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Histoire

Posté le 21 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Alain Decaux raconte... dix destins d’exception

Disparu en mars 2016, l’historien Alain Decaux laisse le souvenir d’un homme passionné par l’histoire, celle du monde mais plus encore des grandes figures. Avec Histoires extraordinaires (éd. Perrin), il raconte le destin de dix personnages qui ont marqué l’histoire par leurs traits de génie. Pour engendrer le mal ou au contraire pour faire rêver. Dix destinées aussi diverses que celles de Dracula, Mandrin, Champollion, Louis II de Bavière, Lawrence d’Arabie, Mermoz, Pou-yi, Heydrich, Ben Gourion ou Haïlé Sélassié.
Comme pour les précédents ouvrages d’Alain Decaux, celui-ci se savoure avec délice. Pour le talent d’écriture de l’historien et son enthousiasme, communicatif. Le lecteur ne lit pas une biographie, il la vit, se sent plongé dans un univers parfaitement restitué par petites touches.
En quelques dizaines de pages, le portrait d'une personnalité est ainsi brossé sans rien omettre. Même si l’on ressent l’affinité de l’historien pour certains choix du livre, les portraits dressés ne glissent pas dans le panégyrique. Chaque médaille a son revers, il en va également pour les héros. Pour Mermoz, le vainqueur de l’Atlantique sud, dieu vivant pour toute une génération, Alain Decaux ne cache pas le côté sombre du pilote. «Le mot d’archange a été associé si souvent au nom de Mermoz qu’il finit par gêner l’historien. Mermoz n’était ni un ange ni un surhomme.» De même pour Lawrence d’Arabie, une énigme pour les historiens à propos de qui tout et n’importe quoi a été écrit. Un héros, un aventurier? Qui était-il? «Ceux qui ont consacré des années à étudier cette existence tourmentée reconnaissent qu’il ne le savent guère. Mais le savait-il lui-même

AlainDecauxAu réalisme d’un esprit cartésien à la Mermoz s’oppose le rêve éveillé d’un Champollion, le découvreur du secret des hiéroglyphes égyptiens. «L’histoire de Champollion est celle de la victoire de l’esprit, celle de la foi.» Un homme pour qui «l’enthousiasme seul était la seule vraie vie.» Doux rêveur lui aussi, il faut visiter les châteaux en Bavière de Louis II : «il faut se dire qu’ils sont des songes réalisés, des rêves qui ont pris une apparence de pierre.» Une folie douce à opposer à celle du nazi Reinhard Heydrich, meurtrière au plus haut point. «Le SS tel que l’imagine le peuple, un homme d’une seule coulée. Inaccessible à la pitié, tourmenté. Regagnant un matin son domicile, il aperçoit son reflet dans un grand miroir. Il sort un revolver. Par deux fois, il tire sur cette image. La sienne.» Un authentique salaud mort dans l’attentat du 27 mai 1942. Non sous les balles, mais des suites d’une septicémie.
Entre inconnu et folie se glisse un destin qui a fait couler beaucoup d’encre et qui ouvre la belle galerie du livre : celui de Dracula. Existe-t-il réellement un point commun entre le Vlad l’Empaleur du XVe siècle et le Dracula ressuscité 400 ans plus tard par un romancier inspiré? «On a retrouvé la tombe de Dracula. On l’a ouverte. Elle contenait des ossements de bovidés. Quant à Bram Stocker, il est mort d’épuisement. Comme les personnes dont un vampire a bu le sang

Tout cela forme une lecture savoureuse, qui laisse entendre la voix d’Alain Decaux à chaque page, ou peu s’en faut. L’ouvrage, qui se lit d’une traite, tente de répondre avec ces destins à cette question existentielle : comment devient-on, et reste-t-on un homme? De cette sorte d’homme dont parlait Napoléon quand il s’était écrié : «vous êtes un homme, monsieur Goethe.»

Philippe Degouy

Histoires extraordinaires. Alain Decaux raconte. Éditions Perrin, 395 pages
Couverture : éditions Perrin

Posté le 17 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Mai 40 à Dunkerque, un gamin au coeur de la tourmente

«J’avais 10 ans en 1940 quand éclata la première grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, en France. Elle se termina par la victoire d’Hitler. À Dunkerque, où je vivais. Je rêvais, je voulais, je croyais que les Français allaient gagner. Mais j’ai connu le drame de la défaite et le défilé, dans ma rue, de milliers et de milliers de prisonniers français
Ainsi débute le récit de Jacques Duquesne, journaliste et auteur de nombreux ouvrages à succès. Avec Dunkerque 1940. Une tragédie française  (éd. Flammarion), il relate le résultat de ses longues années de recherche sur un sujet historique plutôt méconnu. Le rembarquement du corps expéditionnaire britannique au cours d’une opération restée dans les manuels sous son nom de code : Dynamo. Le dernier acte d’un drame de guerre qui a scellé le cours de la guerre et plongé Dunkerque dans la nuit pendant plus de cinq ans.
Le document, passionnant de bout en bout, apporte aussi le témoignage de l’auteur, gamin au moment des faits, plongé au cœur de la tourmente. Un jeune garçon qui, comme beaucoup d'autres gamins, n’aurait pas dû subir ces visions d’horreur. «Nous les gosses, avions accueilli avec bonheur, ou plutôt un certain plaisir, la déclaration de guerre. Nous pensions moins aux souffrances et aux morts qu’aux défilés de la victoire

