Certes, on devine la nette sympathie d’Henri Guaino pour le général, mais sans excès. Il ne sombre pas dans la nostalgie pure et dure. Pas plus qu’il ne cède à la tentation de se mettre dans la peau du général. 

Et si de Gaulle occupait le fauteuil présidentiel, que ferait-il aujourd’hui? Exercice stérile s’il en est. «Nul ne sait ce que le général de Gaulle ferait ou dirait aujourd’hui. Mais chacun en lisant les textes réunis pourra se faire une idée de ce qu’il pourrait ressentir devant l’état de la France, de l’Europe et du monde» souligne l’auteur, qui préfère montrer qu’à travers les écrits du général, la pensée gaullienne n’a vraiment rien de poussiéreux.

Au fil des pages, on découvre que le général avait la plume facile, parfois aussi tranchante qu’un sabre de cavalerie et cruelle comme certaines vérités. «Aujourd’hui, les farfadets de l’abandon sont à l’œuvre alors que le peuple voit s’offrir à lui l’occasion d’influer sur le cours des événements (…) Il ne faut pas s’attendre à ce que les professionnels de la nostalgie, du dénigrement, de l’aigreur renoncent à suer le fiel, cracher la bile et lâcher le vinaigre.» Des propos toujours bien réels. Hélas.

Ses textes sont classés par thèmes, ceux qui étaient à la pointe de sa pensée. La France («pour la France, le renoncement est le plus grave danger possible, comme pour l’âme, le pire danger est celui du désespoir»), la grandeur, l’Europe, la politique, la défense. Ils auraient pu être rédigés hier et publiés ce jour. De par leur contenu et leur actualité. Cette Europe, menacée aujourd’hui par les mouvements nationalistes et l'islamisme, il la souhaitait forte, et construite avec les Européens. «Pour moi, ferait partie de l’Europe unie quiconque le voudrait sincèrement (…) L’Europe, pour la faire, je pense qu’il faut s’adresser aux Européens eux-mêmes.»  Un chef qui n’a jamais oublié les racines chrétiennes de la France et de l’Europe. «Nous sommes un pays chrétien, c’est un fait. Nous le sommes depuis très longtemps. Cette flamme chrétienne, en ce qu’elle a d’humain, en ce qu’elle a de moral, elle est la nôtre

Oui, décidément, à la lecture de cet essai, qui sera lu et relu, on s’aperçoit que le général de Gaulle n’est pas un monument du passé. Oublié sur une modeste place de village français. Un chef d’Etat aux idées adaptables à notre époque. Ni de droite, ni de gauche («La France, c’est tous les Français»). Pas nostalgique de la France d’antan. Charles de Gaulle ne cesse de se projeter dans l’avenir. Sans doute bien plus que les politiques d’aujourd’hui.  Un ouvrage qu’il faut absorber, digérer. Pour se donner du courage et s’imprégner de celui qui s’est dévoué à sa France tant aimée.
Sans rien demander pour lui, sinon quelques moments privilégiés à la Boiserie, son sanctuaire familial. Une attitude qui le place à des lieues des présidents actuels, entre bling-bling et attitude faussement populo.

Et quand le peuple a décidé de ne plus le soutenir, il est parti. Sans regrets. Sans s’accrocher à son poste de chef. C’est cela la France, pour le général de Gaulle.

Le lecteur sort de cette lecture complètement requinqué, comme après une cure de remise en forme.
«Ne pas renoncer, jamais, quand la cause est belle, quand la cause est juste

«Puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera, tôt ou tard, source d’ardeurs nouvelles après que j’aurai disparu.» («Mémoires de guerre»). Bon retour parmi nous général. Nous vous attendions.

Philippe Degouy

«De Gaulle au présent». Textes choisis et présentés par Henri Guaino, avec la Fondation Charles de Gaulle. Éditions du Cherche-Midi, 210 pages, 15 euros.

