Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Quartier européen
Du rond-point Schuman au "Caprice des dieux", l'Europe bouillonne à Bruxelles. Parlementaires, diplomates, fonctionnaires, lobbyistes se livrent une bataille permanente dans les salons feutrés de la capitale de l’Union.

Ce blog est une fenêtre sur les petites et grandes histoires qui se jouent dans le quartier européen.
Par Olivier Gosset et @F_Rohart.

Posté le 10 mars 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Aides à géométrie variable pour les naufragés de la mondialisation

Le Fonds européen d’adaptation à la mondialisation aidera les travailleurs licenciés de quatre entreprises basées en Wallonie. Mais les travailleurs ne sont pas tous logés à la même enseigne. 

Saint gobainLe Parlement européen a donné son feu vert à une aide de près de 5,2 millions d’euros destinée à plus de 2.500 travailleurs licenciés de Caterpillar, ArcelorMittal, Duferco et Saint Gobain. Ce montant, adopté à une large majorité, est alloué par le Fonds européen d'ajustement à la mondialisation (FEM).

La crise du secteur sidérurgique a contraint Duferco à fermer et NLKM à réduire l'ampleur de ses activités. Pas moins de 708 personnes ont perdu leur emploi. L'aide du FEM, s’élève à plus de 980 mille euros. La Belgique a fait appel à une intervention de près de 1,6 million d’euros pour ArcelorMittal Liège, où 910 personnes ont été licenciées. Une chute de la demande a contraint Saint-Gobain Sekurit à fermer son site d’Auvelais, où il produisait du verre de sécurité pour l'industrie automobile. Le FEM allouera une aide de 1,4 million d’euros pour 257 personnes. Caterpillar a réduit son site de Gosselies et licendié 630 travailleurs. Ils bénéficieront d’une aide de plus d’1,2 million.

Inégalité des aides

Mais on le voit, les travailleurs licenciés de Saint-Gobain, Duferco, ArcelorMittal et Caterpillar ne sont pas logés à la même enseigne: les montants d’aide varient considérablement. Un travailleur de Duferco se voit par exemple consacrer 1.400 euros par l’Union européenne alors que celui de Saint-Gobain peut compter sur 5.200 euros. Cela tient au rôle que joue l'entreprise dans «l’adaptation» de ses employés, au profil des travailleurs licenciés ou encore de la date de dépôt du dossier (le taux d’intervention de l’UE a changé en 2014).

Les montants validés par le Parlement européen ne seront pas forcément versés dans leur intégralité aux Wallons. «Ce sont des chiffres théoriques. Ils représentent un maximum de ce que l’on peut aller chercher», poursuit Michel Martin. Ainsi, le premier déblocage du FEM pour des Wallons a été validé à l’automne dernier pour Carsid, alors que les travailleurs licenciés de cette entreprise bénéficiaient déjà des aides du Forem depuis deux ans. Le Forem rassemble ses factures et s’attend à pouvoir récupérer d’ici l’automne environ 2/3 des 911.934 euros débloqués par l’UE.

@VincentGeoris et @F_Rohart

N.B. Version courte de l'article publié dans L'Echo du 11 mars 2015

Photo: des travailleurs de Sekurit Saint-Gobain Auvelais en mai 2013 (Belga).

Posté le 5 mars 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Coup de frein sur l'e-book

La justice européenne s’attaque au taux de TVA réduit sur le prix des e-books français. Les éditeurs, y compris belges, dénoncent une aberration.

TVAQu’est-ce qu’un livre? Selon le droit européen, c’est un objet. De ce point de vue, l’e-book n’est pas un livre puisqu’il se distingue de son support: le livre numérique est un service. Forte de cette logique implacable, la Cour européenne de Justice (CEJ) vient de dézinguer le régime préférentiel que la France et le Luxembourg accordent au livrel. Depuis janvier 2012, ces deux pays taxent la valeur ajoutée des livres numériques au taux très avantageux qu’ils appliquent aux livres physiques (respectivement 5,5% et 3%). Or en l’état actuel de la législation ces taux de TVA sont hors-la-loi.

