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Livre d'art

Posté le 19 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Star Wars, le mythe raconté par ses objets cultes

Star Wars, « cette saga que Walt Disney aurait pu réaliser s’il était né 50 ans plus tard », n’en finit pas de séduire, de passionner et d’alimenter l’inspiration des auteurs. En témoigne ce beau livre rédigé par Arnaud Grunberg et Patrice Girod, Star Wars. Objets du mythe. La saga révélée par ses objets cultes. (éd. Hachette Heroes). Un beau livre à la couverture attractive qui invite ses lecteurs à pénétrer les coulisses de ce space opera. Arnaud Grunberg, l'un des auteurs, est à l’origine d’une des plus belles collections consacrée à Star Wars. Avec les 10.000 pièces de sa collection, il peut être considéré comme l’empereur de l’objet dérivé. Un trésor artistique connu de Tatooine à Jakku.
Une quête de l’objet rare débutée en 1977. De son côté, Patrice Girod, co-auteur, est spécialiste de l’œuvre de George Lucas. Il a notamment réalisé plusieurs expositions thématiques d'envergure, comme Star Wars, l’expo, ou Star Wars Identities.

STARWARSOBJETSEn quelque 450 photographies, voici composé un inventaire à la Prévert du troisième type. Un étonnant magasin de jouets virtuel pour adultes (munis d’un solide compte en banque), avec des pièces acquises avec passion au fil de quatre décennies. Comme l’explique Arnaud Grunberg, « les objets du livre ont été sélectionnés selon les critères qui ont présidé à leur acquisition : leur intérêt historique, esthétique, sentimental ou, plus rarement, anecdotique. Ils ont tous en commun d’être uniques au monde ou très rares. »
Étonnant ce masque en plâtre de Dark Vador, avec ses marques d’usure, les traces d'outillage. De même que les costumes les plus représentatifs, les casques ou les armes confectionnées à partir de modèles humains. Plus symboliques, ces deux petits tickets de cinéma datés de fin mai 1977, première semaine d’exploitation du film Star Wars, sont comme l'emballage d'une sucrerie : témoins d'un bon moment.
En gardiens du temple, les auteurs retracent l’origine et la confection d’objets mythiques, comme le sabre laser, les casques et masques des multiples créatures présentes dans les épisodes. Le tout agrémenté de documents personnels et d'entretiens.

Les objets, classés par épisode, retracent l’envers de cette saga dont le mot fin n’est pas encore écrit. Certaines pièces dépassent le cadre d'accessoires de tournage pour devenir des oeuvres d'art. Pour leur design, notamment. Il en va ainsi de ce casque de garde royal dans l’épisode VI. Superbe dans sa livrée rouge. On l’imagine parfaitement dans un intérieur moderne.
Comme à la Samaritaine, on trouve de tout dans cette collection : des pièces de décor, des costumes, des armes laser, des affiches inédites, des figurines, des bobines de film en 70 mm. Tout ce qui rappelle un voyage vers cette galaxie très, très lointaine. Proust avait sa madeleine, les cinéphiles ont ce livre.

Tous ces éléments, rassemblés avec passion et patience, témoignent de l’inventivité presque infinie des designers. Ces artistes à l'origine de pièces uniques, confectionnées avec des tonnes d’éléments recyclés. L’ouvrage fourmille d’anecdotes de tournage et de petites histoires souvent méconnues. Ainsi, ces morceaux de C3PO, détruit par les stormtroopers (les fans se souviennent de l'épisode sans peine), qui ont failli être utilisés comme décor dans le film Aliens. Mais ils étaient bien trop reconnaissables et donc l’idée fut écartée.

Sans aller jusqu’au péché de convoitise, difficile de ne pas ressentir une infime pointe de jalousie devant ce trésor exposé et magnifiquement mis en valeur par la photographie, soignée.
Que la place soit avec toi, cher lecteur, pour accueillir ce beau livre dans ta bibliothèque galactique.

Star Wars. Objets du mythe. La saga révélée par ses objets cultes. Préface de Robert Watts. Textes de Arnaud Grunberg et Patrice Girod. Éditions Hachette Heroes. 416 pages, 45 euros environ
Couverture : éditions Hachette Heroes

Fans de Star Wars? Vous aimerez aussi cet autre album, Star Wars cantina. 40 recettes d'une galaxie très lointaine (éd. Hachette Heroes). Chroniqué pour vous ici http://blogs.lecho.be/lupourvous/2017/04/rendez-vous-%C3%A0-la-star-wars-cantina-la-carte-est-fameuse.html

Posté le 18 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Sous la rouille d'une carrosserie bat encore un coeur

Belles endormies. Un beau livre, publié par les éditions E-T-A-I, qui raconte en images l’histoire d’une cinquantaine de légendes de l’automobile réduites à l'état d'épaves. Des voitures parmi les plus rares au monde. Elles attendent, en vain, qu’un prince charmant (au compte bancaire bien fourni) vienne les réveiller et leur redonner le lustre d’antan.
C’est aussi une rencontre et une promesse formulée par le photographe Herbert W. Hesselmann : ne jamais révéler le nom du propriétaire de ce patrimoine ni l’emplacement du trésor, un petit village du Midi de la France. Une aventure commencée au début des années 80 avec la possibilité offerte au photographe d’entrer dans un lieu magique, jalousement préservé du public et gardé par un riche propriétaire, quelque peu excentrique. Plus amoureux de ses vignes que de ses voitures.

