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Histoire

Posté le 19 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mai 40 à Dunkerque, un gamin au coeur de la tourmente

«J’avais 10 ans en 1940 quand éclata la première grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, en France. Elle se termina par la victoire d’Hitler. À Dunkerque, où je vivais. Je rêvais, je voulais, je croyais que les Français allaient gagner. Mais j’ai connu le drame de la défaite et le défilé, dans ma rue, de milliers et de milliers de prisonniers français
Ainsi débute le récit de Jacques Duquesne, journaliste et auteur de nombreux ouvrages à succès. Avec Dunkerque 1940. Une tragédie française  (éd. Flammarion), il relate le résultat de ses longues années de recherche sur un sujet historique plutôt méconnu. Le rembarquement du corps expéditionnaire britannique au cours d’une opération restée dans les manuels sous son nom de code : Dynamo. Le dernier acte d’un drame de guerre qui a scellé le cours de la guerre et plongé Dunkerque dans la nuit pendant plus de cinq ans.
Le document, passionnant de bout en bout, apporte aussi le témoignage de l’auteur, gamin au moment des faits, plongé au cœur de la tourmente. Un jeune garçon qui, comme beaucoup d'autres gamins, n’aurait pas dû subir ces visions d’horreur. «Nous les gosses, avions accueilli avec bonheur, ou plutôt un certain plaisir, la déclaration de guerre. Nous pensions moins aux souffrances et aux morts qu’aux défilés de la victoire

DUNKERQUEMais les événements ont rapidement effacé ces impressions de bonheur. Jacques Duquesne relate ainsi ses visions de bombardement de sa ville, avec les incendies, les familles ensevelies, les colonnes de prisonniers… Le défilé des Allemands dans les rues. Si l’espoir est longtemps resté présent au sein de la population, «peu à peu, un mot dramatique était apparu aux habitants de Dunkerque : la défaite. Jusqu’à hanter les esprits
Au fil des chapitres, construits sur ses recherches historiques, l’auteur démonte également quelques idées reçues. Comme celle liée au coup d’arrêt allemand. Soudain, et longtemps attribué au respect de l’Allemagne pour l’Angleterre. En vérité, il s’agissait pour Hitler de jouer sur la notion de flatterie. De laisser un peu des plaisirs de la victoire à l’infanterie allemande. Jacques Duquesne voit juste quand il déclare qu’ «un dictateur doit toujours se méfier de ses généraux : leur gloire personnelle peut leur donner des idées.» Il était hors de question de laisser toute la gloire aux soldats montés sur blindés. Lesquels avaient, par ailleurs, un grand besoin de souffler et de réparer les véhicules, malmenés par de multiples engagements.

Dunkerque? Au mieux un délai

L'avis de Jacques Duquesne sur les généraux alliés n’est guère tendre. On suit ainsi tout le processus britannique qui a mené au départ précipité du territoire français. Un rembarquement décidé sans consultation préalable des alliés français. Du point de vue français, l’héroïsme, celui des défenseurs de Dunkerque, a côtoyé la lâcheté la plus crasse, celle des déserteurs qui se sont glissés parmi les troupes à évacuer. «Tout ce qui a pu être sauvé l’a été», rapporte le général Alexander. «Non, mon général, reste l’honneur» réplique le capitaine de frégate de La Pérouse. Un extrait de dialogue savoureux cité par un auteur qui dénonce des attitudes méprisables, reflets du comportement humain. Le chacun pour soi, la lâcheté et l'idiotie de certains généraux. Sans oublier le déclenchement prématuré, stupide, d'une guerre sans y être préparé. Hitler lui-même aurait préféré attendre quelques années de plus.
Oui, c’était étrange comme guerre. Le plus destructeur des conflits de l'histoire.

«Il n’y eut pas de miracle à Dunkerque, seulement des lâchetés et de l’héroïsme. Des hommes, quoi. Au total, 340.000 hommes furent embarqués pour l’Angleterre. Dont quelque 140.000 Français, aussitôt renvoyés en France
Ce qui est présenté dans les livres comme une victoire n’en est pas une souligne l'auteur.
«Ce fut, au mieux, un délai qui permit de se renforcer et de nouer de nouvelles alliances
Un livre poignant qui se présente comme le complément idéal au nouveau film de Christopher Nolan, Dunkerque.

Philippe Degouy

Dunkerque 1940. Une tragédie française. Par Jacques Duquesne. Éditions Flammarion, 312 pages
Couverture : éditions Flammarion

Posté le 6 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le He 162, un chasseur du peuple loin d’être populaire

1944. Le régime nazi sent le vent tourner et réfléchit à des armes capables de renverser le cours de la guerre. Parmi ces nouveauxx projets figure le programme He 162 Volksjäger. Il devait être un chasseur populaire, confié à des milliers de jeunes pilotes Allemands à peine formés. Des escadrilles lancées à l’assaut des forteresses volantes. Rédigé par C-J. Ehrengardt, auteur bien connu des fidèles des publications Caraktère, le thème principal de ce hors-série du magazine Aerojournal dresse le bilan du He 162. Un sacré tour de force faut-il d’abord préciser. À peine deux mois furent nécessaires pour passer de la table à dessin au stade du prototype.
Une réussite technique, soit, mais réalisée au détriment de dizaines de milliers de prisonniers et déportés affectés au programme. Dans des usines aux conditions de travail détestables, ils ont payé un lourd tribut. Plus de 75% des ouvriers, de véritables esclaves, ont perdu la vie pour construire le He 162. Pour un résultat médiocre, car cet avion, développé trop vite, a enregistré les défauts : trop petit, faiblement armé, doté d’une autonomie limitée. Un chasseur du peuple (volksjäger) qui n’aurait pu lutter efficacement contre les B 17 ou les P 51. À son bord, les jeunesses hitlériennes n’auraient eu aucune chance de survivre.

De nombreux plans en 3D permettent au lecteur de «tourner» virtuellement autour de ce cette petite salamandre (son surnom). S’ajoutent également de nombreux profils en couleur et des clichés inédits. De quoi mieux connaître ce petit chasseur qui n’est jamais tombé intact aux mains des Soviétiques. Son siège éjectable a cependant été copié par les communistes, pour équiper certains de leurs appareils à réaction.

