Accueil Les Marchés Mon Argent Sabato

Posté le 7 avril 2014 par Frédéric Rohart

«Stand Up» veut bâtir les États-Unis d’Europe

Stand Up, c’est une liste de jeunes, poussée par un comité de soutien de haut vol qui veut faire «plus» d’Europe et bousculer les partis traditionnels.

Stand Up. Pour les besoins de la cause, on se permet d’emblée d’amputer le nom à rallonge de cette liste pas comme les autres. Mais on y perd au passage l’essence même du mouvement qui la porte. Évacuons donc une fois pour toutes le titre complet de la liste n°20: «Stand Up for the United States of Europe». Tout y est ou presque :

Se lever pour les États-Unis d’Europe, c’est défendre un Parlement européen bicaméral qui disposerait d’un droit d’initiative législatif; un président de la Commission élu au suffrage universel; un vrai gouvernement européen, doté d’un budget digne de ce nom (20% du PIB de l’UE, contre moins d’1% aujourd’hui), et dès lors capable de mener des politiques économiques, énergétiques et sociales à la hauteur des défis du siècle.

SophieHeineL’idéal de Stand Up, c’est donc une Europe ambitieuse à l’opposé d’une machine en pilote automatique qui acterait son propre déclin. Déclin démocratique, quand les institutions perdent le contact avec les citoyens. Déclin économique, quand la mondialisation nargue les États nations. «Des études montrent que l’Europe pourrait générer 800 milliards d’euros notamment par la mutualisation d’outils comme l’armée, le corps diplomatique, etc.», indique Sophie Heine (photo), politologue à l’ULB et tête de la liste présentée ce lundi dans un café du Sablon. On retrouve ce chiffre dans une étude du service de recherche du Parlement européen, qui estime à 800 milliards le coût annuel de la «non Europe». Le Parlement comptabilise ainsi l’achèvement du marché unique, la création d’une zone de libre-échange transatlantique, l’intégration complète et la régulation efficace des marchés financiers.

14 jeunes chaperonnés

Stand Up est né de l’énergie d’un homme, le consultant Richard Laub, emballé par la conférence que Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt ont donné à Bozar en décembre 2012 – les deux eurodéputés présentaient leur retentissant manifeste pour une union postnationale: «Debout l’Europe».

L’idée était belle, l’engouement du public était visible, il manquait juste une perspective concrète pour l’électeur. «C’est presque dommage que nous ayons eu à le faire nous-mêmes: un ticket Cohn-Bendit Verhofstadt, ça aurait eu de la gueule», sourit Richard Laub. Mais le premier s’apprête à sortir de l’arène, et le second porte haut et fort les couleurs de son parti. Or face aux europhobes, eurosceptiques, eurotièdes et consorts, il faut un mouvement citoyen qui dépasse les clivages politiques traditionnels, estime Laub. 

Ce mouvement «apolitique», il l’a donc créé. Et le succès de son initiative se mesure déjà au niveau et à la diversité du «comité de soutien» de Stand Up. On y croise entre autres l’ancien patron de Delhaize Pierre-Olivier Beckers, l’ancien ambassadeur belge auprès de l’UE Philippe de Schoutheete, le directeur de la Monnaie Peter de Caluwé, l’ancien patron de la bourse de Bruxelles Bruno Colmant, l’ancien bâtonnier du barreau de Bruxelles Jean-Pierre Buyle, ou encore l’ex-Premier ministre Mark Eyskens (*).

Mais si le comité de soutien grouille de personnalités, aucune d’entre-elles ne s’affiche sur la liste, composée exclusivement de jeunes. «Je n’étais pas pour ce schéma», indique Sophie Heine, qui aurait préféré jouer la carte intergénérationnelle. Mais le mouvement en a collectivement décidé autrement: les quatorze candidats et suppléants ont entre 21 et 35 ans et sont inconnus au bataillon.

Un peu comme Écolo

Stand Up se compare à ce qu’était Écolo dans les années 1980: un mouvement citoyen sans couleur politique qui rassemble des personnalités de tous bords. «On est pluralistes, on est d’accord sur le fait qu’il faut une certaine forme de justice sociale, un salaire minimum européen. On s’oppose aux politiques d’austérité aveugle, mais on ne renie pas une certaine rigueur budgétaire», indique Sophie Heine, elle-même ancrée à gauche – elle est notamment l’auteure de «Pour un individualisme de Gauche» (JC Lattès, 2013).

«Beaucoup de partis parlent d’Europe, mais aucun ne la met en point Un de son programme, aucun n’a sur l’Europe une position aussi complète que la nôtre», estime Pietro de Matteis, numéro 2 sur la liste et coprésident de la coupole «European Federalist Party», qui regroupe, outre les Belges de Stand Up, six partis qui présentent une liste aux européennes en Italie, Autriche, Grèce, Portugal et France.

Au fond, l’objectif de Stand Up est moins de conquérir le pouvoir que de former un mouvement citoyen suffisamment fort pour forcer les partis traditionnels – considérés comme «mous» – à porter un projet européen véritablement ambitieux, confient plusieurs membres du mouvement. Mais si le Parti décrochait un siège, «je voterais selon ma conscience» sur les questions que Stand Up n’aborde pas, comme la production d’OGM, indique Sophie Heine. Reste à rassembler les fédéralistes européens.

Stand Up se lance dans la campagne avec un budget de 80.000 euros environ, exclusivement le fait de dons privés.

@F_Rohart

(*) Dans une précédente version, nous mentionnions l’ancienne députée Antoinette Spaak, présentée dans une brochure obsolète de Stand Up comme membre du comité de soutien: Mme Spaak, membre du FDF et soutien affiché de la candidate Cristina Coteanu, a décidé de retirer son soutien à Stand Up.

N.B. Article publié dans L'Echo daté du 7 avril.

Réactions

Suivez Frédéric Rohart sur Twitter

Abonnez-vous gratuitement à la liste Twitter "L'Europe en direct" en cliquant ici.


Dernières réactions sur nos blogs