Des belles endormies gardées sous un cocon végétal, dans l‘espoir d’un hypothétique retour à la vie. Devant ces épaves, couvertes de plantes sauvages, de mousse, magnifiées par les photos de Herbert W. Hesselmann, on imagine leur histoire. Ce qu’elles ont pu vivre du temps de leur splendeur. Des secrets entendus, des conversations surprises. Toute la mémoire de leurs propriétaires. Comment sont-elles arrivées dans ce parc envahi par les hautes herbes ? L’histoire ne le dit pas avec précision. Elles ont été retrouvées sur un bord de route, achetées pour une bouchée de pain ou reçues gratuitement. Cliché après cliché revient en mémoire le souvenir de lecture du roman de Stephen King, Christine.  Envoûté par l'ambiance qui se dégage de ce livre, le lecteur pourrait presque entendre dans le silence du parc, le démarrage soudain d'un moteur, un air de rock endiablé sortir d'une radio.
Une écurie automobile plutôt hétéroclite mais aux noms prestigieux. Chevrolet Bel Air, Cord L-29, Ferrari 340 America, Jaguar Type E, Lotus Elite, Panhard Dynamic 16CV, Lincoln Continental , Bugatti type 50 (produite à 66 exemplaires seulement)…

BELLESENDORMIES« La Ferrari qui appartenait au prince Rainier ne se garera plus jamais devant l’Hôtel de Paris à Monaco. Sous une bâche, une Rolls-Royce attend des jours meilleurs qui ne viendront sans doute plus jamais. Le délicat parfum de son cuir Connolly a cédé la place à la puanteur des déjections de poules » raconte Halwart Schrader, auteur des textes du livre, hommage au photographe, décédé.
Magnifiées par les clichés, ces beautés défient le temps avec une grâce intacte, malgré des phares cassés, absents, une mine défaite. Le charme opère encore. Le lecteur amoureux de belles carrosseries rutilantes ne peut s’empêcher de fulminer, face à ces mécaniques négligées. Remorquées par un vulgaire tracteur agricole, comme un taureau de combat conduit à l’abattoir.

Pour les besoins de la publication de son reportage dans les médias, et pour respecter son engagement, Hesselmann avait imaginé un prénom fictif pour le propriétaire et l'existence d'un manoir de Rampart inexistant. De quoi tenir les curieux éloignés du trésor. Mais le secret avait été rapidement éventé par la presse, obligeant le propriétaire de ce patrimoine de rouille et de tôles froissées, Michel Dovaz, à déménager vers un ailleurs plus secret encore. Avec armes et bagages. Ou plutôt voitures et poules. En quelque 24 heures. Comme un rêve évanoui dans la nature.

Aujourd’hui, « si elles n’ont pas été envoyées à la casse, les belles endormies rouillent encore quelque part. Certaines, vendues à un nouveau propriétaire, profitent sans doute d’une seconde vie. Quant aux autres, sans doute n’y a-t-il rien à tenter. Ce que la nature a commencé, elle doit le terminer. » 

Drôle de happy end pour un bien étrange conte de fée automobile, superbement raconté dans ce beau livre photographique.

Belles endormies, par Herbert W. Hesselmann et Halwart Schrader. Éditions E-T-A-I, 213 pages
Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 16 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le Mirage 2000N sur le sentier de la guerre avec le 2/4 La Fayette

Par Philippe Degouy

Prenez un escadron de chasse au passé glorieux, le 2/4 Lafayette, un avion mythique, le Mirage 2000 en version N (pour nucléaire), et confiez les à Alexandre Paringaux, photographe aéronautique et fondateur des éditions Zéphyr. Vous obtenez un très bel album, Mirage 2000N. Escadron de chasse La Fayette, dont les textes de Frédéric Lert relatent plus de cent ans d’opérations aériennes.
Une escadrille née le 18 avril 1916 et composée de volontaires américains venus défendre la France, bien avant l’entrée en guerre officielle des Etats-Unis. Un engagement militaire payé au prix fort. À l’armistice , sur les 269 Américains engagés, 62 ont perdu la vie et 15 sont prisonniers. Depuis le premier conflit mondial, l’escadrille La Fayette, célèbre pour sa tête de Sioux, a servi sur tous les fronts. L’Indochine, la guerre d’Algérie, les missions en Bosnie, sur la Libye… Jusqu’au dernier en date : la guerre menée contre les terroristes. Avec la même loi en tête : vaincre ou mourir. « De nouvelles générations d’avions sont apparues, mais la tête de Sioux et la passion des équipes sont restées les mêmes. »