L’application du taux réduit par la France et le Luxembourg «a généré des distorsions de concurrence significatives au sein de l’UE et de nombreuses plaintes de la part d’autres États membres», indique une source au sein de la Commission européenne. Mais cette distorsion, qui a déclenché la plainte de l’exécutif européen auprès de la justice (CJE), n’a plus cours. Depuis le 1er janvier en effet, la TVA sur les services électroniques est déterminée par le pays de résidence du client, et non plus du vendeur.

L’an prochain

Or sur le fond, la distinction fiscale entre livre physique et numérique est un anachronisme incompréhensible, fait-on valoir chez les éditeurs. «C’est paradoxal parce que la Commission européenne prône la culture numérique… Mais elle-même ne prévoit pas d’inclure les biens numériques dans l’annexe III de la directive TVA», observe Bernard Gérard, directeur de l’Association des éditeurs belges francophones (ADEB). En Belgique, la TVA sur les livres numériques reste de 21% contre 6% pour les livres physiques, et l’ADEB milite pour un nivellement du taux par le bas: «quand Paris a adopté la TVA réduite nous avons applaudi», indique Bernard Gérard. «Nous sommes convaincus que la valeur d’un livre ne dépend pas de son format ou de la manière dont les lecteurs y accèdent», écrivaient ce jeudi les membres de la Fédération des éditeurs européens dans une lettre aux autorités de l’UE. Ils réclament une «adaptation de la législation» de manière à supprimer «un obstacle grave au développement du marché de l’e-book».

«la Commission va répondre à ce problème au travers de la révision du système de TVA qui est en cours de préparation», indique Vanessa Mock, porte-parole de l’exécutif européen. «Nous espérons être en mesure de communiquer sur cela l’an prochain», ajoute-t-elle. En attendant, le haro sur la taxe réduite pourrait se poursuivre: l’Italie a lancé le 1er janvier dernier une TVA à 4% sur le livrel. La Commission vient d’ouvrir une enquête. 

@F_Rohart

N.B. Version courte de l'article publié dans L'Echo du 6 mars 2015

Posté le 28 février 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Van Rompuy, les micros flamands et Quatremer

Une petite coulisse de derrière les fagots pour bien commencer le week-end. Il y est question d'Herman Van Rompuy, qu'on a rencontré cette semaine, de ses rapports avec la presse, et d'un grand moment de radio avec Jean Quatremer. 

HVR-Quatremer_VadotEn ce début d’après-midi, on pourrait croire que "Il Doge" est plein comme un œuf. Comme une cantine de profs au cœur de Louvain-la-Neuve un lundi. Mais c'est sans compter l’arrière-salle. Toutes les tables y sont soigneusement dressées, mais une seule est occupée. Et le patron du restaurant joue les vigiles pour garantir sa quiétude. Herman Van Rompuy termine son dessert, entouré de ses hôtes de l’Institut d’études européennes de l’UCL. Celui qui fut le premier président du Conseil européen ces cinq dernières années a quelques minutes de battement, mais il prévient d’emblée: "Je ne donne pas d’interview sur l’actualité!" Cela tombe mal: on venait justement pour l’interroger sur la crise grecque au moment où les ministres des Finances de la zone euro tenaient une téléconférence pour statuer sur une prolongation de l'aide… Mais on n'a pas perdu espoir de recueillir son avis sur la partie d’échecs qui se joue entre Athènes et le reste de la zone euro. Et l’on fait bien, comme en témoigne l'interview publiée mercredi.

Au détour de la conversation, l'éminence du CD&V fait une digression qui ne manque pas de sel sur la conception qu'il avait de son mandat. Présider le Conseil européen, ce n'est pas se prétendre le Barack Obama européen, mais c'est bâtir des ponts entre les vingt-huit dirigeants. Et pour ce faire, la discrétion est d'or. "On doit chercher des solutions, pas chercher une solution à un problème qu'on a créé soi-même" en parlant trop, explique-t-il. Et le sel dans tout ça ? Il arrive. "Je ne donnais jamais d'interviews. Deux ou trois ? Et le plus souvent dans la presse belge où j'étais certain que ça ne dépassait pas les frontières."

