Posté le 16 mai 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Malouines, le ciel appartient aux faucons T.2. Pucara » (BD)

Bonne idée que celle des éditions Paquet d’ouvrir leur collection Cockpit à un conflit (plus) récent. Une collection qui fait le bonheur des amateurs de bandes dessinées aéronautiques de qualité, frustrés par la disparition de séries mythiques comme «Buck Danny» ou «Les chevaliers du ciel». D’autres auteurs ont heureusement pris la relève avec des one-shots ou des mini-séries de toute beauté.

MlouinesPour les trente ans de ce conflit qui a opposé l’Argentine à la Grande-Bretagne en 1982 pour le contrôle des Malouines ou Falklands, l’éditeur propose une minisérie en quatre tomes, « Malouines, le ciel appartient aux faucons », qui  visite cette guerre du point de vue des pilotes des deux camps.  Avec une vision plutôt orientée, puisque les auteurs, Nestor Barron et Walther Taborda, sont argentins.  Inutile de le préciser, d’ailleurs, car ici les bad guys sont les Britanniques. Contrairement aux faits réels où la dictature argentine avait lancé les premiers assauts.
 Après un premier tome qui présentait l’A4 Skyhawk, ce deuxième volume met en lumière un autre appareil de la flotte argentine : le vénérable FMA IA 58 Pucara. Un avion laid au possible, moins rapide que les jets britanniques avec sa vitesse de 520 km/h mais qui a joué parfaitement son rôle : harceler les troupes ennemies. Les séquences aériennes de l’album sont parfaitement réussies avec toute l’intensité nécessaire pour ressentir le drame qui s’est joué dans les cieux de ce bout du monde. Les pilotes argentins n’ont pas démérité, au point de se livrer à des vols suicidaires face aux jets  britanniques. Des combats déséquilibrés qui ont obligés les pilotes argentins à tout tenter. Mention très bien également pour le dessin d’une légende disparue de  l’aviation : le vénérable Vulcan B Mk2. Tout simplement superbe.

Mais si les avions et l’atmosphère de ce petit bout d’enfer ravagé par le feu et le déluge de plomb sont parfaitement rendus, force est de constater que les personnages sont quant à eux plutôt ratés. Trop jeunes, avec des traits trop typés «manga» qui donnent l’impression d’avoir affaire à un dessin animé japonais des années 80.

En résumé, on ne peut accorder que la moyenne à cet album qui n’est pas incontournable à nos yeux.  Laissons néanmoins une chance à la série avec les deux derniers tomes à paraître.  Mais si votre budget BD est limité, épargnez plutôt pour les nouveautés de juin et juillet qui annoncent des poids lourds à ne pas manquer. Comme le tome 2 des œuvres du peintre aéronautique Perinotto ou  le tome 5 de la série «Ciel en Ruine». À vous de voir.

 Philippe Degouy

 «Malouines. Le ciel appartient aux faucons. T.2. Pucara.» Scénario de Nestor Barron et Dessin de Walther Taborda.  Editions Paquet. 48 pages. 14 euros environ

 Couverture : éditions Paquet

Posté le 16 mai 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Quand la victoire vient du ciel. Histoire des paras

Premier volet d’une étude en deux parties publiée par les éditions Caraktère sur les unités parachutistes de la Seconde Guerre mondiale, ce hors-série du magazine «Ligne de front» rend un hommage appuyé aux formations aéroportées alliées devenues au fil des ans synonymes de troupes d’élites. 
Un concept développé par l’armée soviétique qui fut la première à mettre sur pied des largages de troupes à grande échelle.  Même si l’idée d’un assaut aérien avait déjà été formulée en octobre 1918 par Billy Mitchell. Une idée qui n’avait pas pu être mise en pratique avant la fin du conflit. Autre nation pionnière, la Pologne a  débuté son histoire aéroportée en 1925. Avant de rejoindre la Grande-Bretagne après l’attaque allemande et de participer à la création des paras britanniques, souhaitée par Winston Churchill, également créateur des formations de commandos.

ParasUn magazine de qualité qui retrace la genèse des formations alliées mais qui donne aussi un éclairage passionnant sur les matériels utilisés, les tactiques ou les méthodes d’entraînement.  Avec des anecdotes parfois cocasses comme l’historique de l’aérolargage soviétique. Pour contraindre ses ingénieurs au succès, Staline les oblige à tester les techniques inventées…et rapidement abandonnées. Faute d’efficacité.
Les petits pays ont également voix au chapitre dans ce hors-série. Dont la Belgique qui, au début,  n’attache pas une grande importance à cette nouvelle arme.  Ainsi, en 1935, le général belge Henri Denis déclare au sujet d’une démonstration de paras soviétiques à laquelle il a assisté : «c’est là une idée romantique, une idée slave, sans aucune portée réelle.»  Les paras belges sauront néanmoins s’illustrer dans plusieurs opérations. Dont une, en septembre 1944, qui verra un petit groupe de paras belges devenir les premiers soldats alliés à mettre le pied en Allemagne, à la suite d’un largage dérouté par grand vent.