Avec des textes précis, mais qui restent accessibles, les photos d’Alexandre Paringaux permettent au lecteur d’intégrer le quotidien de la base d’Istres et d’assister, à la préparation de missions. Une plongée passionnante au cœur de cet escadron nucléaire des Forces aériennes stratégiques. Avec les textes de Frédéric Lert, journaliste défense que l’on ne présente plus, le lecteur assiste aux missions, de l’intérieur. De la préparation au vol, des missions de nuit au débriefing. Rien n’est oublié. Presque rien, car avec la capacité nucléaire des appareils oblige à quelques silences obligatoires. Des hangars cachés aux regards indiscrets.
Si le Mirage 2000N est à la fête dans cet album, nombreux sont aussi les clichés des appareils qui ont composé l’escadron avant lui. Du vénérable Nieuport aux F-84, Mirage III ou Mirage IV. Ceux qui ont précédé le 2000N, lui-même remplacé à court terme par le « combat proven » Rafale.

Le-mirage-2000NLes clichés aériens n’en sont pas moins spectaculaires avec des clichés d’une netteté extraordinaire. Coup de cœur pour les photos de ce Mirage 2000 à la décoration flamboyante, réalisée spécialement pour le centenaire de l’escadron fêté l’an passé. Elle rappelle les relations franco-américainesCoup de cœur également pour les clichés relatifs à la patrouille des Ramex Delta, deux chasseurs célèbres en meeting aérien pour leurs évolutions en patrouille serrée. Une patrouille qu’il faut évoquer au passé puisqu’elle a effectué son dernier show en juillet 2006). Mais peut-on dire jamais plus jamais ?

Le 2/4 La Fayette et le Mirage 2000N sont les derniers à voler ensemble. En 2018, le vénérable Mirage 2000N, encore bien vaillant, cèdera la place au Rafale. Pour conserver cette capacité air-air alliée au bombardement nucléaire et conventionnel. L’escadrille prendra ses quartiers à Saint-Dizier, la fameuse BA 113, au passé riche en as.
Pour la petite histoire, Saint-Dizier accueillera les spotters en juillet prochain pour un show aérien au programme plus que prometteur (http://fosa.fr/meetingdelair/meeting-de-saint-dizier/plateau/)

Il serait dommage de refermer ce beau livre sans rendre l’hommage mérité par tous ceux qui gravitent autour du couple avion-équipage (le Mirage 2000N est biplace) et permettent la réussite d’une mission. Mécaniciens, armuriers, commandos, contrôleurs aériens...

« À nos anciens, tous des cousins, qui chérissent la vie et refusent l’agonie… Et à la chasse… BORDEL. »


Mirage 2000N. escadron de chasse La Fayette. Photos d’Alexandre Paringaux, textes de Frédéric Lert et Claude Louvigné. Éditions Zéphyr, 162 pages
Couverture : éditions Zéphyr

Posté le 12 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

OVNI, 70 ans d’un phénomène toujours inexpliqué

      Par Philippe Degouy

Si les témoignages d'observations se font plus rares depuis quelques années, le phénomène OVNI n'est pourtant pas mort et enterré. Il fêtera en juin prochain son 70e anniversaire. C'est en juin 1947 que débute effectivement le phénomène ufologique. Avec l’utilisation, pour la première fois, de l’expression soucoupe volante. Un pilote américain, Kenneth Arnold, aperçoit dans le ciel un groupe de neuf objets qui ressemblent à des soucoupes. Un mois plus tard, Roswell, Nouveau-Mexique, devient le centre de toutes les attentions avec un crash attribué à un engin spatial. Des témoins parlent de corps d’aliens aperçus dans les décombres. Pour les militaires, il ne s'agit que des restes d'un ballon-sonde. L'affaire va rapidement engendrer passion et débats houleux entre sceptiques et partisans d’une vie extraterrestre. Aujourd'hui encore, ce dossier suscite toujours l'intérêt des curieux, nombreux à venir en pèlerinage à Roswell, devenue capitale mondiale de l'ufologie (étude des ovni). Le mythe a la vie dure.

Avec Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture (éd. Tana), Fabrice Canepa, scénariste mais aussi écrivain, retrace la genèse du phénomène OVNI, des années d’après-guerre à nos jours.
Un sujet qui a dépassé depuis longtemps les frontières de la science pour imprégner notre imaginaire. « Ce livre n’est pas un traité d’ufologie. Ce que j’ai voulu, c’est décrire l’évolution d’un mythe, celui de l’alien. (…) Rien ne nous renvoie plus intensément à cet Ailleurs que la figure de l’extraterrestre » précise l’auteur dans son avant-propos.
Précisons que ce beau livre ne cherche ni à convaincre, ni à fermer la porte à une énigme qui n’a pas fini de faire couler l’encre.
En ce 70e anniversaire, nul doute que les ouvrages vont abonder en librairie. Du plus sérieux au plus fantaisiste. Celui-ci mérite une découverte et une lecture attentive. De par son large champ d’étude, son sérieux et la masse de documents rassemblée. On y retrouve notamment de nombreux clichés relatifs à des dossiers connus, ou pas, mais tous surprenants.