Et en vol?

Un chapitre très intéressant, lui aussi, résume l’opinion de quelques pilotes confirmés sur le comportement du He 162 en vol : «terriblement vicieux», «très bruyant au sol», «désagréable à piloter»…
AEROJOURNALL’avis du commandant britannique Williams Benson est plus nuancé : «piloté correctement et en douceur, le 162 était un très bon avion. Mais il était hors de question de le manier comme un Spitfire ou un Fw 190. Il fallait le doigté d’un pilote chevronné pour qu’il soit sans danger.» Pour le célèbre pilote d’essai Eric Brown, «un réacteur plus puissant et une aile en flèche auraient pu en faire une machine redoutable.» Comme il n’a jamais été engagé au combat, tout n’est que supposition quant à ses qualités de chasseur. Et le restera. Contrairement à son aîné, le redoutable Me 262, pionnier de la chasse à réaction.

Une seconde partie du hors-série clôture le diptyque consacré au Coastal Command en guerre. Elle évoque les strike wings qui ont permis aux Britanniques de dépasser le cadre des missions défensives. Avec l’aide d’appareils comme le Mosquito et le Beaufighter, les pilotes ont pu infliger de sérieux dommages à l’adversaire. De nombreuses photos témoignent des missions délicates accomplies.
Le He 162 et le Coastal Command, deux sujets méconnus du grand public et qui méritaient d’être développés. Les maquettistes seront à la fête avec de nombreuses sources d’inspiration pour leurs modèles. Des textes précis mais accessibles et une iconographie inédite, tout concourt à faire de ce hors-série un excellent numéro à conserver.

Philippe Degouy

Aerojournal hors-série n°27. Éditions Caraktère, 116 pages
Couverture : éditions Caraktère

Posté le 1 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Combattre et vaincre en ville, le nouveau défi du XXIe siècle

La dure bataille menée à Mossoul face aux islamistes de l'EI a prouvé toute la difficulté de reprendre une ville tenue par un ennemi déterminé. Qui utilise tous les moyens de défense mis à sa disposition.
Rédigé par Frédéric Chamaud et Pierre Santoni, «L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville» (éd. Pierre de Taillac) retrace, à l’aide d’exemples concrets, les multiples défis à relever par des armées engagées sur un théâtre d’opération qui s’annonce de plus en plus délicat et létal. Les façons de combattre ont changé et imposent une autre façon de raisonner. Un sacré défi qui constitue le fil rouge de ce document d’histoire militaire qui repose sur une douzaine d’analyses de batailles urbaines.

ChampdebataiulleUn modèle de combat en zone confinée qui remonte à la bataille de Madrid en 1936, début de ce genre de conflit inédit dans l’histoire. On ne parle plus de siège ou de mise à sac d’une ville conquise, mais de combats livrés au cœur d'une ville. Depuis, les exemples se sont multipliés : Stalingrad, Sarajevo, Beyrouth, Hué ou Fallouja. «La bataille de Fallouja reste aujourd'hui comme l'une des principales références du combat en zone urbaine. Plus de dix ans après, elle demeure un exemple significatif de ce qui attend les armées modernes engagées en ville.» Il faudra désormais compter aussi sur Mossoul. L'exemple de guerre totale livrée en milieu urbain.

La ville. Un nouveau théâtre qui nécessite de revoir les tactiques, la simulation et les manuels. L’armement individuel, mais aussi l’art du commandement, l’usage des blindés et des hélicoptères, ou celui des armes dites «sales» comme la bombe thermobarique qui provoque l’équivalent d’un coup de grisou minier. Tout cela est longuement expliqué au fil des pages.
De même que le retour des façons de combattre plus classiques, qui furent enterrées un peu vite par la technologie : contre-attaque, combat à pied, attaque de diversion, notion de mobilité, de réserve tactique…
Quant au chef, il devra commander à vue pour être efficace. «Les habitudes de prises de risque, émoussées après des années de combat centralisé, devront être à nouveau cultivées

Et demain? Quel sera le nouveau visage du combat urbain? Sera-t-il dominé par la présence de robots armés et des drones? Pourra-t-on parler de l’ultime champ de bataille dont il est fait mention dans le titre? «Ce sera le retour du combat primitif, d’homme à homme, avec l’importance du chef, présent sur le terrain, avec ses hommes. La volonté de vaincre, et donc l’esprit de sacrifice, sera certainement l’un des éléments déterminants de ce nouveau champ de bataille. Il faudra aller au contact. Traquer l'adversaire au coeur de sa ville
Un adversaire déterminé, comme l'a prouvé l'ennemi djihadiste à Mossoul, et qui trouvera dans le milieu confiné un extraordinaire pouvoir égalisateur face à une armée mieux équipée. Ce fut déjà le cas en 1993 à Mogadiscio, Somalie. Engagés dans un raid mal préparé pour capturer un chef de guerre, les Américains ont eu le plus grand mal à se sortir d’un combat urbain face à des miliciens enragés.

Ce manuel de guerre de 228 pages se lit quasiment d’une traite. Pointu, certes, mais accessible à tous. Passionnant, sans nul doute. Rédigé par deux soldats de terrain, il détaille les futurs défis qui attendent les armées occidentales. Et non des moindres.
Elles vont devoir faire face à une nouvelle façon de combattre. Avec l’émergence, à moyen terme, de mégalopoles où il faudra engager bien plus de combattants qu’aujourd’hui pour espérer vaincre l’adversaire. Une espérance  de victoire, et non pas une certitude. La précision est importante. Car, comme le précisent les auteurs, «il n’est pas inenvisageable qu’une force moderne de type occidental soit tactiquement défaite dans une bataille en zone urbaine

Philippe Degouy

«L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville», par Frédéric Chamaud et Pierre Santoni. Éditions Pierre de Taillac, 228 pages, 22,90 euros environ
editionspierredetaillac.com

Couverture : éditions Pierre de Taillac

Posté le 19 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La victoire en pleurant, l’horreur de la campagne d’Italie