 Un large chapitre est naturellement consacré aux paras américains, de la 101e ou de la 82e Division,  qui ont su se forger une légende par des opérations d’envergure sur le front occidental.  Des paras restés célèbres pour les combats livrés de la Normandie aux Ardennes en passant par les Pays-Bas, mais qui ont combattu également sur le front du Pacifique. À une échelle nettement moindre, faute d’un terrain adéquat pour des largages de grande ampleur. On retiendra pourtant le récit de ce sauvetage effectué à Manille en février 1945 de 2147 civils américains par les paras de la 11th Airborne Division.

 Des unités créées au début du conflit et qui ont su se forger une histoire légendaire en quelques années grâce à des opérations spectaculaires. Ce hors-série, qui sera complété par un second tome dédié aux forces de l’Axe, rend un très bel hommage à ces unités paras qui ont permis aux Alliés de défaire l’ennemi. Des victoires synonymes également de lourdes pertes.
Comme d’habitude, l’ouvrage est doté d’une iconographie de première qualité qui constitue sans nul doute une plus-value de première force pour des textes précis et impartiaux.

 Philippe Degouy

 «Les paras de la Seconde Guerre mondiale. Tome 1 : les Alliés». Hors-série n°15 du magazine « Ligne de Front ». Avril-mai 2012. 11,50 euros, 100 pages. Éditions Caraktère

Couverture : éditions Caraktère

Posté le 15 mai 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Afghanistan, cette guerre inconnue

Alors que le nouveau président français, François Hollande, parle de promesse de retour accéléré des troupes françaises d’Afghanistan, un nouveau livre publié aux éditions de l’Acropole dresse le quotidien de ces soldats. Un témoignage de terrain qui permet de mieux comprendre les missions réalisées par les soldats alliés  engagés depuis des lustres.
Force est de constater que les quelques minutes consacrées à ce conflit dans les médias télévisés sont largement insuffisantes pour saisir tout le drame qui se joue à des milliers de kilomètres de l’Europe. Un retrait précipité qui, comme l’explique l’auteur, s’annonce déjà terrifiant pour les civils qui vont se retrouver sans la protection de l’ISAF. «De nombreux officiers reconnaissent à demi-mot que le risque de voir le pays plonger de nouveau dans la guerre civile est extrêmement élevé.»

AfghanisatanL’auteur, Nicolas Mingasson, est grand reporter et photographe. Il a suivi les troupes du 21e RIMa (régiment d’infanterie de marine)  de Fréjus (sud de la France), l’un des régiments les plus anciens et les plus décorés de l’armée française. Son travail répond à de simples questions, évidentes : «qui donc sont ces jeunes Français qui combattent en Afghanistan, et que font-ils là-bas, si loin de chez eux, de chez nous ? » Le journaliste s’explique : «ce livre est un patchwork de photographies, d’informations factuelles et de ressentis personnels. J’ai seulement souhaité partager mon expérience qui n’est pas un travail d’analyse. Juste un portrait de guerriers.» Après 13 ans de présence en Afghanistan et l’engagement de 50.000 soldats, que savons-nous d’eux ? Pas grand-chose, c’est vrai. Ce qui rend passionnant cet ouvrage.
Si les soldats suivis sont Français, la situation n’est guère différente pour les autres nations engagées là-bas. Qu’ils soient Italiens, Roumains, Américains, britanniques ou Belges.

 L’album de photographies est dur mais permet de vivre une infime part de la vie sur le front. Histoire de mieux appréhender cette guerre qui se déroule, hélas, dans un climat de totale indifférence au sein de la population civile européenne. 
Il débute en France, avec l’entraînement, puis s’éternise sur le front avec le récit d’engagements sévères, de périodes de repos entre deux missions, de drames quand l’un des hommes ne revient pas au camp  vivant. Une guerre qu’il faut mener contre les « talebs » (les talibans) et contre un ennemi aussi implacable : l’éloignement des familles.  

Libre d’action au sein du groupe de combat, l’auteur a vécu presque comme un frère d’arme parmi ces jeunes soldats qui ont su, face au feu nourri des insurgés, s’imaginer tout le courage nécessaire à ces soldats d’ «avant» pour sauter des barges de débarquement sur les plages de Normandie un matin de juin 1944.  
«On meurt en Afghanistan plus qu’ailleurs. Les hôpitaux militaires se remplissent toujours plus de garçons fracassés. Et pourtant ! Et pourtant, c’est la mission dont ils rêvent tous. Mais comment faire comprendre aux proches qu’ils vont enfin avoir l’occasion de savoir ce qu’ils valent comme soldats ou tout simplement comme hommes?»
Un enthousiasme collectif qui va rapidement s’émousser au fil des semaines de cette mission de 6 mois. Avec la fatigue, la chaleur, la perte de copains, le blues pour les proches laissés en France et les mêmes missions qui se répètent jour après jour.
L’auteur décrit tout. En mots, mais aussi en images, avec des clichés qui rappellent ceux pris dans ces guerres d’un autre temps. En Corée ou au Vietnam.
Ils montrent des gamins qui reviennent changés, un étrange regard dans les yeux. Celui de ceux qui ont bravé la mort, les armes à la main face à un ennemi sans pitié. En Afghanistan, comme au Vietnam, l’ennemi est partout. «Gamins, vieux, hommes ou femmes, tous sont suspects. Partout, les soldats doivent faire preuve de vigilance face aux Afghans. Insurgé ou allié ? » Telle est la question qui peut faire la différence entre un soldat mort et un soldat vivant. Mais  comment oublier ces moments où il faut répliquer aux tirs d’un jeune d’une dizaine d’années qui a décidé de tuer de l’Occidental avec sa Kalash.