AliensPrécis, mais accessible à tous, l'album se révèle passionnant. Par sa mise en page et l'écriture alerte de l'auteur. Chapitre après chapitre, on y découvre notamment les coulisses de la vague belge de 1989-90, la visite de ces mystérieux hommes en noir, les rumeurs sur les activités de la fameuse Area 5I, où seraient testés des engins venus d'ailleurs.

Fabrice Canepa rappelle aussi les cas d'enlèvements d'humains, les théories complotistes qui entourent l’ufologie, les personnages originaux qui gravitent au cœur de ce mythe. Comme George Adamski et Raël, deux « témoins » qui auraient rencontré nos visiteurs venus d’ailleurs.
De nombreuses bulles d'air aèrent le récit avec les séries de science-fiction et les films axés sur la thématique. On retrouve ainsi Les envahisseurs, V, Taken, ID 4, E.T., Rencontres du troisième type, X-Files… La BD n'est pas en reste avec Vol 714 pour Sydney, un épisode des aventures de Tintin dans lequel Hergé a abordé le thème des extraterrestres. Le jeu vidéo n'est pas en reste avec Space Invaders, jeu du début des années 80 et devenu culte pour les fans de retrogaming.

L’album refermé, il reste au lecteur à lever les yeux vers le ciel. Pour tenter d’imaginer d’où viendraient nos visiteurs. Parmi les mérites de ce beau livre, il est à souligner celui qui nous pousse à nous interroger sur notre place dans l’univers. Méritons-nous vraiment une attention particulière ? Qui peut répondre ? Comme le dit l'agent Fox Mulder, « la vérité est ailleurs ».

Aliens. 70 ans de culture et de contre-culture, par Fabrice Canepa. Tana éditions, 192 pages, 30 euros environ
Couverture : éditions Tana

Posté le 7 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Voilà que tout à coup le ciel est bleu

    Par Philippe Degouy

Séquence émotion avec Les Visiteurs de notre enfance, un album publié aux éditions Hors-Collection. Une plongée effectuée dans un passé vieux de plus de trois décennies pour retrouver nos Visiteurs du mercredi et Les Visiteurs de Noël. Deux émissions diffusées sur TF1, de 1975 à 1982. Pour les plus de 40 ans, nul doute que les souvenirs du bonheur vécu via le petit écran vont revenir à la surface, d’un coup.  Fermons les yeux un instant. Et voilà que défilent les images, comme autant de flashes positifs.

Un beau livre, véritable coffre aux trésors, réalisé par deux passionnés : Pierre-Alek Beddiar et Arnaud Magnier. Ils ont épluché quelque 300 diffusions pour en extraire la saveur. « Avec ce livre, nous vous souhaitons de retrouver ces doux moments passés dans le canapé du salon, de savourer cette chance incroyable qu’ont vécu des millions d’enfants d’avoir pu vibrer chaque semaine et chaque jour durant les fêtes de Noël grâce à Christophe Izard et TF1 » expliquent-ils dans un édito en forme de porte d’entrée au paradis des souvenirs d’enfance.
De nombreux documents d’époque (comme ces coupures du magazine Télé7 Jours, une légende lui aussi), des captures d’écran, des génériques, des anecdotes font revivre le mythe. Sans compter de nombreux témoignages d’anciens animateurs.
Tout naturellement, c’est Christophe Izard qui ouvre le ban, juste hommage au créateur de ces émissions. Quant à la préface, c’est Soizic Corne qui s’en charge, pour un nouveau rendez-vous avec ses admirateurs. Qui ne l’était pas à l’époque ? Elle se souvient de « cette émission qui avait la volonté de mêler l’éducatif au rire et au spectacle. Une récréation magique. »

VISITEURSENFANCERien n’est oublié dans cet album, qui se savoure avec délice (ou qui vous voulez). Ni personne. Soizic Corne, Michel Chevalet, qui a certainement inspiré de belles carrières scientifiques, mais aussi Claude Pierrard, Dorothée,, Nicolas Hulot, Patrick Sabatier, Gilles Arthur, Jacques Trémolin et ses histoires d’animaux, Garcimore et ses deux souris blanches, Tac et Tac-Tac…. Sans oublier les marionnettes Brok et Chnok.
Ils sont tous revenus, pour évoquer cette époque bénie pour les émissions pour enfants. Mais pas les mains vides. Accompagnés des séries et dessins animés d’alors : Scoubidou, Le Club des Cinq, La bataille des planètes, Barbapapa, Capitaine Caverne, Declic, Mister Magoo, Les Harlem Globetrotters en dessins animés, La pierre blanche, Corsaires et flibustiers... La liste est longue. Complète dans l'ouvrage, joyeux comme un mercredi après-midi. Une lecture de pure nostalgie, que l'on savoure sans honte.