DUNKERQUEMais les événements ont rapidement effacé ces impressions de bonheur. Jacques Duquesne relate ainsi ses visions de bombardement de sa ville, avec les incendies, les familles ensevelies, les colonnes de prisonniers… Le défilé des Allemands dans les rues. Si l’espoir est longtemps resté présent au sein de la population, «peu à peu, un mot dramatique était apparu aux habitants de Dunkerque : la défaite. Jusqu’à hanter les esprits
Au fil des chapitres, construits sur ses recherches historiques, l’auteur démonte également quelques idées reçues. Comme celle liée au coup d’arrêt allemand. Soudain, et longtemps attribué au respect de l’Allemagne pour l’Angleterre. En vérité, il s’agissait pour Hitler de jouer sur la notion de flatterie. De laisser un peu des plaisirs de la victoire à l’infanterie allemande. Jacques Duquesne voit juste quand il déclare qu’ «un dictateur doit toujours se méfier de ses généraux : leur gloire personnelle peut leur donner des idées.» Il était hors de question de laisser toute la gloire aux soldats montés sur blindés. Lesquels avaient, par ailleurs, un grand besoin de souffler et de réparer les véhicules, malmenés par de multiples engagements.

Dunkerque? Au mieux un délai

L'avis de Jacques Duquesne sur les généraux alliés n’est guère tendre. On suit ainsi tout le processus britannique qui a mené au départ précipité du territoire français. Un rembarquement décidé sans consultation préalable des alliés français. Du point de vue français, l’héroïsme, celui des défenseurs de Dunkerque, a côtoyé la lâcheté la plus crasse, celle des déserteurs qui se sont glissés parmi les troupes à évacuer. «Tout ce qui a pu être sauvé l’a été», rapporte le général Alexander. «Non, mon général, reste l’honneur» réplique le capitaine de frégate de La Pérouse. Un extrait de dialogue savoureux cité par un auteur qui dénonce des attitudes méprisables, reflets du comportement humain. Le chacun pour soi, la lâcheté et l'idiotie de certains généraux. Sans oublier le déclenchement prématuré, stupide, d'une guerre sans y être préparé. Hitler lui-même aurait préféré attendre quelques années de plus.
Oui, c’était étrange comme guerre. Le plus destructeur des conflits de l'histoire.

«Il n’y eut pas de miracle à Dunkerque, seulement des lâchetés et de l’héroïsme. Des hommes, quoi. Au total, 340.000 hommes furent embarqués pour l’Angleterre. Dont quelque 140.000 Français, aussitôt renvoyés en France
Ce qui est présenté dans les livres comme une victoire n’en est pas une souligne l'auteur.
«Ce fut, au mieux, un délai qui permit de se renforcer et de nouer de nouvelles alliances
Un livre poignant qui se présente comme le complément idéal au nouveau film de Christopher Nolan, Dunkerque.

Philippe Degouy

Dunkerque 1940. Une tragédie française. Par Jacques Duquesne. Éditions Flammarion, 312 pages
Couverture : éditions Flammarion

Posté le 8 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Ces collabos qui ont trahi la France

La collaboration. Un sujet sulfureux, qui a déjà été traité dans de nombreux ouvrages. Certainement, mais pas de la façon choisie par Jean-Paul Lefebvre-Filleau, ancien officier de gendarmerie surnommé le détective de l’histoire. Son angle d’attaque se veut original. Avec Ces Français qui ont collaboré avec le IIIe Reich (éd. du Rocher), il retrace l’histoire de la collaboration par celle d’individualités. L’auteur a enquêté et sélectionné quelque 80 collabos représentatifs du phénomène. Il les présente dans de courtes biographies classées par classes. Les politiques, les intellectuels, les militaires ou les repris de justice, tous mis au service des Allemands pour différentes raisons. Comme le précise l’historien et avocat Gilles Perrault, auteur de la préface, la façon de travailler de l’auteur est semblable à celle qui consiste à «passer de la mosaïque à la fresque

Ces quatre ans d’occupation ont profondément marqué la société française. Certes, l’occupation des années 40 ne fut pas la première dans l’histoire du pays, mais bien celle qui a donné lieu au spectacle le plus méprisable. Par son ampleur et le collaborationnisme exercé à tous les échelons de la société.
Un drame qui prend racine le 24 octobre 1940 avec la poignée de mains scandaleuse entre le maréchal Philippe Pétain, chef de l’Etat et le chancelier Adolf Hitler. Les propos du maréchal ont marqué les esprits : «une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J’en ai accepté le principe. Cette collaboration doit être sincère.» Dès la fin du discours, historique, une certaine partie de la population se met au service de l’occupant allemand. De l’officier supérieur au voyou de bas étage, en passant par le journaliste, l’homme d’affaires ou le politique.
Au long de ses chapitres, l’ouvrage répond à cette question qui se pose d’emblée au lecteur : comment des hommes au passé militaire ou intellectuel de premier plan ont-ils pu devenir des collabos mis au service des Allemands ? «Sans doute la poignée de mains de Montoire a influencé plus d’un Français. Pour beaucoup d’autres, Pétain a bien joué face à Hitler, pour préserver une partie de la France libre.