 «De l’Afghanistan, les soldats portent désormais au fond d’eux l’expérience unique de la guerre. Ce qui n’en fait pas pour autant des héros, mais des hommes différents
Une guerre qui scelle à jamais le mythe des guerres technologiques, « propres », sans victimes alliées. La longue liste des 82 morts au combat qui clôture l’ouvrage est là pour le souligner. Une liste qui impose le silence, le respect.

 «We few, we happy few, we band of brothers. For he to-day that sheds his blood with me
Shall be my brother.» (“Henry V”, William Shakespeare)

 Philippe Degouy

 «Afghanistan. La guerre inconnue des soldats français.» Par Nicolas Mingasson. Editions Acropole. 192 pages. 21 euros.

Couverture : éditions Acropole

Posté le 14 mai 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

La Ford Mustang, celle qui «a donné la fièvre à la mode yé yé»

«Si les Martiens avaient débarqué à New York le 17 avril 1964, personne ne s’en serait aperçu.» Cette petite phrase de Lee Iaccoca, vice-président de Ford et papa heureux de la Mustang, symbolise la folie provoquée par la sortie de la Mustang ce printemps 1964.
Une voiture qui va rapidement connaître un succès phénoménal après sa présentation et devenir la monture préférée d’une nouvelle génération, ravie de laisser de côté les voitures de papa, comme la Ford Falcon.
Après les Etats-Unis, le bolide va débarquer en Europe et connaître le même enthousiasme. En France, un homme va incarner le succès de la «muscle car» : Henri Chemin. Pilote, directeur des relations publiques de Ford France et roi du marketing, il fera jouer la voiture dans des films à succès comme le mythique «Un homme et une femme» et la placera dans les mains de stars comme Anquetil ou Johnny Hallyday engagé sur le rallye de Monte Carlo.

MustangD’autres représentants de la vague yé-yé vont ensuite l’adopter comme moyen de s’approprier un peu de la mode américaine, modèle absolu des sixties. Sheila, Frank Alamo, Johnny et Sylvie et même Claude François (avant sa «trahison» pour Mercedes) seront tous fous de cette voiture produite à plus de 3 millions d’exemplaires entre 1964 et 1973. Même un Dick Rivers deviendra propriétaire de cette voiture de rocker. Propriétaire mais pas conducteur puisqu’à l’époque il n’avait pas le permis. Le volant était laissé à sa femme.

 Rédigé par  le journaliste Patrick Affouard et publié aux éditions ETAI, cet album nostalgique à souhait rend un double hommage : d’abord à une période révolue où tout était encore possible, les limitations inexistantes, de même que le côté autophobe que nous connaissons aujourd’hui.  D’autre part à une voiture qui a incarné le rêve, l’insouciance et le renouveau après la génération des années de guerre.
Pour  le photographe Jean-Marie Périer, les souvenirs liés à la Mustang restent encore vivaces : «c’est la voiture que je regrette le plus. À l’époque, les bagnoles, ça comptait.  On faisait Paris-Nice en six heures et demie , sept heures. Aujourd’hui, c’est fini. Elles se ressemblent toutes. Les gens ne se retournent plus sur elles comme ils se retournaient au passage d’une Mustang. À cause des limitations de vitesse, les voitures n’ont plus aucun intérêt. Maintenant, je mets le limitateur de vitesse et boum, terminé, c’est tout juste si je ne dors pas
Un chapitre relate les différents rôles joués par une Mustang dans les classiques du cinéma français des années 60. Comme dans la comédie du «Gendarme de Saint-Tropez» où la voiture (immatriculée en Belgique sous l’immatriculation 6F 361) est conduite par un de Funès peu à l’aise à son bord. Une voiture surnommé «la Naine» à cause de ses dimensions plus réduites et qui  est devenue une perle rare. Elle est en effet considérée comme la plus ancienne Ford Mustang roulante connue au monde. Pour l’anecdote, dans le scénario original, il s’agissait d’une Mercedes blanche et non d’une Mustang.

Un large chapitre consacré à la communication de la marque permet de se faire une idée des moyens importants mis en œuvre pour vanter les mérites de ce bolide. Un véritable cas d’école. De «Spirou» à «Paris-Match» en passant par le magazine «Lui», le magazine de l’homme moderne…  Ils ont tous vanté la belle.  Une voiture qui, au départ, n’était nullement destinée aux jeunes, mais plutôt aux hommes d’âge mûr, aisés et  nostalgiques d’une jeunesse passée. De quoi se prendre pour Steve McQueen dans les petites rues de Paris ou de Bruxelles.