Les Visiteurs ? Un rêve éveillé vécu par plus de 10 millions de téléspectateurs, jusqu'à la suppression de l’émission à l’arrivée du pouvoir socialiste. Pour la petite histoire.
Un album à laisser sur la table basse du salon (un de plus). Oui, pour s'y glisser un instant, quand la vie d’adulte se révèle parfois trop pénible.
Ceci dit, il est temps de clôturer cette chronique. Voici que débute le générique des Visiteurs du mercredi : « Voilà que tout à coup, le ciel est bleu. Voilà que tout à coup, on est joyeux. Ce sont les visiteurs du mercredi qui nous font voir la vie bien plus jolie… ».


Les visiteurs de notre enfance. Toute la magie des Visiteurs du mercredi et des Visiteurs de Noël, par Pierre-Alek Beddiar et Arnaud Magnier. Éditions Hors Collection, 177 pages, 29 euros
Couverture : éditions Hors-Collection
www.horscollection.com

Posté le 1 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Rendez-vous à la Star Wars Cantina, la carte est fameuse

      Par Philippe Degouy

Passagers pour Tatooine, Kashyyyk, Mustafar, Jakku, Bespin, embarquement immédiat. Direction la Cantina Star Wars de Thibaud Villanova. Il était une fois dans la galaxie très, très lointaine des livres de cuisine un ouvrage pour le moins étonnant. Un document, connu désormais de Coruscant à Kashyyyk, qui propose quelque 40 recettes de cuisine inspirées par les épisodes de la saga galactique. Une idée originale que celle de l’auteur : associer des recettes de cuisine à l’univers de la plus célèbre saga intergalactique. « À mes yeux, la gastronomie et l’univers né de l’imaginaire de George Lucas ont ceci en commun qu’ils sont capables de vous transporter, de vous émouvoir, de vous nourrir et de vous donner l’impression que la vie est une grande quête du bien et du bon » explique l’auteur, chef cuisinier et expert en culture geek. Deux passions à l’origine, en 2014, du concept Gastronogeek.

STARWARSCANTINAL’ouvrage se révèle passionnant, de par son concept et les nombreux liens vers les films. Amusant aussi, pour son ambiance. Chaque planète présente dans les films est remise en mémoire,, avec les principaux éléments à connaître et des plats adaptés à son univers. Chaque recette est bien expliquée, illustrée et cotée selon le niveau de difficulté, padawan ou jedi. Précisons que tout est comestible, il n’y a que du bon dans ce qui est présenté.

Si vous passez un jour par Jakku, ne manquez pas le fameux Niima Polyamidon (ce que nous appelons sur Terre un mug cake citron et Earl Grey). Sur Mustafar, planète de la bordure extérieure située dans le secteur Atravis, à droite au feu rouge, le seul restaurant du coin propose des plats parfaitement adaptés aux paysages de volcans et de coulées de lave en fusion. Les travers volcaniques sont savoureux. Des travers de porcs cuits au four, sauce barbecue, accompagnés de frites de panais. Et comme dessert, la patronne recommande un chocolate lava cake, soit une part d’un moelleux au chocolat, cœur coulant et piment d’Espelette.
Sur Kamina, les légumes et poissons sont davantage à la fête. Comme avec cette ration principale, un tartare de thon rouge, épinards et sésame. Frais et parfait pour une soirée d’été.
Avouons un coup de cœur pour le dewback en ragoût de Tatooine (un délicieux navarin d’agneau, quinoa, légumes glacés et jus réduit épicé) ou pour ces ailes de poulet frites de Coruscant (à la sauce gochujang et cacahuètes pilées).

Des entrées, des plats principaux et des desserts. Au choix. Et comme boissons ? Précisons que l’alcool galactique est peu recommandé pour le foie humain. Soit, rabattons-nous sur un thé organique de Naboo (thé matcha, citron vert et miel), une ration fruitée de Kamino (à base de pamplemousse rose et ananas), un jawa juice de Coruscant (smoothie banane, figues, miel et amande) ou un blue milkshake de Tatooine, la spécialité de Mos Eisley, ville célèbre pour son spacioport et sa cantina. Un peu bruyante, selon le Routard galactique.

Une lecture de laquelle le lecteur ressort repus et impatient de reproduire sur Terre les recettes proposées. Si certaines sont un peu plus compliquées, elles ne sont pas insurmontables. Comme le souligne l’auteur, « même un droïde de protocole devrait pouvoir y arriver. »
Si l’auteur propose d’accompagner les recettes des musiques extraites de la saga, on peut y ajouter, par pur plaisir, d’autres morceaux. Comme le Starlight d’Electric Light Orchestra, le Moonraker de Shirley Bassey ou le tube de Frank Sinatra, Fly me to the moon.

Avant de rejoindre votre planète, vous prendrez bien quelques petits Espabiscuits pour la route ? Ce n’est que du bon : un biscuit de semoule fourré à la crème de dattes.

Que la force soit avec vous, pour faire de votre cuisine un espace d'évasion.