COLLABORATIONLes portraits sélectionnés par l’auteur sont édifiants, étonnants par la diversité des profils de collabos. Comment ne pas ressentir de dégoût à la lecture de la biographie des chefs de la Milice, dont Raoul Dagostini. Un bourreau connu pour sa cruauté, dénoncée, c’est dire, par les Allemands. Il sera fusillé, avec sa maîtresse, par un groupe de Résistants en septembre 44.
Moins sadique mais aussi dangereux et coupable de trahison, l’amiral Jean de Laborde rejoint dans l'ouvrage d’autres compagnons d’infamie. Comme Céline, René Bousquet, Joseph Darnand, Pierre-Antoine Cousteau (frère de Jacques-Yves, le commandant Cousteau, entré en Résistance) ou le ferrailleur Joseph Joanovici (sujet d’un téléfilm et d’une BD), coupable d'enrichissement du fait de ses liens avec l'ennemi.
Dès l’été 1944, beaucoup de collabos ont tenté de fuir ou sont devenus des résistants de la 25e heure. Avant de se faire arrêter.

Tout ce beau monde s’est retrouvé sur le banc des accusés puis dans les geôles de la République, tous milieux confondus. Une vie entre quatre murs qui fut loin d’être agréable : «parfois, des gardiens passaient à tabac certains détenus la nuit. Chaque cellule mesurait environ 8 à 10 m2, où s’entassaient cinq personnes, qui n’avaient en commun que leur misère et la faim.» Une vie en prison, dure mais souvent préférable au sort des collabos restés en liberté, qui subirent souvent une justice expéditive. «Les chiffres officiels parlent de 9673 collabos exécutés, mais d’aucuns estiment le nombre réel entre 30.000 et 40.000 victimes.»
Comme le rappelle l’auteur, si le grand public a estimé les sanctions trop légères, la vérité historique se doit d’être rappelée : «les cours de Justice furent saisies de 140.000 dossiers et jugèrent 57.000 cas dont 6753 condamnations à mort (pour 779 exécutés) et 2777 peines de travaux forcés à perpétuité
Un ouvrage qui aurait pu porter le titre d’un autre ouvrage de l’auteur : Pas de pitié pour les bouffons. Ce témoignage historique  se lit avec grand intérêt. Pour mieux comprendre cette passion qui anime la société française depuis plus de 70 ans.
«Le temps passe. Le plus souvent, il assoupit les passions et conduit à des jugements plus consensuels. Rien de tel avec la collaboration. Mieux elle est connue et plus elle soulève le cœur» explique Gilles Perrault.

Philippe Degouy

Ces Français qui ont collaboré avec le IIIe Reich. Par Jean-Paul Lefebvre-Filleau. Préface de Gilles Perrault. Éditions du Rocher, 541 pages, 2 euros
Couverture

Posté le 7 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La victoire en pleurant, l’horreur de la campagne d’Italie

Par Philippe Degouy

Non, la Libération ne fut pas une marche triomphale. Et certainement pas en Italie, où elle a laissé de terribles cicatrices, pas encore refermées aujourd’hui. Il reste, au sein de nombreuses familles italiennes, ces souvenirs de libérateurs du Corps expéditionnaire français devenus de véritables bêtes fauves. Ces troupes coloniales françaises, marocaines notamment, qui ont déferlé au printemps 1944 sur de nombreux villages comme une immense vague de violence : Esperia, Lenola, Campodimele, Vallecorsa, Pico, Pontecorvo, Castro dei Volsci… Vols, viols de masse, saccages… rien ne fut épargné aux victimes de cette folie. Des faits baptisés sur un néologisme : marocchinate.
« Depuis que j’ai entendu parler des marocchinate, je me demande comment j’ai pu ignorer si longtemps ces événements » explique Eliane Patriarca dans son document Amère libération (éd. Arthaud). Pour l’auteure, la découverte, presque par hasard, de ce sujet historique, bien peu présent dans les livres d'histoire, a provoqué un électrochoc. Et l’envie de se rendre sur place. Comme une sorte de quête initiatique sur la terre de ses ancêtres.

AmereliberationDe Naples à Rome, avec un acharnement sur la région de la Ciociara, les troupes coloniales françaises, dont beaucoup de Marocains, ont laissé un sillon sanglant. Des troupes de montagne efficaces, de la chair à canon sacrifiable pour déloger les Allemands.
Ces razzias commises sur les petits villages italiens étaient pour ces goumiers une façon d’asservir le vaincu, de se rembourser les pertes subies. « Le pillage du vaincu est une pratique coutumière des tribus marocaines du Rif et de l’Atlas, le viol des femmes fait partie intégrante du butin de guerre » précise l’historienne Julie le Gac, interrogée dans le livre.
Chapitre après chapitre, les récits se succèdent, identiques d’un village à l’autre. Brutaux, à donner l’envie de vomir. « Comme une nuée de criquets, ils firent irruption dans les maisons, vandalisèrent, saccagèrent et commirent des violences sur les femmes, les hommes, les jeunes. Jusqu’au prêtre. » Quelque 12.000 hommes transformés en fauves sans pitié. À Esperia, « sur 2500 habitants, 700 femmes ont été violées. » Les témoins se souviennent encore de « leurs rires, des robes longues si étranges, de leur puanteur aussi, des anneaux portés au nez et à l’oreille. »