 Très bien illustré par des clichés extraits des sixties avec de nombreuses vues de la Mustang en compétition ou pilotée par des stars, cet  album «musclé» va certainement faire saliver de plaisir les amateurs de belles voitures. Comment, en effet,  rester insensible devant ce Fastback 390 GT 1967?  Un ouvrage à lire sur fond de «Ford Mustang» de Serge Gainsbourg. Ou avec la version de Chuck Berry, « My Ford Mustang».

 «Mustang. Cette voiture-là mon vieux, elle est terrible.» (Merci à J.H.)

Un album dédié à Carroll Shelby, décédé le 10 mai 2012 à l'âge de 89 ans.

Philippe Degouy

«Mustang. Le temps des copains.» Par Patrick Affouard. Éditions ETAI. 46 euros. 193 pages.

Couverture : éditions ETAI

Posté le 11 mai 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Gringos Locos», la BD qui fâche plus vite que son ombre

Le voici enfin.  L’album «Gringos Locos» réalisé par le tandem Yann et Schwartz et publié aux éditions Dupuis. La BD qui a vu sa mise au pilon de près. De tout près.  L’orchestre a failli jouer le fameux Deguello mexicain pour une mise à mort.  Pour des raisons financières? Pour non respect des lois sur la jeunesse? Non. Rien de tout cela. Une bande dessinée  dont le sujet a choqué, dérangé les proches des maîtres de la BD belge qui inspirent les personnages de l’intrigue fictionnelle. Soit le trio André Franquin, Joseph Gillain (Jijé) et Maurice de Bevere alias Morris.

 Gringos-locos1948, le Belge Joseph Gillain vit dans la crainte d’une troisième guerre mondiale entre les deux blocs  capitaliste et communiste. Il décide alors de quitter l’Europe et de rejoindre les Etats-Unis avec sa famille et de trouver du boulot sur place. Avec lui embarquent Morris qui souhaite se détacher de son cow-boy solitaire et trouver du travail chez Disney, et Franquin, simple suiveur pour le plaisir de quitter sa routine bruxelloise. De New York, le trio, accompagné de la femme et des enfants de Gillain, traverse les Etats-Unis dans une grosse américaine pour rejoindre la côte Ouest où la désillusion est complète. Disney dégraisse ses effectifs et le siège de la BD américaine est situé à…New York. Tous se tournent alors vers le Sud, vers le Mexique, devenu nouvelle terre promise à toutes les folies, toutes les aventures.
Un séjour qui sera à la source d’une inspiration énorme pour les auteurs. Franquin y puisera l’idée d’un Gaston gaffeur et les autres des idées de scénarios, de décors.
Voilà pour l’intrigue. Un résumé volontairement sobre pour vous laisser tout le plaisir de découvrir les nombreux gags qui émaillent ce périple. Comme celui qui met en scène Franquin et Morris face au Grand Canyon, ce canyon qui leur donne soif et l’envie de déguster une bonne bière belge. Et le duo assoiffé d’énumérer toutes les merveilles de notre patrimoine brassicole.
Hilarantes aussi les scènes où Joseph Gillain s’exprime en anglais teinté d’espagnol et de bruxellois face aux Américains médusés.

Pour les auteurs, cette histoire de voyage en terre américaine, «c’était en quelque sorte l’histoire de la baleine de Moby Dick. On en parlait, on en parlait, mais on ne la voyait jamais.» Des morceaux d’histoire circulaient bien, racontés par les « trois touristes », mais rien n’existait de façon globale.  Pour Yann, scénariste de l’album, «tout n’est pas vrai, mais j’ai essayé de tout rendre vrai en essayant chaque fois de me documenter pour essayer de reconstituer avec sincérité. J’ai utilisé des raccourcis, j’ai synthétisé des anecdotes mais je suis parti de matériel réel.» Notamment des entretiens avec Franquin ou Morris, qui ont livré des anecdotes croustillantes.

 Difficile de trouver dans l’histoire de la BD belge un album qui a connu autant de problèmes et de précautions à sa sortie.
Dès l’ouverture de l’album, l’éditeur a encarté un avertissement au lecteur qui donne le ton : «la lecture de cet album doit être envisagée comme celle d’une simple fiction. L’album que vous tenez entre les mains n’est pas un documentaire scientifique ou un biopic historique. Il s’agit d’une aventure humoristique
Et si cela ne suffisait pas encore, un droit de réponse des descendants de Jijé et Franquin termine l’album. Ceux-ci n’ont pas apprécié du tout la façon de parler de leurs pères dans cet album. Pour la fille d’André Franquin, «on ne peut pas dire que les traits de nos proches soient caricaturés. Ils sont dénaturés à des milliers de lieues de ce qu’ils étaient réellement. Ce récit est en train de desservir l’image, la mémoire de ces personnes et l’esprit qui les animait.» Même constat du côté de la famille de Joseph Gillain.  L’atout de ce droit de réponse réside cependant dans la publication de documents d’époque, témoins de cet périple nord-américain.