Par Philippe Degouy

Non, la Libération ne fut pas une marche triomphale. Et certainement pas en Italie, où elle a laissé de terribles cicatrices, pas encore refermées aujourd’hui. Il reste, au sein de nombreuses familles italiennes, ces souvenirs de libérateurs du Corps expéditionnaire français devenus de véritables bêtes fauves. Ces troupes coloniales françaises, marocaines notamment, qui ont déferlé au printemps 1944 sur de nombreux villages comme une immense vague de violence : Esperia, Lenola, Campodimele, Vallecorsa, Pico, Pontecorvo, Castro dei Volsci… Vols, viols de masse, saccages… rien ne fut épargné aux victimes de cette folie. Des faits baptisés sur un néologisme : marocchinate.
« Depuis que j’ai entendu parler des marocchinate, je me demande comment j’ai pu ignorer si longtemps ces événements » explique Eliane Patriarca dans son document Amère libération (éd. Arthaud). Pour l’auteure, la découverte, presque par hasard, de ce sujet historique, bien peu présent dans les livres d'histoire, a provoqué un électrochoc. Et l’envie de se rendre sur place. Comme une sorte de quête initiatique sur la terre de ses ancêtres.

AmereliberationDe Naples à Rome, avec un acharnement sur la région de la Ciociara, les troupes coloniales françaises, dont beaucoup de Marocains, ont laissé un sillon sanglant. Des troupes de montagne efficaces, de la chair à canon sacrifiable pour déloger les Allemands.
Ces razzias commises sur les petits villages italiens étaient pour ces goumiers une façon d’asservir le vaincu, de se rembourser les pertes subies. « Le pillage du vaincu est une pratique coutumière des tribus marocaines du Rif et de l’Atlas, le viol des femmes fait partie intégrante du butin de guerre » précise l’historienne Julie le Gac, interrogée dans le livre.
Chapitre après chapitre, les récits se succèdent, identiques d’un village à l’autre. Brutaux, à donner l’envie de vomir. « Comme une nuée de criquets, ils firent irruption dans les maisons, vandalisèrent, saccagèrent et commirent des violences sur les femmes, les hommes, les jeunes. Jusqu’au prêtre. » Quelque 12.000 hommes transformés en fauves sans pitié. À Esperia, « sur 2500 habitants, 700 femmes ont été violées. » Les témoins se souviennent encore de « leurs rires, des robes longues si étranges, de leur puanteur aussi, des anneaux portés au nez et à l’oreille. »

Un drame sans coupables

Comme un retour aux sources, l’auteure revient sur la terre de ses parents, de sa famille italienne. Soulagée de les savoir épargnés par ces souvenirs de guerre,  mais choquée par les témoignages récoltés de village en village. « Les habitants de Lenola disaient qu’ils avaient souffert davantage en trois jours avec les libérateurs qu’en neuf mois d’occupation allemande. » De fait, le bilan fait état d’une fourchette basse de quelque 3000 à 5000 viols commis durant la campagne d’Italie.  Des actes vus et relatés par les Américains. Horrifiés par ces crimes, beaucoup d’entre eux ont exprimé l’envie de tirer sur les goumiers plutôt que sur les Allemands.

Les marocchinate, un sujet toujours tabou, qui est resté occulté en France. Comme un fait à oublier, sans intérêt. Parfois, dit l'auteure,« il suffit d’une frontière pour arrêter l’Histoire. Jamais la France n’a reconnu officiellement les exactions du CEF, jamais personne n’a assumé la responsabilité de ces violences de masse commises au sein de l’armée française.» Une théorie avance la vengeance orchestrée par la France pour faire payer l’Italie après la déclaration de guerre de Mussolini à la France en juin 1940. Une théorie qui peut expliquer cette barbarie, mais pas l’excuser. Des écrits parlent d'une carte blanche donnée par le maréchal Juin à ses troupes. Mais aucune preuve n'a été apportée.

Plus que la haine des soldats français, c’est la sidération qui ressort de tous les témoignages rassemblés par Eliane Patriarca. « Ce qui advint à l’époque, on ne l’avait jamais vu, ce qu’ils firent aux femmes… comme des bêtes. » Ces viols de masse ont touché plus de la moitié de l’Italie, de la Sicile jusqu’à la Toscane. Commis lors de la lente remontée des troupes alliées.

Le livre refermé, il reste ce silence qui entoure le drame. Le lecteur reste choqué, surpris par ces témoignages d’un passé rarement évoqué. Comme le souligne l’auteure, il s’agit pourtant d’un crime contre l’humanité. Une action en justice contre la France pourrait d'ailleurs être lancée. Tous les éléments sont disponibles dans les archives.
« À jamais, les victimes des marocchinate restent liées à mon histoire, à la terre entre mer et montagnes dont je viens. »
Oui, on peut parler d’une Amère libération de l’Italie, pour reprendre le titre de ce document qui soulève un coin du tapis de l’histoire. Celui sous lequel sont (encore) cachés de nombreuses horreurs.
Un dossier terrible. Au point que certains témoins ont déclaré avoir presque regretté les Allemands, généralement plus « corrects » que les libérateurs. Un souvenir douloureux mais nécessaire, de l’avis des témoins : « il faut raconter pour que les jeunes sachent ce qu’est la guerre. »

Amère libération, par Eliane Patriarca. Éditions Arthaud, 224 pages, 19,9 euros
Couverture : éditions Arthaud

Posté le 2 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

The Big Red One et ses six millions de renfort

     Par Philippe Degouy

En juin 1917 naissait la 1ère division d’infanterie américaine, unité de combat envoyée combattre sur le front européen. Une division d’élite à l'histoire forgée sur les champs de bataille de la Première guerre mondiale. Une division mieux connue sous son nom de guerre : la Big Red One, en référence à son insigne, ce grand 1 rouge cousu sur la manche, dont la légende raconte qu’il est né d’un morceau de tissu rouge pris à un soldat allemand mort lors du Premier conflit mondial. Dès sa naissance, la division se taillera une réputation de combativité sans défaut. Son histoire, sanglante, se voit racontée par Stéphane Lavit et Philippe Charbonnier dans cette monographie, La 1re division d’infanterie américaine, publiée aux éditions Histoire et Collections. Un hommage mérité pour le centenaire de cette division d'élite.