Un drame sans coupables

Comme un retour aux sources, l’auteure revient sur la terre de ses parents, de sa famille italienne. Soulagée de les savoir épargnés par ces souvenirs de guerre,  mais choquée par les témoignages récoltés de village en village. « Les habitants de Lenola disaient qu’ils avaient souffert davantage en trois jours avec les libérateurs qu’en neuf mois d’occupation allemande. » De fait, le bilan fait état d’une fourchette basse de quelque 3000 à 5000 viols commis durant la campagne d’Italie.  Des actes vus et relatés par les Américains. Horrifiés par ces crimes, beaucoup d’entre eux ont exprimé l’envie de tirer sur les goumiers plutôt que sur les Allemands.

Les marocchinate, un sujet toujours tabou, qui est resté occulté en France. Comme un fait à oublier, sans intérêt. Parfois, dit l'auteure,« il suffit d’une frontière pour arrêter l’Histoire. Jamais la France n’a reconnu officiellement les exactions du CEF, jamais personne n’a assumé la responsabilité de ces violences de masse commises au sein de l’armée française.» Une théorie avance la vengeance orchestrée par la France pour faire payer l’Italie après la déclaration de guerre de Mussolini à la France en juin 1940. Une théorie qui peut expliquer cette barbarie, mais pas l’excuser. Des écrits parlent d'une carte blanche donnée par le maréchal Juin à ses troupes. Mais aucune preuve n'a été apportée.

Plus que la haine des soldats français, c’est la sidération qui ressort de tous les témoignages rassemblés par Eliane Patriarca. « Ce qui advint à l’époque, on ne l’avait jamais vu, ce qu’ils firent aux femmes… comme des bêtes. » Ces viols de masse ont touché plus de la moitié de l’Italie, de la Sicile jusqu’à la Toscane. Commis lors de la lente remontée des troupes alliées.

Le livre refermé, il reste ce silence qui entoure le drame. Le lecteur reste choqué, surpris par ces témoignages d’un passé rarement évoqué. Comme le souligne l’auteure, il s’agit pourtant d’un crime contre l’humanité. Une action en justice contre la France pourrait d'ailleurs être lancée. Tous les éléments sont disponibles dans les archives.
« À jamais, les victimes des marocchinate restent liées à mon histoire, à la terre entre mer et montagnes dont je viens. »
Oui, on peut parler d’une Amère libération de l’Italie, pour reprendre le titre de ce document qui soulève un coin du tapis de l’histoire. Celui sous lequel sont (encore) cachés de nombreuses horreurs.
Un dossier terrible. Au point que certains témoins ont déclaré avoir presque regretté les Allemands, généralement plus « corrects » que les libérateurs. Un souvenir douloureux mais nécessaire, de l’avis des témoins : « il faut raconter pour que les jeunes sachent ce qu’est la guerre. »

Amère libération, par Eliane Patriarca. Éditions Arthaud, 224 pages, 19,9 euros
Couverture : éditions Arthaud

Posté le 1 août 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Avions de combat, leur histoire

Des biplans de la Première guerre mondiale aux drones armés de ce début du XXIe siècle, la guerre aérienne a connu plus d’une évolution majeure, tant du point de vue des appareils engagés que de l’art de combattre. Une histoire féroce et passionnante racontée en détails dans cette nouvelle version du Grand livre des avions de combat (éd. Glénat). Une remise à jour pour cet ouvrage collectif. Qui ne sera certainement pas la dernière, avec la fin de vie opérationnelle programmée pour une large gamme d’avions de combat. Mais comme dirait Kipling, ceci est une autre histoire.
Savourons plutôt la lecture de ce document qui ravive le souvenir d’avions légendaires qui terminent, pour les plus chanceux d’entre eux, une vie glorieuse au coeur d'un musée. Comme le F-14 Tomcat ou le Harrier, avion de combat à décollage vertical engagé au combat pour la première fois lors de la guerre des Malouines (1982). De même, les souvenirs sont nombreux quant à ces appareils devenus mythiques :les F-4 Phantom II, SR-71 ou le vénérable Spitfire.

AvionsdecombatUn beau livre qui débute par l'engagement des premiers avions de combat lors de la Première guerre mondiale. On découvre ensuite l’histoire du camouflage, celle de la naissance de nouvelles armes, comme l’aéronavale, ou les débuts de l’aviation à réaction. Les conflits aériens s'enchaînent, la Corée, le Vietnam, pour arriver au présent, où l'avion occupe un rôle dans un nouveau type de guerre, sans les duels qui ont marqué le passé.
De nombreuses citations de pilotes, quelque 800 photos et profils complètent les propos de l’encyclopédie, précis mais accessible à un large public.
Une histoire racontée par les faits historiques, les engagements aériens les plus célèbres, mais qui n’oublie pas de rappeler les petites histoires et anecdotes. Comme celle relative à l’accès aux avions par la gauche. Un hommage aux pilotes du premier conflit mondial qui étaient issus de la cavalerie.