 Pour nous lecteurs, peu importe cette sordide affaire d’image. Laissons-là de côté pour nous contenter du plaisir éprouvé à la lecture de cet album qui se révèle fort plaisant,  drôle à souhait et  qui figure incontestablement parmi les bonnes sorties de ce printemps.

Nul ennui possible à savourer cette succession de gags, de dialogues percutants bien dans l’esprit de Franquin dont le but ultime de son œuvre était d’amuser ses lecteurs.  Mission réussie ici. On s’amuse à dénicher les petites allusions au cinéma (comme ce Bates motel qui renvoie au film Psychose)  ou à d’autres séries de BD.
On embarque volontiers dans ce périple américain avec trois maîtres de la BD belge dont le voyage initiatique a forgé la BD belge pour longtemps. Sur un scénario longuement mûri sur plusieurs décennies, le dessin d’Oliver Schwartz a su faire du neuf avec de l’histoire ancienne. Un découpage dynamique, cinématographique et dont les couleurs reflètent toute la lumière du Mexique.
Pour rappel, les faits librement racontés datent de la fin des années 40. Un album qui se voit gratifié d’un long entretien accordé par Yann à José-Louis Bocquet en 2011 et qui met en lumière la genèse de cette œuvre et les soucis rencontrés.

Comme aurait dit Gaston, «M’enfin ! En voilà une histoire pour quelques  écarts à la réalité

 Philippe Degouy

 «Gringos Locos» Dessins d’Olivier Schwartz. Scénario de Yann. Éditions Dupuis. 52 pages.  15,50 euros

 Couverture : éditions Dupuis

Posté le 9 mai 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Cabu se déchaîne du politiquement correct

Dessinateur au «Canard enchaîné» et pour «Charlie Hebdo», Cabu (74 ans) a passé l’âge d’avoir peur. Du qu’en dira-t-on. De déplaire à son public.  Dans son dernier recueil de dessins d’actualité publié voici peu aux éditions du cherche midi, il pose une question existentielle pour les dessinateurs de presse : «peut-on encore rire de tout ?»  Autant le préciser d'emblée, les Tartuffe et autres pisse-froid vont rire jaune à la lecture de cet album féroce qui ne respecte rien ni personne.


Cabu-rire-de-tout2Avec son air faussement candide, Cabu appuie pourtant sur des sujets qui font mal et ose dépasser la ligne blanche suivie avec précaution par la majorité des humoristes. Comme l’explique l’auteur, ardent défenseur de la liberté d’expression, «ni les religions et leurs intégristes, ni les idéologies, ni les bien-pensants ne doivent pouvoir entraver le droit à la caricature, fût-elle excessive. » Et force est de constater que certains dessins publiés dans l’ouvrage vont très loin dans la caricature et sont inracontables pour un public non préparé. Drôles, mais certainement trop excessifs pour certains esprits chagrins.  Au fil des pages on rit souvent, même si c’est nerveux. Comme devant cette planche où une vieille bigote se confesse : «à force d’entendre les récits des turpitudes de DSK, ça déclenche chez moi des pulsions érotiques.»  
Un autre dessin dénonce quant à lui les ravages de l’internet. Un gros beauf avachi et imbibé déclare qu’avec internet aujourd’hui, c’est quand même plus pratique pour dénoncer son voisin. » Sportifs, politiques, sujets de sociétés, religions (le pluriel est important) … tout le monde passe sous la plume de Cabu. Y compris le nouveau président de la République, Hollande, devenu tout maigre : «je ferai à la France ce que j’ai fait à mon ventre.» Ou les stars du show bizz. Comme dans ce dessin de Johnny Halliday en chaise roulante qui souhaite «mourir en scène…comme Robert Molière.» 

Pour rester dans la politique, précisons qu’il n’y a pas que Coluche qui avait prévu la défaite du président Sarkozy. Cabu aussi. L’un de ses dessins intitulé «2012, la rencontre d’un homme et d’un peuple» montre une foule de Français en colère poursuivre un Sarkozy représenté en boxeur battu. Ce recueil est paru bien avant le 6 mai.

 En quelque 126 pages, Cabu a donc fait le tour des sujets sensibles. Tous réunis dans cet album fort drôle qui peut se résumer comme un bras d’honneur adressé bien haut au politiquement correct actuel. Jouissif.