BigRedOne« Rien, ni même les feux de l’enfer n’arrête la 1ère division ». Après le premier conflit, la division est revenue en Europe pour la Seconde guerre mondiale. Ses soldats ont participé à toutes les campagnes sur le front ouest, à tous les débarquements. Avec le baptême du feu vécu en novembre 1942 sur les côtes algériennes. Après le drame de la passe de Kassserine, les Américains vont remporter leur première victoire à El Guettar en mars 1943.
Le début d’une chevauchée qui va les faire débarquer en Sicile, en Normandie, au prix de fortes pertes à Omaha Beach en juin 1944. Ce sera ensuite la marche triomphale vers le Reich, en passant par la Belgique. Les soldats de la Big Red seront de tous les coups durs. Avec des combats homériques, comme la prise d’Aachen, la bataille de Hürtgen et le sursaut allemand dans les Ardennes en décembre 1944.

« L’armée américaine est constituée de la 1ère division et de six millions de soldats de renfort » aurait dit un général à Théodore Roosevelt Jr, « mais n’est-ce pas le cas ? » aurait répondu, malicieux, Roosevelt. Une division réclamée par Patton, admirée par Montgomery et saluée par Eisenhower : « je commence à croire que la Big Red One est ma garde prétorienne. »
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la division annoncera la perte de 21023 soldats (tués, blessés et disparus) et la récolte de quelque 20752 médailles. La division restera en Allemagne jusqu’en 1955.

La fin du conflit ne marquera pas celle de ses engagements. Elle sera envoyée au Vietnam, dans les déserts de l’opération Desert Storm, en Bosnie et enfin en Irak et en Afghanistan. De quoi justifier sa devise : « aucune mission n’est trop difficile, aucun sacrifice n’est trop grand, le devoir d’abord. »
Une division qui a eu parmi ses membres le célèbre cinéaste Samuel Fuller, qui a retracé son épopée dans un film de guerre d’excellente facture, mais rarement diffusé en télévision : Au-delà de la gloire, avec en tête de distribution le regretté Lee Marvin, ex-Marine dans le Pacifique. Un film dont le tournage est raconté par les auteurs dans cet ouvrage abondamment illustré de clichés d’époque. De quoi donner des idées aux maquettistes.

La 1re division d’infanterie américaine, par Stéphane Lavit et Philippe Charbonnier. Éditions Histoire et Collections, 97 pages, 19,95 euros
Couverture : éditions Histoire et Collections

Posté le 2 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Hitler et Mussolini vus par un témoin direct

Les régimes fascistes des années 30 et 40 vus de l’intérieur : tel est le principal intérêt des mémoires du diplomate italien Filippo Anfuso (1901-1963), publiés une première fois en 1949 chez Calmann-Lévy et aujourd’hui republiés chez Perrin. Anfuso était chef de cabinet et ami intime du comte Ciano, le ministre des Affaires étrangères de Mussolini. On ne s’étonnera pas dès lors d’avoir entre les mains un document résolument partisan. Cette édition est toutefois préfacée et annotée par Maurizio Serra, actuellement ambassadeur d’Italie à l’Unesco. Lequel met en garde le lecteur par rapport au parti pris d’Anfuso.

L’ouvrage vaut surtout pour les portraits des grandes figures du fascisme et du nazisme, à commencer par ceux qu’il appelle «les deux caporaux», Mussolini et Hitler. S’il ne manque pas de souligner le côté grotesque du personnage du Führer, il ne s’efforce pas en revanche de cacher son admiration pour le Duce. «Les moments qu’il m’a consacrés restent les plus beaux et les plus intenses de ma vie.»
Ambassadeur fascisteL’ambassadeur décrit en détail les rapports d’amour-haine entre Hitler et Mussolini. Hitler s’est allié avec Mussolini parce qu’il avait échoué à gagner l’amitié de l’Angleterre qui restait, d’après Anfuso, son premier choix.
Quant à Mussolini, il admirait la force de Hitler mais se méfiait de son imprévisibilité. «Le plus grand tort qu’ait fait Hitler à Mussolini et à lui-même a été de l’empêcher de retourner à Rome», note Anfuso.
De Goebbels, Anfuso déclare qu’il «incarnait plus exactement que Hitler ce qu’était l’Allemagne nazie». «Je ne pouvais souffrir l’air de suffisance que cet homme brun, aussi petit et aussi brun que le dernier des Latins, prenait à l’égard de ceux-ci
Anfuso a aussi fréquenté von Ribbentrop, dont il souligne le côté paranoïaque. «Quand je lui parlais, j’avais l’impression que, sous n’importe quel fait politique, il cherchait l’ennemi personnel caché.(…) Pour lui, alliances, complots, capitulations, retraites, pertes de territoires, victoires et défaites n’étaient que de simples mouvements qui devaient accélérer, empêcher ou retarder son limogeage

Anfuso n’a jamais renié ses convictions fascistes et encore moins exprimé de regrets. En tant que dernier ambassadeur italien auprès de l’Allemagne nazie, pour le compte de l’éphémère république de Salo, il a connu l’ultime dérive du régime mussolinien, qui entre 1922 et 1943, est passé du socialisme à l’antisémitisme d’Etat.
Contrairement à Ciano qui disparut de la circulation en 1943 (exécuté par Mussolini), Anfuso a connu la chute du régime hitlérien, puisqu’il était en poste à Berlin lors de la prise de la ville par l’Armée rouge.
Condamné à mort par un tribunal italien en 1945, il s’est réfugié en France où il a été incarcéré à la prison de Fresnes. La justice française a prononcé un non-lieu et l’a relâché. Anfuso a ensuite trouvé une planque en Espagne jusqu’à ce qu’une cour d’appel en Italie lui accorde l’amnistie en 1949. Il est rentré au pays en 1950 et est même parvenu à se faire élire au parlement italien en 1953 dans les rangs du parti néo-fasciste (jusqu’à sa mort en 1963). Comme quoi, on se refait pas…

Jean-Paul Bombaerts

«Du palais de Venise au Lac de Garde, mémoires d’un ambassadeur fasciste», Filippo Anfuso, éditions Perrin, 440 pages, 23 euros

Posté le 22 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

En un combat douteux au Vietnam

Par Philippe Degouy

Si chacun connaît les romans de John Steinbeck, qu'en est-il de son oeuvre journalistique ? Rééditées chez Perrin, ses Dépêches du Vietnam méritent une lecture. Pour la qualité de l'écriture mais aussi pour le témoignage apporté. Elles furent écrites sur place, en pleine guerre du Vietnam. Non pas dans un bureau climatisé, mais sur le terrain, dans la jungle, sous le feu ennemi. À 65 ans, déjà malade et fatigué, l'auteur, farouche anticommuniste, a rédigé des dizaines de lettres envoyées au magazine Newsday. Toutes adressée à Alicia. Un hommage rendu à l’épouse défunte du patron du magazine.