Deux ou trois ? On s'étrangle ! Attendez... Ca nous rappelle un grand moment de radio. Et un grand moment de radio vaut mieux qu'une longue explication. C'était en décembre dernier sur la chaîne française BFM Business. Le journaliste Jean Quatremer se lançait dans une diatribe contre "HVR" sur l'émission de Yann-Antony Noghès "500 millions d'Européens".

"Herman Van Rompuy a été inexistant. Il a été inexistant sur le plan intérieur, parce qu'il n'a pas du tout communiqué avec les citoyens européens pendant cinq ans, alors que c'était un des rôles auxquels avait pensé Valéry Giscard d'Estaing, l'auteur de cette idée de créer un poste permanent de président du Conseil européen.", s'emballe le journaliste de "Libération". Et Noghès, pince-sans-rire, de l'interrompre : "Vous êtes difficile Jean Quatremer parce que tout de même  Herman Van Rompuy a régulièrement répondu à des interviews. Pas forcément toujours de la presse européenne, mais de la presse flamande... Toutes les semaines il était à la télévision flamande où il répondait à des journaux flamands", glousse-t-il, railleur, pendant que ses choniqueurs se fendent la poire.

Voilà. Van Rompuy vient donc de répondre à la presse de France, de Navarre, de Saxe et d'ailleurs : la fermer, c'était son boulot. Mais comme personne en Europe ne lit la presse belge, il pouvait l'ouvrir abondamment à l'ombre du clocher de son village...

@F_Rohart

Posté le 27 février 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Thyssen - Magnette: le cul-de-sac comptable

Marianne Thyssen était en "mission" sur les terres de Paul Magnette, ce vendredi. Et si le sujet du jour était le lancement symbolique de fonds d'aide sociaux (FSE), le vrai sujet de conversation entre la commissaire européenne et le ministre-président wallon portait sur les normes comptables qui mettent des bâtons dans les roues de pouvoirs publics qui veulent investir... "Je sais qu'il y a un problème, mais je n'ai pas de baguette magique", a indiqué Mme Thyssen.

IMG_20150227_144746508La Wallonie est remontée et elle n'est pas la seule : la Flandre, Bruxelles, les pouvoirs locaux... toute la Belgique est au diapason. Les nouvelles normes comptables européennes sont une catastrophe pour les pouvoirs publics qui voudraient monter des partenariats publics-privés au moment où l'Europe a besoin comme de pain d'investir. "Dans beaucoup de cas on a de la trésorerie disponible mais aujourd'hui on ne peut pas l'injecter dans l'économie à cause des règles SEC (système européen des comptes, NDLR) ou plutôt à cause du changement de régime", explique Paul Magnette (PS) en marge de la visite d'un centre de formation avec la commissaire européenne à l'Emploi, Marianne Thyssen (CD&V).

L'occasion était trop belle de les interpeller tous les deux sur le sujet, alors que Marianne Thyssen a dans ses attributions la tutelle sur Eurostat, l'institut européen de statistiques qui en la matière donne le LA aux États membres. À chaque fois qu'il rencontre des responsables européens, Magnette plaide cette cause, dit-il face à Thyssen: "Qu'on établisse un mécanisme de transition entre l'ancien système et le nouveau système pour redonner un peu de marge aux États membres et aux entités fédérées."

Mais à écouter la réponse de la commissaire, il n'y aura pas de miracle. "Je sais qu'il y a un problème, mais je n'ai pas de baguette magique pour trouver une solution dans deux mois", rétorque Marianne Thyssen. 

Pour l'instant, elle empile les complaintes."Je vais rassembler toute cette information et étudier le dossier très rapidement. Voir si on a aussi des problèmes dans d'autres pays membres et agir d'une façon sage pour voir ce que je peux faire. Je n'ai pas une réponse immédiate", indique-t-elle. Mais elle souligne surtout qu'Eurostat est un institut indépendant et doit le rester... Et puis la norme SEC 2010 s'impose à nous, explique-t-elle: "Ce n'est pas quelque chose qu'on a inventé en Europe. C'est quelque chose qu'on applique partout dans le monde. Chez nous, la différence c'est que nous avons des règles pour limiter les dettes et les déficits. Et cette conjonction de facteurs nous mettent dans la position où nous sommes..." 