 Philippe Degouy

 «Peut-on (encore) rire de tout?» Dessins de Cabu.  Éditions du cherche midi . 12 euros, 126 pages

 Couverture : Cabu, éditions du cherche midi

Posté le 8 mai 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Le jardin des couleurs, la face cachée de Will (BD)

Ce n’est certes pas le premier hommage rendu à Will, mais force est de constater que celui-ci dépasse les précédents. Par son ampleur. Des rééditions d’albums, une exposition. Rien n’est trop beau pour saluer l'un des maîtres de la BD belge.
"Le jardin des couleurs", réalisé en collaboration entre Dupuis et la galerie Champaka, quitte la BD pour rejoindre le livre d’art. Laissons donc de côté la facette BD de l’artiste pour pousser la grille de son jardin secret. Et pénétrer dans un univers fantastique, coloré à souhait, sur lequel plane une ambiance délicieusement nostalgique. Au diable le monde brutal et froid de la réalité. Place aux rêves d’enfance grâce aux tableaux de Will.

 JardindescouleursUn beau livre qui constitue un juste retour des choses pour Will, cet artiste largement méconnu du grand public qui a fait ses classes dans l’ombre de l’immense Joseph Gillain, alias Jijé. Willy Maltaite ou plus simplement Will, était bien plus que le dessinateur de Tif et Tondu ou d’Isabelle. Dessinateur de talent, certes, Will restait cependant plus attiré par la peinture. Sa passion. Son défouloir. Comme le souligne Eric Verhoest, auteur du texte d’introduction de l’album, «Will et Jijé ne peignaient pas pour être exposés, et encore moins pour vendre. La recherche d’un équilibre personnel, et surtout, du plaisir, étaient leur motivation.»

À l’aube de ses 70 ans, Will décide de consacrer à la peinture une année sabbatique. Juste pour réaliser son rêve d’enfance : être peintre à temps plein.   Avec la nature comme thème principal.  «Je suis un campagnard. J’aime bien voir les vaches. Et le blé en été, je trouve cela superbe» expliquait-il.  Puis ce sera la découverte du Midi avec ses couleurs  fantastiques et ses tableaux d’ambiance comme cette petite place de village provençal. 

 L’album, qui puise largement dans les archives de la famille Maltaite,  présente également des affiches réalisées pour des opéras, des dessins pour des séries enfantines, des projets de décors pour des dessins animés ou des scènes restées sans suite pour la série «Isabelle», trop tôt disparue hélas. 

Éblouissantes sont  également ses scènes de forêts tropicales, touffues et où se cachent des créatures mystérieuses dont on ne voit que les yeux fixés sur le spectateur. Pour en apprécier tout le charme, il faut prendre son temps. Laisser flâner les yeux sur la toile. Essayez, c’est tellement reposant. Les sons ne seront pas longs à atteindre vos oreilles.

Et comme tout peintre, Will n’a pas pu (su) résister au chant des sirènes. Ces femmes qui peuplent son œuvre et qui obtiennent dans  le jardin des couleurs un premier rôle. Enfin.
Des amazones magnifiées sous la plume de Will. Grandes, minces, aux yeux en amande qui donnent au regard ce côté troublant. Souvent nues, ses femmes  dégagent un érotisme de bon aloi. Simplement superbes.

Difficile d’ailleurs de jouer le rôle du miroir pour choisir qui est la plus belle. Avouons néanmoins un faible pour le tableau intitulé «La femme en rouge ».  Pour ses jeux de couleurs magnifiques. Ou cette «Mariée» qui ne suscite qu’une envie, celle de lui passer la bague au doigt.

 Disparu en 2000, Will a laissé le souvenir d’un magicien de la couleur. Comment ne pas soutenir l’hommage de son ami et dessinateur Stéphan Colman. «Qui couvrira le papier de poésie? Qui remplira les toiles d’étoiles? Qui nous remplira les yeux de soleil ? » Ses questions restent sans doute comme le plus beau des compliments adressés à l’artiste.

 Un  jardin des couleurs dont les allées mènent à l’exposition présentée à la galerie bruxelloise Champaka. Les planches du maître y sont présentées du 10 mai au 2 juin 2012.

 À suivre : «Le jardin des désirs» (Dupuis). Un album délicieusement coquin qui fera l’objet d’une prochaine chronique.

 Philippe Degouy

 «Le jardin des couleurs». Par Will. Collection Aire Libre. 45 euros. 121 pages. Éditions Dupuis/Champaka

 Couverture : éditions Dupuis

Posté le 2 mai 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Apple, l’anti-modèle de la Silicon Valley »

Les livres de management ont rarement les faveurs du public. Avec néanmoins quelques exceptions. Comme cet   «Inside Apple» publié par les éditions Dunod et qui plonge le lecteur au cœur de la société qui produit vos plus beaux gadgets technologiques. Un ouvrage qui se lit comme un roman grâce à son écriture nerveuse, humoristique parfois, même si le sujet ne prête guère à la gaudriole.