Sur place, en totale liberté, John Steinbeck a suivi son instinct pour humer l’ambiance de cette guerre. Et en dresser les grandes lignes dans ses dépêches. « Si je pars pour l’enfer, c’est parce que je n’ai jamais eu beaucoup de sympathie pour le spectateur innocent. Je préfère être un spectateur coupable. Pour voir, entendre, sentir et toucher. »
Un voyage qui lui a permis aussi de retrouver ses fils, tous les deux envoyés au Vietnam. Curieux de tout, il a testé, comme un enfant dans un magasin de jouets, presque toutes les machines de l’armement américain. Il faut lire la lettre dédiée aux pilotes d’hélicoptères, comparés à des musiciens. « La délicatesse de la coordination de leurs mains sur les commandes me rappelle les mains sûres de Pablo Casals sur le violoncelle. » Même en pleine jungle, la poésie n'est jamais absente.

Des lettres qui se révèlent tantôt drôles et cyniques, tantôt dramatiques. Mais toujours solidement documentées et réalistes. John Steinbeck ne s’est pas contenté, comme certains journalistes à Saigon, de rester dans sa chambre, à recopier les communiqués. Lui a enfilé le treillis et les rangers pour suivre l’action sur le terrain. Parfois au prix de prise de risques. Toujours, il a appliqué les bons conseils des vétérans pour éviter de se prendre une balle. Celui de Robert Capa, notamment : « ne bouge plus. S’ils ne t’ont pas descendu, c’est qu’ils ne t’ont pas vu ».
Des lettres, inspirées par le suivi d'une unité, puis d'une autre. Une expérience engrangée pour se faire une opinion sur les combats, la vie à l'arrière, les victimes civiles prises entre deux feux ou la sauvagerie d’un ennemi sans pitié. « Le Vietcong a la même impulsion altruiste, la même inclinaison démocratique et les mêmes méthodes pour parvenir à ses fins que la Mafia en Sicile. La terreur et la torture sont ses armes. » Les descriptions de corps mutilés, de femmes et d’enfants abattus lui inspirent le dégoût, et des déclarations plus crues, mais humaines : « Charlie est un véritable fils de pute. Il ne renoncera à aucune horreur, aucun mensonge. » Il ne manquera pas non plus de relater les méfaits des troupes alliées, mais qui ne furent pas une généralité, contrairement à ceux de Charlie.
VIETNAMÀ peine moins virulentes furent ses lettres adressées aux jeunes planqués aux cheveux longs, restés en Amérique pour manifester. « Quand je les vois, je ne crois plus que nous, les vieux, ayons le monopole de l’idiotie. »

Un écrivain plein d‘humour, qui n’hésite pas à se moquer de lui-même dans ses lettres. De ses difficultés à suivre les GI’s dans ces terrains boueux, humides, où il fallait regarder ses pieds pour éviter les pièges, les serpents, les mines….
Rester à Saigon n’était pas moins dangereux  : « dans les rues, toute personne, tout endroit peut soudain être l’occasion d’une éruption de violence et de destruction. C’est une impression qui ne te quitte pas une minute. »
Et malgré le danger d'un ennemi omniprésent, Steinbeck est tombé amoureux de ce pays, décrit dans ses lettres comme le paradis sur Terre : « la variété des paysages donnerait des démangeaisons à n’importe quel agent de voyages. C’est certainement un des plus beaux pays qu’il m’ait été donné de voir. »
Des lettres rédigées sur la guerre, la peur au ventre, mais aussi les soucis domestiques. Comme la difficulté de trouver de l’eau potable. « C’est pour cette raison qu’on sert tant de thé glacé et que tant de bière est consommée. »

Une vision de la guerre en Asie qui « suit une courbe parabolique. Du doute quant à l’engagement de l’Amérique, au soutien marqué exprimé sur place puis le retour au doute quant à la sagesse de la participation américaine.»
Une guerre étrange, impopulaire car impossible à raconter au pays.
« C’est une guerre à sentir, sans ligne de front, sans arrières. Elle est partout comme un gaz léger, toujours présent. »

« Qui est coupable, qui est innocent ? » Une question restée sans réponse pour John Steinbeck. Il est néanmoins resté fidèle aux soldats engagés, dont il a partagé le quotidien durant de longues semaines. Ses Dépêches du Vietnam, passionnantes, sont émouvantes, historiques. De retour du front, l'auteur n’écrira plus rien jusqu’à sa mort survenue le 20 décembre 1968.

Dépêches du Vietnam. Par John Steinbeck. Collection Tempus. Éditions Perrin, 320 pages
Couverture : éditions Perrin

 

Posté le 15 mai 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Nimrod, l'éditeur qui relate la guerre sous l'angle humain

Entretien
Philippe Degouy

Spécialisées dans la publication de livres relatifs aux conflits et à ceux qui les font (Forces spéciales, pilotes, sniper...), les éditions Nimrod fédèrent un public fidèle autour d'une production qui privilégie la qualité à la quantité. Des ouvrages rédigés par des témoins d'opérations militaires méconnues, des soldats acteurs de récentes guerres (Irak ou Afghanistan notamment). Voire par  des personnages charismatiques, comme Marius, une légende au sein des commandos marines. Nous avons voulu en savoir plus sur Nimrod. Avec un entretien mené avec son fondateur, François de Saint-Exupéry. Des questions sur ses choix d'ouvrages à publier, son lectorat, ses succès, ses projets.