Un ouvrage qui constitue le parfait résumé d’un chapitre de l’aviation qui n’a pas encore écrit le mot fin. Cette histoire de l’aviation militaire se referme sur les appareils de dernière génération, dont le F-22, le controversé F-35 ou le Sukhoi T-50 PAK Fa russe. Des engins au look futuriste qui accompagnent de nouvelles règles d’engagement.
Oui, ils sont bien loin ces duels «chevaleresques» de la Première guerre mondiale. Même si cette notion reste bien ancrée dans la tradition. Comme le souligne Gérard Feldzer, consultant et membre de l’Académie nationale de l’Air et de l’Espace : «même à l’ère des systèmes électroniques, il y aura toujours un chevalier du ciel aux commandes de l'avion

Philippe Degouy

Le grand livre des avions de combat. Éditions Glénat, 456 pages, 29,99 euros
Couverture : éditions Glénat

Posté le 31 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La bataille des Ardennes racontée par les témoins d'acier

De cette terrible bataille des Ardennes qui a ravagé une région entière durant l’hiver 1944-45, il reste des témoins, silencieux, à la santé de fer : une bonne dizaine de blindés des deux camps. Fiers et toujours impressionnants. Avec Les Témoins d’acier, ouvrage publié chez Weyrich éditions, Hugues Wenkin et Christian Dujardin proposent de retracer le destin de cinq d’entre eux. Les chars que l’on peut découvrir à Bastogne, Clervaux, Houffalize, Wibrin et Wiltz. Quatre Sherman américains et un Panther allemand. Précisons d’emblée que cet ouvrage ne restera pas unique. Une suite est déjà annoncée par les auteurs.
Raconter la bataille des Ardennes par l’histoire des blindés engagés, voilà une idée intéressante, développée chapitre après chapitre par les auteurs.

«À l’heure où les combattants les plus jeunes de la Seconde Guerre mondiale encore vivants sont pratiquement tous au crépuscule de leur existence, les épaves de chars que l’on rencontre aux détours de nos chemins sont des témoins impartiaux. Prêts à raconter leur histoire» explique Hugues Wenkin. Le document, qui appelle une suite, permet d’approcher de plus près cette bataille des Ardennes qui a laissé une région saignée à blanc. Un affrontement terrible qui fera, longtemps après son épilogue, bien des victimes supplémentaires. Des enfants, souvent, victimes d’obus non explosés ou de mines. Dans leur ouvrage, richement illustré de clichés en couleur ou extraits des archives militaires, les auteurs ont choisi un éclairage articulé autour de trois angles : la conception des blindés, le contexte de leur mise hors de combat et la survie de ces épaves après le conflit.

TEMOINSSans doute le plus connu, le Sherman de Bastogne a une histoire peu commune, tout comme sa remise en état. Aujourd’hui, le Barracuda, c'est son nom de guerre, a bien meilleure mine pour poser devant les touristes, à côté du buste du général Anthony «nuts» McAuliffe. Tout le bien que l'on souhaite au Panther d’Houffalize qui va faire l’objet d’une prochaine restauration, bien nécessaire. Un vétéran de la bataille de Normandie qui a fini sa sinistre carrière chez nous, en défendant la retraite allemande.

Quant au Sherman de Wibrin, un peu à l’écart des circuits touristiques, il mérite le déplacement pour son intérêt historique. Son état de semi épave dépecée permet d’en savoir beaucoup sur le modèle. «Ce qui reste en place permet d’appréhender les différentes épaisseurs de la carcasse du Sherman, de découvrir les stigmates d’un affrontement blindé et de voir les effets d’un sabotage mené en bonne et due forme par l’équipage» soulignent les auteurs.
Deux auteurs, fins connaisseurs de la chose blindée, qui réussissent à transmettre leur passion pour l'histoire à leurs lecteurs. L’écriture du livre est nerveuse, ponctuée d’anecdotes, de témoignages. Le document évite le côté trop technique ou pointu, pour rester accessible et donner envie d’aller voir ces bêtes de guerre sur place. Dans leur environnement.

Si les chars présentés par les auteurs ont survécu, non sans séquelles, aux combats et au chalumeau, d’autres n’ont pas eu cette chance. Des milliers d’engins furent abandonnés par les belligérants et cannibalisés par une population prête à tout pour gagner de quoi vivre après l'enfer. Le plus bel exemple du pillage collectif est visible à Celles, avec ce Panther exposé sans ses roues et ses chenilles, volées. Un félin qui a perdu de sa superbe.
D’autres monstres de fer ont mal fini, découpés par les ferrailleurs. Pour revenir sous la forme d’ustensiles ménagers. Plus paisibles. Il reste aujourd’hui une dizaine de blindés sur l’ancien champ de bataille ardennais. Une goutte d’eau face à la quantité de véhicules retrouvés après la bataille. «Si aucun chiffre précis n’existe, les Allemands ont laissé en terre ardennaise environ 550 blindés chenillés, les Américains, quelque deux mille blindés, dont environ mille Sherman
Une bien étrange histoire que celle de ces engins de mort devenus aujourd’hui des éléments touristiques de premier plan. Photographiés par des milliers de touristes chaque année, touchés comme on caresse un animal domestique. Comme pour oublier leur instinct de tueur.
Pour les amateurs de tourisme militaire, un roadbook bien détaillé clôture l’ouvrage. Comme une invitation au voyage. Quelque 100 kilomètres d’un itinéraire fléché pour traverser une région magnifique. Riche d’un patrimoine historique et naturel de premier plan. Un si joli coin qui a vaincu le feu et la mitraille.