AppleAu fil des pages de ce document réellement captivant, on reste souvent pantois devant tant d’arrogance, de coups bas et de mystère entretenu en interne. Avec une épée de Damoclès permanente pour le salarié du groupe : le licenciement immédiat en cas de révélations sur la société.   Le secret. La matière première de la culture du groupe Apple. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le chapitre consacré à l’engagement des nouveaux venus. Édifiant. «Apple est comme une secte dans laquelle on ne donne aux novices que des bribes d’informations. La loyauté n’est jamais présupposée. Les nouveaux éléments sont laissés hors de la confidence pendant un certain temps, au moins jusqu’à ce qu’ils aient gagné la confiance du chef
Une pratique du secret que Steve Jobs avait copié de celle pratiquée par Walt Disney . Un témoin raconte qu’ «aucune entreprise de la Valley n’entretient ce niveau de terreur interne à ce point. »  Un niveau de terreur entretenu pour conserver  ces règles d’excellence voulues et imposées par Steve Jobs. Rien  ne doit être improvisé au sein de la société.  

 Comme le précise l'auteur, Adam Lashinsky, journaliste pour le magazine Fortune et expert du monde de la Silicon Valley, «l’image publique d’Apple est fantasque et drôle. Mais en interne, elle est plutôt triste. Tout le monde a le nez dans le guidon.» «Si Apple était perçue à sa juste mesure, ses fans et ses ennemis y verraient un maelström de contradictions, une entreprise dont les méthodes vont à l’encontre de décennies de pratiques managériales bien établies. Apple cultive le secret à une époque où la tendance dans les affaires est à la transparence. Les bons managers savent déléguer. Steve Jobs, pdg d’Apple voulait absolument tout contrôler. De l’image de la société à l’emballage des produits. » Même les rapports de la société avec l’argent sont étranges. Ainsi, «garder près de 100 milliards de dollars sous son matelas n’est pas considéré comme de la bonne gestion financière à Wall Street.»
Pour Steve Jobs, faire de l’argent n’était pas le but premier. Difficile à croire mais pourtant confirmé au sein de l’ouvrage. «Le groupe Apple crée la plupart de ses produits tout simplement parce qu’il a envie de ces produits. Point.»
Un rapport à l’argent qui rend Apple unique dans le monde des affaires. Tout comme sa volonté de conserver l’esprit start-up.

 Tout naturellement, l’ouvrage  se termine par des questions qui restent encore sans réponses. Qui va remplacer Steve Jobs aux commandes de ce groupe hors-normes ? Quelle sera la stratégie adoptée par le groupe pour conserver son avance et éviter les pièges? «Révolutionner»,  le verbe sera-t-il celui qui sera encore le plus employé par le marketing d’Apple? Autant de questions parmi d’autres qui  trouvent une réponse dans cet essai qui devrait ravir les fans de la marque à la pomme.
Un ouvrage parfaitement complémentaire de la biographie de Steve Jobs rédigée par Walter Isaacson.

 «Steve Jobs parti, la concurrence n’a toujours pas Steve Jobs». Cette citation sibylline extraite de l'ouvrage témoigne du caractère unique d'Apple, une société qui ne pourra qu'être copiée. Jamais égalée. La lecture d' "Inside Apple" vous en convaincra.

 Philippe Degouy

 «Inside Apple. Dans les coulisses de l’entreprise la plus secrète au monde. » Par Adam Lashinsky. Éditions Dunod. 16 euros, 251 pages.

 Couverture : éditions Dunod

Posté le 27 avril 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

«Quand l’auto fait sa pub»

Une belle idée que celle de retracer l’histoire de l’automobile en affiches. Belle et originale. Elles sont plus de 600 dans l’ouvrage présenté par Claude Weill et publié aux éditions E-T-A-I, "Quand l'auto fait sa pub".  L’histoire de cet album, c’était le temps où la pub n’était pas formatée. Où les affiches se révélaient comme de magnifiques œuvres d’art.
Des affiches qui ravivent les souvenirs. Ceux de la première voiture ou celle ramenée par le chef de famille, signe de richesse et de réussite sociale.
Aujourd’hui, tout le monde a sa voiture, le rêve n’existe plus vraiment. Hélas.

AutopubCertaines marques automobile ont marqué l’histoire à jamais avec des coups de pub géniaux. Comme Citroën qui a longtemps illuminé la tour Eiffel avec son logo (de 1925 à 1935). Qui a fait mieux aujourd’hui ?  Mis à part Zorglub qui a réussi à projeter de la publicité sur la Lune. Des publicités classées par marques. Françaises et étrangères. Avec des slogans ringards ou au contraire particulièrement chics. Comme celui de Rolls-Royce, resté intact cinq décennies après la création de la marque : «à cent à l’heure, dans la nouvelle Rolls-Royce, le bruit le plus assourdissant est celui de la pendule électrique.» Et comment ne pas se souvenir du slogan décliné à toutes les sauces depuis sa création : «mettez un tigre dans votre moteur». Celui de la marque Esso.

Des affiches, dont certaines seraient certainement censurées à notre époque du « politiquement correct ». Il en va ainsi de la publicité pour l’huile Veedol qui proposait une jolie jeune patineuse en mini mini jupe. Et que dire de la marque de pneus Goodrich qui opposait le flanc blanc, présenté par une jeune bourgeoise blanche, au flanc noir présenté par une jeune femme intégralement voilée.