Vu le ton de la commissaire, Paul Magnette, Geert Bourgeois et les autres devront encore mouiller leur chemise s'ils espèrent convaincre la Commission de les sortir de l'impasse comptable.

@F_Rohart

Posté le 26 février 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Le congé mat', ou pourquoi les États sont plus forts que le Parlement

Harmoniser les conditions du congé de maternité, le Parlement européen est pour, la Commission l’a été, mais les États coincent. Et tout porte à croire qu’ils auront le dernier mot.

MaternitéEn négociation, celui qui ne demande rien a toujours un avantage sur le demandeur. Dans le cas du congé de maternité, il se pourrait que cet avantage tourne à l’argument d’autorité: non, un point c’est tout. Le Parlement et le Conseil européens sont co-législateurs sur pied d’égalité, mais la posture de la Commission européenne tend à donner l’avantage au second, qui regroupe les États membres. Et l’épisode qui a eu lieu hier tend à le confirmer.

Alors que les négociateurs du Parlement et du Conseil devaient se mettre autour de la table pour avancer dans la discussion, le Conseil a purement et simplement refusé de reprendre le dialogue, dénonce Marie Arena, eurodéputée PS en charge de l’égalité des genres, dans un communiqué. Or ce refus s’inscrit dans un contexte singulier…

L’un des chantiers de la Commission européenne, c’est l’hygiène législative: il faut se débarrasser des projets législatifs qui n’aboutissent pas et qui encombrent les bureaux des institutions. La proposition de directive sur le congé maternité est en première ligne sur les textes à abattre: les États membres se divisent depuis 2009 sur son contenu. À l’origine, la Commission avait proposé de porter le congé de maternité de 14 à 18 semaines, rémunérées au niveau du congé maladie. Or dans treize États membres, la durée est inférieure à 18 semaines (15 en Belgique).

Juste avant de se retirer du Berlaymont, José Manuel Barroso avait proposé de retirer le texte, considérant «comme une bonne pratique de gestion le fait de retirer des propositions bloquées en phase législative». La Commission Juncker poursuit sur cette ligne. En présentant son programme de travail pour 2015, elle a donné aux États membres jusqu’à juin pour aboutir. «Nous sommes prêts à un dernier effort pour faire aboutir cette proposition, mais s’il n’y a pas d’avancée d’ici six mois, nous l’abandonnerons», avait annoncé le vice-Président Frans Timmermans. Les États réticents ont donc tout intérêt à camper sur leurs positions – voire à refuser purement et simplement la négociation, comme jeudi – s’ils veulent voir la directive passer au classement vertical. Un sérieux biais dans l’échiquier des négociations.

@F_Rohart

N.B. Article publié dans L'Echo du 27 février 2015.

Photo (c) Photo News

Posté le 26 février 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

"Syriza a espéré diviser, c'est raté"

[son] Herman Van Rompuy est sorti de sa reserve au sujet de la crise grecque. Alors qu'un accord a été conclu entre Athènes et ses partenaires pour prolonger le programme d'aide financière de quatre mois, l'ancien president du Conseil européen se félicite de constater que contrairement à ce que Syriza "avait espéré", la zone euro ne s'est pas déchirée avec son arrivée.

HVR2L'ancien president du Conseil européen a donné une interview à L'Echo sur la crise grecque. Syriza a été surpris de constater que son arrivée dans le poulallier n'a pas suffi à diviser les gouvernements de la zone euro, observe Herman Van Rompuy. Et d'expliquer que la fermeté de l'Eurogroupe vis-à-vis d'Athènes ne sert pas seulement à "faire un exemple" pour les électeurs européens qui seraient tentés par des partis antisystème.

"Le gouvernement grec avait espéré qu'il y aurait un clivage au sein de l'Eurozone. Ce n'est pas le cas." Herman Van Rompuy à L'Echo ses considérations sur la partie d'échecs qui va continuer à se jouer dans les mois qui viennent entre la Grèce et ses partenaires de la zone euro. L'interview s'est déroulée en marge d'un cours qu'il donnait à l'Université catholique de Louvain (UCL). Elle a eu lieu dans un restaurant de Louvain-la-Neuve, ce qui explique le bruit de fond dans l'extrait audio qui suit :