Débutons avec une question, futile sans doute mais qui doit brûler la langue de vos lecteurs depuis longtemps : avez-vous un lien de famille avec le célèbre écrivain-pilote, disparu en juillet 1944?

Antoine de Saint-Exupéry était un cousin germain de mon grand-père, mais ce fait n’a guère joué dans mon désir de devenir éditeur. Si je le dois à quelqu’un, c’est plutôt à ma mère qui a donné à ses enfants le goût de la lecture, ainsi qu’à quelques grands-parents ou oncles à la carrière militaire étonnante.

Le nom de Nimrod, qui en arabe et en hébreu symbolise l’acte de rébellion, est-il choisi en réaction au silence presque généralisé des éditeurs à l’encontre du genre militaire? Ou faut-il y voir une autre explication?

Nous avons choisi le nom de Nimrod car il s’agit, selon le Livre de la Genèse, du premier « héros sur terre ». Celui dont la mort aurait été provoquée par un simple moustique. Il y a dans cette histoire une thématique qui nous est chère : celle des « héros » et des tragédies vécues.
NIMRODOKOKPour le clin d’œil supplémentaire, le nom de code « Nimrod » est aussi celui qui a été attribué à l’opération antiterroriste menée par le célèbre SAS lors de la prise d’otages survenue à l’ambassade d’Iran à Londres en 1980. La première fois que le dénouement d’une prise d’otages était diffusé en quasi-direct à la télévision.

Les éditions Nimrod sont quasi les seules sur le marché francophone à publier des récits de vétérans des guerres d’Irak et d’Afghanistan. Deux « sales guerres » quasi absentes dans les médias et découvertes par le public grâce à vos récits. Les prix remportés par beaucoup d'entre eux prouvent qu’il y a un réel intérêt de la part du public. Comment expliquer ce quasi black-out du genre au sein du monde littéraire?
Les éditions Nimrod publient des récits biographiques militaires, un genre qui a toujours été très populaire dans les pays anglo-saxons, mais qui était tombé en désuétude en France dans les années 1970.
J’imagine que les éditeurs, qui n’ont pas toujours eu une appétence particulière pour les récits militaires, avaient une vision très négative de cet univers après la guerre d’Algérie.
Aujourd’hui encore, des éditeurs, des libraires et des journalistes ont toujours du mal à imaginer qu’un militaire puisse raconter, avec sensibilité et émotion, des aventures vécues. Contrairement aux pays anglo-saxons où la littérature militaire a toute sa place dans les suppléments littéraires des journaux ou dans les rayons des librairies.

Comment s’effectue le choix d’une nouveauté, et quel est son parcours?
Nous publions à la fois des récits traduits de l’anglo-saxon et des récits français. En ce qui concerne les récits anglo-saxons, qui peuvent connaître jusqu’à cinquante parutions différentes ou plus chaque mois sur cette thématique, nous lisons énormément de nouveautés, en essayant de dénicher la pépite. Une histoire qui soit suffisamment universelle, qui apporte quelque chose de nouveau et de différent par rapport à celles déjà publiées. De quoi permettre de découvrir un parcours de vie étonnant et de mieux comprendre certaines réalités du terrain. Ce sont en effet les histoires humaines qui nous intéressent, plutôt que les analyses géostratégiques.
Côté français, nous sommes en permanence à la recherche de témoignages. Nous pouvons tout aussi bien approcher des militaires dont nous pensons qu’ils ont une histoire intéressante à raconter que publier l’un d’entre eux après une approche par mail ou par téléphone. Nous encourageons d'ailleurs les militaires francophones à nous contacter.

Quels sont les titres les plus vendus au sein de votre catalogue? On imagine que la biographie American Sniper rédigée par Chris Kyle occupe une jolie place avec son adaptation faite par Clint Eastwood. Mais qu'en est-il des autres titres?
À ce jour, American Sniper compte en effet parmi nos best-sellers avec plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires vendus, mais il fait quasiment jeu égal avec le récit de Marius, Parcours Commando qui n’a pourtant pas été adapté au cinéma !
Sans atteindre de tels chiffres, d’autres récits ont reçu un accueil particulièrement enthousiaste. Comme Opérations spéciales, 20 ans de guerres secrètes - L’histoire incroyable du colonel Sassi pendant la Seconde guerre mondiale et la guerre d’Indochine, La guerre vue du ciel, les missions de combat du commandant Marc Scheffler en Afghanistan et en Libye. Pour n’en citer que quelques-uns.

Entre récits de fiction et documents historiques, peut-on estimer la clé de répartition dans le chiffre d’affaires de Nimrod?
Si nous avons en effet publié des « fictions militaires » au début de l'aventure, avec des auteurs tels qu’Andy McNab ou Chris Ryan, sans oublier les récits de guerre napoléonienne passionnants de Bernard Cornwell, avec son héros Richard Sharpe, nous avons malheureusement arrêté la publication de romans. Ceci pour nous concentrer exclusivement sur les documents. Nous retenterons peut-être l’expérience plus tard, pour éventuellement reprendre la publication des aventures de Richard Sharpe. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

Vous lancez cette année les éditions Seramis. Avec des récits de destins féminins. Le premier ouvrage, Une maison dans le ciel, a connu un beau succès public. Quelle sera la fréquence de publication? Quel est l’accueil du public?
Alors que Nimrod œuvre dans un univers militaire plutôt masculin par nature, Seramis s’intéresse à des destins de femmes, issues de tous univers. Le premier récit, Une maison dans le ciel, raconte l’histoire d’une Canadienne prise en otage par des miliciens islamistes. Un livre aussi poignant que bouleversant, qui devrait être adapté au cinéma l’année prochaine.
Notre deuxième parution chez Seramis raconte l’histoire d’une petite prématurée née à six mois d'aménorrhée. Une histoire vraie et émouvante, elle aussi, qui se lit comme un vrai thriller. Elle permet de découvrir un univers étonnant raconté par chacun des deux parents.
De la même manière que Nimrod, Seramis vise à publier cinq à six récits chaque année. Pour débuter. Le prochain ouvrage de Seramis concernera la vie plutôt chaotique d’une jeune autiste française.