Couverture : éditions du Cherche-Midi

Posté le 19 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le Hellcat, instrument de la victoire dans le Pacifique

Par Philippe Degouy

Si le grand public peut identifier sans peine le Corsair grâce au cinéma et aux séries télévisées, tel n’est sans doute pas le cas du F-6F Hellcat, bien moins médiatisé. Et pourtant, son rôle s’est révélé bien supérieur dans la victoire alliée dans le Pacifique. Comme le prouve Guy Julien, auteur du nouveau hors-série du magazine « Aerojournal » (éd. Caraktere). Il redonne au Hellcat la place qui était la sienne : la première. De sa genèse jusqu’à la dernière victoire, le 15 août 1945. Rien n’est oublié dans le portrait de cet avion rustique, simple à piloter et à entretenir. Un mécanicien témoigne : « tout était simple avec cet avion. Il y avait peu d’hydraulique et donc peu de risque de fuite. Cette rusticité était la base de la philosophie de Grumman. Faire simple et solide. » Côté pilote, le Hellcat bénéficiait également d’une bonne image. Si le Corsair avait « un air vicelard », le Hellcat séduisait d’emblée avec « sa bonne tête » et de la place dans le cockpit pour un pilote à la carrure de rugbyman.
Un costaud, capable d’encaisser les coups, comme en témoigne cet appareil de la VF-23 présenté par l'auteur avec plus de 200 éclats, balles et obus confondus.
Comme pour toutes les autres publications du groupe, celle-ci bénéficie d’une abondante iconographie. Avec des clichés bien connus mais d’autres, encore inédits. Comme ces nombreuses photos d’appareils équipés pour le combat de nuit. De quoi donner quelques idées aux « colleurs de plastique ».
HELLCATOutre les grandes opérations menées dans le Pacifique, l’auteur relate également les missions des appareils britanniques, sans oublier la participation du Hellcat au débarquement allié en Provence, en août 1944. Des chasseurs de la Navy au-dessus de Saint-Tropez, voilà qui est exotique. Quant à parler du théâtre européen, le hors-série compare les qualités de l’avion américain et celles des chasseurs allemands. Si un « FW190 a toujours l’initiative de l’engagement, le Hellcat peut le rompre à volonté. Il lui suffit d’effectuer un virage serré ou une boucle. »

L’auteur revient également sur une légende à la vie dure. Non dit-il, le Hellcat n’a pas été conçu en catastrophe pour lutter contre le Zéro japonais. Il l'a été à l’origine pour faire face aux Allemands. Pour preuve, les deux prototypes ont été commandés en juin 1941, soit six mois avant l'attaque japonaise sur Pearl Harbor.

Rival du Corsair, le Hellcat n’a pas à justifier son rôle dans la victoire alliée. Son palmarès parle pour lui. Il est le premier « ace maker » américain avec un ratio d’un appareil perdu pour 19 ennemis envoyés au tapis. Plus de 66.500 sorties ont été comptabilisées pour 5163 victoires et 261 Hellcat perdus au combat.
Ce sont sans doute les adversaires japonais qui parlent le mieux de cet avion. Comme avec cet hommage indirect publié par le hors-série : « à côté de ces brutes de Hellcat qui ressemblaient à de vieux sangliers sauvages, nous avions l’air de petites filles modèles. »
Le dernier mot sera dédié à l'illustrateur Piotr Forkasiewicz, l'auteur de la superbe couverture, avec un Hellcat de la VF-17 en plein décollage. Jugez-en.

F-6F Hellcat, par Guy Julien. Éditions Caraktère, 116 pages
Couverture : éditions Caraktère

Posté le 6 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Combattre et vaincre en ville, le nouveau défi du XXIe siècle

La dure bataille engagée à Mossoul face aux islamistes de l'EI prouve toute la difficulté de reprendre une ville tenue par un ennemi déterminé. Qui utilise tous les moyens de défense mis à sa disposition.
Rédigé par deux officiers, Frédéric Chamaud et Pierre Santoni, «L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville» (éd. Pierre de Taillac) retrace, à l’aide d’exemples concrets, les multiples défis qui font face aux armées engagées sur un théâtre d’opération qui s’annonce de plus en plus délicat et létal. Les façons de combattre ont changé, les armées occidentales devront suivre la tendance pour vaincre. Un sacré défi qui constitue le fil rouge de ce document d’histoire militaire qui repose sur une douzaine d’analyses de batailles urbaines.

ChampdebataiulleUn modèle de combat en zone confinée qui remonte à la bataille de Madrid en 1936, le début de ce genre de conflit inédit dans l’histoire. On ne parle plus alors de siège ou de mise à sac d’une ville conquise, mais de combats livrés au cœur d'une ville. Depuis, les exemples se sont multipliés : Stalingrad, Sarajevo, Beyrouth, Hué ou Fallouja. «La bataille de Fallouja reste aujourd'hui comme l'une des principales références du combat en zone urbaine. Plus de dix ans après, elle demeure un exemple significatif de ce qui attend les armées modernes engagées en ville