Star Wars Cantina. 40 recettes d’une galaxie très lointaine. Par Thibaud Villanova. Éditions Hachette Heroes, 145 pages, 25 euros environ
Couverture : éditions Hachette

Posté le 1 avril 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

70 ans de légende Ferrari à fêter pied au plancher

Une bonne surprise que cette nouvelle biographie luxueuse consacrée à Enzo Ferrari. Rédigée par William Huon et publiée aux éditions E-T-A-I. Un beau livre présenté sous coffret qui rappelle l’importance majeure d’Enzo Ferrari dans le monde de l’automobile.
L'ouvrage évite les écueils d’une biographie classique pour se focaliser sur ce qui intéresse surtout le lecteur : les faits de course. «Je ne me hasarderai pas à dire qui était le Commandatore. J’ai fait le choix de me concentrer sur l’expression la plus effervescente de sa passion pour l’automobile, celle qui le révèle le mieux : la course» souligne l’auteur dans sa préface. Les amateurs de belles carrosseries seront à la fête.

Si l'auteur ne s'attarde pas, trop, à retracer la vie de Ferrari, il est néanmoins possible de dresser son portrait via les témoignages rapportés par ceux qui ont eu la chance de l’approcher, de travailler à ses côtés. Autant de pièces de puzzle qui détaillent le patron. Un leader au caractère bien trempé mais aussi un être humain caché sous une carapace. William Huon explique notamment le pourquoi des lunettes foncées, portées en permanence par Enzo Ferrari. «Il était très timide et avait des difficultés à regarder les gens en face. Il était aussi enclin à éclater en sanglots.» Un cliché en témoigne, celui sur lequel Ferrari est en larmes, très marqué, après l’accident du 12 mai 1957 qui marquera la fin des Mille Miglia.
D’autres clichés, souvent inédits, montrent Ferrari avec son fils Dino, disparu trop tôt, ou au volant de bolides dans les années 20. Un pilote au talent limité, comme il le soulignait lui-même.

Sans offenser l’auteur, si ses textes se révèlent fort complets, l’intérêt de son album réside avant tout dans l’iconographie rassemblée. De toute beauté, avec de nombreux clichés inédits. On retrouve ainsi des courses aujourd’hui disparues, comme la fameuse Targa Florio ou les Mille Miglia. Il en va de même pour les bolides de la marque. Tous présents dans l'album. De la  Ferrari-Lancia D50 à la Ferrari 312 B2.
À noter cette vue du tournage du film «Grand Prix» (1966). Elle montre l’acteur italien Adolfo Celi discuter avec Enzo Ferrari, son rôle dans le film de John Frankenheimer.

ENZODes dizaines de clichés ravivent les souvenirs relatifs à toute une famille de pilotes disparus ou retirés des voitures. Comment ne pas éprouver de nostalgie face à ces nombreux portraits de Lauda, d’Alboreto, d’Arnoux, de Tambay, de Fangio ou de Jacky Ickx ? On en passe et des meilleurs, comme le duo formé par Gilles Villeneuve et Didier Pironi, dont le duel fratricide est resté dans les mémoires. Deux pilotes spectaculaires, victimes de leur passion pour la vitesse.

L’album se savoure avec délice, chapitre après chapitre, comme un album de famille. Il ravive des courses oubliées et rappelle ces bons moments passés au bord de pistes ou face à la télévision familiale les jours de course.
Si Ferrari a quelque peu perdu de sa puissance en course aujourd’hui, la légende reste aussi vivace. Incarnée par un homme qui a su se relever après chaque coup du sort.

Ce coffret, à la couverture magnifique, devrait ravir le fan de la marque au cheval cabré. Un livre à s'offrir pour célébrer le 70e anniversaire de la marque, pied au plancher.
È tutto li.

Philippe Degouy

«Enzo Ferrari, une vie pour la course», par William Huon. Éditions E-TA-I, 355 pages
Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 22 mars 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La Patrouille de France, une Grande Dame qui unit la Nation à l’Armée

Par Philippe Degouy

Faut-il encore la présenter cette Patrouille de France ? Ces AlphaJet peints aux couleurs nationales et qui se produisent dans les meetings aériens. Sans doute pas. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer le large public présent à chaque démonstration. La présence de ces pilotes au programme assure le succès de tout show aérien. C’est dire que ce livre n’a pas à convaincre son lecteur, déjà conquis, sans nul doute. Mais comme le dit ce lieu commun, « quand on aime, on ne compte pas. » Un beau livre sur un sujet déjà largement traité, soit, qui mérite néanmoins sa place dans la bibliothèque.