Revenons à Nimrod et les projets en cours. Pouvez-vous nous en dire plus?
Sans trop en dévoiler, nous avons plusieurs projets très différents en cours de réalisation. Mais avec les mêmes contraintes éditoriales : une histoire vraie, un parcours humain, l’envie de découvrir un univers souvent méconnu.
Nous préparons ainsi un livre consacré au GIGN, mais à travers l’histoire des premiers membres de cette unité. Un autre document sera consacré à la Légion des volontaires français et à leur engagement sous l'uniforme allemand, à travers les mémoires inédites de l’un d’entre eux. Ancien combattant de la bataille de Berlin. Une histoire très éloignée des poncifs habituels.
De même, un livre sera rédigé par un pilote de chasse embarqué sur le Charles de Gaulle. D'autres surprises suivront. Patience (rires).

Notre récent projet anglo-saxon, déjà parti en traduction, n’est autre que la publication des mémoires d’un membre du Seal Team 6, une unité d’élite américaine qu'il ne faut plus présenter. L’homme en question a participé à plus de 400 missions opérationnelles au cours de sa carrière, dont plusieurs ont particulièrement marqué les esprits. Qu’il s’agisse de la libération du capitaine Phillips (pris en otage par des pirates somaliens) ou de la neutralisation de ben Laden.

Dernière question en guise de conclusion, avez-vous esssayé de dresser un portrait du lecteur lambda? Plutôt civil ou membre des forces armées?
Très honnêtement, nous ne le savons pas. Mais nous imaginons que le lectorat de Nimrod doit être plutôt civil. Beaucoup de militaires préfèrent sans doute se détendre en lisant autre chose qu'un livre qui leur rappelle le boulot… (rires)
Mais notre fierté, c’est quand ils se décident à lire l'un de nos récits, consacré à un univers qu’ils connaissent bien, et qu’ils apprécient cette lecture car ils s’y retrouvent pleinement.

 

Posté le 11 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Les moutons noirs de Piron, ces soldats belges qui n'ont pas capitulé

Par Philippe Degouy

De la Belgique de 1940, on retient la défaite de l’armée belge, et la chute, honteuse, du fort d’Ében-Émael. Des clichés trop réducteurs. Car tous les soldats belges n’étaient pas ces moutons blancs, réduits à l’impuissance dans les camps de prisonniers en Allemagne. Des fortes têtes, des insoumis, quelques aventuriers, mais tous patriotes ont rejoint l’Angleterre, dès la capitulation. Pour poursuivre la lutte et en découdre avec l’occupant allemand. Rejoindre le dernier carré de liberté ne fut pas une mince affaire. Un chapitre retrace d’ailleurs les filières suivies par ces intrépides. Beaucoup ont connu les prisons espagnoles.

Auteur et journaliste connu pour ses articles dans les publications de Caraktère, éditeur provençal spécialisé dans l’histoire militaire, Hughes Wenkin publie aux éditions Weyrich Les moutons noirs de Piron. Un document historique qui retrace l’épopée de ces quelques centaines de soldats belges qui n’ont jamais capitulé et qui ont porté nos couleurs nationales, de la Normandie jusqu’au cœur du régime nazi.
Un superbe hommage que ce beau livre qui se distingue par son iconographie, souvent inédite, et les textes pointus mais accessibles. On suit avec plaisir l’épopée de ces têtes brûlées qui ont choisi le combat plutôt que le déshonneur.

L’aventure de la brigade Piron débute après le 28 mai 1940 et l’appel de Léopold III à déposer les armes et à se rendre à l’ennemi. La reddition ? Pas pour ces soldats désireux de rejoindre l’Angleterre, toujours combative. Va débuter ensuite une longue et difficile période, entre interrogatoires serrés pour détecter les espions et entraînement avec les faibles moyens mis à leur disposition. De longs mois de galère et d’attente qui provoqueront certains troubles parmi les volontaires : « donnez-nous un champ de bataille nom de Dieu ! » En juin 1944, le First Belgian Group, qui rassemble ces soldats belges, commandés par Jean-Baptiste Piron, ne participe pas au Jour J. Pour la petite histoire, certains Belges, frustrés, vont essayer de se cacher parmi les G.I. pour débarquer avec eux.  Peine perdue, ils seront repris.

PIRONMOUTONSFidèles et fiers

Début août 1944, enfin, voici que s’annonce le moment de débarquer sur les côtes françaises. Pour chasser le boche. Les Belges vont nettoyer toute la Côte Fleurie, Honfleur, Deauville, Trouville, avant de charger vers la Belgique. Atteinte le 3 septembre à Rongy. « Le rêve collectif de la poignée de héros, en tête depuis 1940, se réalise enfin : revenir en Belgique, la terre natale. ». Leuze, Ath, Enghien sont atteintes. Avant l’entrée triomphale à Bruxelles du First Belgian Group, désormais immortalisé sous le nom de brigade Piron. Un chapitre historique très bien illustré de  clichés de foule en liesse, sorte de folie collective. Mais une joie ternie par le comportement de la racaille, ces « Résistants » de la dernière heure, et des officiers de naphtaline qui ont tenté de se mêler aux honneurs. Des soldats ? Des officiers de salon qui sont restés planqués quatre ans.
Après la Libération de la Belgique, ce seront deux campagnes de Hollande épuisantes qui suivront, avec une guerre de position, et un séjour au cœur du Reich, comme troupe d’occupation. Les Belges seront accueillis avec soulagement par les civils allemands, victimes de vols, de viols et de pillage commis par les anciens prisonniers, désormais libérés.

