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Posté le 14 mai 2014 par Frédéric Rohart

Pourquoi ils aiment tant Poutine

En Europe, les partis les plus centrifuges de droite comme de gauche multiplient les gestes de soutien envers la Russie de Vladimir Poutine. Son anti-américanisme plaît à gauche. Son homophobie plaît à droite. Mais surtout, son populisme réunit ceux qui excècrent la technocratie européenne. 

En début de semaine, le leader de la gauche anti-capitaliste (GE) était à Moscou pour soutenir le gouvernement de Vladimir Poutine dans la crise ukrainienne. "Alexis Tsipras a choisi le contact direct, l'échange, la diplomatie active", résumait alors le site Humanité.fr.  Le Grec a notamment rencontré Valentina Matvienko, la présidente du sénat visée par des sanctions européennes et américaines.

PoutineEn avril dernier, c'était Marine Le Pen qui s'affichait à Moscou. Elle dénoncait la position occidentale sur la question ukrainienne et défendait la proposition russe d'une fédéralisation du pays. "Nous avons beaucoup en commun dans nos positions sur la manière de régler la crise" ukrainienne disait alors le président de la Douma, sergueï Narychkine avant de souhaiter bonne chance au Front national pour les européennes.

Le Pen et Tsipras ne sont que deux exemples parmi tant d'autres : Vladimir Poutine peut compter sur le soutien d'une multitude de partis européens radicaux tant à gauche (Die Linke en Allemagne, le Socialistische Partij aux Pays-Bas, Syriza en Grèce...) qu'à droite (UKIP au Royaume-Uni, AfD en Allemagne, FPÖ en Autriche, Front national en France...).

Tous les partis d'extrême droite et de droite radicale soutiennent la Russie, note Angelos-Stylianos Chryssogelos, politologue à l'Université de Limerick (Irlande), dans un article publié ici. Et ce n'est pas vraiment étonnant : certains traits du régime - nationalisme, autoritarisme, homophobie... - entrent souvent en résonnance avec leurs idéologies.

Mais comment expliquer le soutient de l'autre extrémité de l'échiquier ? Pourquoi la gauche radicale est-elle tentée par un régime nationaliste dont le gouvernement creuse les inégalités économiques ? "L'anti-américainisme de la gauche radicale pourrait expliquer la propension de voir sous un jour positif les grands rivaux des États-Unis", note Angelos-Stylianos Chryssogelos. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis, en somme...

"Populistes de tous les pays, unissez-vous"

Mais pour le chercheur de l'université de Limerick, c'est surtout dans le populisme qu'il faut voir cette convergence des deux extrêmes en faveur de Poutine. Le populisme: "C'est plus qu'un style mais moins qu'une idéologie, quelque chose qui privilégie le peuple homogène contre les élites."

"Si le poutinisme fait partie d'un camp dans le clivage global entre une gouvernance basée sur le droit et un populisme majoritaire délimité nationalement, les populistes de droite et de gauche ont cherché à dynamiser ce clivage au sein de l'Europe", estime Angelos-Stylianos Chryssogelos. En somme, l'étonnant succès de Poutine n'est autre qu'un nouveau révélateur du malaise que traversent nos démocraties.

@F_Rohart

Photo : Vladimir Poutine, Wikimedia Commons

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