Philippe Degouy

Les témoins d’acier. Par Hughes Wenkin et Christian Dujardin. Gros plans sur les chars de Bastogne, Clervaux, Houffalize, Wibrin et Wiltz. Éditions Weyrich, 128 pages
Couverture : éditions Weyrich

Notes de lecture : à découvrir également.
Pour les éditions Weyrich, Hugues Wenkin a rédigé :
Rommel, de l’Ardenne à la Manche
Ében-Émael. L’autre vérité
Sortis de l’enfer, les tanks ont 100 ans
Les moutons noirs de Piron

Aux éditions Caraktère, Hughes Wenkin et Christian Dujardin ont publié : Stavelot-La Gleize. Le destin des Tiger de Peiper.

Posté le 6 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le He 162, un chasseur du peuple loin d’être populaire

1944. Le régime nazi sent le vent tourner et réfléchit à des armes capables de renverser le cours de la guerre. Parmi ces nouveauxx projets figure le programme He 162 Volksjäger. Il devait être un chasseur populaire, confié à des milliers de jeunes pilotes Allemands à peine formés. Des escadrilles lancées à l’assaut des forteresses volantes. Rédigé par C-J. Ehrengardt, auteur bien connu des fidèles des publications Caraktère, le thème principal de ce hors-série du magazine Aerojournal dresse le bilan du He 162. Un sacré tour de force faut-il d’abord préciser. À peine deux mois furent nécessaires pour passer de la table à dessin au stade du prototype.
Une réussite technique, soit, mais réalisée au détriment de dizaines de milliers de prisonniers et déportés affectés au programme. Dans des usines aux conditions de travail détestables, ils ont payé un lourd tribut. Plus de 75% des ouvriers, de véritables esclaves, ont perdu la vie pour construire le He 162. Pour un résultat médiocre, car cet avion, développé trop vite, a enregistré les défauts : trop petit, faiblement armé, doté d’une autonomie limitée. Un chasseur du peuple (volksjäger) qui n’aurait pu lutter efficacement contre les B 17 ou les P 51. À son bord, les jeunesses hitlériennes n’auraient eu aucune chance de survivre.

De nombreux plans en 3D permettent au lecteur de «tourner» virtuellement autour de ce cette petite salamandre (son surnom). S’ajoutent également de nombreux profils en couleur et des clichés inédits. De quoi mieux connaître ce petit chasseur qui n’est jamais tombé intact aux mains des Soviétiques. Son siège éjectable a cependant été copié par les communistes, pour équiper certains de leurs appareils à réaction.

Et en vol?

Un chapitre très intéressant, lui aussi, résume l’opinion de quelques pilotes confirmés sur le comportement du He 162 en vol : «terriblement vicieux», «très bruyant au sol», «désagréable à piloter»…
AEROJOURNALL’avis du commandant britannique Williams Benson est plus nuancé : «piloté correctement et en douceur, le 162 était un très bon avion. Mais il était hors de question de le manier comme un Spitfire ou un Fw 190. Il fallait le doigté d’un pilote chevronné pour qu’il soit sans danger.» Pour le célèbre pilote d’essai Eric Brown, «un réacteur plus puissant et une aile en flèche auraient pu en faire une machine redoutable.» Comme il n’a jamais été engagé au combat, tout n’est que supposition quant à ses qualités de chasseur. Et le restera. Contrairement à son aîné, le redoutable Me 262, pionnier de la chasse à réaction.

Une seconde partie du hors-série clôture le diptyque consacré au Coastal Command en guerre. Elle évoque les strike wings qui ont permis aux Britanniques de dépasser le cadre des missions défensives. Avec l’aide d’appareils comme le Mosquito et le Beaufighter, les pilotes ont pu infliger de sérieux dommages à l’adversaire. De nombreuses photos témoignent des missions délicates accomplies.
Le He 162 et le Coastal Command, deux sujets méconnus du grand public et qui méritaient d’être développés. Les maquettistes seront à la fête avec de nombreuses sources d’inspiration pour leurs modèles. Des textes précis mais accessibles et une iconographie inédite, tout concourt à faire de ce hors-série un excellent numéro à conserver.

Philippe Degouy

Aerojournal hors-série n°27. Éditions Caraktère, 116 pages
Couverture : éditions Caraktère

Posté le 1 juillet 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Combattre et vaincre en ville, le nouveau défi du XXIe siècle

La dure bataille menée à Mossoul face aux islamistes de l'EI a prouvé toute la difficulté de reprendre une ville tenue par un ennemi déterminé. Qui utilise tous les moyens de défense mis à sa disposition.
Rédigé par Frédéric Chamaud et Pierre Santoni, «L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville» (éd. Pierre de Taillac) retrace, à l’aide d’exemples concrets, les multiples défis à relever par des armées engagées sur un théâtre d’opération qui s’annonce de plus en plus délicat et létal. Les façons de combattre ont changé et imposent une autre façon de raisonner. Un sacré défi qui constitue le fil rouge de ce document d’histoire militaire qui repose sur une douzaine d’analyses de batailles urbaines.