Un nouveau théâtre urbain qui nécessite de revoir les tactiques, la simulation et les manuels. L’armement individuel, l’art du commandement, l’usage des blindés et des hélicoptères, ou celui des armes dites «sales» comme la bombe thermobarique qui provoque l’équivalent d’un coup de grisou minier. Tout cela est longuement expliqué au fil des pages.
De même que le retour des façons de combattre plus classiques, qui furent enterrées un peu vite par la technologie : contre-attaque, combat à pied, attaque de diversion, notion de mobilité, de réserve tactique…
Quant au chef, il devra commander à vue pour être efficace. «Les habitudes de prises de risque, émoussées après des années de combat centralisé, devront être à nouveau cultivées

Et demain? Quel sera le nouveau visage du combat urbain? Sera-t-il dominé par la présence de robots armés et des drones? Pourra-t-on parler de l’ultime champ de bataille dont il est fait mention dans le titre? «Ce sera le retour du combat primitif, d’homme à homme, avec l’importance du chef, présent sur le terrain, avec ses hommes. La volonté de vaincre, et donc l’esprit de sacrifice, sera certainement l’un des éléments déterminants de ce nouveau champ de bataille. Il faudra aller au contact. Traquer l'adversaire au coeur de sa ville
Il sera déterminé, comme le prouve l'ennemi djihadiste à Mossoul ou en Syrie, et trouvera dans le milieu confiné un extraordinaire pouvoir égalisateur face à une armée mieux équipée. Ce fut le cas en 1993 à Mogadiscio, Somalie. Engagés dans un raid mal préparé pour capturer un chef de guerre, les Américains ont eu le plus grand mal à se sortir d’un combat urbain face à des miliciens enragés.

Ce manuel de guerre de 228 pages se lit quasiment d’une traite. Pointu, certes, mais accessible à tous. Passionnant, sans nul doute. Rédigé par deux soldats de terrain, il pointe les futurs défis qui attendent des armées occidentales. Et non des moindres. Elles vont devoir faire face à une nouvelle façon de combattre. Avec l’émergence, à moyen terme, de mégalopoles où il faudra engager bien plus de combattants qu’aujourd’hui pour espérer vaincre l’adversaire. Une espérance  de victoire, pas une certitude. La précision est importante. Car, comme le précisent les auteurs, «il n’est pas inenvisageable qu’une force moderne de type occidental soit tactiquement défaite dans une bataille en zone urbaine.» L’épisode somalien risque bien d’être un avant-goût de ce qui nous attendra peut-être dans le futur.

Philippe Degouy

«L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville», par Frédéric Chamaud et Pierre Santoni. Éditions Pierre de Taillac, 228 pages, 22,90 euros environ
editionspierredetaillac.com

Couverture : éditions Pierre de Taillac

Posté le 3 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Comment Churchill voyait les grands hommes de son temps

Par Jean-Paul Bombaerts

Toute sa vie, Winston Churchill n’a jamais cessé de s’adonner à l’écriture. Un élan plumitif qui a culminé avec ses mémoires de la seconde guerre mondiale qui lui ont valu le prix Nobel de littérature en 1953. Durant l’entre-deux-guerres, il a publié quantité d’articles pour des journaux et revues spécialisées. Churchill n’écrivait pas seulement par passion, mais aussi «pour faire bouillir la marmite», comme il disait lui-même. Issu d’une prestigieuse famille, il n’était pas l’ainé et n’héritait donc pas ou peu. Quant à son boulot de député, il ne lui rapportait pas grand-chose, en tous cas pas de quoi soutenir son fastueux train de vie.

Parmi ces nombreux articles, il y avait des portraits de grandes figures de la première moitié du 20e siècle. Dès 1937, ces portraits ont fait l’objet d’une compilation sous le titre Mes grands contemporains. C’est donc une réédition de cet ouvrage que nous proposent aujourd’hui les éditions Tallandier dont voici quelques morceaux choisis.
A propos de Clémenceau : «Pour autant qu’un être humain, même quand il a atteint une grandeur miraculeuse, puisse à lui seul être l’expression d’une nation, il a été la France. Le vieux Tigre, avec sa moustache blanche et son œil étincelant, aurait pu faire pour la France une mascotte plus fidèle qu’une quelconque volaille de basse-cour
A propos de Hitler (dont Churchill dresse le portrait en 1935): «La carrière triomphante de Hitler n’a pas seulement été portée par un amour passionné de l’Allemagne, mais aussi par un torrent de haine si intense qu’il a desséché le cœur de ceux qui l’ont suivi. (…) Il en est bien peu qui soient restés insensibles à son subtil magnétisme personnel

