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Posté le 16 janvier 2017 par Nicolas Keszei

Cools, 25 ans plus tard...

Il aura beaucoup été question de mémoire et du temps qui passe au premier jour de l'ouverture du troisième procès Cools devant la cour d'assises de Namur. Avant d'aborder le fond de l'affaire, les avocats de Domenico Castellino et de Richard Taxquet, tous les deux suspectés d'être les commanditaires de l'assassinat d'André Cools, ont plaidé l'irrecevabilité des poursuites pour, entre autres, dépassement du délai raisonnable. 

"Ma fille aînée est née le 21 juillet 1991, trois jours après l'assasinat d'André Cools. Aujourd'hui, elle a 26 ans, elle est psychologue et elle travaille en clinique", a ainsi plaidé Philippe Leloup, le conseil de Richard Taxquet afin de bien rendre compte de l'idée de l'écoulement du temps depuis les faits. Le temps qui passe et les mémoires qui s'effacent. 

Cools - castellino

"Je vous présente Domenico Castellino, qui est présumé innoncent, ce qui prête à sourire 25 ans après les faits", a plaidé Alexandre Wilmotte, pour la défense de Castellino.  Ce dernier a rappelé que son client a vécu plus de la moitié de sa vie d'homme majeur avec les faits qui lui sont reprochés. Des faits pour lesquels il a déjà fait 7 ans de prison. "Peut-on considérer cela comme raisonnablement raisonnable?" s'est demandé l'avocat. Alexandre Wilmotte avait 16 ans quand le "maître de Flémalle" a été assassiné. "J'en ai 41 aujourd'hui et j'ai l'impression d'avoir été accompagné toute ma vie par ces faits", a-t-il précisé. 

10% des témoins sont morts

Pour les avocats des deux accusés, le délai raisonnable est clairement dépassé. Plaidant l'irrecevabilité des poursuites, Alexandre Wilmotte a expliqué que plus de 10% des témoins étaient décédés depuis le début de la procédure. Et quand on sait que l'oralité des débats est le principe des assises, les avocats ont fait savoir qu'ils ne laisseraient pas passer tels quels les témoignages lus des témoins décédés. "Comment, 25 ans près les faits, pourra-t-on savoir si les témoins se souviendront des faits?" Les avocats craignent également que les témoins et le jury ne soient influencés par les articles, les livres et les émissions écrits et réalisés sur l'affaire. 

"Penser qu'ils auront droit à un procès équitable est une hypocrisie. Il y a une violation des droits de la défense qui doit entraîner une irrecevabilité des poursuites, c'est du droit. Et si les juges passent au-delà de ces élements fondamentaux, ce serait dramatique!", a encore plaidé Alexandre Wilmotte.

Vice de forme?

L'avocat de Domenico Castellino a ensuite expliqué que les premières auditions des suspects avaient été réalisées sans qu'un avocat ne soit présent. Au cours de ces premières auditions, Domenico Castellino avait fait des déclarations auto-incriminantes à la suite d'un témoignage anonyme. "Ce témoignage, qui conditionne le reste de l'enquête, a également été recueilli de façon illégale", a plaidé Me Wilmotte. Pour lui, le dossier comporte une multitude d'erreurs juridiques qui devraient entraîner l'irrecevabilité des poursuites. 

Pour les deux avocats, en tout état de cause, la cour ne pourra pas faire comme si les déclarations passées n'existaient pas. "Cela revient à dire que les droits de la défense seront violés", a précisé Alexandre Wilmotte avant d'asséner qu'une personne ne pouvait pas être condamnée sur base de témoignages recueillis illégalement. Au passage, l'avocat n'a pas hésité à se référer à l'affaire KB Lux tombée à l'eau pour entrée illégale des pièces dans la procédure.

Un témoin à huit millions de francs

 Les avocats ont beaucoup critiqué le témoignage anonyme à la base de toute l'instruction et qui a débouché sur la plupart des inculpations dans le dossier. A l'époque, la Justice avait payé huit millions de francs belges en échange de ce témoignage. Les avocats des différents inculpés n'ont jamais eu le droit d'interroger le témoin en question et de juger de sa fiabilité. L'avocat de Domenico Castellino a demandé la nullité du témoignage en question. "Il est rare d'avoir autant d'arguments pour plaider l'irrecevabilité des poursuites. Il est temps de mettre fin à cette scène surréaliste", a cocntinué le conseil de Castellino. 

"J'aurais pu dire n'importe quoi!"

Prenant la parole à son tour, Philippe Leloup, l'avocat de Richard Taxquet, a précisé que la plupart des témmoins avaient changé de version au fil de l'affaire. "Comment faire appel à leur mémoire 25 ans après les faits?", s'est-il demandé. 

Cools - taxquet

Philippe Leloup a précisé que lors de sa première audition, Richard Taxquet n'avait pas été assisté par un avocat et on ne lui a pas dit que quoi on voulait l'entendre. "Il y a un moment où j'aurais pu dire n'importe quoi", a glissé Richard Taxquet à son avocat afin d'expliquer les conditions des auditions de l'époque. Pour Philippe Leloup, ce dossier ne serait pas ce qu'il est si les suspects avaient, dès le début de la procédure, bénéficié de la présence et des conseils d'un avocat. 

Rendre la Justice

"Il s'agit de rendre la justice à un homme, un citoyen, qui a perdu la vie", a entamé l'avocate générale Marianne Lejeune. Après avoir précisé que l'affaire n'était pas prescrite, l'avocate générale a livré un plaidoyer en faveur de la présomption d'innocence. "La bafouer, c'est entrer dans la barbarie et l'anarchie", a-t-elle expliqué.  Balayant les arguments de la défense un à un, l'avocate générale a estimé qu'il était prématuré de dire que les droits de la défense ne pourraient pas être exercés. "J'ose vous dire que si je n'avais pas la conviction que les accusés sont coupables , mon réquisitoire se ferait en ce sens. Je n'ai jamais fait de réquisitoire contraire à ma conscience", a-t-elle continué. 

 En fin de matinée, la cour s'est retirée afin de rendre un arrêt sur la recevabilité des poursuites.

@NicolasKeszei

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