"Si un gouvernement d'extrême droite devait arriver au pouvoir dans un Etat membre, il se rendrait compte très vite que le monde est beaucoup plus compliqué" que ce qu'il a vendu à ses électeurs, explique encore Van Rompuy. Pour autant, la fermeté de l'Eurogroupe "ne sert pas seulement à dire : "Il y en a d'autres qui viendront, on va leur faire la leçon." Non, c'est aussi une question de justice par rapport à certains pays qui ont fait leur devoir et qui ont eu un certain succès", poursuit Van Rompuy dans cette interview à lire sur lecho.be

@F_Rohart

Photo : (c) Dieter Telemans

Posté le 19 février 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Le prix pour la Belgique d'un défaut grec : 10,4 milliards

L'exposition de la Belgique à un défaut grec gonfle de mois en mois. Elle atteint 10,4 milliards d'euros en février.

ExpositionDans le scénario du pire, où la Grèce décréterait un défaut total et sortirait de la zone euro, la Belgique perdrait en tout 10,5 milliards d'euros. C'est le chiffre auquel parvient l'économiste Éric Dor, directeur de recherche à l'IESEG Lille, sur base des derniers chiffres de la banque centrale européenne (décembre) et "avec une hypothèse pour février réaliste", indique-t-il.

Ce chiffre comporte les prêts bilatéraux (1,9 milliard d'euros), la garantie belge sur les prêts du Fonds européen de stabilité FESF (5,3 milliards), mais également les créances implicites de la banque centrale grecque comme membre de l'eurosystème (2,3 milliard) et les pertes à mutualiser que la BCE essuierait sur les obligations qu'elle a encore en portefeuille (0,95 milliard).

Comme membre de l'eurosystème, les banques centrales nationales se prêtent mutuellement de l'argent au travers du système de paiements "Target 2".  La Bundesbank allemande est de loin la banque qui a la plus grosse créance sur les autres. C'est grave docteur ? En principe non : c'est de la comptabilité interne qui n'a aucun impact sur les budgets. Mais si la Grèce venait à quitter la zone euro, sa banque centrale ne serait jamais capable de rembourser l'eurosystème, et les pertes de la Bundesbank seraient mutualisées. C'est l'évolution de ce chiffre "Target 2" qui explique l'augmentation significative de l'exposition de la Belgique à la Grèce. 

L'Allemagne est sans surprise le pays le plus exposé à un défaut total grec : elle perdrait 80 milliards. La Lituanie, qui est entrée dans la zone euro le 1er janvier est quant à elle exposée à raison de 0,5 milliard d'euros au travers de l'eurosystème sans avoir participé au sauvetage de la Grèce.

@F_Rohart

Posté le 2 février 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

"Nous ne sommes pas la colonie financière de l'Allemagne"

La Grèce ne veut plus à aucun prix voir les men in black de la troïka ramener leurs malettes à Athènes. Mais pour le reste elle respectera toutes ses obligations "liées aux traités", assure le numéro 1 de Syriza au Parlement européen dans une interview à L'Echo parue ce samedi 31 janvier.

Papadimoulis2Dimitrios Papadimoulis ne sait plus où donner de la tête depuis la victoire de son parti aux élections législatives de dimanche dernier. Le leader de Syriza à Bruxelles (par ailleurs vice-président de l’hémicycle) se retrouve même à devoir refuser des interviews, un comble pour un eurodéputé… Son parti a pourtant besoin comme de pain de bien se faire comprendre, en ces temps où la Bourse d’Athènes hocquète au gré des déclarations du nouveau gouvernement. «Nous ne voulons pas dépenser l’argent des contribuables d’autres pays, nous ne sommes pas antieuropéens, nous ne sommes pas stupides, et le peuple grec qui voté Syriza n’est pas idiot», martèle Papadimoulis. On l’interroge d’entrée de jeu sur la déclaration la plus marquante et la plus ambigüe que le nouveau Premier ministre Alexis Tsipras ait prononcé depuis son entrée en fonction: le gouvernement, avait-il dit en ouvrant son premier conseil des ministres mecredi est prêt à «verser son sang» pour rétablir «la dignité des Grecs». Qu’est-ce que cette parabole hémorragique était-elle supposée vouloir dire? Nous n’aurons pas la réponse de M. Papadimoulis – il n’est pas au courant répond-il, interdit (*). Quoi qu’il en soit, l’heure n’est pas – n’est plus – aux déclarations belliqueuses: aujourd’hui, Syriza veut prouver qu’il est un partenaire sérieux, fiable et exigeant pour ses partenaires. « Aux citoyens Belges nous disons: nous voulons du changement pas seulement pour la Grèce mais pour l’Europe dans son ensemble », lance Papadimoulis dans l'extrait ci-dessous (en anglais) :