ChampdebataiulleUn modèle de combat en zone confinée qui remonte à la bataille de Madrid en 1936, début de ce genre de conflit inédit dans l’histoire. On ne parle plus de siège ou de mise à sac d’une ville conquise, mais de combats livrés au cœur d'une ville. Depuis, les exemples se sont multipliés : Stalingrad, Sarajevo, Beyrouth, Hué ou Fallouja. «La bataille de Fallouja reste aujourd'hui comme l'une des principales références du combat en zone urbaine. Plus de dix ans après, elle demeure un exemple significatif de ce qui attend les armées modernes engagées en ville.» Il faudra désormais compter aussi sur Mossoul. L'exemple de guerre totale livrée en milieu urbain.

La ville. Un nouveau théâtre qui nécessite de revoir les tactiques, la simulation et les manuels. L’armement individuel, mais aussi l’art du commandement, l’usage des blindés et des hélicoptères, ou celui des armes dites «sales» comme la bombe thermobarique qui provoque l’équivalent d’un coup de grisou minier. Tout cela est longuement expliqué au fil des pages.
De même que le retour des façons de combattre plus classiques, qui furent enterrées un peu vite par la technologie : contre-attaque, combat à pied, attaque de diversion, notion de mobilité, de réserve tactique…
Quant au chef, il devra commander à vue pour être efficace. «Les habitudes de prises de risque, émoussées après des années de combat centralisé, devront être à nouveau cultivées

Et demain? Quel sera le nouveau visage du combat urbain? Sera-t-il dominé par la présence de robots armés et des drones? Pourra-t-on parler de l’ultime champ de bataille dont il est fait mention dans le titre? «Ce sera le retour du combat primitif, d’homme à homme, avec l’importance du chef, présent sur le terrain, avec ses hommes. La volonté de vaincre, et donc l’esprit de sacrifice, sera certainement l’un des éléments déterminants de ce nouveau champ de bataille. Il faudra aller au contact. Traquer l'adversaire au coeur de sa ville
Un adversaire déterminé, comme l'a prouvé l'ennemi djihadiste à Mossoul, et qui trouvera dans le milieu confiné un extraordinaire pouvoir égalisateur face à une armée mieux équipée. Ce fut déjà le cas en 1993 à Mogadiscio, Somalie. Engagés dans un raid mal préparé pour capturer un chef de guerre, les Américains ont eu le plus grand mal à se sortir d’un combat urbain face à des miliciens enragés.

Ce manuel de guerre de 228 pages se lit quasiment d’une traite. Pointu, certes, mais accessible à tous. Passionnant, sans nul doute. Rédigé par deux soldats de terrain, il détaille les futurs défis qui attendent les armées occidentales. Et non des moindres.
Elles vont devoir faire face à une nouvelle façon de combattre. Avec l’émergence, à moyen terme, de mégalopoles où il faudra engager bien plus de combattants qu’aujourd’hui pour espérer vaincre l’adversaire. Une espérance  de victoire, et non pas une certitude. La précision est importante. Car, comme le précisent les auteurs, «il n’est pas inenvisageable qu’une force moderne de type occidental soit tactiquement défaite dans une bataille en zone urbaine

Philippe Degouy

«L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville», par Frédéric Chamaud et Pierre Santoni. Éditions Pierre de Taillac, 228 pages, 22,90 euros environ
editionspierredetaillac.com

Couverture : éditions Pierre de Taillac

Posté le 2 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

The Big Red One et ses six millions de renfort

     Par Philippe Degouy

En juin 1917 naissait la 1ère division d’infanterie américaine, unité de combat envoyée combattre sur le front européen. Une division d’élite à l'histoire forgée sur les champs de bataille de la Première guerre mondiale. Une division mieux connue sous son nom de guerre : la Big Red One, en référence à son insigne, ce grand 1 rouge cousu sur la manche, dont la légende raconte qu’il est né d’un morceau de tissu rouge pris à un soldat allemand mort lors du Premier conflit mondial. Dès sa naissance, la division se taillera une réputation de combativité sans défaut. Son histoire, sanglante, se voit racontée par Stéphane Lavit et Philippe Charbonnier dans cette monographie, La 1re division d’infanterie américaine, publiée aux éditions Histoire et Collections. Un hommage mérité pour le centenaire de cette division d'élite.

BigRedOne« Rien, ni même les feux de l’enfer n’arrête la 1ère division ». Après le premier conflit, la division est revenue en Europe pour la Seconde guerre mondiale. Ses soldats ont participé à toutes les campagnes sur le front ouest, à tous les débarquements. Avec le baptême du feu vécu en novembre 1942 sur les côtes algériennes. Après le drame de la passe de Kassserine, les Américains vont remporter leur première victoire à El Guettar en mars 1943.
Le début d’une chevauchée qui va les faire débarquer en Sicile, en Normandie, au prix de fortes pertes à Omaha Beach en juin 1944. Ce sera ensuite la marche triomphale vers le Reich, en passant par la Belgique. Les soldats de la Big Red seront de tous les coups durs. Avec des combats homériques, comme la prise d’Aachen, la bataille de Hürtgen et le sursaut allemand dans les Ardennes en décembre 1944.