CHURCHILLA propos de Hindenburg : «Hindenburg ! Ce nom même est massif. C’est un visage que l’on pourrait agrandir dix fois, cent fois et qui gagnerait en dignité, que dis-je ? – en majesté. (…) L’image est restée gravée : celle d’un géant, lent à penser, lent à agir, mais sûr, solide, fidèle, bienveillant derrière ses aspects martiaux, plus grand que nature
A propos du Kaiser Guillaume II : «Personne ne doit porter de jugement sur l’empereur Guillaume II sans se poser d’abord la question : qu’aurais-je fait à sa place
A propos de Trotski : «Il est fort vraisemblable que Trotski n’ait jamais assimilé le credo marxiste, mais il fut un maître incomparable dans la mise en œuvre de son manuel de guerre. Il possédait en lui toutes les qualités indispensables à l’art de détruire la société civile
A propos de Roosevelt (dont Churchill dresse le portrait en 1934): «Un danger que présente la courageuse et héroïque expérience du président Roosevelt vient de sa tendance à traquer les riches comme s’ils étaient des bêtes nuisibles. C’est un sport qui ne manque pas d’attraits et une fois la chasse ouverte on trouve partout quantité de gens disposés à y participer
A propos de Charlie Chaplin : «Il n’y a pas lieu de regretter les événements qui ont assombri les premières années de Charlie Chaplin. Sans eux, ses dons auraient pu briller avec moins d’éclat, et le monde entier en aurait été plus pauvre.»

Mes grands contemporains, Winston Churchill, éditions Tallandier, 290 pages, 20,90 euros

Posté le 2 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le 19e siècle français vu par Charles de Rémusat

Charles de Rémusat, ce nom vous dit quelque chose ? Non sans doute. Et pourtant, il s’agit d’un grand penseur et homme politique français du 19e siècle. Né en 1797 et mort en 1875, il fut successivement journaliste, député, ministre sous Louis-Philippe, puis ministre encore en 1871 au début de la Troisième république.
Il a laissé des mémoires considérées comme un chef-d’œuvre littéraire, bien qu’aujourd’hui largement passé dans l’oubli. Ce sont ces mémoires que le journaliste Jean Lebrun (qui anime tous les jours l’émission «La marche de l’histoire» sur France Inter) propose ici dans une version synthétique. Une œuvre qui offre une plongée dans ce 19e siècle tourmenté pour la France, puisqu’elle est passée par deux empires, deux monarchies et deux républiques. Rien que ça…
Charles de Rémusat était tout aussi partagé au niveau de ses opinions politiques. Jean Lebrun le décrit comme «un libéral de conviction, orléaniste de cœur, devenu républicain de raison». Homme de salon fort demandé, il excellait aussi à la tribune de l’Assemblée. Mais sans se prendre pour autant trop au sérieux. «Ma vie a été accidentellement intéressante», disait-il.

REMUSATDans ses mémoires, Charles de Rémusat décrit à merveille la vie politique et sociale de l’époque et il propose d’intéressants portraits de ses contemporains. «Son art du portrait, digne de Saint-Simon, méritait aussi de restituer toute la galerie de personnages qu’il a pu fréquenter, de Talleyrand à La Fayette, de Thiers à Tocqueville», note Jean Lebrun.
De Rémusat apporte par ailleurs un récit de l’intérieur des nombreuses crises politiques qui ont émaillé cette période de l’histoire de France : la révolution de 1830, celle de 1848 (qui a fait environ 6.000 morts), le coup d’Etat de Napoléon III en 1851, la guerre franco-prussienne de 1870, pour ne citer que les événement les plus marquants.

Jean Lebrun dresse enfin un parallèle entre les incertitudes d’alors et celles que nous connaissons aujourd’hui, ce qui rend cet ouvrage d’une actualité vivante. «Les hommes du 19e siècle ne savaient nullement vers quel cap ils allaient. Maintenant que nous sommes comme eux perdus dans le brouillard, incertains de ce que les prochains mois vont nous apporter en catastrophes, Rémusat et ses contemporains peuvent être de nouveau écoutés. Jetés sur les récifs des attentats et des révolutions, ils cherchaient à trouver une intelligibilité dans un monde imprévisible. Comme nous

Jean-Paul Bombaerts

«Mémoires de ma vie», Charles de Rémusat, éditions Perrin, 254 pages, 19,90 euros