Un album, un livre d’art industriel, qui s’achève par un chapitre consacré aux produits dérivés. Le merchandising comme on dit aujourd’hui. Avec des objets devenus très recherchés par les collectionneurs. Comme cette superbe montre Corum en forme de calandre de Rolls. Ou cette bouteille de Bourbon de la marque Beam en forme de VW Coccinelle.
Un document reste également en mémoire. Ce dialogue de 1907. À cette époque le marquis Albert de Dion rêvait de l’automobile de demain : «un jour, nous serons assis dans une automobile. Notre moteur pourrait nous emmener à 200 km/h mais la vitesse sera limitée par la loi. Il y aura tellement de voitures que l’excès de vitesse sera dangereux . » C’était hier. C’est aujourd’hui.

 Philippe Degouy

 «Quand l’auto fait sa pub», Par Claude Weill. Éditions E-T-A-I. 192 pages. 42,60 euros

 Couverture : éditions E-T-A-I

Posté le 26 avril 2012 par Philippe Degouy Réactions | Réagir

Strange, vous avez dit succès étrange?

Rédigé par Sébastien Carletti et Jean-Marc Lainé, deux spécialistes du monde des comics,  « Nos Années Strange 1970-1976 »  relate l’histoire d’un magazine mythique : Strange. La lecture favorite des ados des années 80.

Une publication des éditions Lug qui faisait le bonheur des libraires, assurés de voir débarquer mois après mois des jeunes lecteurs venus dépenser leur argent de poche en achats de magazines peuplés de super héros : Iron Man, Daredevil, Silver Surfer, Spiderman... Une passion qui relevait plus de l’addiction qu’autre chose.
Comme le précisent les auteurs, « les vieux lecteurs de Strange sont plus nombreux qu’on ne le croit. Et ils sont partout. Ils ont maintenant 40 ans (ou plus, ndlr), et s’ils n’ont pas fait une croix sur leurs lectures de jeunesse, alors ils lisent encore de la science-fiction, collectionnent encore les bd’s, vont encore voir le dernier James Bond, suivent encore l’actualité des séries télé et se passionnent encore pour les aventures de justiciers costumés. »

StrangeC’est à une plongée dans la (re)découverte des héros les plus célèbres du magazine, les couvertures les plus marquantes et les jouets dérivés les plus inoubliables que ce livre invite.  Les auteurs dressent aussi un catalogue de la concurrence, ces publications qui sortaient en même temps que Strange : Tarzan, Batman, Superman, Hulk, Thor, Spécial USA etc… La crise de la presse n'existait pas encore. Les librairies de quartier devenaient un lieu de rendez-vous pour les jeunes avides de récits d'aventures. Cinéma et jeux vidéo inspirés des personnages de Strange ne sont pas oubliés.  Ni ces milliers de jouets dérivés qui constituent aujourd’hui des pièces de collection uniques. 
Incollables sur le sujet, les auteurs expliquent avec passion ce qui rendait révolutionnaire ce magazine au nom si difficile à prononcer. 
  Notamment cette évolution des personnages, devenus plus humains au fur et à mesure des années. Ils ont accompagné notre passage à l’âge adulte. Autre nouveauté révolutionnaire de Strange, la volonté affichée par l’éditeur de le rendre proche de ses lecteurs. Avec des forums, des bourses d’échange ou des sondages. Le lecteur était roi avec Strange. Enfin, Strange et ses suiveurs ont participé à la reconnaissance de la culture populaire. Comme le prouve cet album dédié à des personnages de science-fiction publié par… Flammarion.  Durant longtemps, ce genre de lecture a été méprisé, ridiculisé, voire censuré. Aujourd’hui, il a le crédit qui lui faisait défaut à l’époque.

 Cet album au doux parfum de nostalgie, est ponctué de témoignages d’auteurs et de dessinateurs qui ont vécu cette époque, au point de se laisser imprégner. 
«Pour chacun, la vague de souvenirs liés à Strange est à chaque fois différente. Chacun aura son premier souvenir, sa plus tendre lecture, sa couverture fétiche. Lire Strange, c’était se tourner vers l’univers qui nous entoure. C’était découvrir que le monde ne s’arrêtait pas au coin de la rue. On apprend à lire dans Strange comme d’autres ont appris à lire dans Jules Verne

 L’hommage à la génération Strange est réussi. Et de la plus belle des manières.
Le livre refermé, il reste dans l’air ce doux parfum de nostalgie pour ces années d’insouciance peuplées d’aventures extraordinaires.


Avec la sortie du film "The Avengers", il nous semblait intéressant de republier notre chronique parue sur le blog il y a quelques semaines. Ces superhéros ont marqué plusieurs générations et partent maintenant à la conquête de nouveaux fans. Nul doute que le film redonnera envie aux spectateurs plus âgés de relire les Strange précieusement conservés.

Philippe Degouy

 «Nos années Strange, 1970-1996». Par Sébastien Carletti, Jean-Marc Lainé et préface d’Alexandre Astier.  Éditions Flammarion. 176 pages. 25 euros

 Illustrations: éditions Flammarion

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