Avec François Blanchard et David Bernigard en chefs d'escadrille, La Grande Dame (éd. Black Feather) est plus qu’un beau livre de photos aériennes. Plutôt un superbe hommage rendu aux aviateurs de la Patrouille de France, à ceux qui ont construit la légende et aux valeurs de la République. Rappelées dans un chapitre introductif, parfaitement en phase avec l’actualité. Comme le souligne le Général d’armée Jean-Louis Georgelin, « cet ouvrage souligne cette relation subtile, construite au fil du temps, entre les Français et leur armée. Il en montre différents aspects et illustre bien la variété des formes que peut prendre le lien Armée-Nation. »

PATROUILLEFRANCEUn album aux photos en couleur, sublimes. Les pilotes connaissent la musique au moment de lancer les réacteurs. C’est là-haut qu’ils laissent leur professionnalisme composer une œuvre dont le succès repose la cohésion du groupe. Tous pour un et un pour tous, tel est le credo de ces mousquetaires du ciel. Tous « unis pour faire face ».
Comme le soulignait Georges Guynemer, « tant que l’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné. » Page après page défilent les figures qui font briller les yeux des spectateurs. Gamins comme adultes, tous réunis dans le même émerveillement. Et ce dès la présentation de la Patrouille par le commentateur, sur fond de couleurs nationales peintes dans l'azur par les fumigènes des appareils. S’enchaînent ensuite des figures attendues par les photographes, présents à chaque meeting : le miroir, Apollo, Concorde, Diamant… Avec en guise de bouquet final le fameux cœur tracé à renfort de fumigènes. Ce moment complice qui ravit le public, toujours fidèle.

Des photos aériennes dépourvues de légendes, inutiles, mais agrémentées de nombreuses citations. D’écrivains, de politiques … Comme autant de sources d’inspiration positive. René Char, Winston Churchill , Charles de Gaulle, Antoine de Saint-Exupéry, Nelson Mandela, John F. Kennedy…

Une Patrouille de France dont le nom est né, pour rappel, d’un élan d’enthousiasme formulé lors d’un meeting aérien à Alger en mai 1953. Ce jour-là, le commentateur de l’événement, Jacques Noetinger avait ainsi annoncé au public la prestation d’une patrouille acrobatique : « Mesdames et Messieurs, la Patrouille de France vous salue. » Une petite « gaffe » qui allait faire adopter cette expression de manière plus « officielle ».

L'image de la France

« Aujourd’hui, évoluant à huit appareils, la Patrouille de France est plus que jamais l’ambassadrice de l’aéronautique française. Chaque apparition renforce le lien Armée-Nation, le sentiment d’appartenance à une grande nation éprise de liberté. » Un rappel nécessaire. Aujourd’hui, plus que jamais.
Un ouvrage qui se referme, provisoirement, sur la petite histoire de l’aviation moderne et de la genèse de l’idée de patrouille aérienne. Nourri de ces beaux clichés, tous pris du sol, le lecteur ne peut que voir la vie en bleu. Dans l’attente d’assister au programme prévu pour la saison 2017 et de savourer au mieux cette phrase du commentateur qui fait battre les cœurs : « Mesdames et Messieurs, voici la Patrouille de France. » Pour les couleurs, top !

« Les pilotes se moquent de marcher. Ce qui les motive, c’est de pouvoir voler » (Neil Armstrong)


La Grande Dame. Symbole du lien Armée-Nation, par François Blanchard et David Bernigard. Black Feather Éditions, 224 pages, 60 euros
Couverture : éditions Black Feather Éditions

Posté le 22 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Vaisseaux spatiaux, ces vecteurs de rêves de conquête spatiale

Avouons-le, notre regard se lève souvent vers les cieux, vers cette terra incognita qui nous laisse songeurs et alimente nos rêves. Qu’allons-nous y trouver en poursuivant la conquête spatiale? Et qui? 
«Les planètes et les étoiles continuent de fasciner le grand public» explique Ron Miller, auteur-illustrateur qui a occupé les fonctions de directeur artistique au musée national de l’Air et de l’Espace à Washington (une merveille qu'il faut visiter, ndla). Son beau livre «Vaisseaux spatiaux. Une histoire illustrée du réel et de l’imaginaire» (éd. Hors Collection) se révèle comme un étonnant coffre aux trésors. On y trouve tout ce qui a volé dans l’espace. Réellement ou via l’inventivité de cinéastes et d’auteurs passionnés eux aussi par cet infini qui nous entoure.
Vaisseaux spatiauxOn y retrouve notamment les premiers projets de vaisseaux spatiaux, l’histoire des avions-fusées de la Seconde Guerre mondiale, celle des fusées V2, ancêtres des fusées russes et américaines, ou l’évolution étonnante des combinaisons spatiales. «L’ouvrage tente d’évoquer la complexité de l’histoire des vaisseaux spatiaux et la diversité des idées qu’elle génère» explique Ron Miller dans son avant-propos.
Chapitre après chapitre, le lecteur découvre quantité de concepts d’engins spatiaux, devenus réels ou qui n’ont pas quitté la planche à dessin. Sans oublier les vues d’artiste et les engins popularisés par le cinéma, à tel point que l’on oublie parfois qu’ils n’ont jamais vu l’espace. Comme le vaisseau Enterprise de la saga Star Trek. Séquence émotion également avec ce chapitre dédié à la défunte navette spatiale américaine, désormais reléguée au musée et qui a émerveillé toute une génération de gamins dans les années 80 et 90.