Posté le 21 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

George S. Patton, ce mélange de feu et de glace

Un livre de plus sur le général Patton? Certes, la question vient naturellement à l’esprit au moment de débuter cette nouveauté publiée aux éditions Tallandier. Plusieurs ouvrages publiés en français ont été consacrés au général. Mais incomplets, ou avec des erreurs. Spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, Benoît Rondeau présente «Patton, la chevauchée héroïque» comme le chaînon manquant d’une bibliographie consacrée à ce chef de guerre dont le nom est resté synonyme de courage. Le livre, qui a pu bénéficier de sources proches de son sujet, offre des éléments inédits. Il retrace la vie de Patton depuis son enfance dans une bonne famille sudiste jusqu’aux années quarante où il a pu exploiter ses dons innés de commandement. Les Allemands ont pu en témoigner. Des déserts d’Afrique du Nord aux forêts d’Ardenne et d’Allemagne, l’armée de Patton n’a guère eu le temps de débotter. Une charge de cavalerie mécanisée qui a tout bouleversé sur son passage. Adulé ou condamné (pour ses propos politiquement incorrects sur les juifs, les Noirs ou les Soviétiques), George Patton fut «indubitablement le général le plus flamboyant de la Seconde Guerre mondiale.» Qui d’autre que lui aurait pu se promener en première ligne, avec deux flingues à crosse d’ivoire à la ceinture? Adoré par ses hommes, respecté par les généraux nazis. S'il fallait le raconter en quelques mots.

Surnommé blood and guts (sang et tripes) pour sa dureté et ses entraînements poussés, il ne fut pas un boucher sans cœur, à l'instar de ses homologues soviétiques. Que du contraire, sa volonté d’endurcir ses hommes, en les bousculant, n’avait pour seul but que de leur éviter la mort. «Sans discipline, il est impossible de remporter des batailles et envoyer des hommes au combat sans discipline, c’est commettre un meurtre» aimait-il raconter, comme pour se justifier de ses fameux coups de gueule face aux trouillards.
Un génie de l’arme blindée  qui aurait pu devenir comédien avec ses discours fameux, construits en forme de one man show. Celui prononcé en Angleterre peu avant le débarquement en Normandie est resté célèbre. Par le ton et les formules fleuries employées. «Nous gagnerons cette guerre en montrant aux Allemands que nous avons plus de couilles qu’eux. Nous leur arracherons les tripes et nous graisserons les chenilles de nos chars avec

PATTONEt quid de la mort? Patton ne la craignait pas. «Je suis sûr que la mort est excitante parce que ce n’est qu’une étape dans le cycle de la vie». Elle fut son dernier adversaire, cadre de la dernière bataille livrée par un général qui avait toujours rêvé de finir tué par la dernière balle tirée lors de la dernière bataille. Et non couché dans un lit d’hôpital, paralysé après un banal accident de circulation survenu peu avant son retour définitif aux Etats-Unis.
Drôle de fin pour un homme qui aimait tant la guerre et qui redoutait plus que tout de n’avoir plus sa place en temps de paix.

L’ouvrage, richement illustré en anecdotes et témoignages, s’achève par un angle inédit. Pas encore abordé dans les précédents ouvrages sur Patton : le merchandising axé autour du général. BD, montres, figurines, modèles réduits, téléfilms, tout y passe. Benoît Rondeau n’oublie pas de chroniquer le célèbre film de Franklin J. Schaffner (1970) consacré à George Patton. Un film qui reste dans toutes les mémoires pour la prestation bluffante de George C. Scott mais aussi pour le discours qui ouvre le film. Une scène d’anthologie, même si quelque peu édulcorée. L’auteur rappelle également l’héritage Patton présent au sein des académies militaires et emprunté de plus en plus par les écoles de management.

Aujourd’hui, que reste-t-il de cet officier dans les livres d’histoire? Fut-il vraiment le meilleur chef de guerre américain? La question est débattue dans le document. Le plus grand général ou pas, peu importe au fond.
Il reste le plus populaire au sein de l’opinion publique européenne. Son nom est le plus souvent cité, avec Rommel ou Eisenhower. «Si Montgomery est le général attaché à la bataille d’El Alamein, Patton est celui de la percée d’Avranches et de la libération de Bastogne».
L’uchronie est à la mode et l’auteur n’y résiste pas quand il pose la question suivante, à laquelle nul ne pourra jamais répondre : «et s’il avait été le chef d’un groupe d’armées? Imaginons Patton en Normandie et aux commandes dès le jour J
Une question parmi d’autres extraite de ce document qui se lit avec la même passion que celle mise par l’auteur dans ses pages. Sans verser dans le panégyrique, Benoît Rondeau avoue cependant de la sympathie pour ce général qui ne fut pas celui présenté dans la presse ou certains ouvrages. Bien plus complexe, comme le mélange de la glace et du feu.
Un document historique qui mérite sa lecture, pour soulever le voile qui plane sur cette personnalité attachante, et finalement méconnue.

