Et si on régularisait la méthode?
Amnistie ou régularisation? Régularisation ou amnistie? Franchement, peu importe la forme, pourvu que les fonds rentrent. L'économie belge n'en a que trop besoin. Mais si elles veulent que l'argent de la fraude rentre massivement et rapidement au pays - des dizaines de milliards sont encore planqués à l'étranger -, nos têtes pensantes vont devoir se remémorer ces quelques expressions populaires...
1. On n'attrape pas des mouches avec du vinaigre. Il serait contreproductif de coller une amende prohibitive aux fraudeurs, comme c'est parfois le cas dans le cadre de la loi de régularisation permanente des capitaux. Les taux prévus pour certains types de revenus fraudés sont tels qu'ils ne contribuent pas à attirer le chaland. Sur les revenus non déclarés, le taux d'impôt peut atteindre 90%... De tels taux doivent être revus à la baisse.
2. Dans le doute, on s'abstient. L'amnistie fiscale de 2004 avait failli tourner au fiasco en raison de vides juridiques et de difficultés d'interprétation du texte de loi. Si le gouvernement opte pour cette solution, il faudra que le texte soit clair, simple et incitatif. Etre incitatif ne passe pas seulement par des taux "raisonnables" - entendez acceptables - pour ceux qui paient leurs impôts correctement. Cela passe aussi par l'éviction de tous les doutes d'interprétation possibles. Si un fraudeur n'est pas certain d'obtenir l'absolution - son attestation d'immunité pénale -, il s'abstiendra. Si le gouvernement décide de ne pas retenir l'option "amnistie bis", mais préfère assortir la loi actuelle de régularisation d'une date de fin pour accélérer le mouvement de rapatriement, il va aussi devoir revoir sa copie. Les exclusions prévues sont en effet floues et sujettes à interprétation. Les préciser et les rendre applicables de manière uniforme à tous ceux qui seraient concernés serait la moindre des choses.
3. Faire d'une pierre deux coups. Vu le contexte fiscal belge et international, de toute façon, une régularisation devra tôt ou tard s'envisager. Cela ne doit cependant pas empêcher le gouvernement de prendre son temps pour développer une loi équitable pour tous. Ainsi, l'obligation d'allouer une partie des fonds rapatriés "à l'intérêt général", via un compte d'épargne B, un bon d'Etat ou autre, donnerait un sentiment de légitimité et de respectabilité à une partie de ceux qui paient leurs impôts comme il faut. Et qui pourraient être indirectement pénalisés par de faibles rapatriements... Car il ne faut pas se leurrer: ce qui rentre pas dans les caisses d'un côté doit rentrer de l'autre.
François Mathieu



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