« L’armée américaine est constituée de la 1ère division et de six millions de soldats de renfort » aurait dit un général à Théodore Roosevelt Jr, « mais n’est-ce pas le cas ? » aurait répondu, malicieux, Roosevelt. Une division réclamée par Patton, admirée par Montgomery et saluée par Eisenhower : « je commence à croire que la Big Red One est ma garde prétorienne. »
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la division annoncera la perte de 21023 soldats (tués, blessés et disparus) et la récolte de quelque 20752 médailles. La division restera en Allemagne jusqu’en 1955.

La fin du conflit ne marquera pas celle de ses engagements. Elle sera envoyée au Vietnam, dans les déserts de l’opération Desert Storm, en Bosnie et enfin en Irak et en Afghanistan. De quoi justifier sa devise : « aucune mission n’est trop difficile, aucun sacrifice n’est trop grand, le devoir d’abord. »
Une division qui a eu parmi ses membres le célèbre cinéaste Samuel Fuller, qui a retracé son épopée dans un film de guerre d’excellente facture, mais rarement diffusé en télévision : Au-delà de la gloire, avec en tête de distribution le regretté Lee Marvin, ex-Marine dans le Pacifique. Un film dont le tournage est raconté par les auteurs dans cet ouvrage abondamment illustré de clichés d’époque. De quoi donner des idées aux maquettistes.

La 1re division d’infanterie américaine, par Stéphane Lavit et Philippe Charbonnier. Éditions Histoire et Collections, 97 pages, 19,95 euros
Couverture : éditions Histoire et Collections

Posté le 2 juin 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Hitler et Mussolini vus par un témoin direct

Les régimes fascistes des années 30 et 40 vus de l’intérieur : tel est le principal intérêt des mémoires du diplomate italien Filippo Anfuso (1901-1963), publiés une première fois en 1949 chez Calmann-Lévy et aujourd’hui republiés chez Perrin. Anfuso était chef de cabinet et ami intime du comte Ciano, le ministre des Affaires étrangères de Mussolini. On ne s’étonnera pas dès lors d’avoir entre les mains un document résolument partisan. Cette édition est toutefois préfacée et annotée par Maurizio Serra, actuellement ambassadeur d’Italie à l’Unesco. Lequel met en garde le lecteur par rapport au parti pris d’Anfuso.

L’ouvrage vaut surtout pour les portraits des grandes figures du fascisme et du nazisme, à commencer par ceux qu’il appelle «les deux caporaux», Mussolini et Hitler. S’il ne manque pas de souligner le côté grotesque du personnage du Führer, il ne s’efforce pas en revanche de cacher son admiration pour le Duce. «Les moments qu’il m’a consacrés restent les plus beaux et les plus intenses de ma vie.»
Ambassadeur fascisteL’ambassadeur décrit en détail les rapports d’amour-haine entre Hitler et Mussolini. Hitler s’est allié avec Mussolini parce qu’il avait échoué à gagner l’amitié de l’Angleterre qui restait, d’après Anfuso, son premier choix.
Quant à Mussolini, il admirait la force de Hitler mais se méfiait de son imprévisibilité. «Le plus grand tort qu’ait fait Hitler à Mussolini et à lui-même a été de l’empêcher de retourner à Rome», note Anfuso.
De Goebbels, Anfuso déclare qu’il «incarnait plus exactement que Hitler ce qu’était l’Allemagne nazie». «Je ne pouvais souffrir l’air de suffisance que cet homme brun, aussi petit et aussi brun que le dernier des Latins, prenait à l’égard de ceux-ci
Anfuso a aussi fréquenté von Ribbentrop, dont il souligne le côté paranoïaque. «Quand je lui parlais, j’avais l’impression que, sous n’importe quel fait politique, il cherchait l’ennemi personnel caché.(…) Pour lui, alliances, complots, capitulations, retraites, pertes de territoires, victoires et défaites n’étaient que de simples mouvements qui devaient accélérer, empêcher ou retarder son limogeage

Anfuso n’a jamais renié ses convictions fascistes et encore moins exprimé de regrets. En tant que dernier ambassadeur italien auprès de l’Allemagne nazie, pour le compte de l’éphémère république de Salo, il a connu l’ultime dérive du régime mussolinien, qui entre 1922 et 1943, est passé du socialisme à l’antisémitisme d’Etat.
Contrairement à Ciano qui disparut de la circulation en 1943 (exécuté par Mussolini), Anfuso a connu la chute du régime hitlérien, puisqu’il était en poste à Berlin lors de la prise de la ville par l’Armée rouge.
Condamné à mort par un tribunal italien en 1945, il s’est réfugié en France où il a été incarcéré à la prison de Fresnes. La justice française a prononcé un non-lieu et l’a relâché. Anfuso a ensuite trouvé une planque en Espagne jusqu’à ce qu’une cour d’appel en Italie lui accorde l’amnistie en 1949. Il est rentré au pays en 1950 et est même parvenu à se faire élire au parlement italien en 1953 dans les rangs du parti néo-fasciste (jusqu’à sa mort en 1963). Comme quoi, on se refait pas…

Jean-Paul Bombaerts

«Du palais de Venise au Lac de Garde, mémoires d’un ambassadeur fasciste», Filippo Anfuso, éditions Perrin, 440 pages, 23 euros

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