Les moutons de Piron n’étaient pas des poltrons, n’étaient pas des minets. Des lions. Des héros qui n’ont pourtant pas eu la reconnaissance méritée à la fin de la guerre. Comme le souligne l’auteur, « les soldats belges d’Angleterre ont eu le tort d’appartenir aux visionnaires qui ont eu foi en la victoire sur le nazisme dès 1940. » Les officiers de naphtaline et ceux qui sont revenus de leurs stalags n’ont jamais pardonné à ces « déserteurs », « ces mercenaires à la solde de l’Angleterre » d’avoir eu le courage de résister à l'ennemi. Aujourd’hui, l’association des vétérans de la brigade Piron reste bien vivante, même s’il ne reste que 14 témoins de cette période de fer et de feu. Le livre de Hughes Wenkin salue également la mémoire de Piron, « ce général belge victorieux. Il n’y en eut pas tellement pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Un très bel album, patriotique et émouvant, que l’auteur dédie aux militaires belges. Ceux de Piron, mais pas seulement. « Nous leur devons depuis 1830 la persistance même de notre nation. » Un témoignage de respect renforcé encore par l’actualité, avec ces militaires présents en rue pour défendre notre Belgique menacée par l’islamisme.

Les moutons noirs de Piron! La brigade Piron de la Normandie au cœur du Reich, par Hugues Wenkin, 248 pages, 34 euros
Couverture : éditions Weyrich

De Hughes Wenkin, également aux éditions Weyrich : Sortis de l’enfer. Les tanks ont 100 ans, Ében-Émael. L’autre vérité, Rommel. En pointe du Blitzkrieg de l’Ardenne à la Manche.

Posté le 3 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Un ticket pour l’enfer de Neuengamme

Par Philippe Degouy

Si, en ce début de XXIe siècle, nous pensons tout connaître de l’enfer concentrationnaire des années 40, certains travaux dévoilent pourtant de nouveaux pans méconnus de cette sinistre période. À l’instar du sujet de ce document rédigé par les historiens Pierre Vallaud et Mathilde Aycard. Avec Le dernier camp de la mort. La tragédie du Cap Arcona 3 mai 1945 (éd. Tallandier) ils invitent leurs lecteurs dans le nord de l’Allemagne, pour une croisière sans retour.
Mais avant, direction Neuengamme. Comme point de départ au récit.
Bergen-Belsen, Auschwitz, Dachau… autant de camps connus et mis en avant dans les livres d’histoire. Mais pas celui de Neuengamme. Et pourtant, l’endroit, initialement créé pour servir de réserve de main-d’œuvre corvéable au complexe militaro-industriel de la région d’Hambourg, a apporté son lot d'horreur et de victimes à l’univers concentrationnaire. Plus de 60.000 morts furent enregistrés sur une population totale de près de 100.000 prisonniers.
«Travail, brimade, tortures rythment la vie du camp, où un personnel féroce a droit de vie et de mort sur les détenus. La première impression à l’arrivée au camp? Tout est nu et plat, une immense terre sans horizon.» Un camp en fait semblable aux autres, avec ses clôtures de fil de fer barbelé, ses miradors, ses sauvages SS, son crématorium. Ses hôtes? Des communistes, beaucoup de soldats soviétiques, des résistants venus de toute l’Europe occupée. Des simples citoyens, dénoncés, ou des notables. Des célébrités aussi, comme le boxeur Johann Trollmann, champion de boxe d'Allemagne, envoyé au camp en 1942 et tué pour ses origines tziganes.
Les moins bien lotis travaillent à la fabrique de briques et tuiles, épuisés par le poids des matériaux, sans guère de nourriture. D'autres travaillent à la construction d'un blockhaus inutile et détruit  lors d'un raid aérien.

NEUENGAMMELe cauchemar au sein du camp va durer jusqu’au début de l’année 1945. Conscient de la défaite imminente, le régime nazi décide alors d’évacuer les camps, dont Neuengamme, et d’effacer les traces de leurs actes barbares. Ce sera le début des marches de la mort pour des déportés qui passeront d’un camp à l’autre. Pour ceux de Neuengamme, direction le nord de l'Allemagne. Vers la Baltique et l’embarquement à bord de navires devenus des camps flottants. Comme le Cap Arcona. Un mouroir sans comparaison avec l'image d'un navire conçu pour le plaisir de ses invités. «Sans eau ni nourriture, les hommes boivent la pluie qui suinte des parois. Le noir, la dysenterie, la puanteur, la surpopulation, l’asphyxie ou les cadavres viennent à bout des plus forts

Le 3 mai 1945, une attaque surprise d’avions britanniques s’abat sur les navires présents au large de la côte. Rapidement transformé en brasier, le Cap Arcona laisse peu de chance de survie à ses passagers involontaires. Quelque 7300 déportés vont périr dans ce qui est resté comme la plus grande tragédie maritime de la Seconde guerre mondiale. Parmi les morts, Roland Malraux, demi-frère d’André.
Quant au camp de Neuengamme, il ne sera jamais libéré. Les troupes britanniques le trouveront vidé de ses martyrs.

L’ouvrage des deux historiens s’attache à humaniser ce drame, avec le destin de quelques déportés dont l’histoire et les noms sont relatés au fil des chapitres. Suivis à Neuengamme puis jusqu’à leur sort funeste, à bord du Cap Arcona. Cet ancien paquebot, fierté de l’Allemagne d’avant-guerre, qui reliait le pays au Brésil. Aujourd’hui, il ne reste rien de cette épave au lourd passé, démantelée en 1949.
Et dire que ce navire était l’un des transatlantiques les plus beaux de la flotte, l’un des plus rapides d’avant-guerre, baptisé pour lui éviter le même drame en mer que le Titanic. Ironie du sort, le Cap Arcona avait joué le rôle du Titanic dans un film de propagande nazi. Avant de finir aussi tragiquement. Sinon davantage, avec ses passagers qui avaient juste quitté un enfer pour un autre.

Cet ouvrage, inédit et parfaitement documenté, laisse son lecteur abasourdi par les faits relatés. Choqué.
De cette lecture, il reste aussi ces mots attribués à Kurt Schumacher, héros allemand de 14-18, envoyé à Neuengamme pour avoir dit la vérité : «le nazisme est un appel au salaud qui dort dans l’homme

«Le dernier camp de la mort. La tragédie du Cap Arcona 3 mai 1945», par Pierre Vallaud et Mathilde Aycard. Éditions Tallandier, 304 pages, 20,90 euros environ
Couverture : éditions Tallandier

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