Il insiste sur le fait qu’Athènes entend respecter ses obligations liées aux traités, mais considère que troïka est externe aux règles européennes: «Il est totalement inacceptable pour un pays d'être gouverné par des e-mails de la troïka», dit-il.

Interview à lire dans L’Echo du samedi 31 janvier.

@F_Rohart

(*) Michael Baltsavias, traducteur, fonctionnaire retraité de la Commission européenne, nous apporte un éclairage sur ce passage: "J'ai également vu le terme "Να ματώσουμε" du discours de Tsipras traduit comme "to spill our blood"/ "verser notre sang" et qui a alors été interprété comme une "déclaration de guerre" (par au moins un politicien UMP en France), alors qu'il s'agit simplement d'une métaphore pour dire 'travailler jusqu'au bout, même si cela entraîne des souffrances personnelles'. Pour ce que j'en comprends, il s'agissait d'une traduction incorrecte faite à l'origine par Reuters et/ou AFP en Grèce, puis reprise par les journaux de l'Europe entière."

Posté le 30 janvier 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Pourquoi la Grèce défend Vladimir Poutine

La Grèce d'Alexis Tsipras veut ménager la Russie et laisse planer le doute sur un possible veto contre de nouvelles sanctions à l'égard du pouvoir russe. La Grèce est très liée économiquement à la Russie, et Syriza est attaché à l'idée d'aider les Russes pour contrebalancer le pouvoir occidental, analyse le politologue Angelos Chryssogelos. Le spectre du veto pourrait cependant n'être qu'une option tactique: forger une monnaie d'échange en vue des négociations sur ce qui compte vraiment aux yeux des Grecs, la dette. 

Tsipras à MoscouL'Union européenne envisage d'élargir la liste des Russes persona non grata voire de prendre de nouvelles sanctions contre la Russie, après le pilonnage sanglant de Marioupol, en Ukraine. Le cas échéant, ces décisions devront être prises à l'unanimité. Se pourrait-il alors que la Grèce oppose son veto à un nouveau train de sanctions? La question se pose depuis le début de la semaine.

Deux jours après son élection, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a personnellement rappelé la patronne de la diplomatie européenne à l'ordre dans ce dossier. Federica Mogherini avait laissé entendre dans un communiqué que les Vingt-Huit étaient prêts à prendre de nouvelles sanctions, mais cette déclaration "n'a pas le consentement de la Grèce", avait fait savoir l'entourage de Tsipras.

C'est du ministre grec des Finances qu'est venue la clarification la plus nette sur le coup de fil de Tsipras à Mogherini. Tout en reconnaissant n'être pas qualifié pour s'exprimer sur ces matières, Yanis Varoufakis a indiqué sur son blog que :

"La question n'était pas de savoir si notre nouveau gouvernement est d'accord ou pas avec de nouvelles sanctions, mais de savoir si notre point de vue peut être tenu pour acquis sans même qu'il ait été délivré!"

Une question de principe, donc. "Ils ont voulu dire: nous avons nos propres opinions, faites attention la prochaine fois", observe Angelos Chryssogelos, spécialiste de la Grèce et des partis populistes à l'Université de Limerick, en Irlande (1).

Tactique et idéologique

Mais les principes n'expliquent pas tout. La Grèce est depuis le début de la crise ukrainienne l'un des pays d'Europe les moins hostiles envers le régime russe. Les liens économiques ne comptent pas pour rien: "On s'inquiète beaucoup en Grèce de voir les sanctions déboucher sur la perte de centaines de milliers de touristes russes, souligne Angelos Chryssogelos. Et la Grèce est un pays qui ne peut pas se permettre de perdre le moindre apport économique avec quelque pays que ce soit." 