Un ouvrage qui n’oublie pas de rappeler le rôle joué par les animaux dans la conquête spatiale. Les singes, et ceux qui devaient les remplacer, des cochons. Car ceux-ci ont une masse qui s’approche de celle du corps humain.
Formidablement illustré de dizaines de clichés, de reproductions de plans ou d’extraits d’œuvres de fiction, voilà un album indispensable. Une pépite qui se lit, se relit avec le même plaisir, passeport pour le rêve d'un séjour spatial. Avec la présentation de ces engins imaginés pour aller encore plus loin dans le cosmos. Mars, mais qui n’est qu’une étape vers une marche en avant limitée presque exclusivement par les moyens financiers à trouver. Mars, mais aussi la Lune, cet astre qui n’a pas livré tous ses secrets et qui pourrait accueillir une colonie humaine permanente, comme tremplin vers les confins du cosmos.
Comme l’auteur le précise en guise de conclusion, «ce livre est dédié à tous les utopistes et ingénieurs qui imagineront les vaisseaux spatiaux du futur.» Le chemin est encore long et semé d’embûches, pour la conquête de Mars comme pour d'autres projets présents dans les cartons. De nombreuses pages blanches sont encore à noircir dans l’histoire des vaisseaux spatiaux. Mais nous y arriverons. Nous le devons. Pour donner raison au physicien russe Konstantin Tsiolkovski qui déclarait en 1911 : «la Terre est le berceau de l’Humanité, mais nul ne peut vivre dans un berceau pour toujours

Philippe Degouy

«Vaisseaux spatiaux. Une histoire illustrée du réel et de l’imaginaire», par Ron Miller. Éditions Hors Collection, 260 pages, 42 euros
Couverture : éditions Hors Collection

Posté le 22 janvier 2017 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Heureux qui, comme Anna, a fait de beaux voyages

«Où es-tu aujourd’hui, mon très cher Jules. Tu m’appelais ‘ta muse’ et cela m’amusait. Pardonne-moi encore de n’avoir pas vu alors ce qui me saute aux yeux aujourd’hui : tu m’aimais. J’ai presque 100 ans. Où es-tu mon très cher Jules? C’est toi que je veux comme compagnon pour mon tout dernier voyage

Aventurière, incapable depuis toujours de rester en place et de construire quelque chose de durable, Anna se souvient de ses voyages passés avec Jules. Son très cher Jules, peintre voyageur, à qui elle n’avait jamais avoué un quelconque sentiment d'attachement. Enfin, elle se décide à lui envoyer une lettre d’amour. Trop tardive sans doute. Une lettre écrite en consultant les carnets du peintre, derniers témoins de voyages effectués ensemble aux quatre coins du monde. Ensemble, mais vécus en parallèle par deux êtres si différents, incapables de ne faire qu’un. Anna, la sauvage, éternelle gamine qui n'a pas le mot durable dans son vocabulaire, et Jules, peintre effacé, incapable quant à lui d’avouer son amour à Anna.
Ce scénario, c’est celui de l’ouvrage «Les voyages d’Anna». Enfin republié aux éditions Daniel Maghem. Il était épuisé depuis bien longtemps, depuis la première édition de 2005. Il se voit enrichi d’une quarantaine de pages. Sur le scénario de Sophie Michel, romantique et poétique à souhait, Emmanuel Lepage a réussi un réel chef-d’œuvre artistique. N’ayons pas peur des mots, au risque de tomber dans le lieu commun.

ANNATout en finesse, l’album retrace les amours impossibles de deux êtres égarés, Anna et Jules Toulet, qui tentent la fuite en avant pour échapper à leur univers, à leurs familles. Des voyages effectués le plus loin possible, pour se perdre et effectuer des rencontres insolites. Du Maroc au Pérou, en passant par Venise, le Mexique, la mythique île de Pâques ou le désert de Gobi.
Entre crayonnés, esquisses de fresques et reproductions magnifiques de paysages exotiques, le travail d’Emmanuel Lepage est somptueux, magnifié par le papier adéquat. Ces «Voyages d’Anna» sont-ils une BD, un livre d’art ou des carnets de voyage? Qu’importe, la jeune Anna est impossible à enfermer dans un genre. Omniprésente, croquée par un auteur dont on devine l'attachement pour son personnage de papier. Une Anna flamboyante, nue très souvent, pour être parfaitement en phase avec son côté sauvage.
On savoure également les portraits des autochtones pris lors de chaque escale. Saisis avec humanité.
Avouons un sacré coup de cœur pour ces paysages de l’île de Pâques. Intenses sous les coups de pinceau d'Emmanuel Page et que l’on souhaite voir en grand format, encadrés dans un salon. Pour s’y perdre, souvent, et donner l’envie de boucler une valise. D’ailleurs, l’album entier donne envie de partir, et de penser comme Anna : «ne faire qu’un avec le monde

Philippe Degouy

«Les voyages d’Anna», dessin d’Emmanuel Lepage, scénario de Sophie Michel. Éditions Daniel Maghem, 120 pages, 29 euros
Couverture : éditions Daniel Maghem

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