Philippe Degouy

«Patton, la chevauchée héroïque», par Benoît Rondeau. Éditions Tallandier, 608 pages, 27,90 euros
Couverture : éditions Tallandier

Posté le 13 février 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avoir vingt ans en 44, avec la guerre comme cadeau

   Par Philippe Degouy

De nombreux liens subsistent entre les vétérans américains et la Belgique. Certains reviennent à Bastogne, pour le souvenir, d’autres sont restés après la guerre. Pour y vivre avec une femme rencontrée après la Libération. Comme ces deux GI’s dont il est question dans l’ouvrage de Philippe Carrozza, J’ai vingt ans, on fait la guerre et on se marie, publié aux éditions Weyrich.
«Leur vie qu’ils déroulent devant nos yeux est un formidable message d’espoir et de fraîcheur» déclare l’auteur.

Ce document, constitué de souvenirs de guerre, d’entretiens accordés à l'auteur, raconte le destin de Curtis Phillips et Sergio Moirano. Deux soldats américains envoyés en Europe pour la libérer du joug nazi. Un récit terrible de deux jeunes soldats qui ont connu l’horreur du débarquement en Normandie puis celle de la Libération, en France et en Belgique.
Très souvent, lors de la lecture de ces quelque 100 pages, on pense entendre ces vétérans, avec la voix tremblante d'émotion. On imagine sans peine leur visage aux yeux humides. Pour le souvenir de ces moments d’enfer et la perte de tant de frères d’armes. Comme en témoigne Sergio Moirano, resté hanté jusqu’à sa mort par les images du débarquement sur les plages de Normandie : «je n’ai jamais eu la force mentale de retourner sur les plages d’Utah Beach, ni d’ailleurs sur aucune plage du débarquement, tellement c’est dur. Même après autant d’années, la douleur est toujours là, bien présente

Les témoignages se succèdent et amènent aussi leur lot d'anecdotes étonnantes. Curtis Phillips, par exemple, avait bien failli trouver la mort bien avant de débarquer en France. Lors d’un entraînement en Floride, il s'était fait mordre trois fois par un serpent corail. Une quatrième morsure aurait été fatale au soldat. Lui aussi avait préféré le front européen, car il jugeait les Allemands plus «civilisés» que les Japonais. Un vétéran resté marqué lui aussi par les combats et la vision des champs de bataille : «j’ai bien cru que cette guerre allait me rendre fou. Malgré tous les efforts, je n’ai jamais réussi à me souvenir de tous les détails

VINGTANSUn livre illustré de nombreux clichés personnels. Mention spéciale pour le dernier de Sergio Moirano, avec son casque, fidèle compagnon d’une épopée meurtrière. Ou celui où il pose avec la petite-fille du fameux général George S. Patton, dont les chars ont permis de rompre l’encerclement de Bastogne. «Oui, chaque homme est effrayé par sa première bataille. S’il dit qu’il ne l’est pas, c’est un menteur. Le vrai héros est l’homme qui combat même s’il a peur» avait déclaré l'officier à ses hommes lors d’un discours devenu mythique (et reproduit dans le livre, à lire pour le langage fleuri adopté par le général ndla).
Un récit émouvant qui laisse un témoignage fort de ces libérateurs. Deux parmi des millions. Sergio Moirano est décédé en 2016, mais son histoire est désormais imprimée. Tout comme celle de Curtis Phillips.
Deux hommes qui ont connu l’horreur chez nous, mais également l’amour. Avec deux Wallonnes, l’une à Binche, l’autre à Marchin. Juste récompense pour ces deux soldats qui ont fêté leurs 20 ans en plein cœur du bocage normand. Sans cadeau ni gâteau, mais sous le feu allemand.

Comme l’a souligné le général Douglas MacArthur lors de son discours d’adieu au Congrès américain le 19 avril 1951, «old soldiers never die, they just fade away» («les vieux soldats ne meurent jamais, ils disparaissent tout simplement.»).

«J’ai vingt ans, on fait la guerre et on se marie», par Philippe Carrozza. Éditions Weyrich, 115 pages
Couverture : éditions Weyrich

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