Hier, le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, a expliqué vouloir "prévenir une fracture" entre l'Union et la Russie. En laissant planer un veto, Athènes pourrait se constituer un outil de négociation sur le dossier épineux de la dette. "Dans quelques mois la Grèce pourrait faire du troc, dire: 'Donnez-nous quelque chose de plus dans le dossier de la dette et nous adoucirons notre position dans le dossier russe'", avance Chryssogelos.

La position de Syriza a également une dimension idéologique - personne n'a oublié que pendant la campagne européenne de mai dernier, Alexis Tsipras est allé se montrer à Moscou pour se démarquer de la politique de l'Union européenne. Il avait notamment rencontré la présidente du Conseil de la Fédération (le Sénat russe) Valentina Matvienko, qui est directement visée par les sanctions européennes (photo). Celle-ci avait indiqué à l'occasion de cette rencontre que la Grèce est "un partenaire stratégique" pour la Russie. 

Syriza n'a pas de penchant particulier pour le régime de Vladimir Poutine, "mais l'idée que le monde doit fonctionner de manière plus multilatérale, que le poids de l'Occident doit être contrebalancé, encourage Syriza à adopter une position plus conciliante envers la Russie et d'autres pays émergents", note le politologue. La Grèce de Tsipras semble en première ligne pour mettre de l'eau dans le vin des Européens face à la Russie.

@F_Rohart

(1) Nous avions déjà parlé des travaux d'Angelos Chryssogelos dans un post publié en mai dernier sur les affinités des partis populistes d'Europe envers la Russie de Vladimir Poutine, à relire ici.

N.B. Version longue de l'article publié dans L'Echo du 30 janvier 2015.

Posté le 22 janvier 2015 par Frédéric Rohart Réactions | Réagir

Prêts de la BEI : la Belgique peut mieux faire

[Mise à jour] Selon nos informations, la BEI a accordé près de 2 milliards d'euros à des acteurs belges l'an dernier. Jamais le montant des octrois n'avait été aussi élevé. Et pourtant les Belges utilisent relativement moins les fonds de la BEI que leurs voisins. La hausse des montants engagés par la banque en Belgique pourrait encore s'amplifier avec l'ouverture prochaine d'un bureau opérationnel à Bruxelles et les financements liés au "plan Juncker", qui vise à doper l'investissement en Europe. 

BEILa Banque européenne d’investissement (BEI) a accordé en 2014 pour 1,9 milliard d’euros de crédits en Belgique. C’est un record absolu depuis la création du bras financier de l’Union européenne, en 1958. Ce record est d’autant plus marquant qu’il intervient après trois années à bas régime. La BEI n’a pas encore officialisé l’information mais ce chiffre pourrait être l’effet conjugué d’une reprise de la demande de crédits et de l’augmentation de capital que la banque a connu en 2012, et qui lui a permis d’augmenter son volume de financement de 60 milliards d’euros sur la période 2013-2015.

Le "record" enregistré ne doit cependant pas masquer le fait que la Belgique tire proportionnellement moins profit des financements de la BEI que ses voisins européens. Comme le montre le tableau ci-dessous, le rapport entre la part des engagements dont bénéficie la Belgique et la participation de la Belgique au capital de la banque européenne reste significativement plus faible (0,62) que celui des Pays-Bas (0,71) ou celui de la France (0,73). 

BEI2

Ce déséquilibre pourrait se résorber avec l'amélioration de la visiblité de la BEI dans le royaume. Selon nos informations, la Banque s’apprête en effet à ouvrir un bureau opérationnel en Belgique. Sollicitée par les ministres des Finances Koen Geens puis Johan Van Overtveldt, la direction de la BEI serait prête à envoyer au moins un expert à Bruxelles pour le 1er avril afin de sensibiliser les acteurs belges aux possibilités de financement qu’elle propose.

@F_Rohart

N.B. Initialement titré "record absolu de prêts de la BEI à la Belgique", ce post a été modifié le 23/01 avec l'ajout du deuxième § et du tableau.  

Suivez Frédéric Rohart sur Twitter

Abonnez-vous gratuitement à la liste Twitter "L'Europe en direct" en cliquant ici.


Dernières réactions sur nos blogs